L'Année liturgique — Le Carême (t. 5) (page 7)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 5, éd. 1911 (OCR) · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I. Dialectica, I. — 2. Joan. Hierosolymit. "Vita J.

Damasceni, XXXI. — 3. Ibid.

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LUS l'Eglise semble approcher du terme de ses destinées, plus aussi l'on dirait qu'elle aime à s'enrichir de fêtes nouvelles rappelant le glorieux passé. C'est qu'en tout temps, du reste, un des buts du Cycle sacré est de maintenir en nous le souvenir des bienfaits du Seigneur. Aye^ mémoire des anciens jours, considère:^ l'histoire des générations successives, disait déjà Dieu sous l'alliance du Sinaï • ; et c'était une loi en Jacob, que les pères fissent connaître à leurs descendants, pour qu'eux-mêmes les transmissent à la postérité, les récits antiques ^. Plus qu'Israël qu'elle a remplacé, l'Eglise a ses annales remplies des manifestations de la puissance de l'Epoux ; mieux que la descendance de Juda, les fils de la nouvelle Sion peuvent dire, en contemplant la série des siècles écoulés : Vous êtes mon Roi, vous êtes mon Dieu, vous qui toujours sauve:{ Jacob 3 !

Tandis que s'achevait en Orient la défaite des Iconoclastes, une guerre plus terrible, où l'Occident devait lutter lui-môme pour la civiI Deut. XXXII, 7 — 2. Psalm. lxxvii, 5. —

3. Psalm. XLiii, 5.

Saint Jean de Capistran, Confesseur. G41

lisation et pour rHomme-Dieu, commençait à peine.

Comme un torrent soudain grossi, l'Islam avait précipité de l'Asie jusqu'au centre des Gaules ses flots impurs ; pied à pied, durant mille années, il allait disputer le sol occupé par les races latines au Christ et à son Eglise. Les glorieuses expéditions des xii* et XIII' siècles, en l'attaquant au centre même de sa puissance, ne tirent que Timmobiliser un temps. Sauf sur la terre des Espagnes, où le combat ne devait finir qu'avec le triomphe absolu de la Croix, on vit les princes, oublieux des traditions de Charlemagne et de saint Louis, délaisser pour les conflits de leurs ambitions privées la guerre sainte, et bientôt le Croissant, défiant"^ à nouveau la chrétienté, reprendre ses projets de conquête universelle.

En 1453, Byzance, la capitale de l'empire d'Orient, tombait sous l'assaut des janissaires turcs; trois ans après, Mahomet II son vainqueur investissait Belgrade, le boulevard de l'empire d'Occident. Il eût semblé que l'Europe entière ne pouvait manquer d'accourir au secours de la place assiégée. Car cette dernière digue forcée, c'était la dévastation immédiate pour la Hongrie, l'Autriche et l'Italie ; pour tous les peuples du septentrion et du couchant, c'était à bref délai la servitude de mort où gisait cet Orient d'où nous est venue la vie, l'irrémédiable stérilité du sol et des intelligences dont la Grèce, si brillante autrefois, reste encore aujourd'hui frappée.

Or toutefois, l'imminence du danger n'a-, vait eu pour résultat que d'accentuer la divi-^

G 4^ ^<? Carême.

sion lamentable qui livrait le monde chrétien à la merci de quelques milliers d'infidèles. On eût dit que la perte d'autrui dût être pourplusieursune compensation à leur propre ruine ; d'autant qu"à cette ruine plus d'un ne désespérait pas d'obtenir délai ou dédommagement, au prix de la désertion de son postede combat. Seule,àrencontre de ces égoïsmes,au milieu des perfidies qui se tramaientdanslombre ou déjà s'affichaient publiquement, la papauté ne s'abandonna pas. Vraiment catholique dans ses pensées, dans ses travaux, dans ses angoisses comme dans ses joies et ses triomphes, elle prit en mains la cause commune trahie par les rois. Econduite dans ses appels aux puissants, elle se tourna vers les humbles, et plus confiante dans sa prière au Dieu des armées que dans la science des combats, recruta parmi eux les soldats de la délivrance.

C'est alors que le héros de ce jour, Jean de Capistran, depuis longtemps déjà redoutable à l'enfer, consomma du même coup sa gloire et sa sainteté. A la tête d'autres pauvres de bonne volonté, paysans, inconnus, rassemblés par lui et ses Frères de l'Observance, le pauvre du Christ ne désespéra pas de triompher de l'armée la plus forte, la mieux commandée qu'on eût vue depuis longtemps sous le ciel. Une première fois, le 14 juillet 1456, rompant les lignes ottomanes en la compagnie de Jean Hunyade,le seul des nobles hongrois qui eût voulu partager son sort, il s'était jeté dans Belgrade et l'avait ravitaillée. Huit jours plus tard, le 22 juillet, ne souffrant pas de s'en tenir à la défensive, sous les yeux d'Hunyade stupéfié par cette stratégie nouSaint Jean de Capistran, Confesseur. 648

velle, il lançait sur les retranchements ennemis sa troupe armée de fléaux et de fourches, ne lui donnant pour consigne que de crier le nom de Jésus à tous les échos. C'était le mot d"ordre de victoire que Jean de Capistran avait hérité de Bernardin de Sienne son maître. Que l'adversaire mette sa confiance dans les chevaux et les chars, disait le" Psaume; pour nous, nous invoquerons leXomdu Seigneur *. Et en effet, le Nom toujours saint et terrible ^ sauvait encore son peuple. Au soir de cette mémorable journée, vingt-quatre mille Turcs jonchaient le sol de leurs cadavres; trois cents canons, toutes les armes, toutes les richesses des infidèles étaient aux mains des chrétiens ; ^Mahomet II, blessé, précipitant sa fuite, allait au loin cacher sa honte et les débris de son armée.

Ce fut le 6 août que parvint à Rome la nouvelle d'une victoire qui rappelait celle de Gédéon sur Madian 3. Le Souverairi Pontife, Calliste III, statua que désormais toute l'E- glise fêterait ce jour-là solennellement la glorieuse Transfiguration du Seigneur. Car en ce qui était des soldats de la Croix, ce n'était pas leur glaive qui avait délivré la terre, ce n'était pas leur bras qui les avait sauvés, mais bien votre droite et la puissajice de votre bras à vous, ô Dieu, et le resplendissement de votre visage, parce que vous vous étie:[ complu en eux *, comme au Thabor en votre Fils bien-aimé s.

I. Psalm. XIX, 8. —2. Psalm. ex, 9.— 3. Judic. vil.

— 4. Psalm. XLiii, 4. — 5. Matth. xvii, 5.

Lisons la vie de Jean de Capistran dans le livre de la sainte Eglise.

J CANNES Capistrani in Pelignis ortus, et Perusium studiorum causa missus, in christianis et liberalibus disciplinis adeo profecit, ut ob egregiam juris scientiam aliquot civilatibus a Neapolis rage Ladislao prcefectus luerit. Dum autem earum rempublicam sanctissime gerens pertuibatis rébus tranquillitatem revocarestudet, capitur ipsc et in vincula conjicitur : quibus mirabiliter ereptus, Francisci Assisiensis regulam inter Fratres Minores profitctur. Ad divinarum litterarum studium progressas, pra?- ceptorem nacius est sanctum Bernardinum Senensem, cujus et virtutis exempla, in cuitu potissimum sanctissimi nominis Jesu ac Deiparae propagande, egregie est imitatus. Aquilanum episcopatum recusavit, et severiore disciplina atque script is.quœplurima edidit ad mores reformandos, maxime enituit

Pn.fiDiCATlONI verbi Dei sedulo incumbens, Italiam fere uniJEAN naquit à Capestrano dans les Abruzzes. Envoyé pour ses études à Pérouse, il profita grandement dans les sciences chrétiennes et libérales. Sa connaissance éminente du droit le fit apEeler par le roi de Naples adislas au gouvernement de plusieurs villes. Or, tandis qu'il s'en acquittait saintement et s'efforçait dans des temps troublés de ramener la paix, lui-même est jeté dans les fers. Délivré miraculeusement, il embrasse la règle de saint François d'Assise parmi les Frères Mineurs. Dans les lettres divines il eut pour maître saint Bernardin de Sienne, dont il devint le parfait imitateur pour la vertu, pour la propagation surtout du culte du très saint nom de Jésus et de la Mère de Dieu. Il refusa l'évéché d'Aquila. Son austérité, ses nombreux écrits pour la réforme des moeurs le rendirent célèbre.

TOUT adonné à la prédication de la parole de Dieu, il parcourut en s'acSaint Jean de Capistran, Confesseur. 64:

quhtant de cet office Iltalie presque entière, ramenant d'innombrables âmes dans les voies du salut par la force de son éloquence et ses miracles rçpétés. Martin V l'établit inquisiteur pour l'extinction de la secte des Fratricelles. Nommé par Nicolas V inquisiteur général en Italie contre les Juifs et les Sarrasins, il en convertit un grand nombre à la foi du Christ. En Orient, il fut le promoteur de beaucoup d'excellentes mesures ; au concile de Florence, où on le vit briller comme un soleil, il rendit à l'Eglise catholique les Arméniens. Sur la demande de l'empereur Frédéric III, le même Nicolas V l'envoya comme nonce du Siège apostolique en Allemagne, pour qu'il y rappelât les hérétiques à la foi véritable et l'esprit des princes à la concorde. Un ministère de six années en ce pays et dans d'autres provinces lui permit d'accroître merveilleusement la gloire de Dieu, amenant sans nombre au sein de l'Eglise, par la vérité de la doctrine et l'éclat des miracles. Hussites. Adamites, Thaborites et Juifs.

CALLISTE III ayant résolu, principalement à sa prière, de promouvoir la

versam lustravit, quo in munere et virtute sermonis, et miraculorum frequentia innumeras prope animas in viam salutis reduxit. Eum Martinus Quintus ad exstinguendam Fraticellorum sectam inguisitorem instituit. ANicolao Quinto contra Judaeos et Saracenos generalis inquisitor in Italia constitutus, plurimos ad Christi fidem convertit. In Oriente multa optime constituit, et in Concilio Florentino, ubi veluti soi quidam fulsit, Armenos Écclesiae catholicae restituit. Idem Pontifex, postulante Friderico Tertio imperatore, illum xVpostolicae Sedis Nuntium in Germaniam legavit, ut hœreticos ad catholicam fidem et principum animos ad concordiam revocaret. In Germania aliisque provinces Dei gloriam sexennali ministerio mirifîce auxit, Hussitis, Adamitis, Thaboritis, Hebraeisque innumeris doctrinae veritate ac miraculorum luce ad Ecclesias sinum traductis.

CLM Callistus Tertius ipso potissimum deprecante, cruce signâtes

mittere decrevisset, Joannes per Pannoniam, aliasque provincias volitavit, qua verbo, qua litteris Principum animes ita ad bellumaccendit, ut brevi millia Christianorum septuaginta conscripta sint. Ejus consilio et virtute potissimum Taurunensis Victoria relata est, centuin ac viginti Turcarum minibus partira cœsis, partira fugatis. Cujus victorias cura Romam nuntius venisset octavo idus augusti, idem Callistus ejus diei memoria> solemnia Transfigurationis Christi Domini

Eerpctuo consecravit. ethali morbo acgrotum et Villacuradelatum viri principes plures visitarunt : quos ipse ad tucndam religionem hortatus, animam Deo sancte reddidit anno salutis millcsirao quadringentesirao quinquagesirao sexto. Ejus gloriam post mortem Deus multis miraculis confirraavit : quitus rite probatis, Alexander Octavus anno millesimo sexcentesirao nonagesimo Joanncm in Sanctorum numerum retuiit, ejusque Olîicium acMissaraLco Decimus

croisade, Jean parcourut sans repos la Hongrie et d'autres contrées, excitant par lettres ou discours les princes à la guerre, enrôlant dans un court espace de temps soixante-dix mille chrétiens. C'est surtout à sa prudence, à son courage, qu'est due la victoire de Belgrade, où cent vingt mille Turcs furent partie massacrés, partie mis en fuite. La nouvelle de cette victoire étant arrivée à Rome le huit des ides d'aoiit, Calliste III, en perpétuelle mémoire, consacra ce jour en y fixant la solennité de la Transfiguration du Seigneur. Atteint d'une maladie mortelle, Jean fut transporté à Illok, où plusieurs princes étant venus le visiter, il les exhorta à la défense de la religion, et rendit saintement à Dieu son âme. On était en l'année du salut mil quatre cent cinquanle-six. Dieu confirma sa gloire après sa mort par beaucoup de miracles, lesquels ayant été prouvés juridiquement, Alexandre VIII le mit au nombre des Saints l'an mil six cent quatre-vingt-dix. Au second centenaire de sa canonisation, Léon XIII a étendu son Oilice et sa Messe à toute l'Eglise, tcrtius, altero ab ejus canonizalione saeculo, ad universam extcndit Ecclcsiam.

Saint Jean de Capistran, Confesseur. G4J

E Seigneur est avec vous, ô le plus fort des -« hommes ! Alle^ dans cette force qui est la vôtre, et délivre:^ Israël, et triomphe^ de Madian : sache^ que c'est moi qui vous ai envoyé ^. Ainsi l'Ange du Seigneur saluait Gédéon, quand il le choisissait'' pour ses hautes destinées parmi les moindres de son peuple 2. Ainsi pouvons-nous, la victoire remportée, vous saluer à notre tour, ô fils de François d'Assise, en vous priant de nous aider toujours. L'ennemi quevous avez vaincu sur les champs de bataille nest plus à redouter pour notre Occident ; le péril est bien plutôt où Moïse le signalait pour son peuple après la délivrance, quand il disait : Prene:{ garde d'oublier le Seigneur votre Dieu, de peur qu'après avoir écarté la famine, bâti de belles maisons, multiplié vos troupeaux, votre argent et votre or, goûté Vabondance de toutes choses, votre cœur ne s'élève et ne se souvienne plus de Celui qui vous a sauvés de la servitude 3. Si, en effet, le Turc l'eût emporté, dans la lutte dont vous fûtes le héros, où serait cette civilisation dont nous sommes si fiers ? Après vous, plus d'une fois, l'Eglise dut assumer sur elle à nouveau l'œuvre de défense sociale que les chefs des nations ne comprenaient plus. Puisse la reconnaissance qui lui est due préserver les fils de la Mère commune de ce mal de l'oubli qui est le fléau de la génération présente ! Aussi remercions-nous le ciel du grand souvenir dont resplendit par vous en ce jour le Cycle sacré, mémorial des bontés du Seigneur et des hauts faits des Saints. Faites qu'en la

I. Judic. VI. — 2. IbiJ. l5. — 3. Deut. vill, II-14.

04^ L^ Carême.

guerre dont chacun de nous reste le champ de bataille, le nom de Jésus ne cesse jamais de tenir en échec le démon, le monde et la chair ; faites que sa Croix soit notre étendard, et que par elle nous arrivions, en mourant à nous-mêmes, au triomphe de sa résurrection.

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'e fondateur d'une milice d'humilité et de pénitence, François de Paule, nous offre aujourd'hui son exemple et son patronage. Sa vie fut toujours innocente; et néanmoins nous le voyons embrasser, dès sa première jeunesse, une pénitence si austère, qu'il semblerait trop sévère de l'exiger des plus grands pécheurs de nos jours. Cependant les droits de la justice divine n'ont rien perdu de leur rigueur; car Dieu ne changeras; et l'offense que lui ont faite nos pèches ne nous sera pas remise, si elle n'est pas réparée. Les saints ont expié toute leur vie et avec la plus grande sévérité des fautes légères; et l'Eglise a tant de peine à arracher à notre mollesse, en ces jours, quelques œuvres de pénitence mitigées à l'excès!

Est-ce la foi qui fait défaut dans nos âmes ? Est-ce la charité qui languit dans nos cœurs ? C'est l'un et l'autre, sans doute; et la cause d'un tel affaiblissement est dans l'amour de la vie présente qui nous fait insensiblement perdre l'unique point de vue que nous devrions considérer : celui de l'éternité. Combien de chrétiens de nos jours sont semblables, dans leurs sentiments, à ce roi de France qui, après avoir obtenu du Pontife

65o Le Carême.

Romain que saint François de Paule vînt habiter près de lui, se jeta aux pieds du serviteur de Dieu, en le suppliant de lui prolonger la vie ! Louis XI, cependant, était un grand pécheur ; mais ce qui le préoccupait n'était pas le désir de faire pénitence de ses crimes; c'était l'espoir d'obtenir du saint quelques jours de plus d'une vie déjà trop longue pour le compte redoutable qui devait la suivre. Cet amour de la vie, nous le portons à un excès pitoyable. On repousse le jeûne et l'abstinence, non parce que lobéissance à la loi de l'Eglise mettrait la vie en péril, non parce que la santé en serait compromise : on sait trop bien que les prescriptions du Carême cèdent en présence de semblables motifs; mais on se dispense du jeûne et de l'abstinence, parce que la mollesse dans laquelle on vit rend insupportable jusqu'à l'idée d'une légère privation, d'un dérangement dans les liabitudes. On trouve des forces plus que suffisantes pour les affaires, pour les fantaisies même et pour les plaisirs; et c^uand il s'agit d'accomplir les lois 3ue l'Eglise n'a portées que dans l'intérêt es âmes et des corps, tout semble impossible ; et l'on accoutume la conscience à ne plus même s'inquiéter de ces prévarications annuelles, oui finissent par éteindre dans l'âme du pécneur jusqu'à l'idée de la nécessité où il est de faire pénitence pour être sauvé.

Etudions les exemples bien différents que nous donne saint François de Paule, et que l'Eglise nous propose dans le récit abrégé des œuvres de ce grand serviteur de Dieu.

Saint François de Paule, Confesseur. 65 1

FRANÇOIS naquit dans une humble condition à Paule, ville deCalabre. Ses parents, longtemps privés d'enfants, l'obtinrent du ciel par leurs prières à saint François, et à la suite d'un vœu. Dès sa jeunesse, enflammé d'une divine ardeur, il se retira dans un désert où il passa six ans dans une vie très dure, mais que la méditation des choses célestes lui rendait douce. La renommée de ses vertus se répandit au loin, et beaucoup de personnes l'allaient trouver dans le but de servir Dieu. La charité fraternelle le fit alors sortir de sa solitude ; il bâtit une église près de Paule, et jeta là les premiers fondements de son Ordre.

IL avait le don de la parole dans un degré merveilleux, et garda une perpétuelle virginité. Son humilité fut si grande qu'il se disait le plus petit de tous, et voulut que ses disciples portassent le nom de ^iinimes. Son vêtement était grossier ; il marchait nu-pieds, et la terre lui servait de lit. Son abstinence fut admirable ; il ne mangeait qu'une fois par jour après le coucher du soleil ; sa nourriture n'était que du pain et de l'eau, auxquels il n'ajoutait d'autre assaisonnement que celui qui est perFRANCiscus Paulae, quod est Calabriae oppidum , loco humili natus est : quem parentes, cum diu proie caruissent, voto facto, beati Francisci precibus susceperunt. Is adolescens divino ardore succensus, in eremum secessit : ubi annis sex victu asperam. sed meditationibus cœlestibus suavem vitam duxit : sed cum virtutum ejus fama longius manaret, multique ad eum pietatis studio concurrerent , fraternaï charitatis causa .e solitudine egressus ecclesiam prope Paulamaedificavit, ibique prima sui Ordinis fundamenta jecit.

ERAT in eo mirifica loquendi gratia : perpetuam virginitatem servavit : humilitatem sic coluit, ut se omnium minimum diceret, suosque alumnos Minimes appellari voluerit. Rudi amictu , nudis pedibus incedens. humi cubabat. Cibi abstinentia fuit admirabilis ; semel in die post solis occasum refîciebatur. et ad panem et aquas potum vix aliquid ejusmodi obsonii adhibebat, quo vesci in Quadragesima licet : quam conLe Carême.

suetudinem ut fratres sui toto anni tcmpore retinerent, quarto eos voto adstrinxit.

MULTis miraculis servi sui sanctitatem Deus testari voluit, quorum illud in primis célèbre, quod a nautis rejectus, biciliœ fretum strato super fluctibus pallie, cum socio transmisit. Multa etiam futura prophétie© spiritu prœJixit. A Ludovico Undecitno Francorum rege expetitus, magnoque in honore est habitus. Dcnique annum primum et nonagesimum agens, Turonis migravit ad Dominum, anno salutis millesimo quingcntesimo septimo : cujus corpus dies undecim insepultum, ita incorruptum permansit , ut suavem etiam odorem efflarct. Eum Léo Papa Decimus in Sanctorum numerum retulit.

mis en Carême. Il astreignit par un quatrième vœu ses disciples à suivre cette dernière pratique, pendant toute l'année.

DIEU attesta la sainteté de son serviteur par un grand nombre de miracles, dont le plus célèbre est celui que fit François lorsque, repoussé par des matelots, il passa le détroit de Sicile, avec son compagnon, sur son manteau étendu sur les flots. Il fit aussi beaucoup de prédictions par un esprit prophétique. Louis XL roi de France, souhaita de le voir, et le traita avec beaucoup d'honneur. Enfin, étant arrivé à sa quatre-vingt-onzième année, il mourut à Tours, et se réunit au Seigneur l'an du salut mil cinq cent sept. Son corps, resté sans sépulture durant onze jours, demeura sans corruption, et rendait même une odeur agréable. Le pape Léon X l'a mis au nombre des Saints.

A PÔTRE de la Pénitence, François de Paule, ^ votre vie fut toujours sainte ; et nous sommes pécheurs. Cependant nous osons, en ces jours, recourir à votre puissant patronage, pour obtenir de Dieu que cette sainte carrière ne se termine pas sans avoir produit en nous un véritable esprit de pénitence, qui serve d'appui à l'espoir que nous avons

Saint François de Paule, confesseur. 653

conçu de notre pardon. Nous admirons les merveilles dont votre vie fut remplie, et cette longévité des Patriarches qui parut en vous, atin que la terre pût jouir plus longtemps du fruit de vos exemples. Maintenant que vous êtes dans la gloire éternelle, souvenez-vous de nous et bénissez le peuple tidèle qui implore \otre suffrage. Par vos prières, faites descendre sur nous la grâce de la componction qui animera les œuvres de notre pénitence. Bénissez et conservez le saint Ordre que vous avez fondé. Notre patrie eut l'honneur de vous posséder, 6 François ! C'est de son sein que votre âme bénie s'éleva vers les cieux, laissant à la piété de nos pères sa dépouille mortelle, qui devint bientôt pour la France une source de faveurs et un gage de votre protection. Mais hélas! ce corps sacré, temple de TEsprit-Saint. nous ne le possédons plus; la rage des hérétiques le poursuivit, il y a trois siècles, et un bûcher sacrilège le ré'duisit en cendres. Homme de mansuétude et de paix, pardonnez aux fils ce crime de leurs pères; et, témoin dans les cieux des miséricordes divines, soyez-nous propice, et ne vous souvenez des inic^uités anciennes que pour appeler sur la génération présente ces faveurs célestes qui convertissent les peuples, et font revivre chez eux la foi et la piété des anciens jours.

\f^:::rry^ ^ sainte Eglise nous présente aujourd'hui la douce et imposante figure d'un de ses plus vertueux Pontifes. Isidore, le grand Evoque de Séville, le plus savant homme de son siècle, mais plus recommandable encore par les effets de son zèle sur sa noble patrie, vient nous encourager dans la carrière par ses exemples et par son intercession.

Entre toutes les provinces du Christianisme, il en est une qui a mérité par excellence le nom de Catholique : c'est l'P^spagne. Dès le commencement du viii« siècle, la divine Providence la soumit à la plus dure épreuve, en permettant que l'inondation" sarrasinc la submergeât presque tout entière: en sorte qu'il fallut à ses héroïques enfants huit siècles de combats pour recouvrer enfin leur patrie. Les vastes contrées de l'Asie et de l'Afrique qui, à la même époque, subirent l'invasion musulmane, sont demeurées sous le joug de l'Islamisme. D'où vient que l'Espagne a triomphé de ses oppresseurs, et que le sentiment de la dignité humaine ne s'est jamais éteint dans la race qui Thabite ? La réponse est facile à donner: l'Espagne, au moment de l'invasion, était catholique;

Saint Isidore, Év. et Doct. de l'Église. 655

la vie catholique animait cette vaste région ; tandis que les peuples qui succombèrent sous le cimeterre musulman avaient déjà rompu avec la chrétienté par l'hérésie ou par le schisme. Dieu les délaissa, parce qu'ils avaient repoussé la vérité de la Foi, l'unité de l'Eglise ; ils ne furent plus qu'une proie, et n'offrirent presque aucune résistance à leurs farouches vainqueurs.

L'Espagne cependant avait couru un immense" danger. La race des Goths, en la subjuguant, avait en même temps déposé l'hérésie dans son sein. L'Arianisme élevait dans ribérie ses autels sacrilèges; mais Dieu ne permit pas que cette terre privilégiée demeurât longtemps sous le joug de l'erreur. Avant l'arrivée du Sarrasin, l'Espaene était déjà réconciliée avec l'Eglise; une famille aussi illustre que sainte avait eu la gloire de consommer ce grand œuvre. Le voyageur qui parcourt, de nos jours encore, l'Andalousie, remarque avec un pieux étonnement, à chacun des quatre angles des places publiques, une statue correspondant à trois autres : ces statues représentent trois frères et une sœur : saint Léandre, Evêque de Sévilie ; saint Isidore que nous fêtons aujourd'hui; saint Fulgence, Evêque de Carthagène ; et leur sœur, sainte Florentine, vierge consacrée à Dieu. Par les eftbrts du zèle et de l'éloquence de saint Léandre, le roi Récarède et toute la nation des Goths se réunirent à la foi catholique, au concile de Tolède, en 589 ; la science et le grand caractère de notre Isidore consolidèrent cette heureuse révolution ; Fulgence la soutint

par ses vertus et par sa doctrine; et Florentine apporta à cette œuvre si féconde pour l'avenir de sa patrie le tribut de ses soupirs et de ses prières.

Unissons-nous à l'hommage que rend la nation catholique à cette glorieuse constellation de saints ; et lisons dans les fastes de la sainte Liturgie le récit des actions et des mérites de notre Isidore.

1SID0RUS natione Hispanus, doctor egregius, ex nova Carthagine, Scveriano pâtre provinciae duce natus, a sanctis episcopis Leandro Hispalensi, et Fulgentio Carthaginiensi fratribus suis pie et liberaliter educatus, latinis, graecis et hebraicis litteris, divinisque et humanis legibus instructus, omni scientiarum, atque christianarum virtutum génère prastantissimus evasit. Adhuc adolescens haeresim arianam, qua; gentem Gothorum Hispaniœ latissime dominantem jam pridem invaserat, tanta constantia palam oppugnavit, ut parum abtuerit quin ab hacreticis necaretur. Leandro vita functo ad Hispalensem cathedram invitus quidem, sed urgente in primis Recaredo rege, magnoque

ISIDORE, Espagnol de nation, docteur illustre, naquit à Carthagène. Il eut pour père Sévérien, gouverneur de la province, et fut élevé dans la piété et les lettres par les saints cvêques Léandre de Séville et Fulgence de Carthagène, ses frères. Formé aux littératures latine, grecque et hébraïque, et instruit dans les lois divines et humaines, il se distingua au plus haut degré par les sciences, comme par toutes les vertus chrétiennes. Dès sa jeunesse, il combattit avec tant de courage l'hérésie arienne qui, depuis longtemps déjà, avait envahi le vaste royaume des Goths d'Espagne, que peu s'en fallut qu'il ne fût mis à mort par les hérétiques. Après la mort de Léandre, il fut élevé malgré lui sur le siège de Séville, par l'influence du roi Récarède et l'assentiment unanime du clergé et du peuple. Son élection fut non

Saint Isidore, Év. et Doct. de V Église. 65 j

seulement confirmée par l'aatorité Apostolique, mais saint Grégoire le Grand, en lui envoyant selon l'usage le pallium, rétablit son vicaire et celui du Siège Apostolique dans toute l'Espagne.

ON ne saurait exprim.er tout ce qu'il fit paraître dans son épiscopat de constance, d'humilité, de patience, de miséricorde ; combien il employa de sollicitude à rétablir les mœurs chrétiennes et la discipline ecclésiastique, de zèle à les soutenir par sa parole et par ses écrits ; enfin avec quel éclat il parut orné de toutes sortes de vertus. Il favorisa et développa l'ordre monastique en Espagne, et construisit plusieurs monastères. Il bâtit pareillement des collèges dans lesquels, se livrant à la science sacrée et à l'enseignement, il instruisit un grand nombre de disciples qui se réunirent autour de lui, et entre lesquels brillèrent saint Ildephonse, évéque de Tolède, et saint Braulion. évéque de Sarragosse. Dans un concile tenu à Séville, il renversa et détruisit, par une discussion éloquente et anietiam cleri, populique consensuassumitur, ejusque electionem sanctus Gregorius Magnus nedum auctoritate Apostolica confirmasse, sed et electum transmisse de more pallio décorasse, quin etiam suum , et Apostolicae Sedis in universa Hispania vicarium constituisse perhibetur.

IN episcopatu quantum fuerit constans, humilis , patiens , misericors, in christiana et ecclesiastica disciplina instauranda sollicitas , eaque verbe, et scriptis stabilienda indefessus , atque omni demum virtutum ernamento insignitus, nullius lingua enarrare sufficeret. Monastici quoque instituti per Hispaniam prometer et amplificator eximius, plura construxit monasteria ; collegia itidem asdificavit, ubi studiissacris, et lectionibus vacans.plurimos discipulos qui ad eum confluebant, erudivit : quos inter sancti Ildephonsus Toletanus, et Bnulio Cœsaraugustanus episcepi

emicuerunt. Coacto Hispali concilie, Acephalorum haeresim Hispaniae iam minitantem. acri et

cloquenti disputationc fregit atque contrivit. Tantam apud omnes sanctitatis et doctrinse famam adeptus est, ut elapso vix ab ejus obitu sextodecimo anno, universa Toletana synodo duoriim supra quinquafinta episcoporum plauente , ipsoque etiam sancto Ildephonso suffra?ante, doctor egregius, latholicre Ecclesiœ novissimum decus, in sxculorum fine doctissimus, et cum reverentia nominandus, appellari meruerit; eum que sanctus Braulio non modo Gregorio Magno comparaverit, sed et erudiendœ Hispaniae loco Jacobi Apostoli cœlitus datum esse censuerit.

SCRIPSIT Isidorus libres Etymologiarum, et de Ecclesiasticis ofTiciis, aliosque quamplurimos christianœ et ecclesiasticae disciplinae adeo utiles, ut sanctus Léo Papa IV ad episcopos Britaunije scribcre non dubitaverit, sicut Hieronymi et Augustini, ita Isidori dicta retinenda esse, ubi contigeril inusitatum negotium, quod

Eer Canoncs minime deniri possit. Plures etiam ex ejusdem scriptis senmée, l'hérésie des Acéphales qui menaçait d'envahir l'Espagne. Il acquit une si haute réputation de sainteté et de doctrine que, seize ans à peine après sa mort, au milieu des applaudissements d'un concile de cinquante-deux évêques, et avec le suffrage de saint Ildephonsc, il mérita d'être appelé un excellent docteur, la dernière gloire de l'Eglise catholique, le plus savant homme qui eût paru à la fin des temps, et dont le nom ne doit être prononcé qu'avec respect. Non seulement saint Braulion le compara à saint Grégoire le Grand ; mais il dit que le ciel avait donné à l'Espagne Isidore pour l'instruire , comme autrefois il lui avait envoyé l'Apôtre Jacques.

ISIDORE a écrit les livres des Etymologies, ceux des Offices ecclésiastiques et beaucoup d'autres si importants pour la discipline chrétienne et ecclésiastique, que le pape saint Léon IV n'a pas craint de dire que l'on doit faire usage des paroles d'Isidore, comme de celles de Jérôme et d'Augustin, toutes les fois qu'il se présente un cas inusité qui ne peut être décidé par les Canons. Plusieurs sentences de ses écrits ont été recueillies et placées parmi les lois

Saint Isidore, Év. et Doct. de r Église. 6:^ g

canoniques de l'Eglise. Il présida le quatrième Concile de Tolède, qui est le plus célèbre de tous ceux d'Espagne. Enfin, après avoir extirpé de ce pays l'hérésie arienne prédit publiquement sa mort et la dévastation du royaume par l'armée des Sarrasins, et gouveipe son Eglise environ quarante ans, il mourut à Séville, et alla au ciel l'an six cent trente-six. Son corps fut enseveli d'abord . comme il l'avait demandé, entre son frère Léandre et sa sœur Florentine. Ferdinand I^'', roi de Castille et de Léon, l'ayant racheté à grand prix d'Enète. prince sarrasin, qui dominait à Séville. le transporta à Léon : et l'on a élevé en son honneur une église où, à cause de l'éclat de ses miracles, il est l'objet d'une grande dévotion de la part des peuples.

tentiae inter canonicas Ecclesiœ leges relatas conspiciuntur. Prasfuit Concilio Toletano IV omnium Hispanias celeberrlmo. Denique cum ab Hispania arianam ha?resim eliminasset, morte sua, et regni vastatione a Sarracenorum armis publice prasnuntiata, postquam quadraginta circiter annos suam rexisseî Ecclesiam, Hispali migravit in cœlum anno sexcentesimo trigesimo sexto. Ejus corpus inter Leandrum fratrem, et Florentinam sororem, ut ipse mandaverat. primo conditum. Ferdinandus Primus Caslellœ et Legionisrex, ab Eneto Sarraceno Hispali dominante magno pretio redemptum , Legionem transtulit ; et in ejus honorera templum œdificatum est, ubi miraculis clarus. magna populi devotione coïitur.

ISIDORE, Pasteur tidèle, le peuple chrétien honore vos vertus et vos services ; il se réjouit de la récompense dont le Seigneur a couronné vos mérites; soyez-lui donc propice en ces jours de saïut. Sur la terre, votre vigilance n'abandonna jamais l'heureux troupeau qui lui était confié ; regardeznous comme vos brebis, défendez-nous des loups ravissants qui nous menacent sans

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cesse. Que vos prières obtiennent pour nous la plénitude des grâces qui nous sont nécessaires pour achever dignement cette sainte carrière qui s'avance vers sa fin. Soutenez notre courage; animez notre ardeur; préparez-nous à ïa célébration des grands mystères qui nous attendent. Nous avons regretté nos offenses, expié, quoique bien faiblement, nos fautes; l'œuvre dq notre conversion a fait un pas ; il faut maintenant qu'elle se consomme par la contemplation des souffrances et de la mort de notre Rédempteur. Assistez-nous, ô Pontife du Christ qui l'avez tant aimé; vous dont la vie fut toujours si pure, prenez soin des pécheurs, et écoutez la prière de rEa;lise qui se recommande à vous aujourd'hui. Du sein des joies éternelles, souvenez-vous aussi de votre patrie terrestre ; bénissez l'Espagne qui vous conserve un culte si fervent. Rendez-lui l'ardeur primitive de la foi ; renouvelez en son sein les mœurs chrétiennes; faites disparaître l'ivraie qui s'est levée parmi le bon grain. L'Eglise entière honore cette contrée pour sa fidélité dans la garde du dépôt de la doctrine du salut ; sauvez-la de toute décadence, et arrêtez les maux dont clic souffre; qu'elle soit toujours fidèle, toujours digne du beau nom que vous l'avez aidée à conquérir.

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.ujourd'hui, c'est encore la catholique Espagne qui fournit à l'Eglise un de ses fils, pour être proposé à l'admiration du peuple chrétien. Vincent Ferrier, VAnge du jugement, la trompette des vengeances divines, se montre à nous, et vient glacer de terreur nos cœurs infidèles en faisant retentir l'arrivée prochaine du souverain Juge des vivants et des morts. Autrefois il sillonna l'Europe entière dans ses courses évangéliques, et les peuples remués par son éloquence foudroyante se frappaient la poitrine, criaient miséricorde au Seigneur, et se convertissaient. De nos jours, la pensée de ces redoutables assises que Jésus-Christ viendra tenir sur les nuées du ciel n'émeut plus autant les chrétiens. On croit au jugement dernier, parce que c'est un article de la foi; mais on tremble peu dans l'attente de ce jour formidable. On pèche durant de longues années; on se convertit un jour par une grâce toute spéciale de la bonté divine; mais le grand nombre de ces néophytes continue à mener une vie molle, pense peu à l'enfer et à la réprobation, moins encore au terrible jugement par lequel Dieu doit en finir avec ce monde. Il n'en était pas ainsi dans les siècles chré602 Le Carême.

tiens; il n'en est pas non plus ainsi chez les âmes vraiment converties. L'amour en elles domine la crainte ; mais la crainte du jugement de Dieu veille toujours au fond de leur pensée : c'est cette disposition qui les rend fermes dans le bien qu'elles ont recouvré. Assurément, ils se demandent peu quelle sera leur situation au jour où le signe du Fils de l'homme brillera dans les cieux, où Jésus, non plus Rédempteur, mais Juge, séparera les boucs des brebis, ces chrétiens qui ont tant à expier, et pour lesquels, chaque année, le Carême n'est qu'une occasion de témoigner leur lâcheté et leur indifférence. A voir leur sécurité, on dirait qu'ils ont reçu l'assurance que ce moment terrible ne saurait receler pour eux ni une inquiétude, ni une déception. Ayons plus de prudence, gardons-nous des illusions de l'orgueil et de l'msouciance; par une pénitence sincère, assurons-nous le droit d'envisager avec une humble confiance cette heure reaoutable qui a fait trembler tous les saints. Quelle joie d'entendre cette parole sortir de la bouche du Juge incorruptible :. « Venez, les « bénis de mon Père ; possédez le royaume « qui vous a été préparé dès l'origine du « monde • ! » Vincent Ferrier s'arrache au repos de la cellule pour aller remuer des nations entières qui dormaient dans l'oubli du grand jour des justices; nous n'avons pas, il est vrai, entendu sa parole; mais n'avonsnous pas le saint Evangile ? N'avons-nous pas l'Eglise qui, dès l'entrée de la sainte

Saint Vincent Ferrier, Confesseur. 063

rarrière que nous parcourons, nous a fait lire les oracles formidables que Vincent Ferrier ne faisait que commenter devant les chrétiens de son temps ? Préparons-nous donc à paraître devant celui qui viendra demander compte des grâces qu'il nous prodigue, et qui sont le friiit de son sang; en mettant à profit toutes les" ressources de la sainte Quarantaine, nous pouvons nous préparer un jugement favorable.

La Liturgie consacre à saint Vincent Ferrier, dans l'Office des Matines, le récit suivant qui contient un abrégé succinct des grandes œuvres du serviteur de Dieu.

"WiNCENT. né à Valence en Espagne, de parents honnêtes, montra dès ses premières années la maturité d'un vieillard. Ayant reconnu de bonne heure, malgré la faiblesse de son âge. \e peu de durée de ce monde rempli de ténèbres, il reçut à dixhait ans l'habit de la religion dans l"Ordre des Frères-Prêcheurs. Après sa profession solennelle, il se livra avec ardeur à l'étude des saintes lettres, et conquit avec une grande distinction le degré de docteur en théologie. Bientôt, sur l'obédience des supérieurs, il se mit à prêcher la parole de Dieu, à combattre la perfidie des Juifs, à réfuter les erreurs des Sarrasins avec tant de zèle et de succès, qu'il amena

\7iNCENTius honesta ' stirpé Valentiae in Hispania natus. ab ineunte aîtate cor gessit senile. Qui dum caliginosi huius saîculi labilemcursum pro ingenii sui modulo consideraret, Religionis habitum in Ordine Praedicatorum decimo ocîavo aetatis suae anno suscepit ; et emissa solemni professione, sacris litteris sedulo incumbens. Theologia; lauream summa cum laude consecutus est. Mox obtenta a superiorihus licen.ia , verbum Dei praedicare, Judceorum perfidiam arguere . Sarracenorum errores confutare, tanta virtute et efficacia cœpit, ut ingentem ipsorum inLe Carême.

fidelium miiltitudinem ad Christi fidem perduxeril, et multa Christianorum millia, a peccatis ad picnitcntiam, a vitiis ad virtutem revocarit. Electus enim a Deo, ut monita salutis in omnes gentes, tribus et linguas diffunderet , et extremi tremendique judicii diem appropinquare ostenderel, omnium auditorum animos terrore conçusses, atque a terrenis affectibus avulsos , ad Dei amorem excitabat.

Iu hoc autem apostoiico munere hic vilœ ejus ténor perpetuus fuit. Quotidie Missam suramo niane cum cantu celebravit, quotidie ad populum concionemhabuit, inviolabile semper jejunium, nisi urgens adesset nécessitas, servavit ; sancta, et recta consilia nullis denegavit, carnes numquam comedit, nec vestem lineam induit, populorum jurgia sedavit, dissidentia régna pace composuit ; et cum vestis inconsutilis Ecclesia; diro schismate scinderetur, ut uniretur, et unita servaretur, plurimum laboravit. Virtutibus omnibus claruit,

à la foi du Christ un nombre immense d'infidèles, et fit passer plusieurs milliers de chrétiens du péché à la pénitence, du vice à la vertu. Il avait été choisi de Dieu pour répandre les enseignements du salut chez toutes les nations, de quelque race et de quelque langue qu'elles fussent ; et en annonçant l'approche du dernier et redoutable jugement, il effrayait les âmes de tous ceux qui l'entendaient , les arrachait aux passions terrestres, et les portait à l'amour de Dieu.

DANS l'accomplissement de ce ministère apostolique, son genre de vie fut constamment celui-ci : tous les jours, de grand matin, il célébrait une messe chantée ; chaque jour aussi il adressait une prédication au peuple ; il gardait un jeûne inviolable, à moins d'une urgente nécessité ; il ne refusa jamais à personne ses conseils toujours saints et équitables ; jamais il ne mangea de chair, ni ne porta de linge ; il apaisa les dissensions des peuples, et rétablit la paix entre des royaumes divisés ; enfin, au temps où la tunique sans couture de l'Eglise était déchirée par un schisme cruel, il se donna beaucoup de mouvement pour rétablir

Saint Vmcent Février, Confesseur. 665

et consolider la réunion. Toutes les vertus brillèrent en lui ; humble et simple, on le vit recevoir avec douceur et embrasser avec tendresse ceux qui l'avaient poursuivi de leurs calomnies et de leurs persécutions.

LA puissance divine opéra par lui beaucoup de sifnes et de prodiges en conrmation de la sainteté de sa vie et de sa prédication. Souvent, par l'imposition de ses mains sur les malades, il leur rendit la santé ; il chassa les esprits immondes du corps des possédés, rendit l'ouïe aux sourds, la parole aux muets, la vue aux aveugles ; il guérit les lépreux, et ressuscita des morts. Enfin, accablé de vieillesse et de maladie, après avoir parcouru plusieurs pays de l'Europe avec un grand profit pour les âmes, cet infatigable héraut de l'Evangile acheva le cours de sa prédication et de sa vie. à Vannes en Bretagne, l'an du salut mil quatre cent dix-neuf. Il fut mis au nombre des Saints par Calixte III.

suosque detractores et persecutores, in simplicitate et humilitate ambulans. cum mansuetudine recepit et amplexus est.

PER ipsum divina virtus, in confirmationem vitas et prœdicationis ejus, multa signa et miracula fecit. Nam frequentissime super aegros manus imposuit, et sanitatem adepti sunt ; spiritus immundos e corporibus expulit ; surdis àuditum, mutis loquelam, caecis visum restituit ; leprosos mundavit. mortuos suscitavit. Senio tandem et morbo confectus infatigabilis Evangelii praeco, plurimis Europœ provinciis cum ingenti animarum fructu peragratis, Venetias in Britannia minori, prasdicationis et vitae cursum féliciter consummavit . anno salutis millesimo quadringentesimo décime nono. quem Calixtus Tertius Sanctorum numéro adscripsit.

Le Bréviaire de l'Ordre des Frères-Prêcheurs célèbre saint Vincent Ferrier par de magnifiques éloges. Nous lui emprunterons

quatre Répons et une Antienne, atin de louer plus dignement l'illustre prédicateur.

QUMMUS Parens, "' O ac rector gentium, in vespere labentis saeculi, novum vatem misit Vincentium, christiani magistrum populi : refert instare Dei judicium, * Quod spectabunt cunctorum oculi.

j^. Timete Deum, clamât sxpius ; venit hora judicii ejus. * Quod spectabunt cunctorum oculi.

^. Christi viam secutus arduam, a terrenis procul illecebris : veritatem reddit conspicuam, profligatis errorum tenebris : * Oram illuminât occiduam, toto factus in orbe celebris.

f. Cujus doctrina sole giatior, sermo erat flammis ardentior. * Oram illuminât occiduam, toto factus in orbe celebris.

^. Nocte sacris inciimbens litteris, conlemplatur vigil in stuE Père souverain, cei qui gouverne les peuples, sur le soir du monde qui s'affaisse, a envoyé Vincent comme un nouveau prophète chargé d'instruire le peuple chrétien ; Vincent annonce que le jugement de Dieu est proche, * Ce jugement que tous les hommes doivent voir de leurs yeux.

j^. Il s'écrie souvent : Craignez Dieu ; l'heure de son jugement est arrivée : ' Ce jugement que tous les hommes doivent voir de leurs yeu.x.

^. Marchant à la suite du Christ par la voie difficile, il s'éloigna des plaisirs terrestres ; il fit briller l'éclat de la vérité ; il dissipa les ténèbres de l'erreur ; * Il resplendit dans les régions de l'Occident, et tout l'univers retentit de sa renommée.

f. Sa doctrine éclatait comme un soleil ; sa parole était ardente comme la flamme. * Il resplendit dans les régions de l'Occident , et tout l'univers retentit de sa renommée.

^. La nuit, il s'appliquait aux lettres sacrées, veillant dans la contemplation ; au

Saint Vincent Février, Confesseur. 66 j

matin, comme un bel astre, il lançait les rayons de la doctrine ; * Le soir, il appliquait à tous les maux un remède salutaire.

f. Pas une heure de sa vie ne s'écoulait, sans quil l'eût remplie par quelque action sainte. * Le soir, il appliquait à tous les maux un remède salutaire.

^. Proférant les paroles de l'éternelle vie, il enflammait l'àme de ses auditeurs ; il faisait pénétrer dans le cœur des hommes l'amour des dons célestes ; traitant des vertus avec une science profonde, * II enseignait à dompter tous les vices.

^. Une foule avide de l'entendre le suivait, lorsqu'il s'énonçait de sa bouche divine. * Il enseignait à dompter les vices.

Ant. Rempli d'un esprit prophétique, Vincent prarla merveilleusement sur la fin du monde : comme un soleil, il se coucha à l'Occident de la terre, et escorté d'une troupe d'Anges, il monta aux lumineuses demeures du ciel.

dio : mane pulchri ad instar sideris, miro lucet doctrinas radio : * Morbos omnis vespere generis salutari pellens remedio.

f. Nulla praeterit hora temporis, quo non recti quid agat operis. * Morbos omnis vespere generis salutari pellens remedio.

^. Verba perennis vitae proferens , animos inflammat adstantium : pectoribus humanis inserens amorem donorum cœlestiura, de virtutibus alta disserens ; * Frasnare docet omne vitium.

j^. lUum avida turba sequitur, dum hoc ore divino loquitur. * Frasnare docet omne vitium.

Ant. Qui prophetico fretus lumine, mira de mundi fine docuit, in occiduo terrae cardine, ut sol \'incentius occubuit : et septus Angelorum agmine. lucidas cœli sedes tenuit.

QUE votre voix fut éloquente, ô Vincent, lorsqu'elle vint réveiller l'assoupissement des hommes, et leur rit éprouver les terreurs du grand jugement. Nos pères

668 Le Carême.

entendirent cette voix, et ils revinrent à Dieu, et Dieu leur pardonna. Nous aussi nous nous étions endormis, lorsque l'Eglise, à l'ouverture de cette sainte carrière, troubla notre sommeil en marquant de la cendre nos fronts coupables, et en nous rappelant l'irrévocable sentence de mort que Dieu a prononcée sur nous. Nous mourrons, et dans peu d'années; nous mourrons, et un jugement particulier décidera de notre sort pour Téternité. Puis, au moment marqué dans les décrets divins, nous ressusciterons, et ce sera pour assister au plus solennel et au plus formidable des jugements. En face du genre humain tout entier, nos consciences seront mises à nu; nos bonnes et nos mauvaises œuvres seront pesées publiquement; après quoi viendra la nouvelle promulgation de la sentence que nous aurons méritée. Pécheurs que nous sommes, comment soutiendrons-nous les regards du Rédempteur qui ne sera plus en ce moment qu'un Juge incorruptible ? Comment même supporterons-nous la vue de nos semblables, dont l'œil plongera dans toutes les iniquités de notre vie ? Mais surtout, des deux sentences que les hommes entendront prononcer sur eux, à laquelle aurons-nous droit ? Si le juge la proférait à l'heure où nous sommes, est-ce parmi les bénis de son Père, ou parmi les maudits; est-ce à la droite, ou à la gauche, qu'il nous rangerait ? Nos pères étaient saisis de crainte, lorsque vous leur adressiez ces questions, ô Vincent! Ils firent une sincère pénitence de leurs péchés, et après avoir reçu le pardon du Seigneur, leurs craintes s'apaisèrent et firent

Saint Vincent Février, Confesseur. 6.6g

place à l'espoir et à la confiance. Ange du jugement de Dieu, priez, afin que nous aussi nous soyons remués par une crainte salutaire. Dans peu de jours, nos yeux verront le Rédempteur monter au Calvaire , courbé sous le poids de la croix, et nous l'entendrons dire aux filles de Jérusalem : « Ne « pleurez pas sur moi, mais sur vos enfants ; « car si l'on traite ainsi le bois vert, comment « sera traité le bois sec i ? » Aidez-nous, 6 Vincent, à profiter de cet avertissement. Nos péchés nous avaient réduits à la condition de ce bois mort qui n'est plus bon que pour le feu des vengeances divines ; par votre intercession, rattachez au tronc ces rameaux détachés, afin qu'ils reprennent vie, et que la sève circule de nouveau en eux. Ami des âmes, nous remettons entre vos mains l'œuvre de notre entière réconciliation avec Dieu, Priez aussi, 6 Vincent, pour l'Espagne qui vous donna le jour et au sein de laquelle vous avez puisé la foi, la profession religieuse et le sacerdoce ; mais souvenez-vous de la France, votre seconde patrie, que vous avez évangélisée avec tant de fatigues et de succès; souvenez-vous de la catholique Bretagne qui garde si religieusement votre dépouille sacrée. Vous fûtes notre Apôtre dans des temps malheureux : les jours que nous traversons semblent plus orageux encore; daignez, du haut du ciel, vous montrer toujours notre fidèle protecteur.

I. Luc. xxiii, 3i.

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|N des plus solennels exemples de la pénitence nous est proposé aujourd'hui : la pécheresse Marie d'Egypte vient encourager les fidèles dans la voie de l'expiation. Coupable comme autrefois Madeleme, comme Marguerite de Cortone, mais purifiée par le repentir et par les œuvres de la réparation, elle brille au ciel, dans les chœurs des Anges. Adorons la toutepuissance de Dieu qui d'un vase souillé a su faire un vase d'honneur, et espérons dans les richesses de la miséricorde céleste. Toutefois, sachons le comprendre, le pardon n'est accordé qu'au repentir; et le repentir est illusoire s'il ne produit, d'une manière durable, les sentiments et les œuvres de la pénitence. Marie d'Egypte eut le malheur de pécher durant dix-sept années ; l'expiation dura quarante-sept ans : et quelle expiation que celle du désert, sous un soleil brûlant, sans consolation humaine, au milieu de toutes les privations! La réconciliation qui nous a été offerte si promptement après le péché, Marie l'attendit pendant près d'un demi-siècle; le gage du pardon que le Rédempteur a placé dans la participation au mystère d'amour, et qui nous a été livré

Sainte Marie Egyptienne, Pénitente. 671

avec tant de confiance, Marie ne le reçut, pour la seconde fois, qu'au moment où la mort allait séparer son âme de son corps exténué d'austérités! Humilions-nous devant la justice de Dieu qui nous demandera compte des grâces dont nous sommes comblés, et efforçons-nous .de mériter un jour, par la sincérité de notre pénitence, une place aux pieds delà pécheresse du désert.

Nous empruntons aux anciens Bréviaires Romains-Français les Leçons de l'Office de sainte Marie Egyptienne.

MARIE Egyptienne quitta ses parents à l'âge de douze ans, au temps de l'empereur Justin, et s'en vint à Alexandrie. Elle se livra au vice, dans cette ville, durant dix-sept années ; mais , étant allée à Jérusalem, et ayant essayé d'entrer dans l'église du Calvaire, au jour de l'Exaltation de la sainte Croix, elle se sentit repoussée jusqu'à trois fois, par une force divine. Etant sous le portique, elle fit vœu, devant l'image de la Vierge Mère de Dieu, d'embrasser la pénitence, s'il lui était permis de voir et d'adorer le bois vivifiant de la Croix. Tout aussitôt elle put entrer dans l'église, où elle vit et adora.

YANT ensuite pris pour la y nde sumpto trium paroute trois pains, et reçu 1 num viatico, percepMARiAiEgyptia, duodecennis, tempore Justin! imperatoris, relictis parentibus, Alexandriam venit, fuitque per annos septemdecim ea in civitate peccatrix. Cum autem Hierosolvmam profecta. Calvariae templum in festo Exaltationis sanctae Crucis ingredi tentasse!, ter divinitus repuisa, in atrio coram imagine Deiparae Virginis vovit pœnitentiam, si liceret sibi vivificum Crucis lignum videre et adorare : moxque templum ingressa, vidit et adoravit.

taque Eucharistia in oratorio Sancti Johannis ad ripam Jordanis , ultra flumen in vastissimam solitudinem recessit. Ibi , consumpto viatico d e t r i t i s q u e vestibus, ignota permansit annis quadraginta septem, donec ad torrentem quemdam occurrit ei Zozimas presbyter, a quo obtinuit ut vespere in Cœna Domini, in adversam Jordanis ripam afferret sibi Corpus et Sanguinem Domini, quorum participatione tôt annos caruerat.

CONDICTO die accessit ad eumdcm locum Zozimas, quo et Maria signo crucis impresso super aquas ambulans pervenit ; recitatoque Symbolo et Oratione Dominica, ut moris erat,. divina dona suscepit ; rursumque precata est Zozimam, ut anno récurrente ad eumdem torrentem venirct. Qui cum eo accessisset, conspexit corpus ejus jacens in terra, in qua scripta haec icgit : Sepeli, Abba Zozima, miseras iMariaî corpusculum ; redde terrae quod suum est, et pulveri adjiccpulverem ; ora tamen Deum pro me : transel'Eucharistie dans l'oratoire de Saint-Jean, au bord du Jourdain, elle se retira dans une vaste solitude, au delà de ce fleuve, (^efut laque, ayant consommé ses provisions, et ses vêtements ayant fini par tomber en lambeaux, elle demeura ignorée quarante-sept ans, jusqu'au jour où le prêtre Zozime la rencontra au bord d'un torrent. Elle obtint de lui que, lesoir du Jeudi saint, il viendrait sur l'autre riveda Jourdain lui apporter le Corps et le Sang du Seigneur, auxquels elle n'avait pas participé durant tant d'années.

Au jour marqué, Zozimo vint au lieu qui avait été fixé ; et Marie, ayant fait le signe de la croix sur les eaux, arriva près de lui. Après la récitation du Symbole et de rOraison Dominicale, selon la coutume, elle reçut les dons divins. Elle pria encore Zozime de revenir l'année suivante près du même torrent. Il y vint et aperçut le corps de Marie étendu par terre ; et sur le sable étaient écrits ces mots : « Abbé Zozime, ensevelissez le corps de la misérable Marie ; rendez à la terre ce qui lui appartient, réunissez la poussière à la poussière ; priez cependant Dieu pour moi. Ceci a été écrit le dernier jour du

Sainte Marie Égyptienne, Pénitente. 6/3

mois Pharmuthi, en la nuit de la Passion qui a donné le salut, après avoir participé à !a sainte et divine Cène. » Un lion arriva près du corps, creusa la terre avec ses griffes et prépara le tombeau.

A la louange de notre tente, nous empruntons aux anciens xMissels d'Al

Du fond de l'Egi'pte des Pharaons, une fille a été appelée aux honnears d'épouse de notre Salomon ; d'abjecte elle a été élue; de difforme qu'elle était, elle a éclaté en beauté ; le vase vulgaire a paru comme le vase le plus précieux.

L'Etoile de la mer a daigné luire sur elle ; c'est elle qui l'a conduite à son bienaimé, et a serré les nœuds de l'alliance ; par la médiation de la Mère de Dieu, la bonté du Christ a remis à la pécheresse tous ses crimes.

Esclave d'abord des passions charnelles, elle est entrée en Jérusalem, celle qui devait être l'épouse du Roi pacifique ; ses liens adultères sont brisés ; parée avec magnificence, elle s'unit à l'E- poux céleste.

unte mense Pharmuthi, nocte salutiferœ Passionis, post divinœ et sacrae Cœnae communionem. Corpori ejus leo adveniens, effossa ungulis terra, paravit sepulcrum.

incomparable pénicette belle Séquence lemagne.

Ex iEgypto Pharaonis In amplexum Salomonis

Nostri transit filia ; Ex abjecta fit electa. Ex rugosa fit formosa, Ex lebete phiala.

Stella maris huic illulit, Ad dilectum quam conduxit

Pacis nectens fœdera ; Matre Dei mediante, Peccatrici.Chnsto dante, Sunt dimissa ?ceVitam ducens haîc carnalem, Pervenit in Jérusalem,

Nuptura Pacifico ; Hinc, excluso adultère, Maritatur Sponso vero

Ornata mirifico.

Dei templum introire

Dum laborat, mox redire

Necdum digna cogitur ;

Ad cor suum revertitur,

Fletu culpa submergitur,

Fletu culpa teritur.

Locus desertus quaeritur, Leviathan conteritur, Mundus, caro vincitur, Dotnus patris postponitur, Vultus mentis componitur, Décor carnis spernitur.

Laetare filia Thanis, Tuis ornata tympanis, Lauda quondam sterilis, Gaude , plaude , casta ,

munda, Virtutum proie fœcunda,

Vitis meri fertilis.

Te dilexit noster risus, Umbilicus est praecisus

Tuus continentia ; Aquis lotam, pulchram

totam Te salivit, te condivit

Sponsi sapientia.

Septetn pannis involuta,

Elle cherche d'abord à pénétrer dans le temple de Dieu ; non digne encore, elle s'en voit refuser l'entrée : alors elle rentre en elle-même; ses péchés sont noyés sous ses larmes, les crimes de sa vie passée sont dissous par ses pleurs.

Aussitôt elle court se cacher dans le désert ; c'est là qu'elle triomphe de Leviathan, là qu'elle remporte la victoire sur le monde et sur la chair ; elle y oublie la maison de son père ; et tandis qu'elle sacrifie sa beauté corporelle, la beauté de l'âme se forme en elle.

Réjouis-toi, fille de Thanis, sous ta parure nouvelle ; chante le cantique de jubilation, toi qui fus si tristement stérile ; devenue féconde en vertus, vigne abondante en vin délicieux, triomphe et réjouis-toi devenue chaste et pure.

Il t'a aimée, celui qui est notre joie ; ta honte a disparu sous le mérite de la continence; purifiée par l'eau, devenue toute belle, les mains de l'Epoux qui est la Sagesse ont pris plaisir à te parer.

Tu as reçu les sept voiles ; l'huile de l'allégresse a inonSainte Marie Égyptienne, Pénitente. 6j5

dé ton cœur ; l'éclat vermeil de la charité, la robe de la chasteté, la ceinture de la continence : telle est ta parure.

Ta chaussure est d'azur, à toi qui, par un heureux changement, contemples désormais les choses célestes ; ta robe est éclatante de mille couleurs variées ; ton lit est parsemé de fleurs ; il exhale l'odeur des plus suaves parfums.

Réjouis-toi, ô Marie 1 car c'est la grâce du Christ, ton céleste amant, qui t'a parée ainsi ; goûte maintenant la gloire et les délices ; mais souviens-toi des pécheurs, et sois propice aux peuples de la terre. Amen.

Intus tota delibuta

Gleo laetitias ; Croco rubens caritatis ; Bysso cincta castitatis,

Zona pudicitias.

Hinc hyacinthe calciaris, Dum superna contemplaris,

Mutatis affectibus; Vestiris discoloribus, Cubile vernat floribus, Fragrat aromatibus.

O Maria, gaude quia Decoravit et amavit

Sic te Christi gratia. Memor semper peccatorum. Et cunctorum populorum, Plaude nunc in gloria. Amen.

ous chantez éternellement, 6 Marie, les miséricordes du Seigneur; vous remerciez sa bonté qui, d'une pécheresse, a fait de vous une élue. Nous le louons avec vous, et nous lui rendons grâces de ce qu'il a daigné nous faire voir, par votre exemple, que, malgré ses fautes, l'âme repentante peut non seulement éviter les feux éternels, mais prétendre encore aux félicités du ciel. Qu'elle vous paraît légère aujourd'hui, 6 Marie, cette pénitence de quarante-sept ans, dont la seule pensée accable notre imagination! Que sa durée est courte en face de l'éternité ! que ses rigueurs sont douces, comparées aux tourS-jd Le "Carême.

ments de l'enfer ! que sa récompense est magnifique, dans les délices sans fin que le Seigneur vous fait goûter! Nous aussi, nous sommes pécheurs; mais sommes-nous pénitents ? Aidez notre faiblesse, 6 Marie ! Votre vie, longtemps inconnue au fond du désert, s'est révélée a sa dernière heure, afin que les chrétiens apprissent à connaître mieux la gravité du péché qu'ils commettent si facilement, la justice de Dieu dont ils se font trop souvent, dans leur orgueil, une fausse idée, sa bonté qu'ils outragent, sans l'avoir jamais bien comprise. EclaiVez-nous, ô Marie! faites pénétrer en nous les leçons que l'Eglise nous prodigue en ce saint temps; par vos prières achevez notre conversion; brisez nos hauteurs, confondez nos lâchetés, apprenez-nous le prix du pardon, et obtenez que nous approchions toujours de la table du Seigneur avec cette componction et cet amour qui parurent en vous, à cette heure fortunée où Jésus vint se donner à vous dans son Sacrement, pour vous enlever ensuite avec lui dans le séjour du repos et des joies sans fin.

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