L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 80)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

saillera en mon Dieu : car il m'a revêtue des vêtements du salut, et il m'a entourée d'une parure de sainteté comme une épouse ornée de ses joyaux.

Ps. Je vous célébrerai, Seigneur, parce que vous m'avez protégée et que vous n'avez pas permis à mes ennemis de triompher de moi. Gloire au Père. Je me réjouirai.

La Collecte présente l'application morale du mystère. Marie a été préservée de la tache originelle, parce qu'elle devait être l'habitation du Dieu trois fois Saint. Que cette pensée nous engage à recourir à la bonté divine pour en obtenir la purification de nos âmes.

tabit anima mea in Deo meo : quia induit mevestimentis salutis, et indumento justitiœ circumdedit me. quasi sponsam ornatam monilibus suis. Ps. Exaltabo te, Domine, quoniam suscepisti me : nec delectasti inimicos meos super me. Gloria Patri- Gaudens gaudebo.

ODieu. qui. par l'Immaculée Conception de la Vierge, avez préparé une digne habitation à votre Fils, nous vous supplions, vous qui. en vue de la mort de ce même Fils, l'avez préservée de toute tache, de nous faire !a grâce d'arriver jusqu'à vous purifiés par son intercession. Par le même JésusChrist notre Seigneur. Amen.

DEUS, qui per immaculatam Virginis Conceptionem dignum Filio tuo habitaculum praeparasti : quœsumus, ut qui ex morte ejusdem Filii tui praevisa, eam ab omni labe praeservasti. nos quoque mundos ejus intercessione ad te pervenire concédas. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

On fait ici la mémoire de l'Avent, par la Collecte du Dimanche précédent.

Dominus possedit me in initio viarum suarum , antequam quidquamfaceret a principio. Àb œterno ordinata sum. et ex antiquis, antequam terra fieret. Xondum erant abyssi, et ego jam concepta eram : necdu.n fontes aquarum eraperant ; necdum montes gravi mole constiterant : ante colles ego parturiebar : adhuc terra m non fecerat, et flumina, et cardines orbis terroe. Quando praeparabat cœlos , aderam : quando certa lege , et gyro vallabat abyssos : quando œihera firmabat sursum. et librabat fontes aquarum: quando circumdabat mari terminura suum. et legem ponebat aquis, ne transirent fines suos : quando appendebat fundamenta terra: cum eo eram cuncta componens : et delectabar per singulos dies , ludens coram eo omni tempore. ludens in orbe terrarum : et deliciœ mes, esse cum filiis hominum. Nunc ergo, filii, audite me : Beati qui custodiunt vias meas.

Lecture du livre de la Sagesse. Prov. Chap. VIII. LE Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies, avant qu'il créât aucune chose au commencement. J'ai été établie dès l'éternité et de toute antiquité, avant que la terre fût créée. Les abîmes n'étaient point encore, et déjà j'étais conçue; les fontaines n'avaient point encore répandu leurs eaux ; la pesante masse des montagnes n'était pas encore formée : j'étais enfantée avant les collines : il n'avait point encore créé la terre, ni les fleuves , ni les pôles du monde. Lorsqu'il préparait les cieux. j'étais présente ; lorsqu'il environnait les abîmes de cette circonférence qui a de si justes proportions ; lorsqu'il affermissait l'air audessus de ia terre, et qu'il pesait comme dans une balance les eaux des fontaines; lorsqu'il renfermait la mer - bornes et qu'il imposait une loi aux eaux, afin qu'elles ne franchissent point leurs limites ; lorsqu'il fondait la terre sur son propre poids, j'étais avec lui et je réglais toutes choses. Je prenais plaisir chaque jour, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans l'univers : et mes délices sont d'être avec

les enfants des hommes. Maintenant donc, ô mes enfants ! écoutez-moi : Heureux ceux qui cardent mes voies ! Ecoutez mes instructions , soyez sages, et ne les rejetez pas. Heureux celui qui m'écoute, qui veille tous les jours à l'entrée de ma maison, et qui se tient tout prêt à ma porte ! Celui qui m'aura trouvé trouvera la vie, et il puisera le salut dans le Seigneur.

Audite disciplinam, et estote sapientes, et nolite abjicere eam. Beatus homo qui audit me, et qui vigilat ad fores meas quotidie, et observât ad postes ostii mei. Qui me invenerit, inveniet vitam; et hauriet salutem a Domino.

L'Apôtre nous enseigne que Jésus, notre Emmanuel, est le premier-né de toute créature. (Coloss. i, i5.) Ce mot profond signifie non seulement qu'il est, en tant que Dieu, éternellement engendré du Père ; mais il exprime encore que le Verbe divin, en tant qu'homme , est antérieur à tous les êtres créés. Cependant ce monde était sorti du néant, le genre humain habitait cette terre depuis déjà quatre mille ans, lorsque le Fils de Dieu s'unit à une nature créée. C'est donc dans l'intention éternelle de Dieu, et non dans l'ordre des temps, qu'il faut chercher cette antériorité de l'Homme-Dieu sur toute créature. Le Tout-Puissant a d'abord résolu de^ donner à son Fils éternel une nature créée, la nature humaine, et, par suite de cette résolution , de créer pour être le domaine de cet Homme-Dieu, tous les êtres spirituels et corporels. Voilà pourquoi la divine Sagesse, le Fils de Dieu, dans le passage de l'Ecriture que l'Eglise nous propose aujourd'hui et que nous venons de lire, insiste sur sa préexistence à toutes les créa460 L'A vent.

turcs qui forment cet univers. Comme Dieu, il est engendré de toute éternité au sein de son Père; comme homme, il était dans la pensée de Dieu le type de toutes les créatures, avant qu'elles fussent sorties du néant. Mais le Fils de Dieu, pour être un homme de notre filiation , ainsi que l'exigeait le décret divin, devait naître dans le temps, et naître d'une Mère: cette Mère a donc été présente éternellement à la pensée de Dieu comme le moyen par lequel le Verbe prendrait la nature humaine ; le Fils et la Mère sont donc unis dans le même plan de l'Incarnation; Marie était donc présente comme Jésus dans le décret divin, avant que la création sortît du néant. Voilà pourquoi, dès les premiers siècles du christianisme, la sainte Église a reconnu la voix de la Mère unie à celle du Fils dans ce sublime passage du livre sacré, et a voulu qu'on le lût dans l'assemblée des fidèles, ainsi que les autres passages analogues de l'Ecriture , aux solennités de la Mère de Dieu. Mais si Marie importe à ce degré dans le plan éternel ; si, comme son 61s, elle est, en un sens, avant toute créature , Dieu pouvait-il permettre qu'elle fût sujette à la flétrissure originelle encourue par la race humaine ? Sans cloute, elle ne naîtrait qu'à son tour, ainsi que son fils, dans le temps marqué; mais la grâce détournerait le cours du torrent qui entraîne tous les hommes, afin qu'elle n'en fût pas même touchée , et qu'elle transmît à son fils qui devait être aussi le Fils de Dieu, l'être humain primitif qui fut créé dans la sainteté et dans la justice.

Le Graduel est formé des éloges que les anciens de Béthulie adressèrent à Judith, après qu'elle eut frappé l'ennemi de son peuple. Judith est un des types de Marie qui a brisé la tète du serpent.

Le Verset alléluiatique applique à Marie les paroles du divin Cantique où l'Epouse de Dieu est déclarée toute belle et sans tache.

rous êtes bénie, ô Vierge par le Si Dieu Très-Haut, plus que toutes les femmes qui son: sur la terre.

j^. Vous êtes la gloire de Jérusalem, la joie d'Israël, l'honneur de notre peuple.

f. Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n'est point en vous. Alléluia.

Ben'edicta es tu,Virgp Maria, a Domino Deo excelso pras omnibus mulieribus super terram.

EN ce temps-là, l'Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une \ ierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la Vierge était Marie. Et l'Ange étant entre où elle était, lui dit : Salut, ô pleine de grâce I Le Seigneur est avec vous ; vous

IN il lo tempore : Missus est Angélus Gabriel a Deo in civitatem Galila?a;.cui nomenXazareth, ad Virginem desponsatam viro, cui nomen erat Joseph, de domo David : et nomen Virginis. Maria. Et ingressus Angélus ad eam, dixit : Ave.gratia plena; Domij.')2 L'A vent.

nus tecum : benedicta tu ! êtes bénie entre les femmes, in mulieribus.

Telle est la salutation qu'apporte à Marie l'Archange descendu du ciel. Tout y respire l'admiration et le plus humble respect. Le saint Evangile nous dit qu'à ces paroles la Vierge se sentit troublée, et qu'elle se demandait à elle-même ce que pouvait signifier une telle salutation. Les saintes Ecritures en reproduisent plusieurs autres, et, comme le remarquent les Pères, saint Ambroise, saint André de Crète, à la suite d'Origène, il n'en est pas une seule qui contienne de tels éloges. La Yierçe prudente dut donc s'étonner d'être le sujet cl'un langage si flatteur, et ainsi que le remarquent les "auteurs de l'antiquité, elle dut penser au colloque du jardin entre Eve et le serpent. Elle se retrancha donc dans le silence, et attendit, pour répondre, que l'Archange eût parlé une seconde fois.

Néanmoins Gabriel avait parlé non seulement avec toute l'éloquence, mais avec toute la profondeur d'un Esprit céleste initié aux pensées divines ; et, dans son langage surhumain, il annonçait que le moment était venu où Eve se transformait en Marie. Une femme était devant lui, destinée aux plus sublimes grandeurs, une future Mère de Dieu ; mais, à cet instant solennel, Marie n'était encore qu'une fille des hommes. Or, dans ce premier état, mesurez la sainteté de Marie telle que Gabriel la décrit ; vous comprendrez alors que l'oracle divin du paradis terrestre a déjà reçu en elle son accomplissement.

Qu'est-ce à dire ? sinon que la seconde femme possède en elle l'élément dont le péché priva la première. Et remarquez qu'il ne die pas seulement que la grâce divine agit en elle, mais qu'elle en est remplie. ce Chez d'autres ce réside la grâce, dit notre saint Pierre Chrvcc sologue, mais en Marie habite la plénitude 0: de la grâce. » En elle tout est resplendissant de la pureté divine, et jamais le péché n'a répandu son ombre sur sa beauté. Voulez-vous connaître la portée de l'expression angélique ? Demandez-la à la langue même dont s'est servi le narrateur sacré d'une telle scène. Les grammairiens nous disent que le mot unique qu'il emploie dépasse encore ce que nous exprimons parce pleine de grâce ». Non seulement il rend l'état présent, mais encore le passé, mais une incorporation native de la grâce, mais son attribution pleine et complète, mais sa permanence totale. Il a fallu affaiblir le terme en le traduisant.

Que si nous cherchons un texte analogue dans les écritures, arin de pénétrer les termes de la traduction au moyen d'une confrontation, nous pouvons interroger l'Evangéliste saint Jean. Parlant de l'humanité du Verbe incarné, il la caractérise d'un seul mot : il dit qu'elle est ce pleine de grâce et de vérité ». Mais cette plénitude serait-elle réelle, si elle eût été précédée d'un moment où le péché tenait la place de la grâce ? Appellera-t-on plein de grâce, celui'qui aurait eu besoin d'être purifié ? Sans doute il faut tenir compte respectueusement de la distance qui sépare l'humanité du Verbe incarné de la personne de Marie au sein de laquelle le Fils de Dieu

a puisé cette humanité ; mais le texte sacré nous oblige à confesser que la plénitude de la grâce a régné proportionnellement dans l'une et dans l'autre.

Gabriel continue d'énumérer les richesses surnaturelles de Marie. « Le Seigneur est avec vous », lui dit-il. Qu'est-ce à dire ? sinon qu'avant même d'avoir conçu le Seigneur dans son chaste sein. Marie le possède déjà dans son âme. Or, ces paroles pourraientelles subsister, s'il fallait entendre que cette société avec Dieu n'a pas été perpétuelle, qu'elle ne s'est établie qu'après l'expulsion du péché ? Qui oserait le dire ? Qui oserait le penser, lorsque le langage de l'Archange est d'une si haute gravité"? Qui ne sent ici Ie contraste entre Eve que le Seigneur n'habite plus, et la seconde femme qui, l'ayant reçu en elle comme Eve, dès le premier moment de son existence, l'a conservé par sa fidélité, étant demeurée telle qu'elle* fut dès le commencement ?

Pour mieux saisir encore l'intention du discours de Gabriel qui vient déclarer l'accomplissement de l'oracle divin, et signale ici la femme promise pour être l'instrument de la victoire sur Satan, écoutons les dernières paroles de la salutation. « Vous êtes bénie entre les femmes » ; qu'est-ce à dire ? sinon que depuis quatre mille ans toute femme ayant été sous la malédiction, condamnée à enfanter dans la douleur, voici maintenant l'unique, celle qui a toujours été dans la bénédiction, qui a été l'ennemie constante du serpent, et qui donnera sans douleur le fruit de ses entrailles.

La Conception immaculée de Marie est donc exprimée dans la salutation que lui adresse Gabriel ; et nous comprenons maintenant le motif qui a porté la sainte Eglise à faire choix de ce passage de l'Evangile.'pour le faire lire aujourd'hui dans l'assemblée deshdèles.

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