L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 96)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 1, éd. 1911 (OCR) · 102 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Aux glorieux noms des défenseurs de la divinité du Verbe dont l'Eglise honore la mémoire au temps de l'Avent, vient s'associer de lui-même le nom de l'intrépide Eusèbe de Verceil. La foi catholique, ébranlée dans ses fondements au ive siècle par l'hérésie arienne, se maintint debout par les travaux de quatre souverains Pontifes : Silvestre, qui confirma le Concile de Nicée; Jules, qui fut l'appui de saint Athanase; Libère, dont la foi ne défaillit pas, et qui, rendu à la liberté, confondit les ariens; et Damase, qui acheva de ruiner leurs espérances. L'un de ces quatre Pontifes brille sur le Cycle, au temps de l'Avent : c'est Damase, dont nous venons de célébrer la mémoire. A côté des Pontifes romains, combattent pour la divinité du Verbe quatre grands Evéques, desquels on peut affirmer que leur cause personnelle était en même temps celle du Fils de Dieu Consubstantiel : en sorte que leur dire anathème était dire anathème au Christ lui-même; tous quatre puissants en œuvres et en paroles, la lumière des Eglises, l'amour du peuple fidèle, les invincibles témoins du Christ. Le premier et le .plus grand des quatre est l'Evêque du second Siège cle l'Eglise, saint Athanase, Patriarche d'Afexandrie ; le deuxième est saint Ambroise de Milan, que nous

avons fêté il y a peu de jours; le troisième est la gloire des Gaules, saint Hilaire, Evêque de Poitiers; le quatrième est l'ornement de l'Italie, saint Eusèbe, Evèque de Verceil. C'est ce dernier que nous avons à honorer aujourd'hui. Hilaire aura son tour et confessera bientôt le Verbe éternel auprès de son berceau; pour Athanase, il paraîtra en son temps, et célébrera dans sa Résurrection triomphante, celui qu'il proclama avec un courage magnanime, en ces jours de ténèbres où la sagesse humaine eût espéré volontiers que le royaume du Christ, après avoir triomphé de trois siècles de persécutions, ne survivrait pas à cinquante années de paix. Saint Eusèbe a donc été élu par la souveraine Providence de Dieu pour conduire le peuple fidèle à la Crèche, et lui révéler le Verbe divin sous les traits de notre faible mortalité. Les souffrances qu'il a endurées pour la divinité du Christ ont été si grandes, que l'Eglise lui a décerné les honneurs du Martyre, quoiqu'il n'ait pas répandu son sang dans les supplices. Lisons maintenant ses mérites dans l'admirab

EUSEBIUS, natione Sardus, Romanas urbis Lector, post Vercellensis Episcopus, ad hanc regendam Ecclesiam merito est creditus divino electus judicio: nam quem nunquam ante constitua electores cognoverant , post habitis civibus, simul ut viderunt, et pordaverunt, tantumEusÈbê, né en Sardaigne, Lecteur de l'Eglise Romaine, puis évêque de Verceil, fut manifestement appelé par le jugement de Dieu à gouverner cette Eglise; car les électeurs, sans l'avoir jamais connu, à l'exclusion de tous leurs concitoyens, le choisirent aussitôt qu'ils l'eurent vu ; et il ne leur fallut pas plus de temps pour

l'apprécier que pour le voir. Eusèbe fut le premier de tous les évêques d'Occident qui établit 'dans son Eglise des Moines faisant les fonctions de Clercs, afin de réunir dans les mêmes hommes le détachement des richesses et la tenue propre aux Lévites. C'était l'époque où les impiétés ariennes envahissaient de toutes parts l'Occident. Eusèbe les attaqua avec vigueur ; et son invincible foi consola le Pape Libère, jusqu'à lui faire supporter la vie. Ce Pontife, reconnaissant en lui la ferveur de l'Esprit de Dieu, le chargea d'aller avec ses Légats plaider devant l'empereur la cause de la foi. Eusèbe parvint avec eux auprès de Constance, et à force de zèle, il en obtint tout ce qu'on se proposait dans cette légation, savoir la célébration d'un concile.

CE concile fut réuni à Milan l'année suivante ; Eusèbe y fut invité par Constance ; et les Légats de Libère désirèrent également et réclaSmèrent sa présence. Bien loin de céder aux trames de la synagogue arienne et de se rendre complice de ses fureurs contre saint Athanase,

que interfuit ut probaretur, quantum ut videretur. Primus in Occidentis partibus in eadem Ecclesia eosdem Monachos instituit esse quos Clericos, ut esset in ipsis viris et contemptus rerum, et accuratio Levitarum. Arianis impietatibus ea tempestate per Occidentem longe lateque traductis, adversus eas viriliter sic dimicavit, ut ejus invicta fides Liberium, summum Pontificem. ad vitae solatium erigeret. Quare hic sciens in ipso fervere Spiritum Dei, quum ei significasset ut pênes Imperatorem, una cum suis legatis patrocinium Fidei susciperet, mox cum illis profectus est ad Constantium , apud

quem enixius agens, quidquid legatione petebatur obtinuit, ut Episcoporum nempe ccetus celebraretur.

Collectum est Mediolani anno sequenti concilium, ad quod a Constantio invitatum Eusebium, concupitumque ac vocatum a Liberii legatis, tantum abest ut malignantium synagoga arianorum contra sanctum Athanasium fuUA vent.

rentium in suas partes adduceret. ut potius diserte statim ipse declarans, e prresentibus quosdarn sibi compertos hceretica labe pollutos, Nica?nam imo Fidem proposuerit iis subscribendam, antequam ca?tera tractarentur. Quod arianis acerbe iratis negantibus, nedum in Athanasiurn recusavit ipse suscribere : quin sancti Dionysii Martyris, qui deceptus ab ipsis subscripserat, captivatam simfilicitatem ingeniosissime iberavit. Quamobrem illi graviter indignantes, post multas illatas injurias, exilio ilium mulctarunt ; sed sanctus vir excusso pulvere, nec Caesaris minas veritus. nec enses obstrictos, exilium veluti su: ministerii officium accepit, missusque Scythopolim, famem, sitim, verbera, diversaque supplicia perpessus, pro fide strenue vitam contempsit. mortem non metuit. corpus carnificibus tradidit.

Quanta in eum tune arianorum crudelitas fuerit ac effrons inverecundia, ostendunt graves litterae plenœroboris. pietatis ac religionis,

dès l'abord il déclara hautement que plusieurs des membres du concile lui étaien. connus pour hérétiques, et proposa de leur faire souscrire la Foi de Xieée, avant de passer outre. Les ariens furieux s'y étant refusés, il refusa pareillement de souscrire^ contre saint Athanase, et même il parvint à dégager avec adresse la simplicité de saint Denys le Martyr, qui, trompé par les hérétiques, avait sonscrit cette condamnation. C'est pourquoi les ariens, vivement irrités contre Eusèbe, après un grand nombre de mauvais traitements, le firent condamner à l'exil ; mais le saint Evêque. secouant la poussière dî ses pieds, sans craindre ni les menaces de César, ni le tranchant du glaive, accepta l'exil comme une fonction de son ministère. Envoyé à Scythopolis, il y souffrit la faim, la soif, les coups et divers supplices, dédaigna courageusement sa propre vie pour la foi, brava la mort, et livra son corps aux bourreaux.

Quelle fut envers lui la cruauté et l'insolence effrénée des ariens, c'est ce que font voir les lettres importantes, pleines de force, de piété et de religion, qu'il

écrivit de Scythopolis au clergé et au peuple de Verceil, et à quelques personnes du voisinage. Cn y voit encore que les hérétiques ne purent jamais ni l'abattre par les menaces et les traitements barbares, ni l'attirer à leur parti au moyen de leurs séduisantes et fallacieuses subtilités. Déporté ensuite en Cappadoce, et enfin dans la Thébaïde de laHaute-Egypte, en punition de sa fermeté, il supporta les rigueurs de l'exil jusqu'à la mort de Constance. Il lui fut alors permis de retourner à son troupeau; mais il ne voulut partir qu'après avoir assisté au concile assemblé à Alexandrie pour réparer les pertes de la foi. Il parcourut ensuite les provinces de l'Orient pour rendre à une santé parfaite, comme un habile médecin, ceux qui étaient infirmes dans la foi. les instruisant dans la doctrine de l'Eglise. Poursuivant cette mission salutaire, il passa en Illyrie. et repassa enfin dans l'Italie qui, à son retour, dépouilla ses vêtements de deuil. Ce fut là qu'il publia, après les avoir expurgés, les commentaires d'Origène et d'Eusèbe de Césarée sur les Psaumes, qu'il avait traduits du grec en latin. Enfin, illustré par tant d'actions excellentes, il mourut à Verceil, sous Vaquas e Scythopoli scripsit ad Vercellensem clerum et populum, aliosque finitimos; equibusetiam est exploratum, ipsorum nec minis inhumanaque saevitia potuisse unquam eum deterreri, nec serpentina blanda subtilitate ad eorum societatem perduci. Hinc in Cappadociam, postremoque ad superiores ^Egypti Thebaidas pro constantiasua deportatus, exilii rigores tulit ad mortem usque Constantii; post quam ad gregem suum reverti permissus, non prius redire voluit, quam reparandis fidei jacturis ad Alexandrinam Synodum sese conferret ; postque, medici praestantis instar peragrans Orientis provincias, in fide infirmos ad integram valetudinem restitueret, eos instituens in Ecclesiae doctrina. Inde salubritate pari digresso in Illyricum, tandemque inltaliamdelato, ad ejusreditum, lugubres vestes Italia mutavit ; ubi postquam Psalmorum omnium expurgatos a se commentarios Origenis edidit. Eusebiique Cœsareensis, quos verterat de Graeco in Latinum : demum tôt egregie factis illustris ad immarcesci56o

bilem gloriae coronam tantis aerumnis promeritam, sub Valentiniano et Valente, Vercellis migravit.

lentinien et Valens, et alla recevoir l'inflétrissable couronne de gloire que tant de tribulations lui avaient acquise.

Athlète invincible du Christ que nous attendons, Eusèbe, Martyr et Pontife, que vos fatigues et vos souffrances pour la cause de ce divin Messie ont été grandes ! Elles vous ont cependant paru légères, en comparaison de ce qui est dû à ce Verbe éternel du Père, que son amour a porté à devenir, par l'Incarnation, le serviteur de sa créature. Nous avons, envers ce divin Sauveur, les mêmes obligations que vous. C'est pour nous qu'il va naître d'une Vierge aussi bien que pour vous; priez donc, afin que notre cœur lui soit toujours fidèle dans la guerre comme dans la paix, en face de nos tentations et de nos penchants, comme s'il s'agissait de le confesser devant les puissances du monde. Fortifiez les Pontifes de la sainte Eglise, afin que nulle erreur ne puisse tromper leur vigilance, nulle persécution lasser leur courage. Qu'ils soient fidèles imitateurs du souverain Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, et qu'ils paissent toujours le troupeau dans l'unité et la charité de JésusChrist.

Considérons la très pure Marie de retour dans sa maison de Nazareth, et se réjouissant de sentir vivre en elle celui qui donne la vie à toute créature, et dont l'amour inonde toujours son cœur. Joseph, le fidèle gardien de sa virginité, met toutes ses complaisances,

après Dieu, dans celle qui lui a été donnée pour épouse, et bénit le Seigneur pour un si riche présent. Les saints Anges se pressent dans cette heureuse maison qu'habitent leur souverain Seigneur et celle qu'il a choisie pour Mère. Rien n'égale la félicité d'un tel séjour : toutefois, le Seigneur a résolu de le visiter par la tribulation, afin d'y faire briller d'un nouveau lustre la patience de celle qu'il a glorifiée par-dessus toutes les femmes, et l'admirable discrétion de son saint époux. Nous placerons ici un dernier fragment des Méditations de saint Bonaventure, dans lequel le Séraphique auteur nous initie, avec sa lumière ordinaire, à toute la plénitude du récit évangélique :

« Or, comme Notre-Dame et le sien époux « Joseph habitaient par ensemble, à même « temps que Jésus croissait dans le sein de « sa mère, ledit Joseph se vint à considérer « qu'elle était enceinte, dont il se chagrina « outre mesure. Prêtes-y bien de l'attention, « d'autant que tu y ' pourras apprendre « maintes belles choses. Si tu doutes po\;r« quoi Notre-Seigneur a voulu que sa mère « eût un homme, pour bien qu'il la voulût « toujours être vierge ; à cela l'on te répond, « pour trois causes, savoir : premièrement, « de peur qu'étant enceinte, elle ne fût diffad mée ; deuxièmement, afin qu'elle jouît du « service et de la société d'un homme ; tier« cernent, à celle fin que l'enfantement du « Fils de Dieu fût caché au diable.

« Joseph donc, considérant à une et plu« sieurs fois sa conjointe, il se chagrinait et « était troublé ; partant, il lui montrait un

,« visage troublé, et détournait les yeux d'elle, < comme d'une méchante, la soupçonnant « d'avoir conçu par adultère. Tu vois comme « Dieu permet que les siens soient vexés par « les tribulations, et toutes pour leur court ronne. Or, il cuidait la congédier en secret. « Véritablement, l'on peut cTire d'icelui que « sa louange est en l'Evangile, d'autant qu'il « y est dit qu'il était homme juste : et par le « Fait, il était d'une grande vertu. Car. non« obstant que l'on dise communément que « l'adultère de l'épouse est pour son homme « quasi le comble de la vergogne, douleur et « fureur, néanmoins il se modérait, et ne « voulait pas accuser icelle. Il passait pa« tiemment par-dessus cette grande injure, « ne se vengeant point ; voire même , vou« lant céder, vaincu qu'il était par sa piété « conjugale, il la voulait renvoyer sous main. « Notre-Dame, pour sa part, ne passa pas « outre sans tribulation, d'autant qu'elle « considérait et voyait troublé icelui dont elle « était quant et quant émoyée. Ce néan« moins, elle gardait humble silence et ca« cnait le don de Dieu. Elle aimait mieux « être réputée vile, que de dévoiler les mys« tères de Dieu même , et dire de soi la « moindre chose qui eût l'air d'appartenir à « jactance. Si est-ce qu'elle priait le Sei« gneur, qu'il daignât par lui-même apporter « remède, et ôter de dessus elle et son mari « la présente tribulation. Tu vois comme « preignante tribulation et angoisse leur « était; mais le Seigneur prit soin de ces « deux saintes gens. « Adoncques, il dépêcha son Ange, qui dit

« à Joseph en songe, que la sienne épouse « d'icelui avait conçu de l'Esprit-Saint, et « qu'il eût à demeurer en toute confiance et « liesse avec icelle. Par quoi, la tribulation « cessant, une grande consolation s'en revint « les éjouir. Mêmement nous échéerait-il à o nous-mêmes, si en nos tribulations nous « savions prendre patience ; vu que Dieu « après la tempête ramène le calme. D'ace bondant, tu ne dois pas douter que jamais « oneques il ne permet à icelle de s'en venir « frapper les siens, sinon pour leur utilité. « Or est-il que Joseph s'enquit des merveilles « de ladite Conception, lesquelles Notre« Dame lui raconta de point en point. Joseph « reste donc et demeure, bien content qu'il « est, avec sa conjointe bénie. Davantage il « la chérit, par delà tout ce qu'on pourrait « dire, d'un chaste amour, et prend fidèle« ment soin d'icelle. Notre-Dame, pour sa « part, demeure confidemment avec lui; « bref, ils vivent gaiement en leur pau« vreté. »

{Bréviaire Mozarabe, Mercredi de la Ire Semaine de VAvent, Capitula.)

ODieu! dont la terre tout entière fait entendre les louanges avec jubilation ; dont les Psaumes proclament la gloire avec mélodie, et confessent la redoutable puissance : manifestez à nos yeux le Sauveur que vous nous préparez. Révélez votre

Deus, cui omnis terra prxconans jubilât laudem ; cujus gloriam canora Psalmi conclamant voce ; cujusque terribilem in tuis operibus fatentur virtutem : notum facito Salutare tuum in conspectu omL'Avenu

nium nostrum. Révéla justitiam tuam, qua possimus te nostrum agnoscere creatorem : et esto memor misericordiae tua?, qua nostrorum criminum mereamur invenire remissionem : ut videntes Salutare tuum, jubilemus tibi hymnum,cantemus in exsultatione Psalmum, et perfrui mereamur tuae beatitudinis praemio.

justice, afin que nous puissions vous reconnaître pour notre créateur, et souvenezvous de votre miséricorde qui peut nous faire mériter la rémission de nos crimes. Alors, voyant celui qui est ! notre Sauveur, nous vous | chanterons une hymne d'alléi gresse ; dans notre joie, nous ferons résonner le Psaume, et nous deviendrons dignes de jouir de la récompense que l'on goûte au sein de votre béatitude. Amen.

Eglise ouvre aujourd'hui la série septénaire des jours qui précèdent la Vigile de Noël , et qui sont célèbres dans la Liturgie sous le nom de Fériés majeures. L'Office ordinaire de l'Avent prend plus de solennité ; les Antiennes des Psaumes, à Laudes et aux Heures du jour, sont propres au temps et ont un rapport direct avec le grand Avènement. Tous les jours, à Vêpres, on chante une Antienne solennelle qui est un cri vers le Messie, et dans laquelle on lui donne chaque jour quelqu'un des titres qui lui sont attribués dans l'Ecriture.

Le nombre de ces Antiennes, qu'on appelle vulgairement les O de l'Avent, parce qu'elles commencent toutes par cette exclamation, est de sept dans l'Eglise romaine, une pour chacune des sept Fériés majeures, et elles s'adressent toutes à Jésus-Christ.

D'autres Eglises, au moyen âge, en ajoutèrent deux autres : une à la Sainte Vierge, O Virgo Virginuml et une à l'Ange Gabriel, O Gabriel ! ou encore à saint Thomas, dont la fête tombe dans le cours des Fériés majeures. Cette dernière commence ainsi : O Thomas Didyme > / Il y eut même des Eglises qui portèrent jusqu'à douze le nombre des grandes Antiennes, en ajoutant aux neuf dont nous venons de parler, trois autres, savoir: une au Christ, O Rex pacifiée! une seconde à la Sainte Vierge, O mundi Domina/ et enfin une dernière en manière d'apostrophe à Jérusalem, O Hierusalem!

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