L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 95)
Grâces vous soient donc rendues, ô Emmanuel, qui avez daigné placer notre existence dans les jours où fut proclamé, sur la terre, le privilège dont vous avez embelli le premier instant de la vie de celle à qui vous deviez emprunter la nature humaine ! Votre sainteté infinie a brillé d'un nouvel éclat à nos regards ; et nous avons mieux compris l'harmonie de vos mystères. En même temps, nous avons senti qu'appelés nous-mêmes à contracter avec vous les liens les plus intimes en cette vie, et à vous contempler en l'autre face à face, nous devions tendre à nous purifier de plus en plus de nos moindres taches. Vous avez dit : « Heureux ceux dont le cœur « est pur ; car ils verront Dieu » ; la Conception immaculée de votre Mère nous révèle à son tour les exigences de votre souveraine sainteté. Daignez, ô Emmanuel, par l'amour qui vous a porté à la préserver du souffle de l'ennemi, prendre en pitié ceux dont elle est aussi la mère. Voici que vous venez à eux ; dans quelques jours ils oseront aborder votre berceau. Les suites du péché d'origine sont encore visibles en eux, et pour comble de malheur, ils ont ajouté leurs propres fautes à la prévarication de leur premier père ; purifiez, 6 Jésus, leurs cœurs et leurs sens, afin qu'ils puissent paraître devant vous. Ils savent que nulle créature n'atteindra jamais à la sainteté de votre mère : mais ils vous deman55 o L'A vent.
dent le pardon, le retour ae votre grâce, l'a« version pour le monde et pour ses maximes, la persévérance dans votre amour.
O vous qui êtes le Miroir créé de ca Justice divine, plus pure que les Chérubins et les Séraphins, en retour des hommages que notre génération vous a offerts au jourïortuné où la gloire de votre Conception immaculée a été proclamée aux applaudissements de toute la terre, daignez épancher sur nous ce trésor de tendresseef de protection que vous teniez en réserve pour cette heure si longtemps attendue. Le' monde ébranlé jusqu'en ses fondements appelle, pour se raffermir, le secours de votre main maternelle. L'enfer a déchaîné sur la race humaine les plus redoutables de ces esprits de malice qui ne respirent que blasphème et destruction ; mais en même temps l'Eglise de votre fils ressent en elle une jeunesse nouvelle, et la semence de la parole divine se répand et germe en mille endroits. Une lutte formidable est ouverte ; et souvent nous serions tentés de nous demander qui i devra l'emporter, et si le dernier jour du monde n'est pas sur le point de se lever !
O Reine des hommes, l'astre de votre Con-j ception immaculée n'aurait-il brillé au ciel que pour éclairer des ruines ? Le signe annonce par Jean le Bien-Aimé, la Femme qui paraît au ciel revêtue du soleil, le front ceint d'un diadème de douze étoiles, et foulant le croissant sous ses pieds, ce signe n'a-t-il pas plus d'éclat, plus de puissance, que l'arc qui se dessina sur le ciel pour annoncer l'apaisement de la colère divine, aux jours du déluge ? C'est une Mère qui luit sur nous, qui descend
vers nous pour consoler et pour guérir. C'est le sourire du ciel miséricordieux à la terre malheureuse et coupable. Nous avons mérité le châtiment ; la divine justice nous a éprouvés, elle a le droit d'exiger d'autres expiations encore ; mais elle se laissera fléchir. La nouvelle effusion de grâces que le Seigneur a répandue sur le monde, au grand jour dont nous célébrons la mémoire, ne demeurera pas stérile ; nous entrons dès lors dans une autre période, Marie, que l'hérésie blasphémait depuis plus de trois siècles, descend vers nous pour régner ; elle vient porter le dernier coup aux erreurs dont les nations ont été trop longtemps séduites ; elle fera sentir son pied vainqueur au dragon qui s'agite avec tant de rage, et le divin Soleil de justice dont elle est revêtue versera sur le monde renouvelé les flots d'une lumière plus brillante et plus pure que jamais. Nos yeux ne verront pas encore ce jour ; mais déjà nous en pouvons saluer l'aurore.
* Il y a deux siècles, un serviteur de Dieu que l'Eglise a depuis placé sur les autels, votre dévot serviteur, ô Marie, Léonard de PortMaurice semble avoir désigné l'époque de votre triomphe futur comme celle où le monde devait recouvrer la paix. Les agitations au milieu desquelles s'écoule notre existence sont, nous voudrions le croire, le prélude de cette heureuse paix, au sein de laquelle la divine parole pourra parcourir le monde sans entraves, et l'Eglise de la terre cueillir sa moisson pour l'Eglise du ciel. O Mère de Dieu, le monde fut agité aussi dans les temps qui précédèrent votre enfantement divin ;
mais la paix régnait par toute la terre, lorsque, dans Bethléhem, vous lui donnâtes son Sauveur. En attendant l'heure où vous déploierez la force d-s votre bras, assisteznous, dans les touchants anniversaires qui se préparent ; rendez-nous purs et sans aucune tacne, en cette nuit glorieuse au sein de laquelle va sortir de vous Jésus-Christ, Fils de Dieu, Lumière éternelle.
Cor devotum elevetur. Ut dévote celebretur Virginis Conceptio.
Mens amore inflammetur, Et amori copuletur Laus et jubilatio.
Haec concepta miro more Est ut rosa cum nitore, Est ut candens lilium.
Ut fructus exit a flore, Est producta cum pudore, Praeventa per Filium.
Sicut ros non corrumpitur, Quando in terra gignitur, Elementi rubigine ;
Elevez- vous, cœurs pieux, pour célébrer dévotement la Conception de la Vierge.
Que d'amour l'âme s'embrase, et qu'à i'amour s'unissent louange et jubilation.
En sa merveilleuse Conception, elle est comme jla rose en son éclat ; elle est comme le lis en sa blancheur.
Comme le fruit sort de la fleur, elle apparaît avec pudeur; son Fils l'a devancée de sa grâce.
Comme de la terre s'élève la rosée, sans être souillée parla poudre grossière;
Ainsi, dans le sein maternel , la Vierge est conçue sans être flétrie de l'originelle souillure.
Donc , en des hymnes suaves, chantons, en cette Vierge, une Conception sans nuage.
Formée comme les autres mortels, mais pure dès son origine, chœurs, chantez-la dans votre joie;
Afin qu'émue de nos doux accents, elle nous garde, en ce siècle, exempts de tout péché ;
Et qu'à l'article du trépas, elle nous délivre du péril et des gouffres de l'enfer.
Sic Virgo non inficitur, Quum in matre concipitur. Originali crimine.
Hanc conceptam ex semine, Et mundam 'ab origine, I Laudet chorus cum jubile
Ut mota dulci modulo, Nos servet in hoc sasculo Mundos ab omni crimine.
Et in mortis articulo, Liberet a periculo Et inferni voragine.
SEIGNEUR, la parole du Prophète a fait entendre au monde des choses nouvelles et inouïes : elle a annoncé que le salut des créatures aurait lieu au moyen du prodigieux enfantement d'une Vierge. Maintenant donc que l'Eglise, remplie
Nova et inaudita sunt, Domine, quae propheticus sermo intonuit mundo : quod novo "\ 'irginis partu salvatio exorietur creaturarum ; cujus admirabile incarnanoms mysterium quia devota cordium suscepL'A vent.
tione Ecclesia suscipit laetabunda : quaesumus, ut in laudem ejus'.et nova illi cantica déférât et accepta : ut cujus laus ab extremis terrae concinitur. ejus voluntas in toto mundo a fidelibus impleatur. Amen.
de joie, s'apprête à recevoir dans la dévotion de son cœur l'admirable mystère de 1 Incarnation, nous vous prions de lui faire la grâce de célébrer la louange du Verbe incarné dans un cantique nouveau: et qui soit accepté ; afin que celui dont la gloire est chantée jusqu 'aux extrémités de la terre, voie aussi sa volonté accomplie par les fidèles, dans le monde entier. Amen.