L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 18)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3. Psalm. XLVU, 2 ; CXLVI, 5. — 4. Jac. iv, 6.

A la Messe. 3og

qui est semblable à vous ' ? Que mon âme vous loue pour vous aimer; que pour vous louer elle confesse vos miséricordes. Je veux repasser présentement dans ma pensée mes longs égarements, et vous immoler sur ma honte line hostie d'allégresse '2. Non que j'aime mes fautes; mais c'est pour vous aimer, vous, mon Dieu, que je les rappelle ; c'est par amour de votre amour que je reviens à ces amertumes pour savourer vos délices. 6 douceur qui ne trompez pas, douceur bienheureuse et sans périls, qui rassemblez mes puissances et les rappelez de la dispersion douloureuse où les avait jetées mon eloignement de vous, centre unique de tout être. Que suis-je pour moi sans vous, qu'un guide conduisant aux abîmes ? Lorsqu'en moi tout est bien, que suis-je, que le petit enfant au sein de sa mère, le nourrisson puisant en vous dans la jouissance une nourriture incorruptible ? Qu'est l'homme enfin, quelque homme qu'il soit, puisqu'il est homme ? Qu'ils rient de moi, les puissants, ceux-là, ô mon Dieu, qui n'ont pas encore eu l'heureuse fortune d'être terrassés et brisés par vous! Nous les petits, en face de ces forts, nous nous confessons et vous louons dans notre misère. Point n'est besoin pour cela de la parole et de la voix, vous entendez les cris de la pensée : quand je suis mauvais, c'est me confesser et vous louer que de me déplaire à moi-même ; quand je suis bon, c'est me confesser et vous louer que de ne pas m'en attribuer la cause. Car si vous bénisI. Psalm. xxxiv, 10. — 2. Psalm. cxv, 17.

3 10 Le On:{. Dimanche après la Pentecôte.

se:{ le juste *, ô Seigneur, c'est gue ~ vous Vave:{ d'abord justifie comme impie ^. »

Oest par la^rdce de Dieu que je suis ce que je suis, doit dire en effet le juste avec l'Apôtre; et lorsque cette vérité fondamentale est affermie dans son âme, il peut sans crainte ajouter avec lui: Sa grâce n'a pas été stérile en moi. Car l'humilité repose sur la vérité, disions-nous Dimanche: on manquerait à la vérité en rapportant à l'homme ce qui, dans l'homme, vient du souverain Etre; mais ce serait aller aussi contre elle, que de ne pas reconnaître avec les saints les œuvres de la grâce où Dieu les a mises. Dans le premier cas, la )ustice se trouverait blessée non moins que la vérité; dans le second, la gratitude. L'humilité, dont le but direct est d'éviter ces lésions injustes de la gloire due à Dieu en réfrénant les appétits de la superbe, devient ainsi d'autre part le plus sûr auxiliaire de la reconnaissance, noble vertu, qui, dans les chemins d'ici-bas, n'a pas de plus grand ennemi que l'orgueil.

Aux premiers temps de la conversion, il est bon, il est prudent et nécessaire même généralement, pour les âmes, d'insister plus dans leurs méditations sur la considération de leurs défauts et de leurs fautes que sur la pensée des faveurs divines; toujours estil, cependant, qu'alors même il n'est permis à aucun homme d'oublier qu'il doit non seulement pleurer ses crimes passés et veiller sur sa vie présente, mais aussi remercier

I. Psalm. V, i3. — 2. Rom. iv, 5. — 3. AuG. Confess. I, I ; u, I ; iv, i ; v, i ; x, 2.

A la Messe. 3 1 1

sans fin l'auteur de son bienheureux changement et de ses progrès dans la vertu '. Lorsque le chrétien ne peut voir en lui-même une grâce, un bien quelconque, sans qu'aussitôt'il lui faille lutter pour écarter les complaisances de l'amour-propre et la pensée de se préférer à d'autres, il n'a pas à s'en troubler sans doute; car le péché d'orgueil n'est pas dans la suggestion mauvaise qui peut s'en

f>résenter, mais dans le consentement qu'on ui donne ; toutefois cette hésitation du regard intérieur n'est pas sans inconvénient Sans les voies spirituelles, et l'homme qui veut s'élever vers Dieu doit tendre doucement à la faire disparaître^ Avec l'aide de la trace il raflérmira peu à peu l'œil de son me, et guérira, par la pratique des Sacrements, son infirmité de nature. Surtout, qu'en ce point, comme pour tant d'autres, il se confie pleinement à Dieu qui l'appelle; de lui-même, il serait impuissant à se dégager des restes involontaires du péché qui, comme autant d'humeurs viciées, faussent en lui la belle lumière des dons divins ou la font dévier par une réfraction malheureuse.

Si votre œil est simple, nous dit le Seigneur -', votre corps tout entier sera lumineux, sans qu'aucune partie soit obscure; la lumière vous illuminera pleinement et sûrement, parce qu'elle vous arrivera sans altération ni détour. C'est donc à la douce simplicité, fille de l'humilité et son inséparable compagne, qu'il appartient de nous dire comment s'allient dans les âmes, et se complètent mu1. Psalm. L, 16-17. — 2. Luc. xi, 34-36.

3 12 Le On^. Dimanche après la Pentecôte.

tuellement, la connaissance réfléchie des faveurs qu'elles reçoivent du ciel et la conscience de leur misère; elle nous apprend, à la clarté des Ecritures et à l'école des Saints, que se louer dans le Seigneur i, se glorifier en Dieu 2, c'est louer et glorilîer le Seigneur même. Quand Notre-Dame proclamait que toutes les générations l'appelleraient bienheureuse, l'enthousiasme divin qui l'animait n'était pas moins l'extase de son humilité que de son amour 3. La vie des âmes d'élite

E résente à chaque pas de ces transports sulimes, où reprenant pour soi le cantique de leur Reine, elles magnifient le Seigneur en chantant les grandes choses qu'il fait par elles dans sa puissance *. Lorsque saint Paul, après l'appréciation si basse qu'il porte de lui-même comparé aux autres Apôtres, ajoute que la grâce a été productive en lui et qu'il a travaillé plus qu'eux tous s , ne croyons pas qu'il change de thème, ou que l'Esprit qui le dirige veuille corriger ainsi ses premières expressions; un seul besoin, un même et unique désir lui inspire ces paroles en apparence diverses et contraires : le désir et le besoin de ne pas frustrer Dieu dans ses dons, soit par l'appropriation de l'orgueil, soit par le silence de l'ingratitude. Nous nous sommes étendus de préférence sur ces réflexions que suggèrent les dernières lignes de notre Epître; elles complètent ce que nous avions à dire de l'humilité, vertu indispensable d'où relève tout progrès comme

I. Psalm. xxxni, 3. — 2. I Cor. i, 3i. — 3. Luc. i,

^8. — 4^. Ibid. 4g. — 5.1 Cor. XV, lo.

A la Messe.

toute sûreté dans la vie chrétienne. Ce que dit saint Paul au sujet de la résurrection du Seigneur, considérée comme fondement de la prédication apostolique et de la foi des nations ', n'a pas moins d'importance ; mais le glorieux mystère qui fournit à l'année liturgique dans la Solennité des solennités son pivot et son centre, a été traité durant l'Octave de Pâques avec les développements qu'il mérite. Lors msjme que le défaut d'espace ne nous y contraindrait pas, nous ne saurions mieux faire que d'y renvoyer le lecteur.

Le Graduel nous est donné, dans les ouvrages des pieux interprètes de la Liturgie, comme l'action de grâces des humbles, guéris par Dieu conformément à l'espérance qu'ils avaient mise en lui 2.

MON cœur a espéré en Dieu, et j'ai été secouru, et ma chair a refleuri, et je le louerai du tond de mon âme.

t. Seigneur, j'ai crié vers VOUS", mon Dieu, ne gardez pas le silence, ne m'abandonnez pas.

Alléluia, alléluia.

f. Réjouissez-vous en Dieu notre protecteur, chantez au Dieu de Jacob, entonnez le psaume harmonieu.x sur la cithare. Alléluia.

IN Dep speravit cor meum, etadjutus sum : et rcfloruit caro mea : et ex voluntate mea confite bor illi.

f. Ad te, Domine, clnmavi : Deus meus, ne sileas : ne discedas a me.

Alléluia, alléluia.

f. Exsultate Deo, adjutori n'istro : jubilate Deo Jacob, sumite psalmum jucundum cum cithara. Alléluia.

I, I Cor. XV, 14. — 2. Rup. ubi supra; Durand. Ration. VI, 12 5.

3i4 LeOu^. Dimanche après la Pentecôte.

Sequentia sancti Evangelii secundum Marcum. Cap. vu.

IN illo tempore : Exiens .lesus de finibus Tyri, venit per Sidonera ad mare Galilseae inter medios fines Decapoleos. Et adducunt ei surdura et mutum, et deprecabantur eum, ut imponat illi manum. Et apprehendens ^m de turba seorsum, misit digitossuosinauriculas ejus : et «xspuens, tetigit linguam ejus : et suspiciens in cœlum, ingemuit; et ait illi : Ephphetha, quod est, adaperire. Et statim apertae sunt aures ejus, et solutum est vinculum linguae ejus, et loquebatur recte. Et praecepit illis, ne cui dicerent. Quanto autem eis prsecipiebat, tanto magis plus prasdicabant : et eo amplius admirabatitur, dicentes : Bene omnia fecit : et surdos fecit audire, et mutos loqui.

La suite du saint Evangile selon saint Marc. Chap vit.

EN ce temps-là, .lésus, sortant des confins de Tyr, vint par Sidon vers la mer de Galilée, en passant au milieu de la Décapole. Et voici qu'on lui amena un homme qui était sourd et muet, en le priant de lui imposer les mains. Le prenant donc à part du milieu de la foule, il lui mit ses doigts dans les oreilles et de sa salive sur la langue ; et, levant les yeux au ciel, il soupira et lui dit : Ephphetha, c'est-à-dire, ouvrez-vous. Aussitôt ses oreilles furent ouvertes et sa langue déliée, et il parlait comme il convient.

II leur défendit de le dire à personne. Mais plus il le leur défendait, plus ils le publiaient, et plus ils étaient dans l'admiration, disant : Il a bien fait toutes choses ; il a fait entendre les sourds et parler les muets.

Ésus n'est plus dans la Judée ; le nom des ^ lieux cités en tête de l'Evangile du jour indique que la gentilité est devenue le théâtre des opérations du salut. Quel est donc cet homme qu'on amène au Sauveur, et dont la

A la Messe. 3i5

misère arrache des soupirs au Verbe divin ? que signifient les circonstances insolites avec lesquelles s'opèrent sa gucrison ? Cette guérison, d'un seul mot Jésus pouvait l'accomplir, et sa puissance en eût paru plus éclatante. Mais le miracle qui nous est raconté cache un plus grand mystère ; et l'HommeDicu, voulant "ici surtout nous instruire, subordonne l'exercice de sa puissance au but d'enseignement qu'il poursuit.

Les saints Docteurs nous apprennent en effet que cet homme représente le genre humain tout entier ' en dehors du peuple juif. Abandonné depuis quatre mille ans dans les régions de l'aquilon où régnait seul le prince du monde 2, il a ressenti "les effets désastreux de l'oubli dans lequel l'avait mis, semblait-il, son Créateur et Père, par suite du péché d'origine. Satan dont la ruse perfide l'a fait chasser ""du paradis, s'en étantemparé, s'est surpassé dans le choix du moyen qu'il a pris pour garder sa conquête. La tyrannie savante ^ de l'oppresseur a réduit son esclave à un état de mutisme et de surdité qui le fixe mieux que des chaînes de diamant sous son empire; muet pour implorer Dieu, sourd pour entendre sa voix, les deux routes qui pouvaient le conduire à la délivrance sont fermées pour lui. L'adversaire de Dieu et de l'homme, Satan peut s'applaudir. C'en est fait, on peut le croire, de la dernière des créations du Tout-Puissant, c'en est fait du genre humain sans distinction de familles

3i6 Le On^. Dimanche après la Pentecôte.

ou de peuples ; car voici qu'elle-même, la nation gardée par le Très-Haut comme sa part de réserve au milieu de la défection des peuples ', a profité de ses avantages pour renier plus cruellement qu'eux tous son Seigneur et son Roi !

L'Epouse que le Fils de Dieu était venu chercher sur la terre, la société des saints, doit-elle donc se réduire aux rares individualités qui s'attachèrent à lui durant les jours de sa vie mortelle? Par le zèle de l'E- glise naissante et FinefFable bonté du Seifneur, il n'en sera pas ainsi. Chassée de érusalem avec son Epoux, l'Eglise a rencontré au delà des confins de Judée le captif de Satan ; elle le convoite pour le royaume de Dieu, et c'est elle qui, par ses apôtres et leurs disciples, l'amené à Jésus, en le priant d'imposer sur lui sa main divine. Car nulle puissance humaine ne saurait le guérir; non seulement, assourdi comme il l'est par le tumulte des passions, il n'entend plus que d'une manière confuse la voix même de sa conscience, et ne perçoit plus l'écho des •raditions, les accents des prophètes, que comme un son lointain et sans force ; mais encore, l'ouïe ainsi éteinte, il a perdu, avec ce sens précieux plus que tous les autres icibas, la possibilité même de réparer ses pertes, puisque la foi qui pourrait seule le sauver vient de l'ouïe, nous dit l'Apôtre 2. L'Homme-Dieu gémit en présence d'une misère si extrême. Et comment ne l'eût-il pas fait à la vue des ravages exercés par l'en1. Deut. XXXII, g. — 2. Rom. x, 17.

A la Messe. 3 1 j

nemi sur cet être d'élite, dans cette œuvre si belle dont lui-même avait fourni le modèle à la Trinité adorable aux premiers jours du monde ' ? Levant donc au ciel les yeux toujours exaucés de son humanité sainte -, il voit l'acquiescement du Père aux intentions de sa compassion miséricordieuse ; et, reprenant l'usage de ce pouvoir créateur qui fit toutes choses parfaites à l'origine, il prononce comme Dieu et comme Verbe 3 la parole de restauration toute-puissante : Ephphetha ! Le néant, ou plutôt, ici, la ruine pire que le néant, obéit a cette voix bien connue; l'ouïe de l'infortuné se réveille ; elle s'ouvre avec délices aux enseignements que lui prodigue la tendresse triomphante de l'Eglise, dont les prières maternelles ont obtenu cette délivrance ; et la foi qui pénètre en lui du même coup produisant son effet, sa langue enchaînée reprend le cantique de louange au Seifneur interrompu par le fatal péché depuis es siècles *.

Cependant l'Homme-Dieu, disions-nous, veut moins, dans cette guérison, manifester la puissance de sa parole divine qu'instruire les siens ; il veut leur révéler symboliquement les réalités invisibles produites par sa grâce dans le secret des sacrements. C'est pourquoi il emmène l'homme qu'on lui présente à l'écart, à l'écart de cette foule tumultueuse des passions et des vaines pensées = qui l'avaient rendu sourd pour le ciel: à quoi servirait-il en effet de le guérir, si, les

4. Psalm. L, 17". — 5. Bed. in Marc. 11.

3i8 Le On:;. Dimanche après la Pentecôte.

causes de sa maladie n'étant pas éloignées, il doit retomber aussitôt ? Jésus, ayant donc ■Garanti l'avenir, met dans les oreilles de chair de l'infirme ses doigts sacrés qui portent l'Esprit-Saint ' et font pénétrer jusqu'aux oreilles de soncœurla vertu réparatrice de cet Esprit d'amour. Enfin, plus mystérieusement encore, parce que lavénté qu'ils'agit d'exprimer est plus profonde, il touche avec la salive sortie de sa bouche divine cette langue devenue impuissante pour la confession et1a louange; et la Sagesse, car c'est elle qui est ici mystiquement signifiée, la Sagesse qui sort de la bouche du Très-Haut, et découle pour nous comme une onde enivrante de la chair du Sauveur-, ouvre la bouche du muet, comme elle rend éloquente la langue des enfants qui ne parlaient pas encore ■'.

Aussi l'Eglise, pour nous montrer qu'il s'agit figurativement, dans le fait de notre Evangile, non d'un homme isolé, mais de nous tous, a-t-elle voulu que les rites du baptême de chacun de ses enfants reproduisissent les circonstances de la guérison qui nous est racontée. Son ministre doit, avant de plonger dans le bain sacré l'élu qu'elle lui présente, déposer sur sa langue /e sel de la Sagesse, et toucher les oreilles du néophyte en répétant la parole du Christ sur le sourdmuet : Ephphetha, c'est-à-dire ouvre:{-vous *.

Il est une instruction d'un autre genre qui 'essort également du récit évangelique, et

5 ; XV, 3 ; Isai. xii, 3. — 3. Sap. x, 2 1 . — 4. Rit. rom.

Ordo baptism.

,4 Ij Messe. '^ i g

que nous ne devons pas négliger, parce qu'elle arrive opportunément à la suite de ce

Îue nous avons dit sur l'humilité. Jésushrist demande le silence aux témoins du miracle qu'il vient d'accomplir, bien qu'il n'ignore pas que leur légitime admiration neticndra nul compte de ses recommandations sur ce point. Mais il veut apprendre à ceux qui le suivent que s'il ne leur est pas toujours loisible d'empêcher l'éclat de jaillir de leurs œuvres, ouc si parfois l'EspritSaint lui-nième se cnarge, en dépit de leurs efforts contraires, d'illustrer leur nom ici-bas pour la plus grande gloire du Dieu dont ils sont l'instrument, ils n'en doivent pas moins toujours, quant à eux, fuir l'ostentatio-n, préférer l'abjection ' ou du moins le silence, et se cacher avec délices dans le secret de la face de leur Dieu -, redisant a\ec une égale vérité à la suite des actions les plus retentissantes aussi bien qu'après les plus ignorées : Nous sommes des serviteurs inutiles, nous n'avons fait que ce que nous devions faire 3.

C'est toujours le chant des humbles, délivrés, guéris et glorifiés par Dieu, qui se fait entendre dans l'Offertoire.

XALTABO te. Domine,

SEIGNEUR, je chanterai vo^ grandeurs, parce que vous m'avez relevé, et que vous n'avez point donné à mes

1^ quoniam suscepisti me : nec delectasti inimicos meos super me :

320 LeOn^. Dimanche après la Pentecôte.

Domine, clamavi ad te, ennemis sujet de se réjouir et sanasti me. contre moi ; Seigneur, j'ai

crié vers vous, et vous m'avez

guéri.

L'assemblée des serviteurs de Dieu le supplie, par la Secrète, d'agréer leurs dons, d'en faire au Sacrifice l'hommage de leur servitude et le soutien de leur faiblesse.

T> ESPICE, Domine, quœ- ^^ sumus, uoslram propitius servitutem ; ut quod offerimus, sit tibi munus acceptum, et sit nostra; fragilitatis subsidium. Per Dominum.

p EGARDEZ. Seigneur, avec *^ bonté l'hommage de notre servitude, afin que nos dons vous soient une offrande agréable et deviennent le secours de notre faiblesse. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Les autres Secrètes comme ci-dessus, ^^jg-tf

L'Antienne choisie pour la Communion ne pouvait mieux convenir, dans un temps où les travaux de la moisson et des récoltes de tout genre se trouvent partout en pleine activité. Nous devons penser en effet à donner au Seigneur, par l'intermédiaire de son Eglise et des pauvres, les prémices de ces biens qui nous viennent de lui. Mais si nous voulons véritablement honorer Dieu en cela, évitons d'imiter la jactance du Pharisien dans l'acquittement d'un devoir si simple et si prohtable à qui l'accomplit.

HONORA Dominum de tua substantia, et de primitiis frugum tuaHQNOREZ de votre bien Seigneur, et donnezdes prémices de vos fruits

et vos greniers seront remplis abondamment, et vos pressoirs regorgeront de vin.

rum : et implebunfur horrea tua saturitate, et vino torcularia redundabunt.

Le remède sacré des Mystères agit sur le corps et sur l'âme ; produisant ainsi le salut de l'un et de l'autre, il est la vraie gloire du chrétien. L'Eglise demande pour ses fils, dans la Postcommunion, cette plénitude effective du Sacrement.

NTIAMUS, quaesumus

FAITES, nous vous en supplions , Seigneur, que nous trouvions dans la réception de voire Sacrement le secours de l'âme et du corps, afin que, sauvés dans l'un ci l'autre, nous rencontrions notre gloire dans le plein effet du céleste remède. Par notre Seigneur.

Les autres Postcommunions ci-dessus, page 1 1 Q.

tione sacrameiiti, subsidium mentis et corporis : ut in utroque salvati, cœlestis remedii plenitudine gloriemur. Per Dominum.

LES Psaumes, les Antiennes, le Capitule, l'Hymne et le Verset, ci-dessus, pages. 52-6i.

ANTIENNE DE Magnificat.

IL a bien fait toutes choses, 1 r> ene omnia fecit, et il a fait entendre les l3 surdos fecit audire, sourds et parler les muets. I et mutos loqui.

L'Oraison, ci-dessus, page 3o5.

322 Le Temps après la Pentecôte.

Nous ne saurions mieux entrer dans l'esprit de la sainte Eglise qu'avec ces beaux Répons et ces Antiennes, de l'Office du temps où l'éternelle Sagesse se présente elle-même à l'humanité dont elle a convoité l'amour.

. _ C APlENTiAaedi^''^- O ficavit sibi domutn, excidit columnas septem, subdidit sibi gentes, superborum et sublimium colla propria virtute calcavit.

Ant. Ego in altissirais habito, et thronus meus in coluinna nubis.

Ant. Omnis sapientia a Domino Deo est, et cum illo fuit semper et est ante svum.

^. In principio Deus, antequam terram faceret, priusquam abyssos constitueret, priusquam produceret fontes aquarum : ' Antequam montes collocarentur, ante omnes colles generavit me Dominus.

f. Quando praeparabat cœlos, aderam, cum eo cuncta componens. Antequam.

^. Gyrum cœli circuivi sola et in fluctibus maris ambulavi : in omni

Ant 1 ^ Sagesse s'esl ■ L bâti une maison, elle a taillé sept colonnes, elle s'est soumis les nations, elle a foulé aux pieds par sa propre vertu les cœurs des superbes et des puissants.

Ant. J'habite dans ■ les hauteurs, et mon trône est dans une colonne de nuée.

Ant. Toute sagesse est du Seigneur Dieu, et fut toujours avec lui et est d'avant les siècles.

^. Au commencement Dieu, avant qu'il fit la terre, antérieurement au creusement des abîmes, antérieurement aux sources des eaux : * Avant l'établissement des monts, avant toutes les collines, le Seigneur m'avait engendrée.

y. Quand il préparait les cieux, j'étais là, disposant avec lui toutes choses. Avant.

W. J'ai fait seule le tout des cieux, et je me suis promenée sur les flots de la mer;

Le On:{. Dimanche ayrès la Pentecôte. J23

chez toute nation, sur tous les peuples j'ai eu l'empire : " Par ma vertu j'ai foulé aux pieds les cœurs des superHes et des puissants.

f. J'nabite dans les hauteurs, et mon trône est dans une colonne de nuée. * Par ma vertu.

^. Le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur : ' Lumière heureuse à tous ceux qui l'emj brassent ! sa louange demeure dans les siècles des siècles.

t. L'aimer, c'est observer les lois; car toute sagesse est crainte du Seigneur. * Lu^ mière heureuse.

ft. Mon fils, donne-moi ton cœur, et que tes veux gardent me? voies : * Pour que la grâce couronne ton front.

f. Observe ma sagesse, ô mon iîls, et incline ton oreille à mon discours. * Pour que la grâce.

gente et in omni populo primatum tenui :* Superborum et sublimium colla propria virtute calcavi.

j^. Ego in attissimis habito, et thronus mens in columna nubis. ' Superborum.

^. Initium sapientia; timor Domini : * Intellectus bonus omnibus facientibuseum : laudatio ejus manet in ssculum S3?culi.

î^. Dilectio illius custodia legum est, quia omnis sapientia limor Domini. * Intellectus.

^. Prabe, fili, cor mihi. et oculi tui vias meas custodiant : * Ut addatur gratia capiti tuo.

f. Attende, Bli mi, sapientiam meam, et ad eloquium meum inclina aurem tuam. * Ut addatur.

Plaçons à la suite cette Préface et cette Oraison de notre très antique Liturgie gallicane, qui se rapportent aussi par plus d'un trait aux enseignements de ce Dimanche et du Temps.

324 Le Temps après la Pentecôte.

Deus, qui peccato primi Parentis hominein a salutis finibus exsulantem, pietatis indulgentia ad veniam vitamque revocasti, mittendo nobis tJnigenitum tuum Salvatorem nostrum, per quem languores nostros curares, peccata dimitteres, potentiam hostis antiqui contereres, infernorum nexus resolveres, paradis! portas aperires. fidem innovares, vitam mortuis redderes, Dei filios faceres, et ad cœ- lestia régna perduceres, Dominas noster Jésus Christus.

ces, Dieu tout-puissant, qui, dans votre indulgente bonté, avez ramené à la grâce et à la vie l'homme que le péché du premier Père avait exilé des confins du salut. C'est dans ce but que vous nous avez envoyé votre Fils unique notre Sauveur, Pour guérir nos langueurs, effacer le péché, briser la puissance de l'antique ennemi, dénouer les liens de l'enfer, ouvrir les portes du paradis, renouveler la foi, rendre la vie aux morts, en faire des fils de Dieu, et les conduire aux célestes royaumes. Ainsi a fait notre Seigneur JésusChrist.

DIRIGE, omnipotens Deus Dominator , gressus nostros in via pacis, et sensus nostros corrobora in mandatis tuis : visitet nos Oriens ex alto, et inluminet eos qui in tenebris et umbra morlis sedent ; ut te adorent propter misericordiam tuam, te sequantur propter veritatem tuam, teque desiderent propter dulcedinem tuam, qui es benedictus Dominus Deus Israël in unitate Spiritus Sancti in sa:cula saeculoruœ.

TouT-PUiss.ANT souverain, ô Dieu, dirigez nos pas dans la voie de la paix et fortifiez nos facultés dans l'observation de vos commandements , que le divin Orient nous visite du ciel et éclaire ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort alors ils vous adoreront pour votre miséricorde, ils vous suivront pour votre vérité, ils vous désireront pour votre douceur, vous le béni Seigneur Dieu d'Israël en l'unité du Saint-Esprit dans les siècles des siècles.

ES Grecs lisent à la Messe de ce Dimanche, douzième de saint .\iatthicu , l'épisode du jeune homme riche qui interroge Jésus, rapporté au chapitre xix^ de cet Evangélistc. En Occident, v-'cst l'Evaiii;ile </« bon Samaritain qui donne ..iiiourd'hui son nom au douzième Dimanche i: rès la Pentecôte.

L'introït débute par le beau verset du ^aume ljcix : O Dieu, vene:^ à mon aide ; Seigneur, lidte^-vous de me secourir .' Dans -.; dixième Conférence. Cassien montre comment ce cri de l'àme convient à tous les états et répond à tous les sentiments '. Durand de Monde en fait application dans la circonsia'nce présente à Job, parce que les lectures

320 Le Don j. Dimanche après la Pentecôte.

de l'Office de la nuit tirées du Livre où sonr racontées ses épreuves se rencontrent quelquefois, quoique rarement, avec ce Dimanche •. Rupert y voit de préférence les accents du sourd-muet dont la guérison mystérieuse faisait, il y a huit jours, l'objet de nos méditations. « Le genre humain dans la personne de nos premiers parents, dit-il, était devenu sourd pour écouter les commandements du Créateur, et muet pour chanter ses louanges ; le premier mouvementde sa languedéiiéepar le Seigneur est pour invoquer Dieu 2. » C'est aussi chaque matin le premier élan de l'E- glise, comme sa première parole à chacune des Heures du jour et de la nuit.

ODiEU, venez à mon aide ; Seigneur, hâtez-vous de me secourir : que mes enne» mis, ceux qui cherchent à m'ôter la vie, soient confondus et couverts de honte.

Ps. Qu'ils soient contraints rie retourner en arrière et réduits à rougir, ceux qui méditent de me faire du mal. Gloire au Père, O Dieu.

11 arrive souvent, on l'a remarqué et nous en avons donné la raison, que la Collecte des Messes du Temps après la Pentecôte n'est pas sans rapport avec l'Evangile du Dimanche précédent. L'Oraison qui suit se prête elle-même à ce rapprochement. Il

DEUS, in adjutorium meum intende : Domine, ad adjuvandum me festina : confundantur, et revereantur inimici mei, qui quaerunt animam meam.

Ps. Avertantur retrorsum, et erubescant, qui cogitant mihi mala. Gloria Patri. Deus.

I. Dur. Rat. vi, 126. — 2. Rup. De div. Off. xii, 12.

A la Messe.

y a huit jours, l'Evangile nous rappelait

3ue l'homnie, inhabile naguère au service e son Créateur, ayant retrouvé par la divine bonté ses aptitudes surnaturelles, s'exfirimc depuis lors comme il convient dans la angue de la louange, loquebatw recte. L'E- glise, partant de cette conclusion du récit sacré, dit aujourd'hui à Dieu:

r\iEU tout-puissant et mi*~^ séricordieux, de la grâce de qui vient que vos fidèles vous servent comme il convient et d'une façon digne de louange, accordez-nous, selon notre prière, de courir sans broncher dans la voie qui conduit aux biens que vous avez promis. Par notre Seigneur.

Les autres Collectes page io6.

/^ MNIPOTENS et mise^-^ ricors Deus, de cujus munere venit, ut tibi a fîdelibus tuis digne et laudabiliter serviatur : tribue, quassumus, nobis ; ut ad promissiones tuas sine offensione curramus. Per Dominum.

comme ci-dessus.

ILecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. II, Chap. m.

MES Frères, la confiance qui nous possède, c'est par Jésus-Christ que nous l'avons devant Dieu : non que nous soyons capables d'avoir une pensée par nousmêmes comme de nous-mèmi-'s, mais c'est Dieu qui nous en rend capables. C'est lui qui nous a rendus aptes à être

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. II, Cap. in.

pRATRES, Fiduciam ta ' lem habemus per Christum ad Deum : non quod sufficientes simus cogitare aliquid a nobis, quasi ex nobis : sed sufficientia nostra ex Deo est : qui et idoneos nos fecit ministres novi testamenti, non littera, sed

32 8 Le Doif{. Dimanche après la Pentecôte.

Spiritu : littera enim occidit, Spiritus autem vivificat. Quod si ministratio mortis litteris deformata in lapidibus, fuit in gloria, ita ut non possent intendere filii Israël in faciem Moysi, propter gloriam vultus ejus, quae evacuatur : quomodo non magis ministratio Spiritus erit in gloria ? Nara si ministratio damnationis gloria est : multo magis abundat ministerium justitiae in gloria.

les ministres de la nouvelle alliance selon l'Esprit et non la lettre ; car la lettre tue, mais l'Esprit vivifie. Que si le ministère de mort gravé en lettres sur la pierre a été accompagné d'une telle gloire que les fils d'Israël ne pouvaient regarder le visage de Moïse à cause de la gloire dont il rayonnait , laquelle néanmoins devait passer : combien le ministère de l'Esprit ne devra-t-il pas être plus glorieux ? Car si le ministère de la condamnation est entouré de gloire, le ministère qui justifie en aura bien davantage.

LES promesses vers lesquelles la dernière partie de la Collecte élevait nos pensées se dessinent dans l'Epître. Les quelques lignes qu'on vient d'entendre paraissent, il est vrai, s'appliquer seulement à la gloire du ministère apostolique. Mais la gloire des apôtres est celle de celui qu'ils annoncent; et cette gloire unique, qui est la sienne, le Christ chef la communique dans l'unité à tous ses membres. Le rayonnement divin comme la vie divine s'échappent à la fois de cette tête sacrée par tous les canaux de la sainte Eglise ' ; s ils arrivent aux chrétiens dans des proportions différentes, la différence ne vient pas de la nature diverse de ce rayonnement et de cette vie pour les uns ou les autres. Chaque membre de l'HommeA la Messe. 32g

Dieu, dans son corps mystique, est appelé à se faire à lui-même son degré de capacité pour la gloire : non sans doute, comme le dit l'Apôtre, que nous soyons capables d'avoir, do notre fonds, mcme une pensée ; mais quelle diversité ne se rencontre pas dans la manière dont les hommes savent faire valoir en eux le fonds divin constitué par la grâce !'

Oh ! si nous connaissions le don de Dieu ' ! si nous comprenions la dignité suréminente réservée, sous la loi d'amour, à tout homme de bonne volonté '- ! peut-être nos lâchetés céderaient enfin ; peut-être nos âmes s'éprendraient-elles de la noble ambition qui fait les saints. Du moins saurions-nous que l'humilité chrétienne, dont on nous parlait dans les dimanches précédents, n'est point l'abaissement \ulgaire d'une âme dégénérée, mais l'entrée glorieuse dans la voie qui conduit par l'union divine au seul anoblissement véritable. Funeste inconséquence des hommes, qui, passionnés à bon droit pour Ja gloire, rétrécissent eux-mêmes leurs horizons dans les fumées de l'orgueil, et se laissent détourner par les hochets de la vanité de la recherche des honneurs que leur réservait dès ce monde, sous l'œil de Dieu et de ses saints, la Sagesse éternelle •' !

Au nom donc de nos intérêts les plus chers, les mieux entendus, écoutons l'Apôtre et laissons-nous gagner par son céleste enthousiasme. Nous pénétrerons sa pensée davantage, en la suivant au delà du passage choisi

I. JOHAN. IV 10. — 2. Luc. II, 14. — 3. Eccli. VI,

2g-32.

33o Le Dou:;. Dimanche après la Pentecôte.

pour Epître en ce Dimanche. Comme toujours, l'Eglise n'a pas de plus grand désir que de voir ses enfants continuer eux-mêmes, en dehors de la sainte Liturgie, les lectures forcément abrégées dans l'assemblée commune; cette réflexion s'applique d'autant mieux aujourd'hui, que la seconde lettre aux Corinthiens s'offre à nous pour la première et la dernière fois dans cette partie de l'année.

Quelle est donc cette gloire du Testament nouveau dont la grandeur fait tressaillir l'Apôtre, et près de laquelle celle de l'ancien s'éclipse tellement à ses yeux? Certes, pourtant, l'alliance du Sinai ne fut pas sans splendeur. Jamais la majesté, la toute-puissance et la sainteté du Très-Haut ne s'étaient manifestées à la fois comme au jour où, rassemblant au pied de cette montagne fameuse les descendants des douze fils de Jacob devenus un peuple immense, il renouvela miséricordieusement avec eux tous le pacte conclu avec leurs pères ' et leur donna sa loi dans l'appareil redoutable décrit au livre de l'Exode. Mais cette loi, gravée par le doigt de Dieu sur la pierre, ne l'était point pour cela dans les cœurs; et sa sainteté n'empêchait pas le péché qu'elle condamnait de régner au fond des âmes 2. Moïse, qui l'apportait, descendait de l'auguste montagne resplendissant des rayons mêmes de la Divinité 3; mais le rayonnement qui s'échappait du front du cher d'Israël, ne devait pas

I. Gen. XV, 18. — 2. Rom. vu, l2-l3. — 3. Ex.

A la Messe. 3.'-ii

se communiquer au peuple qu'il avait à conduire; il lui restait personnel, non moins que la faveur qu'il avait eue de traiter face à face avec Dieu ' ; il disparut avec lui, marquant par sa durée transitoire le caractère de ce ministère qui devait cesser à l'avènement du Messie, comme la lumière empruntée qui brille durant la nuit s'efface d'elle-même à l'arrivée du jour. Et comme pour mieux marquer que le temps n'était pas venu encore où Dieu manifesterait directement sa gloire, la vue des Juifs chi Sinai se trouvant impuissante à porter l'éclat de la face de Moïse, celui-ci dut désormais voiler son visage, quand il voulut parler à son peuple. C'est

au'en effet, tout emprunté qu'il fût, l'éclat e son front représentait la gloire de l'alliance future dont les splendeurs étaient appelées à rayonner, non plus sans doute extérieurement, mais dans nos cœurs à tous, en nous montrant la lumière même de Dieu sur la face du Christ Jésus -: lumière \ivante et vivitiante qui n'est autre que le Verbe divin 3, la Sagesse du Père *, et que l'énergie des sacrements, aidée de la contemplation et de raftnour, fait passer de l'humanité de notre Chef adoré au plus intime des âmes.

Ce Dimanche, nous le verrons, doit ramener encore le souvenir de Moise ; mais là est bien pour le chef hébreu le secret de sa vraie et de sa durable grandeur. De même qu'Abraham fut plus grand dans la postérité

332 Le Dou:{. Dimanche après la Pentecôte.

spirituelle, issue de sa foi que dans sa race selon la chair, la gloire de Moïse est jnoins d'être resté quarante années durant à la tète du peuple ancien, que d'avoir représenté pleinement dans sa personne le rôle du Christ-Roi et les prérogatives du nouveau peuple. Le gentil est délivré de la loi de_ la crainte et du péché i par la loi de la grâce qui non seulement déclare, mais donne la justice ; le gentil, devenu l'enfant de Dieu 2, traite avec lui dans la liberté qui vient de l'Esprit d'amour 3. Mais il n'a pas de type plus parfait, sous l'ancienne alliance, q,ue le législateur même d'Israël trouvant grâce devant le Seigneur au point d'être admis a la contemplation de sa gloire S et s'entretenant avec lui familièrement dans les sentiments d'une admirable confiance, comme Vami fait avec son ami b. De même que le Seigneur se montrait à lui directement, autant qu'il se peut pour un homme ici-bas «, . et sans intermédiaire de représentations figurées ^ Moïse, quand il allait vers Dieu, découvrait son visage voilé dans les autres temps comme nous avons dit. Même aujour• d'hui, le Juif s'obstine à garder entre lui et le Christ ce voile qui est tombé pour le reste du monde S; mais le chrétien, possède de la sainte audace dont parle l'Apôtre ■ , écarte aussi pour aller à son Dieu les intermédiaires, et rejette loin de lui tous les voiles des figures. Aussi, dit saint Paul, conI. Rom. vill, 2. - 2. Jbid. l5. - 3. II Cor ni. 17-

7. Num. XII, 8. — 8. II Cor. m, 14. — 9- ^^"'- 12-

A la Messe. 333

templant à découvert la g dans le miroir de son Ch:

loire du Seigneur

transformés de clarté en clarté par son Esprit-Saint dans la même image ', devenant d'autres christs, semblables comme JésusChrist à Dieu son Père.

Ainsi est accomplie la volonté de ce Père souverain pour la sanctification des élus. Dieu se retrouve en ces prédestinés devenus conformes, dans la belle lumière divine, à l'image de son Fils -. Il peut redire pour chacun d'eux la parole au Jourdain et du Thabor : Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complaisances ^. Il fait d'eux son vrai temple ', réalisant la parole qu'il avait dite autrefois : « J'habiterai en eux et je marcherai dans leur compagnie ''. De l'Orient et de l'Occident, de l'Aquilon et du Midi ils viendront à moi, et je les recevrai; je serai leur père, et ils seront mes fils et mes filles ^ n. ^ Telles sont les promesses dont l'accomplissement doit nous exciter, dit l'Apôtre "^ , à parfaire l'œuvre de notre sanctification dans la plus exacte pureté du corps et de l'âme, dans la crainte et l'amour. Telle est cette gloire du Testament nouveau, cette gloire de l'Eglise et de toute âme chrétienne, qui dépasse immensément les splendeurs de l'anctenne alliance et le rayonnement de la face de Moïse. Quoique ayant ce trésor ici-bas en des vases d'argile, nous ne devons pas pour cela défaillir, mais bien plutôt nous

334 ^^ Dou:(. Dimanche après la Pentecôte.

réjouir de cette faiblesse qui relève en nous la vertu de Dieu, et mettre à profit nos misères et la mort même pour manifester davantage la vie du Seigneur Jésus dans notre chair'mortelle. Qu'importe à notre foi et à nos espérances, sien nous l'homme extérieur s'en va et tombe en ruines, quand l'intérieur se renouvelle de jour en )our ? La souffrance légère et passagère du moment produit en nous un poids éternel de gloire. Contemplons donc, non ce qui se voit, mais l'invisible ; car ce qui se voit passe, mais l'invisible est éternel '.

Le genre humain, délivré de son mutisme séculaire et comblé du même coup des dons divins, chante, au Graduel, la reconnaissance qui déborde en son cœur.

BENEDICAM Dominum in omni tempore : semper laus ejus in ore meo.

f. In Domino laudabitur anima mea : audîant mansueti, et laetentur.

Alléluia, alléluia.

f. Domine Deus salutis meae, in die clamavi et nocte coram te. Alléluia.

T E bénirai le Seigneur en J tout temps ; sa louange sera toujours dans ma bouche.

f. Mon âme mettra sa gloire dans le Seigneur ; que les doux m'entendent, et qu ils se réjouissent.

Alléluia, alléluia.

f. Seigneur Dieu de mon salut, j'ai crié vers vous durant le jour et la nuit. Alléluia.

.1 la Messe.

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. x.

EN ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez I Car je vous déclare que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l'ont pas entendu. Et voilà qu'un docteur de la loi se leva pour le tenter, disant : Maître, que me faut-ii faire pour posséder la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu'y a-t-il d'écrit dans la loi ? comment lise^-vous ? Il répondit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces et de tout votre esprit ; et votre prochain comme vous-même. Jésus lui dit : \'ous avez bien répondu ; faites cela, et vous vivrez. Mais lui, voulant faire paraître qu'il était juste, dit à Jésus : Et qui est mon procha'n ? Or Jésus, prenant la parole, dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba entre les mains des voleurs qui le dépouillèrent, et s'en allèrent après l'avoir couvert de coups,

Sequentia sancti Evangelii sccundum Lucam. Cap. X.

IN illo tempore : Dixit Jésus discipulis suis . Beati oculi, qui vident qu<e vos videtis. Dico enim vobis, quod multi prophète, et reges voluerunt videra quae vos videtis, et non viderunt : et audire quae auditis, et non audierunt. Et ecce quidam legisperitus surrexit tentans illum, et dicens : Magister, quid faciendo vitam aeternam possidebo ? At ille dixit ad eum : In lege quid scriptum est ? quomodo legis ? Ille respondens dixit : Diliges Dominum Deum tuum ex loto corde tuo, et ex tota anima tua, et ex omnibus viribus tuis, et ex omni mente tua : et proximum tuum sicut teipsum. Dixitque illi : Recte respondisti • hoc fac, et vives. Ille autem volens justificace seipsum, dixit ad Jesum Et quis est meus proximus ? Suscipiens autem Jésus, dixit : Homo quidam descendebatab Jérusalem in Jéricho, et incidit in latrones, qui

336 Le Dou^. Dimanche après la Pentecôte.

etiam despoliaverunt eum : et plagis impositis abierunt , semivivo relicto. Accidit autem ut sacerdos quidam descenderet eadem via : et viso illo, prasterivit. Similiter et levita, cum esset secus locum, et videret eum, pertransiit. Samaritanus autem quidam iter faciens, venit secus eum : et videns eum, misericordia motus est, et appropians, alligavit ruinera ejus, infundens oleum, et vinum : et imponens illum in jumentum suum, duxit instabulum, et curamejus egit. Et altéra die protulit duos denarios, et dédit stabulario, et ait : Curam illius habe : et quodcumque supererogaveris, ego cura rediero, reddam tibi. Quis horum trium videtur tibi proximus fuisse illi, qui incidit in latrones ? At ille dixit : Qui fecit misericordiam in illum. Et ait illi Jésus : Vade, et tu fac similiter.

LE Docteur des nations exaltait la gloire du Testament nouveau dans l'Epître. Celui dont Paul n'était que le serviteur, l'HommeDicu, nous révèle dans l'Evangile la perfection de cette loi glorieuse qu'il est venu donner au monde. Et comme pour renouer en quelque sorte les enseignements de sa

le laissant à demi mort. Or il arriva qu'un prêtre descendait par le même chemin, et l'ayant vu il passa outre. De même un lévite étant venu près du lieu, et le voyant, passa outre. Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui, et, le voyant, fut ému de compassion. S'approchant donc, il banda ses.blessures. versant dessus de l'huile et du vin ; et l'ayant mis sur son cheval, il le conduisit dans une hôtellerie où il prit soin de lui. Le lendemain il tira deu-\ deniers qu'il donna à l'hôtelier en disant : Ayez soin de lui, et tout ce que vous dépenserez de plus, je vous le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois vous paraît avoir été le prochain de celui qui est tombé entre les mains des voleurs ? Le docteur répondit : Celui qui a exercé la miséricordeenvers lui. Allez donc, lui dit Jésus, et faites de même.

A la Messe. 33 j

bouche divine à la parole de son Apôtre, et justifier l'enthousiasme de celui-ci, c'est dans le tressaillement de son âme très sainte ellemême 1 qu'après avoir remercié de ces grandes choses le Père souverain, il s'écrie en se tournant vers ses disciples : Heureux les yeux qui voient ce que vous voye^ .'

C'était la pensée que devait exprimer à son tour le chef du collège apostolique, en parlant de la joie inénarrable et glorieuse - qu'apportait ce»te alliance nouvelle où la réalité remplaçait les figures. Dans sa première Epître aux élus àe l'Esprit-Saint dispersés par le monde ^, Pierre redit de même, après Celui qui l'a étabH le vicaire de son amour *, les aspirations non- satisfaites des justes de l'ancienne alliance, de ces hommes si grands dans la foi dont Paul, son frère ■'■, décrit ailleurs « les héroïques combats et les sublimes vertus. II célèbre en accents inspirés ces prédestinés de l'Eglise de l'attente, l'âme remplie de la pensée "des grâces futures, supputant les années, scrutant les temps dans la longue nuit, bien qu'ils sussent que la vue tant désirée des mystères du salut n'était point pour eux, et que leur mission fût d'annoncer pour d'autres, dans leurs prophéties, les gloires de l'avenir ".

Mais quels sont ces rois dont les désirs s'unirent alors, d'après l'Evangile, aux aspirations des prophètes? Sans parler des saints personnages à qui les honneurs d'un trône

XI. — 7. I Petr. i, 10-12.

33S Le Doit:;. Dimanche après la Pentecôte.

terrestre ne purent faire perdre de vue l'objet des espérances du monde, n'étaient-ils pas rois en toute vérité, comme l'observent les Pères ', ceux que saint Paul nous montre, en ces mêmes temps, vainqueurs des royaumes par la foi, plus torts que les armées, maîtres des lions, des éléments et d'eux-mêmes:" Supérieurs aux moqueries comme aux persécutions d'un monde qui n'était pas digne d'eux, on les vit, ces athlètes de la foi, promener dans les solitudes ou abriter dans les cavernes des montagnes l'amour indompté de leurscœurs, et des espérancesquidevaient, ils le savaient, n'être satisfaites qu'après leur niort et des siècles sans nombre -.

Nous donc leurs tils, qu ils attendaient pour entrer en part des biens que préparaient leurs angoisses et leurs aspirations, comprenons le bienfait du Seigneur ; Nous si petits par la vertu en face des pères de notre foi, et que pourtant l'avènement de l'Esprit d'amour a plus éclairés que ne le furent jamais les prophètes, en nous donnant la possession des mystères mêmes qu'ils annonçaient : comment ne sentirions-nous pas l'obligation qui s'impose à nous de reconnaître par la sainteté de toute notre vie 3, par un amour ardent et généreux, les faveurs de celui qui nous a gratuitement appelés des ténèbres à son admirable lumière * ? Ayant sur nos têtes une telle nuée de pareils témoins, laissons enfin là fardeaux et entraves, dégageons-nous, pour courir résolument dans la

I. Bed. in Luc. III. Homélie du jour. — 2. Heb. XI,

33-39. — 3. I Petr. I, l3-l6. — 4. IbU. II, 9.

A la Messt'. 33g

carrière, les yeux fixés sur l'auteur et le consommateur de la foi. Jésus-Christ aux délices qu'il pouvait choisir a préféré la croix, méf>risant la honte, et, maintenant, il est assis à a droite de Dieu '. Nous le savons plussûrenict que nous ne voyons les événements qui se passent sous nos yeux ; car lui-même il est en nous sans cesse, par son Esprit, nous incorporant ses mystères.

h'illumittation du saint baptême a produit dans nos âmes cette rc\élation du Seigneur Jésus qui pose le f rincipe de la vie chrétienne, et dont rUomme-Dieu félicitait ses disciples. Car c'était d'elle qu'il parlait, bien plus que de la vue extérieure de sa nature numame commune aux Juifs ennemis et aux Apôtres. Le Docteur des nations le déclare suffisamment, quand il dit, écrivant après la transformation opérée dans ces derniers' par l'Esprit sanctificateur : Si nous avons connu le Christ selon la chair, nous ne le conniiissons plus maintenant de cette sorte '^. C'est en nous en effet, et non plus dans les villes de Judée, qu'est maintenant le royaume de Dieu ^. La foi nous découvre le Christ habitant dans nos cœurs pour nous fonder dans la charité, pour croître en nous, en nous transformant dans lui-même, et nous remplir de la plénitude de Dieu ^. C'est l'œil fixé sur l'image divine rayonnant silencieusement dans son âme baptisée, que l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour, comme nous le disions •', par la contemplation incessante,

340 Le Doii:j. Dimanche après la Pentecôte.

l'amour croissant, l'imitation persévérante, et parfaite à la fin, de son Créateur et Sauveur '.

Combien il importe donc que nous laissions en nous libre expansion à la lumière surnaturelle de la foi, qu'aucun de nos actes, aucune pensée, aucun repli de nos cœurs n'échappe à son influence, à sa direction souveraine 1 Dans les âmes fidèles, l'Esprit Paraclet fait sur ce point des prbdiges; l'cpanouissement non contrarié des dons supérieurs de Sagesse et d'Intelligence arri c, dans les saints, à faire prédominer tellement la divine lumière, qu'auprès d'elle pour eux; l'éclat du soleil est sans force. Quelquefois même l'Esprit dépasse, dans sa liberté toutepuissante, le développement régulier de ces dons communs à tous: l'âme, entraînée dans des régions supérieures aux voies ordinaires de la vie chrétienne, se voit plongée dans l'inscrutable abîme de la Sagesse 2 ; elle s'y unit avec délices aux rayons qui descendent des sommets éternels, et, dans leur calme et radieuse simplicité embrassant tout, elle sent qu'elle possède le secret de toutes choses. En de certains moments, soulevée plus haut encore, bien au-dessus de la région des sens et du domaine de la raison, pa7- delà tout intelligible, ainsi que s'exprime Denys l'Aréopagite 3, elle arrive à toucher de son aile éperdue le sommet même où réside dans son essence la lumière incréée, le faîte trois fois saint d'où elle s'échappe, pour se jouer jusI. Col. III, 10. — 2. Dion. Ar. De div. nom. vn, 3. — 3. De myst. theol. 1,1.

A la Messe. 341

qu'aux dernières limites de la création, par mille détours et mille traductions de sa divine splendeur. C'est alors qu'agissant miséricordieuscinent avec l'âme impuissante encore à porter directement sa gloire, l'éternelle Trinité l'enveloppe de ces ténèbres mystérieuses qu'ont signalées les Saints au point le plus élevé des ascensions mystiques : ténèbres augustes, retraite dernière de la Divinité pour les mortels ', obscurité plus pénétrante que la lumière, nuit sacrée au silence éloquent ; sanctuaire où l'adoration absorbe l'àme, d'où sont bannies également la vision et la science, et dans lequel cependant l'intelligence et l'amour, agissant de concert par un mode ineffable, prennent possession des plus sublimes mystères de la théologie dans la simplicité, l'absolu et l'immuable qui les caractérisent en Dieu!

Sans doute de telles faveurs ne sont connues que d'un petit nombre ; et la vertu la mieux établie, la fidélité la plus méritante ne donnent à personne le droit d'y prétendre. La

Eerfection d'ailleurs n'y est point attachée, a foi qui dirige le juste suffit à lui faire apprécier la vie extérieure des sens pour ce qu'elle est, misérable et obscure; et c'est facilement qu'avec le secours de la grâce ordinaire, il vit tout entier dans cette retraite intime de l'âme où il sait, sur la parole de son Dieu -, que réside la Trinité sainte. Son cœur est un ciel où, caché en Dieu avec le Christ à qui vont toutes ses pensées 3, il

342 Le Dou:^. Dimanche après Ici Pentecôte.

donne sans cesse au Bien-Aimé la seule preuve d'amour qui ne trompe pas, la seule qu'ait réclamée le Seigneur : l'observation des commandements 1. C'est sans impatience et sans trouble, malgré ses désirs et l'ardeui de son espérance, qu'il attend cette révélation suprême du Christ sa vie qui le fera. au dernier jour, apparaître lui-même avec l'Homme-Dieu dans la gloire 2; car sans le voir il sait qu'il l'aime, parce que sans le voir il croit en lui ^. Le développement toujours croissant des vertus dont il donne le spectacle au monde, montre mieux la puissance de la foi que ne peuvent faire les manifestations merveilleuses dont nous parlions, et dans lesquelles Fàme, domptée passivement, se trouve à peine libre de refuser l'amour. Aussi n'est-ce pas sans motif et sans lien

3ue le récit de notre Evangile passe imméiatement, des premières lignes que nous avons commentées, à la promulgation nouvelle du grand commandement qui renferme toute la Loi et les Prophètes *. C'est appuyé sur les données sublimes de la foi, éclaire par elle,.que l'homme peut et doit, ici-bas, ai'wer le Seigneur son Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces et de tout son esprit, et le prochain comme lui-même. L'Eglise, dans l'Homélie qu'elle propose aujourd'hui comme de coutume à ses fils sur le texte sacré ^, n'étend pas son interprétation au delà de l'interrogation du docteu''

I. JOHAN. XIV, 21. — 2. Col. m, 4. — 3. I PeTH.

\, 8. — 4. Matth. XXII, 36-40. — 5. Office de la nuit.

. .4 la Messe. ' 343

de la loi : c'est assez faire voir que, dans sa pensée, lu dernière partie de l'Evangile, quoique plus longue de beaucoup, n'est que la conclusion pratique de la première, selon cette parole de l'Apôtre : La foi optre par la charité '. Et en efl'et la parabole du bon Samaritain, qui, par ailleurs, se prête à tant d'applications du plus haut symbolisme, n'est .amenée, dans le sens littéral, sur les lèvres du Sauveur que pour détruire péremptoirement les restrictions apportées par les Juifs au grand précepte de l'amour.

Si toute perfection est renfermée dans l'amour, si sans lui nulle vertu ne produit de fruit pour le ciel, l'amour n'est vrai qu'autant qu'il s'étend au prochain ; et c'est même surtout dans ce dernier sens, remarque saint Paul, que l'amour accomplit toute la loi -, qu'il en est la plénitude 3. Car c'est le prochain qu'ont en vue directement la plupart des préceptes du Décalogue *. et la charité envers Dieu n'est complète, elle aussi, qu'en aimant avec Dieu ce qu'il aime , ce qu'il a fait à son image •'. En sorte que l'A-

f'ôtre, ne distinguant même pas, comme le ait l'Evangile, entre les deux préceptes de l'amour, ose bien dire : « Toute la loi est contenue dans cette seule parole : Vousaimere^ votre prochain comme vous-même ^ ».

Mais plus est grande l'importance d'un tel amour, plus l'est'^aussi la nécessité de ne pas se méprendre sur la signihcation et l'étendue de ce terme de prochain. Les Juifs n'y comI Gai. V, 6. — 2. Rom. xni, 8. — 3. Ibid. lo. —

344 J-^ Dou:[: Dimanche aptes la Pentecôte.

prenaient que ceux de leur race, suivant en cela les mœurs des nations païennes pour qui l'étranger n'était qu'un ennemi. Mais voici qu'interpellé par un représentant de cette loi diminuée, le Verbe divin, auteur de la loi, la rétablit dans sa plénitude. Il ne s'entoure point de nouveau pour cela des tonnerres et des flammes du Sinaï. Homme conversant avec les hommes ',il leur révèle, sous une forme accessible à tous la portée du précepte éternel qui conduit à la vie -. Dans une similitude, où plusieurs ont vu le récit d'un fait réel connu de ceux à qui s'adressait le- Sauveur, Jésus met en scène un homme sorti de la ville sainte et un Samaritain, de tous ces étrangers ennemis dont il était question tout à l'heure le plus méprisé et le plus odieux pour un habitant de Jérusalem 3. Et cependant, de l'aveu du docteur qui l'interroge, comme sans nul doute de tous ceux qui l'entendent, le prochain, pour l'infortuné tombé entre les mains des voleurs, c'est ici beaucoup moins le prêtre ou le lévite de sa race, que l'étranger Samaritain qui, oubliant leurs rancunes nationales devant sa misère, ne voit en lui qu'un homme son semblable. C'était bien dire que nulle exception ne pouvait prévaloir contre la loi souveraine de l'amour, ici-bas comme au ciel ; et Jésus fut compris.

L'Offertoire est tiré du passage de l'Exode où Moïse est représenté luttant^ contre Dieu pour sauver son peuple après l'érection du

I. Bar. m, 38. — 2. Jbid. iv, i. — 3. Johan. iv, g.

A la Messe.

veau d'or, et triomphant de la colère du Très- Haut. Il peut arriver que ce Dimanche tombe le jour même ou près du jour auquel l'Eglise fait mémoire du chef hébreu, dans son Martyrologe (4 septembre] ; et c'est, d'après Honorius'^d'Autun ', la raison de la mention réitérée faite aujourd'hui de ce glorieux législateur d'Israël.

MOÏSE pria en présence du Seigneur son Dieu, et il dit : Pourquoi, Seigneur, vous irriter contre votre peuple ? Laissez fléchir votre colère : souvenez-vous d'Abraham, d.'Isaac et de Jacob à qui vous avez juré de donner une terre où coulent le lait et le miel. Et le Seigneur apaisé ne lit point à son peuple le mal dont il avait parlé.

PRECATUS est Moyses in conspectu Domini Dci sui, et dixit : Quare, Domine, irasceris populo tuo ? Parce irœ animae tuae : mémento Abraham, Isaac, et Jacob, quibus jurasti dare terram fluentem lac et mel : et placatus factus est Dominus de malignitate, quam dixil facere populo suo.

La Secrète prie le Seigneur d'agréer les ort'randes du Sacritice, qui doivent nous mériter l'indulgence et rendre gloire à son Nom.

REGARDEZ favorablement, nous vous en prions. Seigneur, l'oft'rande que nous vous présentons sur les sacrés autels ; qu'en nous obtenant l'indulgence, elle rende honneur à votre Nom. Par JésusChrist notre Seigneur.

Les autres Secrètes comme ci-dessus, page

STIAS, quœsumus Domine, propitius intende, quas sacris altaribus exhibemus : ut, nobis indulgentiam largiendo, tuo Nomini dent honorem. Per Dominum.

346 Le Temps après la Pentecôte.

De même qu'il y a huit jours, l'Antienne de la Communion fait une allusion évidente au temps des moissons et de la vendange. Le pain, le vin et l'huile ne sont pas seulement les soutiens de notre vie matérielle ; ils sont aussi la matière des sacrements les plus augustes ; leur louange ne saurait être mieux a sa place, dans la bouche de l'homme, qu'au sortir du banquet sacré.

r^ fructu operum tuoi-' rum, Domine, satiabitiir terra : ut educas panem de terra . et vinutn Isetificet cor hominis : ut exhilaret faciem in oleo, et panis cor hominis confirmet.

lA terre. Seigneur, sera rasLsasiée du fruit de vos ouvrages ; vous tirez le pain de la terre, et le vin réjouit le cœur de l'homme ; l'huile répand sur son front -rallégresse, et le pain affermit son cœur.

La vie qui nous vient des sacrés Mystères trouve en eux, par le dégagement toujours plus accentué des restes du mal qui avait causé notre mort, sa perfection et sa défense. C'est ce qu'exprime la prière de l'Eglise dans la Postcommunion.

■« rIviFiCET nos, quaesumus Domine, hujus pàrticipatio sancta mysterii : et pariter nobis expiationem tribuat et munimei. Per Dominum.

FAITES, nous vous en supplions, Seigneur, que

Les autres page 119.

cette participation aux saints Mystères nous vivifie, et qu'elle soit pour nous en même temps purification et défense. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Postcommunions ci-dessus

Le Dou:^. Dimanche après la Pentecôte. 34j

ES Psaumes, les Antiennes, le Capitule, l'Hymne et le Verset, ci-dessus, pages 52-

6i.

ANTIENNE DE Magnificat

UN homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba entre les mains des

voleurs qui le dépouillèrent, et s'en allèrent après l'avoir couvert, de coups, le laissant à demi-mort.

HOMO quidam descendebat ab Jérusalem in Jéricho, et incidit in latrones, qui etiam dcspoliaverunt eum. et plagis impositis abierunt, semivivo relicto.

L'Oraison ci-dessus, page 32-

L 'ÉTERNELLE Sagessc prévient de son amour, à nouveau, Flùimanité dans cette Antienne du Temps. Faisons nôtres, en réponse, les sentiments exprimés dans les formules qui suivent et que nous présente aussi la sainte Eglise.

Au-r T A Sagesse crie sur ^^^- L les places publiques : Si quelqu'un aime la sagesse, qu'il s'en vienne à moi, et il la trouvera ; et l'ayant trouvée, il sera bien heur«rt«s'il la garde.

^. Seigneur, du trône de votre grandeur envoyez la Sagesse , pour qu'elle soit avec moi et travaille avec moi ; * Ainsi saurai-je en

■ O mitât rn plateis : Si quis diligit sapientiam. ad me declinet, et eam inveniet ; et cum invenerit. beatus erit si tenuerit eam. ■

tf. Emitte. Domine, Sapientiam de sede magnitudinis tua-, ut mecum sit et mccum laboret : ' Ut sciam quid ac3-f.!i Le Temps après la Pentecôte.

ceptum su coramteomni tempore.

^. Da mihi, Domine, sedium tuarum assistricem Sapientiam. * Ut sciam.

B?. Da mihi, Domine, sedium tuarum assistricem Sapientiam, et noli me reprobare a pueris tuis : * Quoniara servus tuus sum ego, et filius ancillae tuae.

j>. Mitte illam de sede magniludinis tuas , ut mecum sit et mecum laboret. ■ Quoniam.

^. Magna enim sunt judicia tua. Domine, et inenarrabilia verba tua : * Magnificasti populum tuum et honorasti.

^. Transtulisti illos per mare Rubrum , et transvexisti eos per aquam nimiam.* Magnificasti.

Gloria Patri, et Filio, et Spif itui Sancto. * Magnificasti.

tout temps ce qui vous est agréable.

f. Donnez-moi la Sagesse assise près de vous dans votre trône, ô Seigneur. * Ainsi.

^. Donnez-moi la Sagesse assise près de vous dans votre trône. Seigneur, et ne me rejetez pas du nombre de vos enfants : * Car je suis votre serviteur, et le fils de votre servante.

f. Envoyez-la du trône de votre grandeur, pour qu'elle soit avec moi et travaille avec moi. * Car je suis.

^. Grands en effet sont vos jugements, ô Seigneur, e' ineffables vos œuvres : * Vous, avez exalté votre peuple et l'avez ennobli.

"f. Vous l'avez fait passer par la mer Rouge, vous l'avez transporté au travers des grandes eaux. * Vous avez.

Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit. * Vous avez.

La formule dominicale que voici est tirée du Missel gothique.

DIGNUM et justum est, vere œquum et justum est : ineffabilis, incomprehensibilis, sempiIL est digne et juste, véritablement juste et équitable que toujours nous vous rendions grâces, Dieu inefLe Douy. Dimanche après la Pentecôte. 34g

fable , incompréhensible , éternel, qui ne cessez de nous combler dans votre miséricorde immense. Qui pourrait, en effet, dignement louer votre puissance, vous dont la divinité ne saurait être vue d'aucun œil mortel, dont nul discours n'expliquera l'immeusité ? Qu'il nous suffise de vous aimer, ô Père, de vous vénérer, 6 Seigneur, de vous célébrer, ô Créateur, de vous serrer dans nos bras, ô Rédempteur ! Très clément souverain, faites que. selon vos instructions, nous gravissions la montée de la voie étroite qui conduit à l'éternité bienheureuse, qu'aucun obstacle n arrête notre course. £t qu'au sommet soit pour nous l'éternel salut.

terne Deus : nos tibi semper sjratias agere, quos immçnsa non desiois miseratione fovere. Nam quis tuam possit diçne laudarepotentiam : cu)us nec divinitas mortaliaspectu cernitur ; nec immensitas sermonibus explicatur ? Suflficit ergo quod te Patrem diligimus, Dominum veneramur, Creatorem suscipimus, amplectiraur Redemptorem. Prœsta, clementissime Dominator : ut angusti callis, quam praecipis semitam possimusascendere ; per quam ad œternam valeamus beatitudinem pervenire ; nec ullis impediti obstaculis teneamur, sed sit nobis cursus ipsius itineri<; aeternitas salutaris.

En concordance avec le temps des moissons, auquel se réfère aujourd'hui comme Dimanche dernier r.\ntienne de la Communion, le Sacramentaire gélasien nous donnera cette Oraison.

Vous qui avez voulu que de ces fruits de la terre fussent composés vos Sacrements : accordez-nous . ô Dieu, d'y trouver par vous le secours de la vie présente et de la future. Par JésusChrist.

DEUS, qui de his terrœ fructibus tua Sacramenta constare voluisti : prœsta quaesumus ; ut opem nobis et pressentis vitsE conféras et futurs. Per Dominum.

35o Le Temps après la Pentecôte.

Enfin le Sacramentaire léonien, plus antique encore, nous fournira ce beau commentaire de l'Evangile du jour.

VERE dignum. Qui sic rationabilem non deseris creaturam, ut et quibus modis placere ■ tibi, et qualiter possit iinpetrare quae poscit, ostandas : prsecipiens, ut te princlpaliter toto corde vénérantes, consequenter et universos homines sicut nosmetipsos, tamquam cor:5ortes nostri generis, dillgamus ; tune circa eos veruin probantes affectum, ut quemadmodum nos purgari desideramus a vitiis, ita et eorum, quos amamus, optemus. Quibus praeceptis duobus totam Legem sine difficultate complentes, bong prassentiasumamus et aeterC'est une chose vrainaent digne de vous rendre grâces, ô vous qui ne laissez point à l'abandon votre créature raisonnable, mais lui montrez par quels moyens elle peut vous plaire et comment dans ses demandes elle sera exaucée. Vous nous donnez pour commandement que. rendant nos devoirs de tout cœur à vous d'abord, nous aimions aussi par voie de conséquence tous les hommes comme nousmêmes en tant que d'ulie même famille; nous éprouverons que notre affection pour eu.x est véritable, si de même que nous souhaitons être délivrés de nos vices, nous désirons par amour qu'il en soit également ainsi pour eux. Accomplissant donc sans peine la Loi entière dans ces deux préceptes, nous recevrons les biens du temps et les éternels.

DEUS, qui sacra Legis omnia constituta, in tua et proximi dilectione posuisti ; danobishorum propitius efTicientiam

Dieu qui avez établi toutes les saintes ordonnances de la Loi sur votre amouj et celui du prochain, soyez-nous propice et donLe Dou:{. Dimanche après la Pentecôte. 35 1

nez-noiis d'accomplir ces commandements ; car personne ne peut arguer de l'impossibilité d'observer ce qui se renferme en si peu de mots, ce qui s'ordonne si justement. Par Jésus-Christ.

mandatorum ; quis impossibile esse sibi nuUus excusât, quod tanta brevitale concluditur, tanta œquitate prœcipitur. Per Dominum.

série dominicale qui prenait autrefois son point de départ à la solennité de Saint-Pierre, ou des Apôtres, ne dépassait jamais le présent Dimanche. La fôte de Saint-Laurent désignait ceux qui suivent, comme elle le faisait des le neuvième Dimanche après la Pentecôte, dans les années où Pâque s'éloignait davantage de l'équinoxe du printemps. Quand la date de cette solennité remontait ainsi vers son dernier terme, on comptait dès maintenant les Semaines du septième mois (septembre).

Les Quatre-Temps de l'automne peuvent déjà même se rencontrer en cette semaine,

Quoiqu'ils puissent aussi n'arriver qu'en la ix-huitième. Nous suivrons, pour en parler, l'ordre adopté par le Missel qui les inscrit à la suite du dix-septième Dimanche après la Pentecôte. Le treizième Dimanche prend aujourd'hui

A la Messe. 3.^3

son nom, en Occident, de l'Evangile des dix lépreux qu'on lit à la Messe, tandis que les Grecs, qui le comptent pour le treizième de saint Matthieu, y lisent la parabole de la vigne dont les ouvriers, appelés à des heures différentes de la journée, reçoivent tous une même récompense ' .

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