L'Année liturgique — L'Avent (t. 1) (page 97)
L'instant choisi pour faire entendre ce sublime appel à la charité du Fils de Dieu, est l'heure des Vêpres, parce que c'est sur le Soir du monde, vergente mundi vespere, que le Messie est venu. On les chante à Magnificat, pour marquer que le Sauveur que nous attendons nous viendra par Marie. On les chante deux fois, avant et après ie Cantique, comme dans les fêtes Doubles, en signe de plus grande solennité ; et même l'usage antique de plusieurs Eglises était de les chanter trois fois, savoir : avant le Cantique lui^ même, avant Gloria Patri, et après Sicut erat. Enfin, ces admirables Antiennes, qui contiennent toute la moelle de la Liturgie de l'Ayent, sont ornées d'un chant plein de gravité et de mélodie ; et les diverses Eglises ont retenu l'usage de les accompagner d'une
I. Elle est plus moderne ; mais à partir du xm" siècle, elle remplaça presque universellement -celle : O Gabriel.'
pompe toute particulière, dont les démonstrations toujours expressives varient suivant les lieux. Entrons dans l'esprit de l'Eglise et recueillons-nous, afin de nous unir, dans toute la plénitude de notre cœur, à la sainte Eglise, lorsqu'elle fait entendre à son Epoux ces dernières et tendres invitations, auxquelles il se rend enfin.
O Sagesse, qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut, qui atteignez d'une extrémité à l'autre, et disposez toutes choses avec force et douceur : venez nous apprendre les voies de la prudence.
OSapientia, quae ex ore Altissimi prodiisti, attingensa fine usque ad fincm fortiter, suaviterque disponens omnia : veni ad docendum nos viam prudentiae.
O Sagesse incréce qui bientôt allez vous rendre visible au monde, qu'il apparaît bien en ce moment que vous disposez toutes choses ! Voici que, par votre divine permission, vient d'émaner un Edit de l'empereur Auguste pour opérer le dénombrement de l'univers. Chacun des citoyens de l'Empire doit se faire enregistrer dans sa ville d'origine. Le prince croit dans son orgueil avoir "ébranlé a son profit l'espèce humaine tout entière. Les hommes s'agitent par millions sur ie globe, et traversent en tous sens Fimmense monde romain ; ils pensent obéir à un homme, et c'est à Dieu qu'ils obéissent. Toute cette grande agitation n'a qu'un but : c'est d'amener à Bethléhem un homme et une
femme qui ont leur humble demeure dam: Nazareth de Galilée ; afin que cette femmeinconnue des hommes et chérie du ciel, étant arrivée au terme du neuvième mois depuis la conception de son fils, enfante à Bethléhem ce fils dont le Prophète a dit : « Sa sortie est « dès les jours de l'éternité ; 6 Bethléhem ! « tu n'es pas la moindre entre les mille cités « de Juda ; car il sortira aussi de toi. » O Sagesse divine ! que vous êtes forte, pour arriver ainsi à vos fins d'une manière invincible quoique cachée aux hommes ! que vous êtes douce, pour ne faire néanmoins aucune violence à leur liberté ! mais aussi, que vous êtes paternelle dans votre prévoyance pour nos besoins ! Vous choisissez Bethléhem pour y naître, parce que Bethléhem signifie la Maison du pain. Vous nous montrez par là que vous voulez être notre Pain, notre nourriture, notre aliment de vie. Nourris d'un Dieu, nous ne mourrons plus désormais. O Sagesse du Père, Pain vivant descendu du ciel, venez bientôt en nous, afin que nous approchions de vous et que nous soyons illuminés de votre éclat ; et donnez-nous cette prudence qui conduit au salut.
CHRISTE. Dei Filius. qui in mundo per Virginem natus, Nativitatis tuas terrore et régna concutis, et reges admiO Christ. Fils 'de Dieu, né d'une Vierge en ce monde, vous qui ébranlez les royaumes par la terreur de
gnez les rois à l'admiration : donnez-nous votre crainte qui est le commencement de la sagesse ; afin que nous y puissions fructifier et vous présenter en hommage un fruit de paix. Vous qui, pour appeler les nations, êtes arrivé avec la rapidité d'un fleuve, venant naître sur la terre pour la conversion des pécheurs, montrez-nous le don de votre grâce, afin que toute frayeur étant bannie, nous vous suivions toujours dans le chaste amour d'une intime charité. Amen.
rari compellis, prasbe nobis initium Sapientiae, quod est timor tuus ; ut in eo fructificemur, in eo etiam proficientes, fructum tibi pacatissimum offeramus : ut, qui ad gentium vocationem, quasi fluvius violentus, accessisti ; nasciturus in terris ad conversionem peccantium, manifesta tua* gratia» dona ostendas: quo, repulso terrore formidinis, casto te semper sequamur amore intima; charitatis. Amen.
Adonai, et dux domus Israël, qui Moysi in igné flammae rubi apparuisti. et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in brachio extento.
OAdonaï. Seigneur, chef de la maison d'Israël, qui avez apparu à Moïse, dans la flamme du buisson ardent, et lui avez donné la loi sur le Sinaï ; venez nous racheter dans la force de votre bras.
O Seigneur suprême ! Adonai /venez nous racheter, non plus dans votre puissance, mais dans votre humilité. Autrefois vous vous manifestâtes à Moïse, votre serviteur, au milieu d'une flamme divine; vous donnâtes la Loi à votre peuple du sein des foudres et des éclairs : maintenant il ne s'agit plus d'effrayer, mais de sauver. C'est pourquoi votre très pure mère Marie avant connu, ainsi que son époux Joseph, l'Edit de l'Empereur qui va les obliger d'entreprendre le voyage de Bethléhem, s'occupe des préparatifs de votre heureuse naissance. Elle apprête pour vous, divin Soleil, les humbles langes qui couvriront votre nudité, et vous garantiront de la froidure dans ce monde que vous avez fait, â l'heure où vous paraîtrez, au sein de la nuit et du silence. C'est ainsi que vous nous délivrerez de la servitude de notre orgueil, et que votre bras se
fera sentir plus puissant, alors qu'il semblera plus faible et plus immobile aux yeux des hommes. Tout est prêt, ô Jésus! vos langes vous attendent : partez donc bientôt et vene\ en Bethléhem, nous racheter des mains de notre ennemi.
ette Fête, qui se célèbre aujourd'hui, — ' non seulement dans toute l'Espagne, mais dans presque toutes les Eglises du monde catholique, doit son origine aux Evêques du dixième Concile de Tolède, en 656. Ces Prélats ayant trouvé quelque inconvénient a l'antique usage de célébrer la fête de l'Annonciation de la Sainte Vierge au vingt-cinq Mars, attendu que cette solennité joyeuse se rencontre assez souvent au temps où l'Eglise est préoccupée des douleurs de la Passion, et qu'il est même nécessaire quelquefois de la transférer dans le Temps Pascal, où elle semble présenter une contradiction d'un autre genre, ils décrétèrent que désormais on célébrerait dans l'Eglise d'Espagne, huit jours avant Noël, une fête solennelle avec Octave, en mémoire de l'Annonciation, et pour servirde préparation à la grande solennité de la Nativité. Dans la suite, l'Eglise d'Espagne sentit le besoin de revenir à la pratique de l'Eglise romaine, et de toutes celles du monde entier, qui solennisent le vingt-cinq Mars comme le jour à jamais sacré de l'Annonciation de la Sainte Vierge et de l'incarnation du Fils de Dieu ; mais telle avait été durant plusieurs siècles la dévotion des oeuples pour la Fête
du dix-huit Décembre, qu'on jugea nécessaire d'en retenir un vestige. On cessa donc de célébrer en ce jour l'Annonciation de Marie ; mais on appliqua la piété des fidèles à considérer cette divine Mère dans les jours qui précèdent immédiatement son merveilleux enfantement. Une nouvelle Fête fut donc créée sous le titre de YExpectation de V Enfantement de la Sainte Vierge.
Cette Fête, qui est appelée Notre-Dame de /'O, ou la Fête de /'O, à cause des grandes Antiennes qu'on chante en ces jours, et surtout de celle qui commence O Virgo Virginum ! (qu'on a retenue à Vêpres dans l'Office de YExpectation, sans toutefois omettre celle du jour, O Adonai !) est toujours célébrée en Espagne avec une grande dévotion. Pendant les huit jours qu'elle dure, on célèbre une Messe solennelle de grand matin, à laquelle toutes les femmes enceintes, de quelque rang qu'elles soient, se font un devoir d'assister, afin d'honorer Marie dans sa divine grossesse, et de solliciter pour elles-mêmes son secours. Il n'est pas étonnant qu'une dévotion si touchante se soit répandue, avec l'approbation du Siège Apostolique, dans la plupart des autres Provinces de la catholicité ; mais antérieurement aux concessions qui ont été faites sur cette matière, l'Eglise de Milan célébrait déjà, au sixième et dernier Dimanche de l'Avent, l'Office de Y Annonciation de la Sainte Vierge, et donnait à la dernière Semaine de ce saint temps le nom de Hebdomada de Exceptato, par corruption de Expectato. Mais ces détails appartiennent à l'arcnéologie liturgique proprement dite, et sortiraient du
genre de cet ouvrage ; nous revenons donc à la fête de Y Expectation de la Sainte Vierge, que l'Eglise a établie et sanctionnée, comme un moyen de plus de raviver l'attention des fidèles dans ces derniers jours de l'Avent.
Il est bien juste, en effet, ô Vierge-Mère, que nous nous unissions à l'ardent désir que vous avez de voir de vos yeux celui que votre chaste sein renferme depuis près de neuf mois, de connaître les traits de ce Fils du Père céleste, qui est aussi le vôtre, de voir enfin s'opérer l'heureuse Naissance qui va donner Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre Paix aux hommes de bonne volonté. O Marie ! les heures sont comptées, et elles s'écoulent vite, quoique trop lentement encore pour vos désirs et les nôtres. Rendez nos cœurs plus attentifs ; achevez de les purifier par vos maternels suffrages, afin que si rien ne peut arrêter, à l'instant solennel, la course de l'Emmanuel sortant de votre sein virginal, rien aussi ne retarde son entrée dans nos cœurs, préparés par une ridèle attente.
OVirgo virginum, quomodo fiet istud ? quia nec primam similem visa es, nec habere sequentem. Filiae Jérusalem, quid me admiramini ? Divinum est mysterium hoc quod cernitis.
O Vierge des vierges ! comment cela se pourrat-il faire ? Nulle autre n'a jamais été, ni ne pourra jamais être semblable à vous. — Pourquoi vous étonnez-vous de moi, filles de Jérusalem ? Ce que vous voyez est un mystère divin.
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radix Jesse , qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suurn, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, jam noli tardare.
O REJETON de Jessé, qui êtes comme un étendard pour les peuples ; devant qui les rois se tiendront dans le silence ; à qui les nations offriront leurs prières : venez nous délivrer ; ne tardez plus.
Vous voici donc en marche, ô Fils de Jessé, vers la ville de vos aïeux. L'Arche du Seigneur s'est levée et s'avance, avec le Seigneur qui est en elle, vers le lieu de son repos. <ï Qu'ils sont beaux vos pas, ô Fille du Roi, « dans l'éclat de votre chaussure » (C ant. vu, i ), lorsque vous venez apporter leur salut aux villes de Juda ! Les Anges vous escortent, votre fidèle Epoux vous environne de toute sa tendresse, le ciel se complaît en vous, et la terre tressaille sous l'heureux poids de son Créateur et de son auguste Reine. Avancez, ô Mère de Dieu et des hommes, Propitiatoire tout-puissant où est contenue la divine Manne qui garde l'homme de la mort ! Nos cœurs vous suivent, vous accompagnent, et, comme votre royal ancêtre, nous jurons « de ne point a entrer dans notre maison, de ne point mon« ter sur notre couche, de ne point clore nos « paupières,de ne point donner le repos à nos « tempes, jusqu'à ce que nous ayons trouvé « dans nos cœurs une demeure pour le Seio gneur que vous portez, une tente pour le
« Dieu de Jacob. » Venez donc, ainsi voilé sous les flancs très purs de l'Arche sacrée, 6 rejeton de Jessé, jusqu'à ce que vous en sortiez pour briller aux yeux des peuples, comme un étendard de victoire. Alors les rois vaincus se tairont devant vous, et les nations vous adresseront leurs vœux. Hâtez-vous, ô Messie ! venez vaincre tous nos ennemis, et délivrez-nous.
utérus irise Yirginis qui portavit invisibilem : quem septem throni capere noa possunt in eo habitare dignatus est :
* Et portabat levem in sinu suo. f. Dédit illi Dominus sedem David patris sui, et regnabit in domo Jacob in aeternum. cujus' regni non erit finis.
EUREUX Te sein de la Vierge Marie qui porta le Dieu invisible ! Celui que sept trônes ne peuvent contenir a daigné habiter en elle': * Et elle le portait comme un léger fardeau dans son sein. f. Le Seigneur lui a donné le trône de David son père ; il régnera dans la maison de Jacob à jamais ; son règne n'aura pas de fin. * Et Marie le portait comme un léger fardeau dans son sein.
OClavis David et sceptrum domus Israël, qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in teaebris, et timbra mortis.