L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 17)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

2 06 Le Neiiv. Dimanche après la Pentecôte.

femme était là, qu'ils menacent de tuer si elle ne leur livre aussitôt son festin : « C'est mon fils, leur dit-elle; en voici les restes! » La malheureuse était Marie, fille d'Eléazar, dame opulente naguère et d'une illustre naissance, qui, dans Tégarementde la faim, avait tué son enfant à la mamelle et s'en était nourrie '.

Tant d'horreurs n'arrivaient pointa fléchir l'obstination féroce de Jean de Giscala et de Simon fils de Gioras. En dépit néanmoins de leurs précautions et des cruautés qu'ils exerçaient contre quiconque était soupçonné de pensées d'évasion, une foule d'assiégés gagnaient chaque jour le camp romain en se jetant du haut des murs. Titus, ému d'une si grande misère, les recevait avec bienveillance et leur rendait la liberté. Mais « Dieu, c'est Josèphe qui parle, avait condamné tout ce peuple, et il faisait que les voies mêmes de salut tournaient à sa perte 2. » Plusieurs arrivaient tellement épuisés, qu'ils trouvaient la mort en prenant une nourriture trop longtemps différée. D'autres, en plus grand nombre, tombaient sous les coups des x\rabes et des Syriens qui suivaient l'armée romaine. Car le bruit s'étant répandu que quelques transfuges avalaient leur or en quittant la ville, pour le cacher plus sûrement, ces auxiliaires , étrangers à la discipline des légions et ennemis héréditaires du peuple juif, attiraient les infortunés dans des guetsapens et les dépeçaient sans pitié, dans l'esI. Jos. De bel!. VI, 3 i Deut. xxviiis 53-56. — 2. Jos. De bell. V, i3.

A la Messe. 267

poir de trouver de la sorte à satisfaire leur avarice monstrueuse. Pendant une seule nuit on en compta deux mille dont les entrailles palpitantes furent ainsi répandues *, C'était la mort de Judas -, le supplice de la trahison déicide. Tout ce peuple n'avait-il pas été traître, en effet, au même litre que l'apôtre intidèle ? Judas avait livré le rtls de l'homme aux princes des prêtres et aux chefs de sa nation ; les Juifs le livrèrent aux païens ; et le prophète Zacharie fait porter sur eux tous la responsabilité du marché infâme qui ouvrit les scènes de la passion •'.

Dans la ville, les ravages de la famine dépassaient toute idée. « Aucune ville en aucun temps, dit encore l'historien juif reprenant à son insu le mot du Seigneur, ne vit jamais tribulation pareille '. » En quelques mois on releva le chiffre effroyable de six cent mille morts auxquels fut encore accordé un semblant de sépulture. Quant aux autres, on ne put les compter. Car la force manqua aux survivants, et on laissa les victimes de la faim pourrir pêle-mêle dans les maisons ou sur les places.

Cependant, le 12 juillet, une épreuve plus grande frappa Jérusalem et toute la nation : faute de victimes, le sacrifice perpétuel cessa comme au tenips d'Antiochus -• ; mais cette fois c'était pour toujours. C'était la fin : la fin ouvertement déclarée du mosaisme et de son culte, remplacé désormais sans conteste par

268 Le Neuv. Dimanche après la Pentecôte le Sacrifice de la loi d'amour ; la fin à bref délai d'un siège et d'une guerre qui n'avaient plus leur raison d'être. Une douleur immense, sans compensation, succéda dans les cœurs juifs à la vaine espérance qu'y avaient maintenue jusqu'au bout les faux prophètes '.

L'opiniâtretéde Simon etdeJean n'en rejeta pas moins, même alors, les avances de Titus qui offrait toujours d'épargner le Temple et la ville. La lutte reprit donc, implacable et sans merci. Mais la vigueur des soldats juifs ne répondait plus au fanatisme de leurs chefs; épuisés parla faim, ils n'avaient plus la force persévérante qui eût été nécessaire pour repousser les assauts continus des Romains. Déjà la tour Antonia, 'qui commandait le Temple, était au pouvoir de ces derniers, et chaque jour les voyait serrer de plus près l'édifice sacré. Ses défenseurs voulurent tenter un dernier effort ; s'excitant par la considération de l'extrémité de leurs maux, ils se ruèrent par la vallée du Cédron sur la circonvallation ennemie et chargèrent avec rage le poste établi à la montagne des Oliviers. On eût dit que l'instinct de la vengeance di\ine qui pesait sur eux les ramenait fatalement, pour les derniers combats, à cette place de la prophétie et des pleurs du fils de l'homme où s'était de même engagée, nous l'avons vu, la première bataille. Repoussés, désespérés, en rentrant dans la ville pour n'en plus sortir, ils mirent eux-mêmes le feu aux portiques extérieurs du Temple et abandonnèrent aux Romains la première enceinte -.

I. Jos. De bell. VI, 5. — 2. Ibid. i, 2.

A la Messe. 2/io

Titus cependant voulait sauver le Temple à tout prix. « Mais, dit Josèphe, Dieu l'avait dès lont;tcmps condamné au feu, et ce furent les Juifsqui de nouveau, quelque temps après, posèrent la cause de l'incendie, au jour fatal marcjué par les décrets divins '. > C'était le

4 août ^o, un jour de sabbat, anniversaire de la première. ruine du saint lieu sous Nabuchodonosor. Les gardiens du Temple exaspérés par la souflrance, hébétés par la faim, en vinrent aux prises avec les soldats qui, sur l'ordre de Titus, éteignaient à l'extérieur les restes des incendies allumés dans les jours précédents. Ils furent bientôt rejetés dans le Temple, mais cette fois n'y rentrèrent pas seuls. Pendant qu'ils tombent en foule sous le fer des Romains devenus à l'improviste les maîtres de l'enceinte intérieure, un soldat oubliant les instructions données, poussé, dit l'historien, par une force divine-, s'empare d'un tison embrasé et le jette par une fenêtre dans une des salles attenantes au sanctuaire. La flamme éclate et se propage ; vainement Titus veut l'arrêter. De la montagne de Sion les soldats de Simon la voient s'élever jusqu'au ciel. A son apparition sinistre, affamés et blessés, tournés vers le Temple qui s'écroule, oublient leurs tortures. De toutes ces poitrines, remuées enfin d'un même sentiment, s'échappe une acclamation immense de désespoir, qui, s'unissant aux clameurs des soldats païens, retentit jusque dans les montagnes de la Pérée au delà du Jourdain et de la mer Morte. Tandis que Moriah tout

I. Jos. De bel!, vi, 4. — 2.1hid.

2-0 Le Neuv. Dimanche après la Pentecôte.

en feu semble brûler jusqu'en ses fondements, le sang y lutte avec la flamme ; le nombre des tués est tel que nulle part on ne voit la terre, et qu'on marche partout sur des monceaux de cadavres. Les prêtres réfugiés sur le faîte de leur Temple, les enfants et les femmes, entassés par milliers dans les galeries, périssent dans les flammes avec les trésors du sanctuaire i.

Jean de Giscala, rassemblant les débris de sa troupe, s'était fait jour à travers les bataillons ennemis et avait rejoint Simon dans la ville haute. La lutte devait s'y prolonger quelques semaines encore ; mais c'était l'agonie. Le i" septembre, Sion était prise, saccagée et brûlée comme Moriah, comme la ville basse. La prédiction de notre Evangile était accomplie. Jérusalem, renversée à terre elle et ses nls, n'était plus qu'un amas de décombres fumants. Onzecent millehommes avaient péri durant le siège. De quatre-vingtdix-sept mille prisonniers faits dans toute la guerre, sept cents furent triés pour le triomphe du vainqueur ; ceux des autres qui passaient dix-sept ans furent envoyés aux mines ou réservés pour l'amphithéâtre ; le reste alimenta quelque temps les marchés d'esclaves de l'empire 2.

L'Eglise, dans l'Offertoire, se félicite pour ses fils du soin qu'ils mettent, par la grâce de l'Epoux, à observer les commandements du Seigneur. C'est leur obéissance qui fait que les jugements de Dieu, si terribles pour la

I ES ordonnances du Sei^ gneur sont droites, elles réjouissent les cœurs, et ses jugements sont plus doux que le miel le meilleur, car votre serviteur garde ces lois.

La Secrète implore de Dieu, pour les enfants de l'Eglise, la grâce d'assister dignement au Sacrifice qui renouvelle chaque fois réellement l'œuvre du salut de tous.

I ustitIjE Dc.nini rectae, lastificantes corda, et judicia ejus dulciora super mel et lavum : nam et servus tuus custodit ea.

ACCORDEZ-NOUS, Seigneur, ^ oncede nobis, aux

nous vous en supplions, de cilcbrer dignement ces sacrés Mystères ; car toutes les fois qu'est offert ce Sacrifice commémoratif , c'est l'œuvre de notre rédemption qui s'accomplit. Par JésusChrist notre Seigneur.

Les autres Secrètes comme ci-dessus, page 1 18.

L'Antienne de la Communion formule le mystère de l'union divine réalisée dans le Sacrement.

sumus Domine, hase digne frequentare mysteria : quia, quoties nujus hostiœcommemoratio celebratur, opus nostrae redemptionis exercetur. Per ûominum.

CELL'i qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui, dit le Seigneur

OUI manducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in eo, dicit Dominus.

2-] 2 Le Temps après la Pentecôte.

La sanctification des individus et l'unité du corps social sont les deux fruits des sacrés Mystères. L'Eglise les demande à Dieu dans la Postcommunion.

ous vous en supplions,

Tl'l nobis, quaesumus Domine, comniunio

sacramenti et purificationem conférât, et tribuat unitatem. Per Dominum.

Nous vous en supplions. Seigneur : que la communion de votre Sacrement nous purifie et nous donne l'unité. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Les autres Postcommunions ci-dessus , page 119.

T ES Psaumes, les Antiennes, le Capitule,

L l'Hymne et le Verset, ci-dessus, pages

A.NTiEN.NE DE Magnificat.

SCRIPTUM est enim : Quia domus mea domus orationis est cunctis gentibus : vos autem fecistis illam speluncam latronum : et erat quotidie docens in templo.

IL est écrit : Ma maison est une maison de prières pour toutes les nations ; mais vous, vous en avez fait une caverne de voleurs. Et il enseignait tous les jours dans le temple.

L'Oraison, ci-dessus, page 243.

T ES manuscrits provenant des abbayesd'Ep*-« ternach et de Prum nous donnent cette antique Séquence, appropriée aux sentiments que doit inspirer à toute âme le récitdes vengeances de Dieu sur Jérusalem.

Le Neiiv. Dimanche après la Pentecôte. 2;

Ovous qui gouvernez les célestes royaumes,

L'unique consolation de ceux qui souffrent ; vous qui pleurez sur les murs condamnés de la triste Jérusalem :

Délivrez-nous de la vraie ruine, faites que nos pleurs préviennent les vôtres.

O âme mille fois malheureuse désignée par ces pleur-, c'est le dernier de tes jours, lamentable à jamais, qu'ici tu célèbres!

Ne me cache pas, pour ton malheur, ces temps qui viendront : ne t'expose pas aux châtiments de ce jour funeste.

Fais que tu n'aies pas, serrée des retranchements ennemis, pressée d'angoisses, à cbercner où te cacher.

Jetée à terre, remparts détruits, n'aie pas à gémir écrasée sous tes ruines :

Pour avoir, ignorant la visite du Seigneur à cette heure, suivi avidement tes plaisirs.

QUI ccelorum contines régna ;

Dolentum qui consolatio probaris unica ; Umbrosœ qui fies Jérusalem ruitura moenia :

Nosmet a ruina vera, petimus libéra ; Prsevenire tua nostra tribue lamenta.

O anima valde miserrinia, hoc lamento signata ; Quae diera tuam transitoriam hic célébras deflendam !

Malis abscondisti me Ventura tempora ; In die pcenas ne perforas aliéna.

Da vallo circumdata, Ne pressa angustia, Requiras latibula.

Ne terra consternata, Lapidibus vacua, Ipsis gemas misera.

Visitationis quia praesentis inscia, Delectationes tuas sequeris avida.

2-J4 ^e Temps après la Pentecôte.

Exclama : Peccavimu5, Reatum cognoscimus. Detur gratis venia.

Ad te jam confugimus; A malis eruamur : Refugium, Domine, te

da.

ûemus ut gratias per cuncta sscula.

Ecrie-toi : J'ai péché, je reconnais mon crime, qu'il me soit fait grâce miséricordieuse.

A vous enfin nous accourons, voulant échapper à ces maux : Seigneur, donnezvous à cous pour refuge ;

Nous vous rendrons grâces dans tous les siècles.

L'ancienne Préface romaine de ce jour ne s'éloigne pas du même ordre de considérations.

VERE dignum tibi gratias agere, aeterne Deus : et tuam misericordiam totis nisibus exorare, ne pro nosîra nos iniquitate condemnes, sed pro tua pietate in via recta semper disponas ; nec, sicut meremur, delinquentibus irascaris, sed fragilitati nostrae invicta bonitate subvenias.

C'est une chose vraiment digne de vous rendre grâces, Dieu éternel, et d'implorer votre miséricorde de toutes les forces de notre âme, afin que nous ne soyons pas condamnés pour notre iniquité, mais mis et maintenus par votre bonté dans la voie droite. Ainsi n'auronsnous pas à subir la colère méritée pour nos crimes, mais à bénéficier du secours que notre faiblesse tiendra de votre invincible bont^.

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hk^^ximM

k ruine de Jérusalem a clos le cycle prophétique danssa partie consacrée aux institutions et à l'histoire du temps des figures. L'autel du vrai Dieu, fixé par Salomon sur la cime de Moriah, était pour le monde ancien le titre authentique de la véritable religion sous la loi de l'attente. Même après îa promulgation du Testament nouveau, l'existence permanente de cet autel, reconnu comme seul légitime autrefois par le Très-Haut ', pouvait jusqu'à un certain point couvrir encore les partisans attardés de l'ancien ordre de choses. Après sa destruction définitive, aucune excuse n'existe plus; les plus aveugles sont bien obligés de reconnaître l'abrogation complète d'une religion réduite par le Seigneur a l'impossibilité d'offrir jamais des sacrifices qui faisaient son essence.

l. Deut. XII, l3-l4.

2^6 Le Temps après la Pentecôte.

Les ménagements que la délicatesse de l'Eglise gardait jusqu'ici pour la synagogue expirante n'ont plus de raison davantage. C'est dans la pleine liberté de ses allures "de reine et d'épouse qu'elle va continuer d'aller aux nations, pour dompter par la puissance de l'Esprit leurs instincts farouches, les unifier en Jésus-Christ, et les établir par la foi dans la possession substantielle, quoique non visible encore ', des éternelles réalités qu'annonçait la loi des figures.

Le Sacrifice nouveau, qui n'est autre que celui de la croix et de l'éternité, apparaît toujours plus comme l'unique centre où sa vie est fixée en Dieu avec le Christ son Epoux 2, et d'où dérive l'activité qu'elle déploie pour convertir et sanctifier les hommes des générations successives. L'Eglise, de plus en plus féconde, demeure plus que jamais stabilisée dans la vie d'union qui lui vaut cette fécondité merveilleuse.

On ne doit donc pas s'étonner si la sainte Liturgie, qui est l'expression de la vie intime de l'Epouse, reflète maintenant mieux que jamais cette stabilité de l'union divine. Toute gradation disparaît, quant aux formules préparatoires du Sacrifice,-' dans la série des semaines qui vont suivre. Dans les lectures elles-mêmes de l'Office de la nuit, à partir du mois d'août, les livres historiques ont fait, ou vont faire place aux enseignements de la divine Sagesse, qui seront suivis bientôt des livres de" Job, Tobie, Judith, Esther, sans autre lien entre eux que celui de la sainteté

I. Heb. XI, I. — 2. Col. m, 3.

Le Dix. Dimanche après la Pentecôte. 2yj

en précepte ou en acte. Les rapprochements qu'on remarciuait encore jusqu'ici entre ces lectures et la conipogition des Messes du Temps après la Pentecôte, ne sont plus autrement saisissables.

Nous devrons donc nous renfermer désormais, pour chaque Dimanche, dans le commentaire de l'Epître et de l'Evangile, laissant comme l'Eglise à l'Esprit divin le soin de faire lever et se développer, selon qu'il voudra en chacun ', la doctrine qu'elle sèmera de concert avec lui d'une façon si variée. C'est l'avis même qui ressort de l'Epître du jour.

Le grand événement qui devait marquer la consommation des prophéties en renversant les barrières judaïques, vient d'affirmer d'une façon éclatante l'universalité du règne de l'Esprit sanctificateur ; depuis la glorieuse Pentecôte, en effet, il a conquis la terre 2; et l'Eglise, en s'inquiétant peu désormais de suivre un ordre logique dans les enseignements de sa Liturgie, fait profession de se confier moins, pour la réforme des âmes, aune méthode quelconque, qu'à la vertu réunie du Sacrifice et de la parole sainte, mise en œuvre divinement par la spontanéité de cet Esprit d'amour 3.

Ce Dimanche peut être déjà le deuxième de la série dominicale qui autrefois prenait son point de départ à la fête de saint Laurent, et tirait son nom {post Sancti Laurentii) de la solennité du grand diacre martyr. On le nomme aussi le Dimanche de l'humilité ou du

I. I Cor. XII, II. — 2. Sap. I, 7. — 3. JoHAN. m, 8.

2^8 Le Dix. Dimanche après la Pentecôte.

Pharisien et du Publicain, à cause de l'Evangile du jour. Les Grecs le comptent pour !e dixième de saint Matthieu ; ils y lisent Vé\>\- sodc du Lunatique, rapporté au chapitre xv:i« de cet Evangéliste.

L'humble et suppliante confiance que l'E- glise met dans le secours de son Epoux, la préservera toujours des abaissements qui ont châtié la jalousie persécutrice et l'orgueil de la synagogue. Elle exhorte ses fils à l'imiter dans leurs sollicitudes, et ne cesse de faire monter vers le ciel les accents de sa prière.

CUM clamarem ad Dominum , cxaudivit vocera meam ab his qui appropinquant mihi : et humiliavit eos. qui est ante sacula, et manet in asternum : jacta cogitatum tuum in Domino, et ipse te enutriet.

Ps. Exaudi, Deus. orationem meam, et ne despexeris deprecationem meam : intende mihi, et exaudi me. Gloria Patri. Cum clamarem.

LORSQUE je criais au Seigneur, il a exaucé ma voix et m'a délivré de ceux qui s'approchent de moi en ennemis; il les a humiliés celui qui est avant les siècles et demeure éternellement. Jetez vos sollicitudes dans le Seigneur, et lui-même vous nourrira.

Ps. O Dieu, exaucez ma prière et ne méprisez pas mes supplications : regardezmoi favorablement, exaucezmoi. Gloire au Père. Lorsque je criais.

Toujours sous l'émotion des justices éclatantes exercées contre le peuple juif, la Mère

.1 la Messe.

commune rappelle à Dieu que les merveilles de la miséricorde et de la grâce font ressortir encore plus sa toute-puissance ; elle demande, dans la Collecte, une eftusion abondante de cette i;rûce sur l'assemblée chrétienne. Mais i]u"elle grandeur n'a pas, quelle sublimité ne présentait pas autrefois surtout que le rapprochement était plus immédiat, l'attitude de l'Kglise, lorsqu'on réponse au récit que lui fait son Kpoux delà plusetl'royable vengeance que la juste colère de son Père ait jamais exercée, vraiment épouse et mère, elle ose, elle, débuter par ces mots: Deiis qui omnipotentiam tiiam parcendo maxime ET MisERANDo mauifestac !

ODlEU qui manifestez votre toute-puissance surtout dans le pardon et la miséricorde, multipliez sur nous vos grâces, afin que. courant par elles à la béatitude que vous avez promise, nous devenions participante des biens célestes. Par JésusChrist notre Seigneur.

DEUS, qui omnipotentiam tuam parcendo maxime et miserando manifestas : multiplica super nos misericordiam tuam ; ut ad tua promissa currentes, cœlestium bonorum facias esse consortes. Per Dominum.

Les autres Collectes comme ci- dessus, page I oô.

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. L Chap. xii.

MES Frères, vous savez que lorsque vous étiez païens, vous alliez comme on

Lectio Epistola? beati Pauli ApostoH ad Corinthios. L Cap. xii.

PATRES, Scitis quoniam cura Gentes essetis, ad simulacra

2 8o Le Dix. Dirnanche après la Pentecôte.

muta prout ducebamini euntes. Ideo notum vobis facio, quod nemo in Spiritu Dei loquens, dicit analhema Jesu. Et nemo potest dicere, Dominus Jésus, nisi in Spiritu Sancto. Divisiones verp gratiarum sunt, idem autera Spiritus. Et divisiones ministrationum sunt, idem autem Dominus. Et divisiones operationum sunt, idem vero Deus, qui operatur omnia in omnibus. Unicuique autem datur manifestatio Spiritus ad utilitatera. Alii quidem per Spiritum datur ?efmo sapienti^ : alii autem sermo scientiae secundum eumdem Spiritum : alteri fides in eodem Spiritu : alii gratia sanitatum in uno Spiritu : alii operatio virtutum, alii prophetia, alii discretio spirituum, alii gênera linguarum. alii interpretatio sermonum. Hîec autem orania operatur unus atque idem Spiritus, dividens singulis prout vult.

vous menait aux idoles muettes. Je vous déclare donc que nul homme, parlant par l'Esprit de Dieu, ne dit anathème à Jésus; et que nul ne peut dire: Seigneur Jésus, sinon par l'Esprit-Saint. 11 y a diversité de grâces, mais un même Ksprit. Il y a diversité de ministères, mais un même Seigneur. Il y a diversité d'opérations, mais un même Dieu qui opère tout en tous. Or les manifestations de l'Esprit sont données à chacun pour l'utilité commune. Car à l'un est donnée par lEsprit la parole de la sagesse, à l'autre celle de la science selon le même Esprit ; l'un reçoit du même Esprit la foi, l'autre la grâce de guérir les maladies dans cet unique Esprit; un autre le don des miracles, un autre celui de prophétie, un autre le discernement des esprits, un autre le don de parler diverses langues, un autre celui de les interpréter. Or toutes ces choses ont pour auteur un seul et même Esprit, qui divise à chacun ses dons selon qu'il lui plaît.

LE rejet de la synagogue vient de manifester l'Eglise comme héritière unique des promesses" i et dépositaire sans rivale des

A la Messe. 281

dons de Dieu ; elle conduit ses fils au Docteur des nations, pour apprendre de lui les principes qui doivent diriger l'appréciation ou l'usage de ces dons. Ainsi qu'on l'aura compris a la lecture de l'Epître, il s'agit ici de faveurs toutes gratuites qui formaient plus ou moins à r< ngine le lot commun des assemblées chrétiennes, et sont restées depuis le privilège de quelques âmes engagées d'ordinaire, quoique non toujours nécessairement, dans les voies spéciales de la Théologie mystique. Si, le plus souvent, les fidèles ne doivent pas rencontrer en eux-mêmes ces facultés infuses de la prophétie, de la science surnaturelle, du don aes langues ou du miracle proprement dit, la Vie des Saints n'en forme pas moins toujours le patrimoine commun des enfants de l'Eglise; ils ne peuvent donc point négliger de s'entourer des lumières utiles pour la comprendre, et pour mieux profiter d'une étuae qui doit leur être si précieuse. Dans cette partie de l'année liturgique consacrée plus spécialement à célébrer les mystères de l'union divine, il importait de rencontrer la notion précise sans laquelle on risquerait de confondre ce qui, dans cette vie supérieure, est la perfection intime de l'âme et sa vraie sainteté, avec les phénomènes extrinsèques, intermittents, variables à l'infini, qui ne sont que le rayonnement divinement capricieux de l'Esprit d'amour.

Telles sont les raisons pour lesquelles l'Eglise ouvre aujourd'hui a cet endroit le livre de l'Apôtre. Si nous voulons entrer pleinement dans sa pensée, ne bornons point

282 Le Dix. Dimanche après la Pentecôte.

notre attention aux "quelques lignes qu'on vient d'en lire ; la fin du chapitre d'où elles sont tirées, les deux qui suivent également, ne font qu'un même tout avec elles et n'en peuvent être séparés '. Avec l'exposé de principes qui ne changent pas, nous trouvons là un instructif tableau de ce qu'étaient les réunions des Eglises, en ces temps où la toutepuissance de l'Esprit ouvrait partout simultanément et faisait couler a pleins bords la double source du miracle et de la sainteté.

La conquête rapide de l'univers, qui devait faire resplendir dès le commencement la catholicité de l'Eglise, exigeait un grand déploiement de la vertu d'en haut; pour que la promulgation de l'alliance nouvelle s'accomplit avec autorité parmi les hommes, il avait fallu que Dieu l'entourât de formes solennelles et authentiques, en la confirmant par des signes dont lui seul pouvait être l'auteur. De la vient que l'Esprit divin ne prenait guère alors possession d'une âme par le saint baptême, sans démontrer extérieurement la réalité de sa présence dans le nouveau chrétien par quelqu'une des manifestations qu'énumère l'Apôtre. Ainsi le témoin du Verbe - accomplissait-il dans l'unité la double mission qu'il avait reçue, de sanctifier en vérité les fidèles du Christ ^, et de convaincre de péché le monde resté rebelle à la parole des messagers de l'Evangile *.

Trois genres de preuves formaient en effet

I. l-Cor- xn, xui, xiv. — 2. Johan. xv, 26. — 3. Ibid.

xvn, 17. — 4. Ibid. XVI, 8-1 1 ; I Cor. xiv, 22, 24, 2 5.

.4 la Messe. 2 S. 3

pour le monde, d'après saint Paul ', un sûr garant de la divinité de Jésus-Christ: sa résurrection d'entre les morts, la sainteté de ceux qui se faisaient ses disciples, enfin les prodiges sans nombre accompagnant la prédication de ses Apôtres et la conversion des gentils. Sans rappeler autrement aujourd'hui fa première de ces prcmes qui sera proposée de nouveau dans huit jours à nos méditations, la divinité de la loi que Jésus de Nazareth avait donnée au monde s'affirmait pleinement par la transformation sublime de cette terre, oïi, on pouvait le redire quand il naquit pour nous sauver, toute chair avait corrompu sa voie ^. Aucun argument ne pouvait l'emporter, pour les vrais philosophes, sur cette démonstration qui consistait a faire germer en tous lieux du sein de la pourriture une moisson digne du ciel, à remplacer par les moeurs et les aspirations des anges, dans l'homme avili, le règne des appétits de la bète; car faire prévaloir ainsi sur la corruption la bonne odeur du Christ •'', vivre de sa vie comme faisaient les chrétiens, c'était révéler Dieu aux hommes en manifestant la vie même de Dieu dans une chair, mortelle '.

Mais pour le vulgaire qui ne sait point remonter au delà du présent ni s'élever audessus des sens, pour tant d'êtres malheureusement abrutis chez qui la vertu qui ne partage point leurs débauches ne fait qu'exciter de stupides étonnements et d'ineptes

284 Le Dix. Dimanche après la Pentecôte.

blasphèmes 1, l'Esprit-Saint avait préparé une démonstration tangible et visible, a la portée de tous, dans cette exubérance de dons surnaturels en activité partout où se trouvait une Eglise. Le don des langues, qui avait aidé si puissamment la prédication des Apôtres au )our de la Pentecôte 2, se multipliait avec une stupéfiante largesse autour des fontaines baptismales 3 ; il continuait d'être le signe par la force duquel l'incroyant, surpris d'abord, inclinait peu à peu vers la parole de la foi sa pensée et son cœur*. Mais l'œuvre de sa conversion avançait plus encore, lorsqu'introduit dans la réunion de ces hommes de son voisinage qu'il n'avait connus jusque-là que dans la simplicité des rapports de la vie civile, il les retrouvait transformes en prophètes et pénétrant jusqu'aux plus secrets replis de son âme inndèle : convaincu par tous, jugé par tous, il tombait la face contre terre, adorant Dieu et prononçant que le Seigneur était vraiment dans cette assemblée '•>.

Les Corinthiens auxquels écrivait saint Paul étaient riches de ces dons spirituels; •rien ne leur manquait en ce genre de grâces, et l'Apôtre en remerciait pour eux le Père de tout bien; caria bonne nouvelle s'en était trouvée chez eux merveilleusement affermie ". Mais celui-là se fût trompé grandement, qui eût voulu conclure de cette profusion de l'Esprit envers leur Eglise à la perfection des

I. I Petr. IV, 4. — 2. Act. II, 6-11. — 3. Ibid. X,

44-48. — 4. I Cor. XIV, 22. — 5. Ibid. 24-25. —

.1 la Messe. 285

Corinthiens. La jalousie, la vanité, l'entêtement, d'autres défauts encore, ne leur méritaient que trop l'épithète de charnels qui leur était appliquée par l'Esprit-Saint, et empochaient le Docteur des nations de les traiter autrement qu'en enfants incapables Je s'élever dans les hauteurs de la doctrine '. Ces privilégiés des grâces gratuites montraient donc bien, dès lors, la ditVérence d'estime qu'il convient au chrétien d'établir entre ces faveurs brillantes, mais stériles pour l'âme, et la grâce justifiante et sanctifiante qui fait l'ami de Dieu.

Fruit régulier des Sacrements institués pour tous par la divine munificence, cette dernière est la base nécessaire du salut ; mesure unique de la gloire future, elle tire du seul mérite de chacun son développement et sa croissance. La grâce gratuite au contraire, irré§ulière et spontanée dans son origine comme ans ses allures, ne provient chez l'homme de dispositions ni de mérites d'aucune sorte. Comme l'autorité sur les âmes et les divers ministères dont il est aussi question dans notre Epître, elle a pour but moins l'utilité de celui qui la reçoit que celle de tous ; et ce but, elle l'atteint, quelles que soient d'ailleurs les vertus ou les imperfections de l'instrument qu'elle a voulu choisir. Le miracle ou la prophétie ne supposent donc point nécessairement, par eux seuls, tel ou tel degré de sainteté dans le prophète ou le thaumaturge. Mieux encore que nos Corinthiens, Balaam et Judas en fournissent la

2 86 Le Dix. Dimanche après la Pentecôte.

preuve; Dieu, qui avait ses vues indépendantes de leur malice, maintenait en eux ses dons, comme il le fait dans le prêtre indigne exerçant validement, malgré le péché, des pouvoirs plus divins que nuls autres. Au jour du jugement, déclarait l'Homme-Dieu, beaucoup me diront : « Seigneur, Seigneur, est-ce « que nous n'avons pas prophétisé ei votre « nom, chassé les démons en votre nom, « opéré en votre nom de nombreux niira« clés ? » Et alors je leur dirai hautement : € Je ne vous ai jamais connus; retirez(( vous de moi, ouvriers d'iniquité *. »

Aujourd'hui que ces manifestations de la puissance surnaturelle, n'étant plus nécessaires à la promulgation de l'Evangile, sont devenues moins fréquentes, il est rare sans doute qu'elles ne soient pas dansunchrétien l'indice d'une intimité véritable et sanctifiante établie entre lui et l'Esprit d'amour. L'Esprit qui élève ce chrétien au-dessus des voies communes se complaît dans son œuvre; il aime à attirer sur elle l'attention du peuple fidèle ou de quelques privilégiés qui, émus par ces signes extraordinaires, rendent gloire a Dieu de ce qu'il fait dans cette âme. Alors même pourtant, on jugerait mal du degré d'avancement de l'âme favorisée, au nombre ou â l'éclat de ces faveurs du dehors. C'est le développement de la charité par l'exercice des vertus qui seul fait les saints ; l'union divine, dans ce qu'elle a d'accessible à tous comme sur les sommets réservés de la Théologie mystique, ne dépend aucunement de

A la Messe. 2 ^j

ces brillants phénomènes; et ceux-ci, quand ils se produisent dans un sujet, n'attendent

foint généralement sa consommation dans amouV qui seule lui donnera, s'il est fidèle, la perfection de la vraie sainteté.

Quelle conclusion poserons-nous pratiquement, sinon cette parole qui résume la doctrine de l'Apôtre : En eux-mêmes estimez tous ces dons comme l'œuvre de l'EspritSaint qui enrichit par eux diversement le corps social * ; n'en méprisez aucun - ; mais quand vous les rencontrerez, préférez comme meilleurs ^ ceux qui vont davantage à l'édification de l'Eglise et des âmes *.

Enfin, et surtout, écoulons saint Paul disant à la suite : a J'ai à vous montrer une voie autrement excellente ■'• ! Quand je parlerais toutes les langues des hommes et dés anges, quand je serais prophète et connaîtrais tous les mystères et posséderais toute science, quand j'aurais la roi qui transporte les montagnes : si je n'ai point la charité, je ne suis rien, rien ne me sert. La prophétie disparaîtra, les langues cesseront, la science s'évanouira dans la lumière : la charité ne finira pas, elle l'emporte sur tout ** ! »

L'Eglise, au Graduel, revient de nouveau sur la confiance d'Epouse qu'elle met dans le secours de son Dieu; forte de l'amour qu'elle lui porte et qui la dirige dans les voies de l'équité, elle ne craint point ses jugements.

Le Verset exalte la gloire de l'Epoux dans Sion ; mais cette fois, et maintenant pour jamais, il s'agit ici de la vraie Sion, de la nouvelle Jérusalem.

CUSTODI me, Domine, ut pupillam oculi ; sub umbra alarum tuarum protège me.

f. De vultu tuo judicium meum prodeat : oculi tui videant sequitatem.

Alléluia, alléluia.

f. Te decet hymnus, Deus, in Sion : et tibi reddetur votum in Jérusalem. Alléluia.

i~^ ARDEZ-MOI , Seigneur , ^-* comme la prunelle de l'œil : protégez-moi sous

1 ombre de vos ailes.

f. Que mon jugement sorte de la lumière de votre face ; que vos yeux voient l'équité.

Alléluia, alléluia.

f. A vous, ô Dieu, convient la louange en Sion ; à vous l'on rendra des vœux dans Jérusalem. Alléluia.

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam.

IN illo tempore : Dixit Jésus ad quosdam, qui in se confidebant tamquam justi, et aspernabantur caeteros, parabolam istam : Duo homines ascenderunt in templum ut orarent : unus pharisaeus, et aller publicanus. Pharisaïus stans , haec apud se orabat: Deus, gratias ago tibi, quia non sum sicut caeteri hominum : raptores, injusti, adulteri, velut etiam hic puLa suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap.

EN ce temps-là, Jésus dit cette parabole à quelquesuns qui se confiaient en euxmêmes comme étant justes et méprisaient les autres : Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l'un était pharisien, et l'autre publicain. Le pharisien se tenant debout

6 riait ainsi en lui-même . O lieu, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, ni même comme ce publicain.

A la Messe.

Je jeûne deux fois la semaine ; je donne la dime de tout ce que je possède. Or le publicain, se tenant de loin, n'osait même lever les yeux au ciel ; mais il frappait sa poitrine, en disant : Dieu, ayez pitié de moi pécheur ! Je vous le dis : celui-ci redescendit chez lui justifié, mais non l'autre; car quiconque s'élève sera humilié, et quiconque s'humilie sera élevé.

blicanus .lejuno bis in sabbato : décimas do omnium, qua: possideo. lù publicanus a longe stans, noiebat nec oculos ad coclum levare : sed percutiebat pectus suura, dicens : Deiis, propitius esto mihi peccatori. Dico vobis : Descendit hic justilicatus in domum suam ab illo : quiaomnis qui se exaltât, humiliaoitur : et qui se humiliât, exaltabitur.

LE Vénérable Bède, commentant ce passage de saint Luc ', en explique ainsi le mystère : <i Le pharisien, c'est le peuple juif qui, se prévalant des justices de la loi , vante ses mérites; le publicain est le gentil qui, resté loin de Dieu, avoue ses crimes. L'orgueil de l'un fait qu'il s'éloigne abaissé; l'autre, relevé par ses gémissements, mérite d'approcher dans la louange. C'est des deux peuples, comme de tout humble et de tout superbe,

3u'il est de même écrit ailleurs: L'élèvement u cœur précède la ruine, et l humiliation de l'homme son élévation en gloire -. »

On ne pouvait donc choisir, dans le saint Evangile, un enseignement qui convînt mieux après le récit de la chute de Jérusalem. Les enfants de l'Eglise qui la virent, à ses premiers jours, humiliée dans Sion j sous l'arrogance de la synagogue, comprennent maintenant cette parole tlu Sage : // est

I. Bed :n T.uc. V. — 2. Prov. .Wlll, 12.

Le t: .\.p aprs'-; la pbniecôte. — t. h.

2C)0 Le Dix. Dim. après la Pentecôte.

meilleur d'être humilié avec les doux, que de partager les dépouilles avec les superbes ' ! Selon un autre mot des Proverbes, la langue du Juif, cette langue qui décriait le putlicain et accusait le gentil, est devenue dans sa bouche comme une verge d'orgueil- qui l'a frappé à son tour en attirant sur lui la ruine. Mais la gentilité, en adorant la justice des vengeances du Seigneur, en chantant ses bontés, doit éviter de prei.dre elle-mériie la voie où s'est perdu le peuple infortuné dont elle tient la place. La faute d'Israël a posé le principe du salut des nations, dit saint Paul ^, mais son orgueil serait aussi leur perte ; et tandis qu'Israël est assuré par ses prophéties d'un retour en grâce à la fin des temps *, rien ne garantit un second appel de la miséricorde aux nations redevenues criminelles après leur baptême. Si, aujourd'hui, la puissance de l'éternelle Sagesse fait porter aux gentils des fruits de gloire et d'nonneur ^, qu'ils n'oublient donc jamais leur stérilité première; alors l'humilité qui seule peut les garder, comme seule naguère elle attira sur eux les regards du Très-Haut, leur demeurera facile, et en même temps ils comprendront la considération dont doit toujours, malgré ses fautes, être entouré l'ancien peuple. Pendant que le vice originel de leur naissance faisait des peuples gentils comme autant d'oliviers sauvages ne produisant que des fruits sans valeur^ l'olivier franc, dans les branches duquel coulait la sève de la

I. Prov. XVI, 19. — 2. Ibid. xiv, 3.— 3. Rom. xi, II.

— 4. Ibid. 25-27. — 5. Eccli. XXIV, 23.

.4 la Messe. 2g i

grâce, croissait ailleurs, puisant pour ses rameaux la sanctification dans la racine sainte des patriarches bonis de Dieu '. Or cet arbre de salut est toujours le même. Quelc^ues branches, il est vrai, étant tombées a terre, d'autres les ont remplacées ; mais cette accession des gentils, admis par grâce à enter leurs rameaux sur la tige sacrée, n'a changé ni cette tige, ni sa racine. Le Dieu des nations n'est point autre que le Dieu d'Isaac et de Jacob; la souche unique du céleste olivier plonge toujours dans le sein d'Abraham : c'est de la foi de ce juste sans pareil '^, de la bénédiction promise à lui 3 et à son germe divin * pour toutes les familles du monde, que procède la sève vivace et luxuriante qui transformera la gentilité dans toute la suite des âges. Que les nations chrétiennes, en quête de leurs origines, se gardent donc d'oublier la principale ! Les fondateurs des empires de la terre ne sont point devant Dieu les vrais pères des peuples ; dans l'ordre des intérêts surnaturels, les seuls qui doivent compter ici-bas, Abraham l'Hébreu ■'■, sorti de Chaldée à la voix du Très-Haut 6, est devenu dès lors par la fécondité de sa . foi l'unique père des nations '.

Nous comprendrons maintenant cette parole de l'Apôtre : « Arbre sauvage, greffé malgré ta nature sur le franc olivier, ne te glorifie point contre les premiers rameaux

6. IbiJ. XII, 1-4. — y. IhiJ. XVII, 4-7.

2Q2 Le Dix. Dimanche après la Pentecôte.

Que si tu es tenté de présomption à leur endroit, songe que ce n'est point toi qui portes la racine, mais la racine qui te porte. Ne t'élève donc pas, mais tiens-toi dans la crainte *. »

L'humilité, qui produit en nous cette crainte salutaire, est la vertu qui met l'homme à sa vraie place, dans sa propre estime, à l'égard de Dieu comme de ses semblables. Elle repose sur la conscience intime que la grâce nous met au cœur du tout de Dieu en l'homme et du vide de notre nature, abaissée encore de notre fait à nous-mêmes, par le péché, au-dessous du néant. La raison seule suffit pour donner à qui réfléchit un instant la conviction du néant de toute créature ; mais à l'état de conclusion purement théorique, cette conviction n'est pas encore l'humilité : elle s'impose au démon dans l'enfer, et le dépit qu'elle lui inspire est le plus actif aliment de la rage de ce prince des orgueilleux. Pas plus donc que la foi, qui nous révèle ce qu'est Dieu dans l'ordre de la fin surnaturelle, l'humilité, qui nous apprend ce que nous sommes en face de Dieu, ne procède de la raison pure et ne réside dans la seule intelligence; pour être une vertu véritable, elle doit tirer d'en haut sa lumière, et mouvoir aussi dans l'EspritSaint nos volontés. En même temps que l'Esprit divin fait pénétrer dans nos âmes la notion de leur petitesse, il les incline doucement à l'acceptation, à l'amour de cette

A la Messe. 2q3

vérité qvie la raison toute seule serait tentée de trouver importune.

Et combien la lumière de cet Esprit de vérité ', de cet incomparable témoin des cœurs -, ne l'emporte-t-elle pas en ce point, quand il s'empare d'une Ame, sur les données de la simple raison ! O.i est stupéfait lorsqu'on voit jusqu'où va toujours, dans les saints, le sentiment de leur misère; il les conduit à s'estimer au-aessous de tous, et les pousse, dans leur langage et leurs actes, à des extrémités qui semblent, au jugement de notre pauvre sagesse, excéder par trop les bornes de toute vérité comme de toute justice. Mais l'Esprit qui les dirige et les domine en juge autrement; et c'est parce qu'il est à la fois l'i^sprit de toute vérité comme de toute justice, l'Esprit sanctificateur en un mot, que, voulant accroître immensément leur sainteté, il développe en eux sans mesure la connaissance de la vérité sur euxmêmes et sur Dieu. Satan, l'esprit de péché, fait prendre aux siens le contre-pied de cette conduite divine, ainsi qu'il le fit au commencement pour lui-même : /'/ ne s'est point tenu dans la vérité, nous dit le Seigneur 3, il a prétendu égaler le Très-Haut *, mais son orgueil n'a réussi qu'à le fixer pour jamais dans' le faux et l'absurde. C'est à cause de cela que la vérité nous délivre-' en nous enlevant a l'empire de ce père du mensonge, comme elle nous sanctifie '" en nous unis41. — 4- IsAi. XIV, 14. — 5. JoHAN. vni, 32, 34. —

6. /il./. xvH. 17.

2g-(' Le Dix. Dimanche après la Pentecôte.

sant à Dieu vérité vivante et substantielle.

A mesure que dans les voies de l'union divine l'homme se rapproche de ce tout 'w^hnï, dt celui qui se\i\ est par essence i, son être d'emprunt, loin de s'évanouir, ^agno sans doute merveilleusement en lumière et chaleur ; mais il achève de perdre, avec sa vie propre, le rayonnement factice qtti accompagnait cette vie diminuée, et que, plus éloigné du centre divin, il semblait posséder par lui-même. Ainsi les astres gravitant autour du soleil, quoique plus que jamais transpercésde ses feux quand ils l'avoisinent, s'effacent entièrement sous l'action immédiate de SQn puissant foyer ; tandis que la clarté qu'ils tiennent de lui paraît moins dépendante avec l'isolement que produit la distance, et semble être la leur d'autant plus qu'ils s'éloignent davantage.

Il est des'^hommes qui ont tout fait, comme 'Satan, pour quitter l'orbite du divin soleil : plutôt que de s'avouer redevables au Dieu Très-Haut, ils s'anéantiraient, si la chose était possible; à la jouissance des célestes trésors du Père commun, ouverts à quiconque se reconnaît son enfant, ils préfèrent la satisfaction de s'en tenir aux Biens de nature, pour ne relever que d'eux-mêmes. Insensés, qui ne comprennent pas qu'alors même ils n'en tiennent pas moins tout ce qu'ils ont de ce Dieu méconnu 2 1 esprits infirmes, qui prennent pour sentiments de légitime fierté ces vapeurs du néant dont leurs cerveaux troublés se repaissent! Leur

I. Ex. ni, 14. — 2. I Cor. IV, 7.

A la Messe. 2gb

noblesse n'est qu'ignominie ; leur indépendance n'aboutit qu'au servage. Car, rejetant Dieu comme père, il ne se peut pourtant

au'iis ne l'aient pour maître ; faute donc 'Ctre ses hls, ils seront ses esclaves. A eux tout d'abord, ici-bas, la nourriture grossière qu'ils ont préférée aux pures délices dont la Sagesse enivre ceux qui la suivent ; à eux bientôt le fouet et la chaîne. Ils n'ont point voulu, dans leur suffisance, du trône qu'on leur préparait ', ni de la robe nuptiale 2 j qu'ils se drapent, s'ils veulent, dans leurs vêtement luxueux du moment ! Mais déjà, plus avant qu'avec le fer rouge, la noteservile s'imprime dans leur chair révoltée. C'est qu'en dépit de leur vaine philosophie, ils n'ont point su que, la vraie grandeur étant dans la vérité, l'humilité pouvait seule les y conduire.

Non seulement l'homme ne s'amoindrit pas en s'abaissant lui-même, puisqu'il ne fait que rentrer ainsi dans la notion de ce qu'il est réellement ; mais, selon l'expression évangélique, le degré de cet abaissement volontaire marque pour chacun la mesure de son élévation devant Dieu. L'Esprit ne ménage point ses dons à qui sait lui en rapporter la gloire. C'est au\petits que le Seigneur du ciel et de la terre révèle ce qu'il cache aux prudents et aux sages 3. Ou plutôt les vrais SAGES, les parfaits tk)nt parle. saint Paul, qui seul.s entendent, pour les avoir éprouvés dès ce monde, les m]^tères de l'amour intîni *,

I. Sap. VI, 22. — 2 "ïccli. VI, 22. — 3. Luc. x, 21.

2q6 Le Dix. Dimanche après la Pentecôte.

ne sont-ils pas, nous l'avons dit ailleurs ', ces parvuli que la Sagesse convoque autour d'elle 2, qui ne sont rien à leurs yeux 3, mais dont la confiante simplicité ravit son cœur', et qui trouvent tous les biens dans son divin commerce ^ ? C'est vraiment en eux qu'elle prend ses délices parmi les fils des hommes '^ ; et c'est ce que ne comprenaient point les disciples, lorsqu'à la suite du discours du Sauveur qui fait le sujet de notre Evangile, ils voulaient, ainsi que le rapporte saint Luc, éloigner de lui les petits enfants. Mais Jésus, Sagesse incarnée, les rassemblant au contraire, disait comme dans les livres de l'ancienne Alliance : « Laissez venir à moi les petits enfants, et gardez-vous de les en empêcher, car le royaume de Dieu est pour ceux qtii leur ressemblent; je vous le dis en vérité, uiconque ne recevra pas le royaume de ieu comme un enfant n'y entrera point". » Dans ce royaume de Dieu, l'humilité des saints dépasse encore en effet ce qu'elle fut sur la terre, parce qu'ils y voient les réalités qu'ils ne saisissaient qu'obscurément durant leur vie. Leur bonheur est de mesurer dans l'adoration cette altitude de Dieu dont ils ne se feront jamais une idée parfaite, et de descendre toujours plus bas dans leur néant. Méditons ces pensées; nous comprendrons mieux comment les plus grands saints ont été les plus humble.s des hommes ici-bas, puisqu'il en est encore ainsi dans le ciel même,

II. — G. Prov. vm, 3i. — 7. Luc. xviii, ib-17.

A la Messe.

la lumière croissant pour les élus en proportion de leur gloire. Près du trône de son divin Fils comme à Nazareth ', Notre-Dame est toujours la plus humble des créatures, parce qu'elle est la plus éclairée, parce qu'elle comprend mieux que les chérubins et les séraphins la grandeur de Dieu et le néant de la créature.

C'est l'humilité qui donne à l'Eglise la confiance dont elle fait preuve dans l'Offertoire. Plus, en effet, cette vertu fait sentir à l'homme sa faiblesse, plus elle lui montre en même temps la puissance du Dieu qui se tient toujours prêt à sauver ceux qui l'invoquent.

J'ai élevé mon âme vers vous. Seigneur ; mon Dieu, ie me confie en vous, je ne serai pas confondu. Que mes ennemis n'aient point à me tourner en dérision ; car aucun de ceux qui vous attendent ne sera confondu.

AD te. Domine, levavi animam meam : Deus meus, in te confido: non erubescam : neque irridéant meinimici mei: etenim universi qui te exspectant, non confundentur.

La Messe est à la fois le suprême honneur qui puisse se rendre à la divine Majesté, et le remède souverain de nos misères. C'est ce qu'exprime la Secrète.

PERMETTEZ-NOUS de VOUS 'T"lBi, Domine, sacrifioffrir, Seigneur, le Sacri- 1 cia dicata reddantur ;

fice auguste que vous avez qu* sic ad honorem Noétabli de telle sorte a l'hon- minis lui deferenda triLfc.

buisti, ut eadem remédia fieri nostra praestares. Per Domlnum.

neur de votre Nom, qu'il fut en même temps le remède de nos maux. Par Jésus-Christ.

Les autres Secrètes comme ci-dessus, page 1 18.

L'Antienne de la Communion chante l'oblation pure, et toute de justice, qui a remplacé les victimes mosaïques sur l'autel du Seigneur.

AccEPTABis sacrifi^^ cium justitiae, oblationes et holocausta super altare tuum, Domine.

Ceigneur, vous recevrez sur '^ votre autel pour holocauste et oblation le Sacrifice de justice.

L'incessante réparation que nous trouvons à nos misères dans l'auguste Sacrement serait peu profitable, si la divine bonté ne nous continuait incessamment aussi le secours de ces grâces actuelles qui gardent et accroissent sans fin les trésors de l'âme. Demandons, dans la Postcommunion, un secours qui nous est si nécessaire.

Mous vous supplions, Sei* gneur notre Dieu, de ne point priver de votre bienveillante assistance ceux que vous ne cessez point de restaurer au divin Sacrement. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Les autres Postcommunions ci-dessus , page 119.

QU.ESUMUS, Domine Deus noster ; ut quos divinis reparare non desinis sacramentis, tuis non destituas benignus auxiliis. Per Dominum.

Le Dix. Dimanche après la Pentecôte. 2gc)

I ES Psaumes, les Antiennes, le Capitule,

*- l'Hymne et le Verset, ci-dessus , pages

ANTIENNE DE Magnificat.

CELUI-CI redescendit chez lui justifié, mais non l'autre ; carquiconque s'élève sera humilie, et quiconque s'humilie sera élevé.

DESCENDIT hic justificatus in domum suam ab illo: quia omnis qui se exaltât, humiliabitur : et qui se humiliât, exaltabitur.

L'Oraison, ci-dessMs, page 27g.

Cn souvenir du Publicain justifié dans son ^ humilité, redisons cette antique Séquence.

pVEBOUT de loin, C tans a longe,

Chargé de crimes sans nombre et repassant ses fautes,

Le pécheur refusait d'élever son regard vers les astres des cieux, mais frappant sa poitrine, il disait en pleurant ces mots :

I' O Dieu, soyez propice à moi pécheur, et dans votre bonté effacez tous mes crimes. •"

Qui plurima perpetrarat facinora,

Atque sua revolvens secum crimina.

Nolebat alta contemplare cœli sidéra,

Sed tundens pectus hase proraebat ore laorymans :

Deus propitius esto mihi peccatori.

Et mea omnia plus dele facinora.

3oQ Le Temps après la Pentecôte.

Hac voce benignam promeruit clementiam,

Necnon et justificatus venit domum suam.

Ciijus nos sacra certantes exempla dicamus Deo:

(1 Deus, bénigne nostri miserere iaxans débita.

Ainsi il mérita la bénigne clémence, et rentra justifié dans sa maison.

Suivons les exemples sacrés qu'il nous donne; disons à Dieu : (( Ayez pitié de nous, ô Dieu, dans votre clémence; remettez nos dettes.

Mitis et nos justifica. » Très doux, justifiez-nous aussi.

Faisons écho à l'abrogation finale des anciens sacrifices, par ces formules du Missel des Francs nos ancêtres.

DEUS. cui omnium sacrificiorum varietate finita, Hostiam nunc ofFerimus singularem : adesto votis tua inspiratione conceptis ; ut in te sperantium et desideria jubeas perfici, et peccata deleri. Per Dominum.

Remotis obumbrationibus carnalium victimarum, spiritalem tibi , summe Pater, Hostiam supplici servltute deferimus : quœ mire ineffabilique mysterio et immolatur semper, et eadem semper infertur ; pariterque et devotorum munus, et remunerantis est praemium. Per Dominum.

DIEU a qui, toute variété des sacrifices ayant pris fin, nous offrons maintenant l'unique Hostie ; écoutez les vœux formés sous votre inspiration : faites que ceux qui ont mis en vous leur espérance voient leurs désirs s'accomplir et s'effacer leurs péchés. Par notre Seigneur. L'ombre des immolations sanglantes est maintenant dissipée ; nous vous offrons avec l'hommage de nos supplications. Père souverain, la Victime spirituelle : admirable, ineffable mystère I immolée toujours , toujours elle se retrouve la même, don à la fois de vos fidèles et prix duquel vous les récompensez. Par notre Seigneur.

Le Dix. Dimanche après la Pentecôte. 3o i

Quxsumus , Domine Deus noster : ut nostris desideriis expeditos, devotionem tibi nos liberam atque oblationem ofFerre concédas. Per Dominum.

Seigneur notre Dieu, faites, nous vous en supplions, que tous nos désirs étant satisfaits, nous vous présentions dans une pleine liberté l'hommage de notre dévotion ei de cette offrande. Par notri; Seigneur.

Enfin, dans l'esprit général de cette saison liturgique, joignons aux précédentes cette formule dominicale que nous empruntons à un autre de nos monuments les plus précieux, le Sacramentaire gallican.

SEIGNEUR Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob. Dieu des Patriarches, des Prophètes , des Apôtres et des Martyrs, ainsi qu« de tous les Saints : c'est vous qui, par un effet de votre très tendre miséricorde, leur avez donné la volonté de venir à vous ; de même, ô tfès clément Père, donnez à vos ^crviteurs l'intelligence . la vertu, le pouvoir, pour vous servir conformément à votre volonté. Que votre Esprit de bonté nous conduise dans la voie droite. Donnez aux commençants la perfection, donnez aux petits l'intelligence, donnez l'aide à ceux qui courent. Donnez la componction aux négligents , donnez aux licdes l'esprit de ferveur, donnez aux parfaits la consommation de tout bien.

Do.MiNE Deus Abraham , Deus Isaac , Deus Jacob, Deus Patriarcharum, Prophetarum, Apostolorum et Martyrum, omniumque Sanctorum : sicut pro piissima misericordia tua dedisti eis voluntatem veniendi ad te ; ita, clementissime Pater , da servis tuis intellectum, virtutem, et possibilitalem, ut tibi secundum voluntatem tuam serviamui. Spiritus tuus bonus deducat nos in via recta. Da incipientibus perfectionem, da parvulis intellectum , da currentibus adjutorium. Danegligentibus compunctionem , da tepidis spiritum ferventem, da perfectis bonam consummationem.

3o2 Le Temps après la Pentecôte.

Loquatur os nostrum laudem tuam, et per singulos dies benedicamus te, et laudemus Nomen tuum in aeterna saecula sœculorum.

Que notre bouche chante votre louange, que nous vou<; bénissions tous les jour^. que nous louions votre Nom dans les éternels siècles des siècles.

E Dimanche, le ons[ième de saint Matthieu, tire son nom, chez les Grecs, Je la parabole du roi qui fait rendre compte à ses serviteurs i. On l'appelle en Occident le Dimanche du Saura et Muet, depuis que l'Evangile du Pharisien et du Publicain a été transféré huit jours plus tôt. La Messe actuelle garde encore cependant, il sera facile de le constater, plus d'un souvenir de l'ancienne disposition.

Dans les années où la Pâque se rapproche le plus du 21 mars, la lecture des livres des Rois se poursuit jusqu'à cette semaine, qu'elle ne dépasse jamais. C'est la maladie d'Ezéchias et la guérison miraculeuse obtenue par les prières du saint roi, qui font alors le sujet des premières leçons de l'Office de la nuit •-.

I. Matth. xviii, 23-35. — 2. IV Reg. xx.

3o4 Le On^. Dimanche après la Pentecôte.

LE docte et pieux Abbé Rupert, écrivant avant le changement survenu dans l'ordre des lectures évangéliques, explique en ces termes le choix fait par l'Eglise de l'Introit du jour : « Le Publicain, dans l'Evangile, s'accuse et dit : Je ne suis pas digne de lever mes y^eux au ciel. Paul, dans l'Epître, l'imite en disant ; Je suis le plus petit des Apôtres, indigne d'en porter le nom, car fai persécuté VEglise de Dieu. Comme donc cette humilité qui nous est donnée pour exemple est la gardienne de l'unité des serviteurs de Dieu, en faisant que l'un ne s'élève pas contre l'autre ', c'est à bon droit qu'on chante d'abord l'Introit où il est parlé du Dieu qui fait habiter dans sa maison des hommes d'une seule àme 2. »

DEUS in loco sancto suo : Deus, qui inhabitare facit unanimes in domo : ipse dabit virtutem et fortitudinem plebi suae.

Ps. Exsurgat Deus et dissipentur inimici ejus : et fugiant, qui oderunt eum, a facie ejus. Gloria Patri. Deus.

DIEU est dans son lieu saint, Dieu qui fait habiter dans sa maison des hommes d'une seule àme : il donnera la vertu et la force à son peuple.

Ps. Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, et que ceux qui le haïssent fuient de devant sa face. Gloire au Pcre. Dieu.

Rien n'est touchant comme la Collecte de ce jour, lorsqu'on la rapproche de l'Evangile

1 Ccr. IV, 6. — 2. Rup. De div. off. xil, H.

A la jMesse.

3o5

qu'elle accompagnait primitivement. Pour être moins immédiat aujourd'hui, ce rapport n'a point disparu, puisque i'Kpître, ainsi que nous le disions tout à l'heure, continue par l'exemple de saint Paul la leçon d'humilité que nous donnait le publicain repentant. En présence du spectacle qu'offre toujours à ses yeux maternels ce publicain méprisé du Juif, mais frappant sa poitrine et pouvant à peine dans sa douleur prononcer une parole, la sainte Eglise, émue jusqu'au fond des entrailles, vient donc compléter et aider sa prière. Avec une délicatesse ineffable, elle demande au Dieu tout-puissant, par sa miséricorde inhnie, de rendre la paix aux consciences troublées en pardonnant les fautes, et d'accorder ce que la prière même des pauvres pécheurs n'ose formuler dans sa réserve craintive.

DIEU loui-puissant et éternel, qui dépassez par l'abondance de votre bonté les mérites et les vœux de ceux qui vous prient, répandez sur nous votre miséricorde : pardonnez les fautes qui agitent la conscience, accordez mène ce que n'ose formuler la prière. Par JésusChrist notre Seigneur.

Les autres Collectes comme ci-dessus, page io6.

OMNIPOTENS sempiterne Deus , qui abundantia pietatis tuae et mérita supplicura excedis et vota : effunds super nos raisericordiam taam ; ut dimittas qux conscientia metuit . et adjicias quod oratio non praesumit. Fer ûominum.

3o6 Le On^. Dimanche après la Pentecôte.

Lectio Epistolae beat! Pauli Apostoli ad Corinthios. I, Cap. xv.

FRATRES, Notum vobis facio Evangelium , quod . prsçdicavi vobis , quod et accepistis, in quo et statis, per quod et salvamini : qua ratione pra;- dicaverim vobis, si tenetis, nisi frustra credidistis. Tradidi enim vobis, in primis quod et accepi : quoniam Christus mortuus est pro peccatis nostris secundum Scripturas : et quia sepultus est, et quia resurrexit tertia die secundum Scripturas : et quia visus est Cephs, et post hoc undecim. Deinde visus est plus quam quingentis fratribus simul : ex quibus muiti nianent usque adhuc, quidam autem dormierunt. Deinde visus est Jacobo, deinde Ap,stolis omnibus : novissime autem omnium tamquam abortivo , visus est et mihi. Ego enim sum minimus Apostolorum, qui non sum dignus vocari Apostolus, quoniam persécutas sum Ecclesiam Dei. Gratia autem Dei sum id quod sum, et graLecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. xv.

MES Frères, je vous rappelle l'Evangile que je vous ai prêché, que vous avez reçu, dans lequel vous demeurez fermes, et par lequel vous êtes sauvés : voyez si vous l'avez retenu en la manière que je vous l'ai annoncé ; car autrement vous auriez cru en vain. Or l'enseignement principal que je vous ai donné comme je l'ai reçu moi-même, c'est que le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, qu'il a été enseveli et qu'il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures, qu'il est apparu à Céphas et ensuite aux onze. Après il a été vu en une seule fois par plus de cinq cents frères, dont la plupart vivent encore présentement et quelques-uns sont morts. Ensuite il s'est montré à Jacques, ensuite à tous les Apôtres. Après tous les autres enfin il s'est fait voir à moi-même qui nesuis qu'un avorton. Car je suis, moi, le moindre des Apôtres, je ne suis pas digne d'être appelé apôtre, parce que j'ai persécuté l'Église de Dieu. Mais c'est par la

A la Messe. ^nj

Ejrr'ice de Dieu que je suis ce 1 tia ejus in me vacua n^n que je suis, et sa grâce n'a fuit, ooint été stérile en moi. I

DIMANCHE dernier, le Publicain nous rappelait l'humilité qui convient au pécheur. Aujourd'hui le Docteur des nations nous montre en sa personne que cette vertu ne sied pas moins à l'homme justifié, qui se souvient d'avoir autrefois offensé le TrèsHaut. Le péché du juste, tut-il remis dès longtemps, demeure sans cesse devant ses yeux ' ; toujours prêt à s'accuser lui-même -, il ne voit dans le pardon et l'oubli divins ^ qu'un motif nouveau de ne jamais perdre,

?|uant à lui, le souvenir de ses fautes. Les avcurs célestes qui' viennent parfois récompenser la sincérité de son repentir, la manifestation des secrets de la Sagesse éternelle S l'entrée dans les puissances au Seigneur, en le conduisant plus avant dans l'intelligence des droits de la justice infinie ■'•, lui révèlent mieux aussi l'énormité des crimes volontaires qui sont venus s'adjoindre aux souillures de son origine ^. Bientôt, dans cette voie, l'humilité n'est plus seulement pour lui une satisfaction donnée à la justice et à la vérité par son intelligence éclairée d'en haut : à mesure qu'il vit avec Dieu d'une union plus étroite et qu'il s'élève par la contemplation dans la lumière et l'amour, la divine charité, qui le presse toujours plus en toutes manières ', se fait un aliment du souvenir même

6. Psalm. I,. 67. — 7. II Cor. v. 14.

3o8 Le On^. Dimanche après la Pentecôte.

de ses fautes. Elle sonde l'abîme d'où la grâce l'a tiré, pour s'élancer de ces profondeurs de l'enfer plus véhémente, plus dominante et plus active. C'est alors que la reconnaissance pour les richesses sans prix qu'il tient aujourd'hui de la libéralité souveraine ne suffit plus au pécheur d'autrefois, et que l'aveu de ses misères passées sort de son âme ravie comme un hymne au Seigneur.

Comme Augustin, â la suite de Paul ', « il glorifie le Dieu juste et bon en publiant de soi le bien et le mal, afin de gagner â l'unique objet de sa louange et de son amour l'esprit et le cœur des humains -. » Et le converti de Monique et d'Ambroise, l'illustre évèque d'Hippone, plaçait en tête de ses Confessions immortelles la parole des psaumes, qui expliquait son but et sa pensée : Vous êtes grand. Seigneur, et digne de toute louange; grande est votre puissance, et sans mesure votre sagesse ^1

« Et c'est vous que l'homme prétend louer ! poursuit-il : l'homme, portion chétive de votre création, promenant partout sa mortalité, et, avec elle, le témoignage de son péché, le témoignage que vous résiste\ aux superbes '' ! Et pourtant, cet être infime qui veut vous louer, ô Dieu, vous l'excitez à se complaire en cette louange. Recevez donc l'hommage que vous offre ma langue formée pour louer votre Nom. Que ma chair et tous mes os, guéris par vous, s'écrient : Seigneur,

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