L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 66)
invisibles par la vue de ce monde visible : c'est pourquoi elle ne voulut plus s'occuper que de Dieu seul et des choses divines. Son père, voulant , à cause du grand éclat de sa beauté, la soustraire aux regards des hommes, l'enferma dans une tour, où la pieuse vierge vivait dans la prière et la méditation, ne pensant qu'à plaire à Dieu seul , qu'elle avait choisi pour époux. Dioscore, à diverses reprises, lui offrit de nobles alliances qu'elle dédaigna généreusement.
Pensant alors qu'en se séparant de sa fille, il pourrait plus facilement adoucir ses résistances, il fit construire un bain dans la tour qu'elle habitait, afin qu'elle eût toutes les commodités de la vie ; puis il partit pour une contrée lointaine.
Pendant l'absence de son père. Barbe fit ajouter aux deux fenêtres de sa tour, une troisième en l'honneur de la divine Trinité, et tracer l'image de la très sainte Croix sur le bord de la baignoire. A son retour Dioscore, ayant vu ces nouveautés et connu leur motif, s'emporta contre sa fille au point de se jeter sur elle, l'épée nue à la main ; peu s'en fallut même qu'il ne la tuât dans sa fureur ; mais Dieu vint au
tulante gratia, facile perveni't. Quapropter soli Deo rebusque divinis vacare ccepit. Eam pater, utpote forma venustiori nitentem, a quocumque virorum occursu tutari cupiens, turri inclusit : ubipiavirgo meditationibus et precibus addicta, soli Deo quem sibi > in sponsum elegerat, placere studebat. Oblata a pâtre pluries nobiliumconnubia fortiter sprevit. Pâtre vero per sui absentiam filiae animum posse facilius emolliri confidcns, jussit primo balneum extrui, ne quid ei deesset ad commoditatem ; deindc peregre in exteras regiones profectus est.
Absente pâtre, jussit Barbara duabus fenestris quœ in turri erant, tertiam addi in honorem divina; Trinitatis, labiumque balnei sacrosancta; Crucis signo muniri : quod ubi rediens Dioscorus inspexit , audita novitatis causa, adeo in filiam excanduit ut stricto enseeam appetens, parum abfuerit ut eam dire confoderet ; sed prœsto adfuit Deus ; nam
fugienti Barbara; saxum ingens se patefaciens viam aperuit, per quam montis fastigium petere, et sic in specu latere potuit ; sed paulo post quum a nequissimo genitore reperta fuisset, ejus latera pedibus dorsumque pugnis immaniter
fiercussit, et crinibus per oca aspera difficilesque vias raptatam Ma/ciano Praesidi puniendam tradidit. Itaque ab ipso omnibus modis, sed incassum tentata, nudam nervis caedi et inflicta vulnera testulis confricari, deinde in carcerem trahi praecepit : ubi immensa lucecircumdatus ei Christus apparens, mirifice confortatam in passionum tolerantia confirmavit : quod animadvertens Juliana matrona, ad fidem conversa ejusdem palmae particeps effecta est.
Barbar.e demum ferreis unguibus membra laniantur, facibus latera incenduntur, et malleoliscaput contunditur : quibus in cruciatibus consortem solabatur, et hortabatur ut ad finem usqueconstantercertaret. Praecisis tandem utrique uberibus, nudœ per loca
secours de la vierge. Dans sa fuite précipitée, un énorme rocher lui ouvrit un passage, par ou elle parvint au sommet d'une montagne, et se cacha dans une grotte. Peu après, ce père dénaturé, l'ayant découverte, l'accabla de coups, la fouia sous ses pieds, la traina par les cheveux à travers des sentiers âpres et rocailleux, et la livra lui-même au gouverneur Marcien, pour être châtiée. Celui-ci employa, mais en vain, tous les moyens pour l'ébranler. Il la fil battre nue à coups de nerfs de bœuf, et déchirer ses blessures encore fraîches avec des débris de poterie, enfin jeter dans une prison. Là. le Christ lui apparut, environné d'une grande lumière, et la fortifia merveilleusement pour sa dernière passion. Témoin de ce Îrodige, une dame, nommée uliana, se convertit à la ,foi et partagea la palme de cette vierge.
Barbe eut encore les membres déchirés par les ongles de fer, les flancs brûlés avec des torches, la tête battue à coups de maillets ; et, dans ces tourments, elle consolait sa compagne et l'encourageait à combattre, sans faiblir, jusqu'à la fin. Enfin, toutes les deux eurent les mamelles coupées, furent traîSainte Barbe, Vierge et Martyre. 3 -7
fiubliques et décapitées. Ce ut un père abominable qui eut assez de barbarie pour trancher de ses mains la tète de sa fille. Mais cette affreuse cruauté ne fut pas longtemps impunie : à l'heure même et au même lieu, la foudre retendit mort. Le corps de cette bienheureuse vierge fut transporté d'abord, par les soins de l'Empereur Justin, de Nicomédie à Constantinople ; puis, plus tard, les Vénitiens l'ayant obtenu des Empereurs Constantin et Basile, l'enlevèrent de Constantinople, et le déposèrent solennellement dans la basilique de SaintMarc. Enfin, en dernier lieu, sur les instantes prières de l'Evêque de Torcello et de sa sœur qui était Abbesse, on le transféra, l'an de notre salut 1009, dans l'église des religieuses de Saint-Jean-1'E- vangéliste , au diocèse de Torcello, où il fut honorablement enseveli, et où il est présentement encore l'objet d'une constante vénération.
publica tractae, filiasque cervicem ipse scelestissimus pater humanitatis expers, propriis manibus amputavit : cujus fera crudelitas non diu inulta remansit ; nam statim eo ipso in loco fulmine percussus interiit. Corpus hujus beatissimae virginis Justinus Imperator Nicomedia auferens.Constantinopolim primum transportavit. IUud idem, cum in progressu temporis ab Imperatoribus Constantino et Basilio impetrassent Veneti,
Constantinopoli deductum in sancti Marci Basilica fuit deinde solemniter collocatum. Postremo et ultimo, supplicantibus Torcellano
Episcopo ejusque sorore Abbatissa, ad Ecclesiam monialium Sancti Johannis Evangelistae Torcellanas diœcesis, anno salutis millesimo nono defertur : ubi et honorifice conditum, perpetuo cultu ad praesens usque tempus summopere veneratur.
Tel est le récit de la vie et du martyre de la courageuse vierge de Nicomédie. On l'invoque dans l'Eglise contre la foudre, en mémoire du châtiment que la justice divine infligea à son détestable père. Sa qualité de protectrice du peuple chrétien contre le
feu du ciel a fait donner son nom aux magasins de poudre sur les vaisseaux, et l'a fait assigner pour patronne aux artilleurs, aux mineurs, et généralement aux corporations dans lesquelles on emploie la poudre à canon. On la prie aussi pour être préservé de la mort subite, tant a fait d'impression sur les fidèles la fin terrible de Dioscore !
Nous nous bornerons à extraire des livres liturgiques de nos églises cette gracieuse Antienne composée dans les temps chevaleresques :
Odivin.e bonitatis immensa clementia, quœ Barbaram illustravitveroclaritatis lumine. ut terrena; dignitatis contempto splendore, divinitatis conscia effici mereretur : haec \elut lilium inter spinas enituit, et lux in lenebris eluxit. Alléluia.
O miséricorde immense de la divine bonté, qui a glorifié Barbe par la splendeur de la seule véritable lumière, et l'a rendue digne de s'unir à la Divinité , après qu'elle eut méprisé les honneurs de la terre ! Elle a brillé comme un lis entre les épines; elle a lui comme la lumière dans les ténèbres. Alléluia.
L'Eglise Grecque est abondante sur les louanges de sainte Barbe. Nous allons extraire de ses Menées quelques-unes des nombreuses strophes dans lesquelles est célébrée la gloire de la sainte martyre.
Barbara , dulcis mors apparuit, gaudens et festinans cursum eompleQuand s'apparut à toi la douce mort, ô Barbe, ô martyre vénérable, joyeuse et triomphante, tu accomplis ta course ; tu fus immolée par
les mains iniques d'un père impie, c'est pourquoi, réunie aux chœurs des Vierges vraiment prudentes, tu contemples la splendeur ce ton Epoux.
Votre jeune brebis , ô Jésus, s'écrie vers vous à haute voix : C'est vous, ô mon Epoux, que je désire ; c'est vous que je cherche en combattant ; je suis immolée et ensevelie en votre Baptême ; je souffre pour vous, afin de régner avec vous : je meurs pour vous, afin de ne vivre plus qu'en vous ; recevez en parfait sacrifice celle qui vous est offerte en sacrifice d'amour. A sa prière, sauvez nos âmes, miséricordieux Seigneur !
Eclose sur un tronc épineux, ô rose sacrée qui embaumes l'Eglise de tes parfums ; toi qu'un généreux combat empourpra de ton sang, nous chantons aujourd'hui dignement ta bienheureuse mémoire , ô Barbe , pleine de gloire !
Tu ne fus touchée, ni par l'attrait des délices, ni par la fleur de la beauté, ni par les plaisirs de la jeunesse , ô Barbe glorieuse, fiancée au Christ, vierge parée de toutes les grâces !
visti. implique genitons injustis manibus sacrificata es, et Deo oblata es victima : unde vere prudentium Virginum conjuncta choris, tui Sponsi contemplaris splendo - rem.
Agna tua, Jesu, magna voce clamât : Te, Sponse mi, desidero, et quaerens te pugno, et confixa sum et consepulta tuo baptismati , et patior propter te , ut regnem tecum ; et morior pro te, ut et vivant in te : igitur ut sacrificium irrépréhensible suscipe amanter sacrificatam tibi. Illius precibus. ut misericors, salva animas nostras.
E spinosa exorta radiée , rosa sacratissima , Ecclesiam suaviter inodorans, te rubore prœlii per sanguinem purpuratam, gloriosa Barbara, nunc dignissime beatam celebramus.
Non deliciarum jucunditas, non pulchritudinis flos, neque divitiae, neque juventutis voluptates te mulserunt. Barbara gloriosa, Christo desponsata. pulcherrima virgo.
cruciatus. vincula. tormenta , Barbara celeberrima : quapropter et corona Deus te donavit quam desiderasti : cum animo cucurristi, et ille sanam te fecit.