L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 71)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

TTT as vraiment habité à 1 Myre, exhalant un parfum précieux ; parfumé toimême d'un baume spirituel, ô bienheureux Nicolas, grand Hiérarque du Christ ; et tu parfumes la face de ceux qui, avec foi et amour, honorent ton illustre mémoire, les dé^ livrant de toutes nécessités et tribulations, ô Père saint, par tes prières auprès du Seigneur.

Ton nom propre est véritablement : Victoire du peuple, bienheureux Nicolas, souverain prêtre du Christ ; car, invoqué en tous lieux, tu préviens aussitôt ceux qui avec amour requièrent ta protection ; apparaissant nuit et jour à ceux qui t'invoquent avec foi, tu les délivres des nécessités et des tentations.

Tu apparus à l'Empereui Constantin et à Ablavius, et leur inspiras une terrible frayeur par ces mots, afin de les engager à la clémence : a Les a innocents que vous retenez

G. dans les fers ne méritent « point un injuste supplice ; « et si tu méprises mes paro« les, ô Prince ! j'en porterai v contre toi ma plainte au « Seigneur. »

Ton œil intrépide a pu fixer les sublimes hauteurs de la Gnose, et tu as sondé le profond abîme de la Sagesse, toi qui as enrichi le monde de tes enseignements, ô Père saint ! prie pour nous le Christ, ô grand Pontife Nicolas 1

Le Christ t'a fait voir à ton troupeau, comme la règle de la foi et l'image de la douceur, ô grand Hiérarque Nicolas ! car tu répands à Myre un précieux parfum, tout y resplendit de la gloire de tes œuvres, ô protecteur des veuves et des orphelins ! prie sans cesse le Seigneur de sauver nos âmes.

Réjouis-toi, ô très sainte âme, demeure très pure de la Trinité, colonne de l'Eglise, soutien des fidèles, appui de ceux qui sont fatigués, astre rayonnant qui, par l'éclat de tes agréables prières, dissipes en tous lieux les ténèbres des tentations ; saint Pontife Nicolas, port tranquille où trouve un abri quiconque dans la fureur de la tempête réclame ton secours, prie le Christ qu'il daigne

habetis vinctos, innocentes sunt ab illegitima jugulatione : quod si me audire neglexeris, precem contra te, Princeps, ad Dominum obsecrans intentabo.

Defixis acriter oculis, inspexisti in Gnoseos altitudines, et caliginosum inspexisti Sapientiae abyssum ; tu qui tuis documents ditasti mundum, Pater, pro nobis Christum deprecare , summe sacerdos, Nicolae.

Regulam fidei et dulcedinis imaginem monstravit te gregi tuo Christus Deus, summe Sacerdos, Hierarcha Nicolae : in Myranamque unguentum spargis, illucescunt tua praeclara facta, orphanorum ac %'iduarum protector : ideoque deprecari ne cesses salvari animas nostras.

Gaude , sacratissima mens, Trinitatis mansio purissima, Ecclesias columna, fidelium stabilimentum, fatigatorum auxilium, Stella quas bene acceptarum precum fulgoribus, tentationum tenebras undique depellis, sancte sacerdos Nicolae; portus placidissimus, in quo fug'entes tempestatibus circumventi salvantur, Christum depreL'A vent.

Gaude, o divino zelo accense, qui tua terribili nnimadversione et in somnis allocutione liberasti injuste caedendos. Fons fluens in Myra unguenta ditissima, animas irrigans, fœtida cpiditatum expurgans, gladio zizania erroris amputans ; expurgans ventilabro, dissipa Arii acerosa documenta ; et Christum deprecare dari animabus nostris magnam miscricordiam.

Alti6sime Rex regum, magnipotens . precibus sancti Pastoris, vitam, o Verbum , pacifica , quaesumus , cunctorum Christianorum ; ,'onans contra barbaros pio Régi victoriam et fortitudinem, ut omnes semper hymnificemus potentiam tuam, et extollamus usque ad omnia saecula.

Réjouis-toi. homme rempli d'un divin zèle, qui, par un terrible avertissement et par l'éclat de ta voix menaçante dans un songe , as délivré ceux que le glaive allait immoler. Fontaine abondante, tu répands dans Myre la richesse de tes parfums ; tu verses dans les âmes une douce rosée, tu écartes les ordures des passions mauvaises, tu coupes avec le glaive l'ivraie de l'erreur ; prends le van de ton zèle, dissipe les futiles enseignements d'Arius, et prie le Christ d'accorder à nos âmes une grande miséricorde.

Roi très haut de tous les rois, vous dont la puissance est infinie, à la prière de notre saint Pasteur, rendez paisible, ô Verbe, nous vous en conjurons, la vie de tous les Chrétiens. Donnez contre les barbares, à notre pieux Empereur, la force et la victoire ; afin que tous, et toujours, nous chantions votre puissance, et l'exaltions dans les siècles des siècles.

Saint Pontife Nicolas, que votre gloire est grande dans l'Eglise de Dieu ! Vous avez confessé Jésus-Christ devant les Proconsuls, et enduré la persécution pour son nom ; vous avez ensuite été témoin des merveilles

du Seigneur, quand il rendit la paix à son Eglise ; et peu après, votre bouche s'ouvrait dans l'Assemblée des trois cent dix-huit Pères, pour confesser, avec une autorité irréfragable, la divinité du Sauveur Jésus-Christ, pour lequel tant de millions de Martyrs avaient répandu leur sang. Recevez les félicitations du peuple chrétien qui, par toute la terre, tressaille de joie à votre doux souvenir; et soyez-nous propice, en ces jours où nous attendons la venue de celui que vous avez proclamé Consubstantiel au Père. Daignez aider notre foi et seconder notre amour. Vous le voyez maintenant face à face, ce Verbe par qui toutes choses ont été faites et réparées ; demandez-lui qu'il daigne se laisser approcher par notre indignité. Soyez notre médiateur entre lui et nous. Vous l'avez fait connaître à notre intelligence , comme le Dieu souverain et éternel; révélez-le à notre cœur, comme le suprême bienfaiteur des fils d'Adam. C'est en lui, ô Pontife charitable, que vous aviez puisé cette compassion tendre pour toutes les misères, qui fait que tous vos miracles sont autant de bienfaits: continuez, du haut du ciel, de secourir le peuple chrétien.

Ranimez et augmentez la foi des nations dans le Sauveur que Dieu leur a envoyé. Que, par l'effet de vos prières, le Verbe divin cesse d'être méconnu et oublié dans ce monde qu'il a racheté de son sang. Demandez, pour les Pasteurs de l'Eglise, l'esprit de charité qui brilla si excellemment en vous, cet esprit qui les rend imitateurs de JésusChrist, et leur gagne le cœur du troupeau.

Souvenez-vous aussi , saint Pontife , de cette Eglise d'Orient qui vous garde encore une si vive tendresse. Votre pouvoir sur la terre s'étendait jusqu'à ressusciter les morts ; priez, afin que la véritable vie, celle qui est dans la Foi et l'Unité, revienne animer cet immense cadavre. Par vos instances auprès de Dieu, obtenez que le sacrifice de l'Agneau que nous attendons soit de nouveau et oientôt célébré sous les Dômes de Sainte-Sophie. Restituez à l'unité les Sanctuaires de Kiow et de Moscou, et après avoir soumis à la Croix l'orgueil du Croissant, abaissez devant les Clefs de saint Pierre la majesté des Tzars, afin qu'il n'y ait plus ni Scythe, ni Barbare, mais un seul pasteur.

Considérons encore l'état du monde dans les jours qui précèdent l'arrivée du Messie. Tout atteste que les prophéties qui l'annonçaient ont reçu leur accomplissement. Non seulement le sceptre a été été de Juda, mais les Semaines de Daniel tirent à leur fin. Les autres prédictions de l'Ecriture, sur l'avenir du monde, se sont successivement vérifiées. Tour à tour sont tombés les Empires des Assyriens, des Mèdes, des Perses et des Grecs ; celui des Romains est parvenu à l'apogée de sa force ; il est temps qu'il cède la place à l'Empire éternel du Messie. Cette progression a été prédite, et maintenant l'heure sonne où le dernier coup va être frappé. Le Seigneur aussi a dit, par un de ses Prophètes: « Encore un peu de temps, et « je remuerai le ciel et la terre, et j'ébranVI Décembre.

« lerai toutes les nations; puis viendra le « Désiré de tous les peuples. » (Aggée, ii, 7.) Ainsi donc , ô Verbe éternel , descendez. Tout est consommé. Les misères du monde sont parvenues à leur comble ; les crimes de l'humanité sont montés jusqu'au ciel ; le genre humain a été remué jusque dans ses fondements; haletant, il n'a plus de ressource qu'en vous, qu'il appelle sans vous connaître. Venez donc : toutes les prédictions qui devaient retracer aux hommes les caractères du Rédempteur, sont émises et promulguées. Il n'y a plus de prophète dans Israël; les oracles de la Gentilité se taisent. Venez accomplir toutes choses : car la plénitude des temps est arrivée.

Preces nostras ne despexeris, Domine : intende jam et exaudi clementer : ut qui voce inimici turbati dejicimur, Unigenjti tui Adventu sacratissimo consolemur: et fide pennigerati, velut columba, ad superna tendamus. Elonga nos. Domine, a saeculo maligno, et a laqueo inimici custodi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

NE dédaignez pas nos prières, Seigneur ! regardez et exaucez dans votre clémence. La voix de notre ennemi nous jette dans le trouble ; consolez-nous par l'A- vènement sacré de votre Fils unique ; que la foi nous donne des ailes, et, semblables à la colombe, nous nous élèverons en haut. Seigneur, éloignez-nous d'un siècle pervers, et gardez-nous des filets de l'ennemi ; par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

Cet illustre Pontife figure dignement sur le Cycle catholique, a côté du grand Evoque de Myre. Celui-ci a confessé, à Nicée, la divinité du Rédempteur des hommes ; celui-là, dans Milan, a été en butte à toute la fureur des Ariens, et par son courage invincible, il a triomphé des ennemis au Christ. Qu'il unisse donc sa voix de Docteur à celle de saint Pierre Chrysologue, et qu'il nous annonce les grandeurs et les abaissements du Messie. Mais telle est en particulier la gloire d'Ambroise, comme Docteur, que si, entre les brillantes lumières de l'Eglise latine, quatre illustres Maîtres de la Doctrine marchent en tète du cortège des divins interprètes de la Foi, le glorieux Pontife de Milan complète, avec Grégoire, Augustin et Jérôme, ce nombre mystique.

Ambroise doit l'honneur d'occuper sur le Cycle une si noble place en ces jours, à l'antique coutume de l'Eglise qui, aux premiers siècles, excluait du Carême les tètes des Saints. Le jour de sa sortie de ce monde et de son entrée au ciel fut le quatre Avril; or, l'anniversaire de cet heureux trépas se rencontre, la plupart du temps, dans le cours de la sainte Quarantaine: on fut donc conSaint Ambroise, Év. et Doct. de l'Église. 40g

traint de faire choix d'un autre jour dans l'année, et le sept Décembre, anniversaire de l'Ordination épiscopale d'Ambroise, se recommandait de lui-même pour recevoir la fête annuelle du saint Docteur.

Au reste, le souvenir d'Ambroise est un des plus doux parfums dont pût être embaumée la route qui conduit à Bethléhem. Quelle plus glorieuse, et en même temps quelle plus charmante mémoire que celle de ce saint et aimable Evéque, en qui la force du lion s'unit à la douceur de la colombe ? En vain les siècles ont passé sur cette mémoire : ils n'ont fait que la rendre plus vive et plus chère. Comment pourrait-on oublier ce jeune gouverneur de la Ligurie et de l'Emilie, si sage, si lettré, qui fait son entrée à Milan, encore simple catéchumène, et se voit tout à coup élevé, aux acclamations du peuple fidèle, sur le trône épiscopal de cette grande ville ? Et ces beaux présages de son éloquence enchanteresse, dans l'essaim d'abeilles qui, lorsqu'il dormait un jour, encore enfant, sur les gazons du jardin paternel, l'entoura et pénétra jusque dans sa bouche, comme pour annoncer la douceur de sa parole ! et cette gravité prophétique avec laquelle l'aimable adolescent présentait sa main à baiser à sa mère et à sa sœur, parce

Mais quels combats attendaient le néophyte de Milan, sitôt régénéré dans l'eau baptismale, sitôt consacré prêtre et pontife ! Il lui fallait se livrer sans retard à l'étude assidue des saintes lettres, pour accourir doc4io L'Avent.

teur à la défense de l'Eglise attaquée dans son dogme fondamental par la fausse science des Ariens ; et telle fut en peu de temps la plénitude et la sûreté de sa doctrine que non seulement elle opposa un mur d'airain au progrès de l'erreur contemporaine, mais encore'que les livres écrits par Ambroise mériteront d'être signalés par l'Eglise, jusqu'à la fin des siècles, comme l'un des arsenaux de la vérité.

Mais l'arène de la controverse n'était pas la seule où dût descendre le nouveau docteur ; sa vie devait être menacée plus d'une fois par les sectateurs de l'hérésie qu'il avait confondue. Quel sublime spe.tacle que celui de cet Evêque bloqué dans son église par les troupes de l'impératrice Justine, et gardé au dedans, nuit et jour, par son peuple ! Quel pasteur ! Quel troupeau ! Une vie dépensée tout entière pour la cité et la province avait valu à Ambroise cette fidélité et cette confiance de la part de son peuple. Par son zèle, son dévouement, son constant oubli de lui-même, il était l'image du Christ qu'il annonçait.

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