L'Année liturgique — Le Carême (t. 5)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 5, éd. 1911 (OCR) · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

N donne le nom de Carême au jeûne de quarante jours par lequel l'Eglise se prépare à célébrer la Yète de Pâques; et l'institution de ce jeûne solennel remonte aux premiers temps du Christianisme. Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même l'a inauguré par son exemple, en jeûnant quarante jours et quarante nuits dans le désert ; et s'il n'a pas voulu, dans sa suprême sagesse, en faire un commandement divin qui dès lors n'eût plus été susceptible de dispense, il a du moins déclaré que le jeûne imposé si souvent par

l'ordre de Dieu dans Tancienne loi serait aussi pratiqué par les enfants de la loi nouvelle.

Un jour, les disciples de Jean s'approchèrent de Jésus et lui dirent : « Pourquoi, tandis « que nous et les Pharisiens jeûnons fréqueni« ment, vos disciples ne jeûnent-ils pas? » Jésus daigna leur répondre : a Est-ce que les (( enfants" de l'Epoux peuvent être dans le <( deuil, tandis que l'Epoux est avec eux? Il « viendra un temps où l'Epoux leur sera (( enlevé, et alors ils jeûneront i. »

Aussi voyons-nous, par le livre des Actes des Apôtres, les disciples du Sauveur, après la fondation de l'Eglise, s'appliauer au jeûne et le recommander aux fidèles dans les Epîtres qu'ils leur adressent. La raison de cette conduite est facile à saisir. L'homme est demeuré pécheur, même après l'accomplissement des mystères divins par lest^uels le Christ a opéré notre salut; l'expiation est donc encore nécessaire.

C'est pourquoi les saints Apôtres, venant au secours de notre faiblesse, statuèrent, dès le commencement du christianisme, que la solennité de la Pâque serait précédée d'un jeûne universel ; et l'on détermma tout naturellement pour cette carrière de pénitence le nombre de quarante jours, que l'exemple du Sauveur lui-même avait marqué. L'institution apostolique du Carême nous est attestée par saint Jérôme'-, saint Léon le Grand •'^, saint Cyrille d'Alexandrie *, saint Isidore de

I, Matth. IX, 14, i5. — 2. Epist. xxvM ad Marcellam. — 3. Serm. 11, v, ix, de Quadragésima. — 4. Homil. Paschal.

Historique du Carême.

Séville *, etc., bien qu'il y ait eu à l'origine des variétés assez considérables dans la manière d'applic|uer cette loi.

On a vu déjà, dans le Temps de la Septuagésime, que les Orientaux commencent leur Carême avant les Latins, parce que leur coutume étant de ne pas jeûner les samedis, ni même les jeudis en certains lieux, ils sont contraints, pour arriver à la mesure voulue, de précéder l'Occident dans la carrière de la pénitence. Ces sortes d'exceptions sont du nombre de celles qui confirment la règle. Nous avons fait voir aussi comment l'Eglise latine, qui, primitivement, ne jeûnait que trente-six jours sur les six semaines du Carême, le jeûne du dimanche ayant été de tout temps prohibé dans l'Eglise, a cru devoir ajouter postérieurement les quatre derniers jours de la semaine de Quinquagésime. afin de former rigoureusement le nombre de quarante jours de jeûne.

La matière du Carême ayant été traitée souvent et avec abondance,' nous sommes contraint d'abréger considérablement les détails dans l'exposé historique que nous faisons ici, afin de ne pas dépasser les proportions de cet ouvrage ; nous ferons en sorte cependant de ne rien omettre d'essentiel F*uissions-nous réussir à faire comprendre aux fidèles l'importance et la gravité de cette sainte institution, qui est destinée à remplir une si grande part dans l'œuvre du salut de chacun de nous!

I. De ecclesiast. ofliciis, lib. "VI, cap.xix.

Le Carême est un temps spécialement consacre à la pénitence ; et la pénitence s'y exerce principalement par la pratique du jeûne Le )eûne est une abstinence volontaire que rhomme s'impose en expiation de ses péchés, et qui, durant le Carême, s'accomplit en vertu d'une loi générale de l'Eglise. Dans la discipline actuelle de l'Occident, le jeûne du Carême n'est pas d'une plus grande rigueur que celui qui est imposé aux Vigiles de certaines fêtes et aux Quatre-Temps ; mais il s'étend à toute la série des quarante )ours, et n'est suspendu que par la solennité du Dimanche.

Nous n'avons pas besoin de démontrer à des chrétiens l'importance et l'utilité du jeûne; les divines Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament déposent tout entières en faveur de cette sainte pratique. On peut même dire que la tradition de tous les peuples vient y joindre son témoignage; car cette idée que l'homme peut apaiser la divinité en soumettant son corps à l'expiation a fait le tour du monde et se retrouve dans toutes les religions, même les plus éloignées de la pureté des traditions patriarcales.'

Saint Basile, saint Jean Cnrysostome, saint Jérôme et saint Grégoire le Grand ont remarqué que le précepte auquel furent soumis nos premiers parents dans le paradis terrestre était un précepte d'abstinence, et que c'est pour ne pas avoir gardé cette vertu qu'ils se sont précipités dans un abîme de maux, eux et toute leur postérité. La vie de privations à laquelle le roi déchu de la création se vit soumis désormais sur la terre,

Historique du Carême.

qui ne devait plus produire pour lui que des ronces et des épines, montra dans tout son jour cette loi d'expiation que le Créateur irrité a imposée aux membres révoltés de l'homme pécheur.

Jusqu'au temps du déluge, nos ancêtres soutinrent leur existence par Tunique secours des fruits de la terre, qu'ils ne lui arrachaient qu'à force de travail. Mais lorsque Dieu, comme nous l'avons vu, jugea à propos, dans sa sagesse et dans sa miséricorde, d'abréger la vie de l'homme, afin de resserrer le cercle de ses dépravations, il daigna lui permettre de se nourrir de la chair des animaux, comme pour suppléer à l'appauvrissement des forces de la nature. En même temps Noé, poussé par un instinct divin, exprimait le jus de la vigne; et un nouveau supplément était apporté à la faiblesse de l'homme.

La nature du jeûne a donc été déterminée d'après ces divers éléments qui servent à la sustentation des forces humaines ; et d'abord il a dû consister dans l'abstinence de la chair des animaux, parce que ce secours, offert par la condescendance de Dieu, est moins rigoureusement nécessaire à la vie. La privation de la viande, avec les adoucissements que l'E- glise a consentis, est demeurée comme essentielle dans la notion du jeûne : ainsi on a pu, selon les pays, tolérer l'usage des œufs, des laitages, de la graisse même; mais on l'a fait sans abandonner le principe fondamental, qui consiste dans la suspension réelle de l'usage de la chair des animaux. Durant un grand nombre de siècles, comme

auioard'hui encore dans les Eglises de 1X3- rient, les œois et tous les laita«;es demeuraient interdits, parce qu'ils proviennent des substances animales; et ils ne sont même permis auiourd'hui dans les Eglises latines qu'en rertu d'une dispense annuelle «t plus o^ moins générale. Telle est même la ri^eur du précepte de l'abstinence de la nande,

2u'il n'est pas suspendu le Dimanche en laréme, malgré l'interruption du ieûne, et 3ue ceux qui ont obtenu dispense des ieûnes e la semame demeurent sous l'obligation de cène abstinence, à moins qu'elle n'ait été levée par tme dispense spéciale.

Dans les premiers siècles du christianisme, le jeûne renfermait aussi l'abstinence du vin; c'est ce que nous apprenons de saint C3rrille de Jérusalem >, de saint Basile ^, de saint Jean Chrjsostome ', de Théophile d'Alexandrie *. etc Cette rigueur a di^aru d'assez bonne heure chez les Occidentaux ; mais elle s'est conservée plus longtemps chez les chréîiens d'OrientEjifin le leûne. pour être complet, doit s'étendre, dans une certaine mesure, jusqu'à ia privation de la nourriture ordinaire: en ce sens qu'il ne comporte qu'un seul repas par jour. Telle est l'idée que l'on doit s'en former et qui résulte de toute la pratique de l'Eglise, malgré les nombreuses modiûcatioES

3\n se sonr produites, de siècle en siècle, ans la discipline du Carême. L'usage des Juifs, dans r.\ncien Testament.

I. Caiech. nr. — s. Homil l de Jeiaaio. — 3. Hoa^:.

nr ai popolu» .\stiocJi — 4- Litî. P^dh. m.

Historique du Carême.

était de différer jusqu'au soleil couché l'unique repas permis dans les jours de jeûne. Cette coutume passa dans l'Eglise chrétienne et s'établit jusque dans nos contrées occidentales, où elle fut gardée longtemps d'une manière inviolable. Enfin, dès le ix* siècle, un adoucissement se produisit peu à peu dans l'Eglise latine ; et l'on trouve à cette époque un Gapitulaire de Théodulphe, évêque d'Orléans, dans lequel ce prélat réclame contre ceux qui déjà se croyaient en droit de prendre leur repas à l'heure de None, c'està-dire à trois heures de l'après-midi i. Néanmoins, ce relâchement s'étendait insensiblement ; car nous rencontrons dès le siècle suivant le témoignage du célèbre Rathier, évèque de Vérone, qui, dans un Sermon sur le Carême, reconnaît aux fidèles la liberté de rompre le jeûne dès l'heure de None 2, On trouve bien encore quelques traces de réclamation au XI" siècle, dans un Concile de Rouen qui défend aux fidèles de prendre leur repas avant que l'on ait commencé à l'église l'Office des Vêpres, à l'issue de celui de None ^ j mais on entrevoit déjà ici l'usage d'anticiper l'heufe des Vêpres, afin de donner aux fidèles une raison d'avancer leur repas. Jusque vers cette époque, en effet, la coutume avait été de ne célébrer la Messe, les jours de jeûne, qu'après avoir chanté l'Office de None qui commençait vers trois heures, et de ne chanter les Vêpres qu'au moment

3. Orderic Vital. Histor. lib. IV.

du coucher du soleil. La discipline du jeûne s'adoucissant graduellement, l'Eglise ne jugea pas à propos d'intervertir Tordre de ses Otîices qui remontait à la plus haute antiquité ; mais successivement elle anticipa d'aDord les Vêpres, puis la Messe, puis enfin None, de manière à permettre que les Vêpres se pussent terminer avant midi, lorsque la coutume eut enfin autorise les fidèles à prendre leur repas au milieu de la journée.

Au xii» siècle, nous voyons par un passage de Hugues de Saint-Victor que l'usage de rompre le jeûne à l'heure de None était devenu général ^ ; cette pratique fut consacrée au XIII'' siècle par l'enseignement des docteurs scolastiques. Alexandre de Halès, dans sa Somme, l'enseigne formellement '^, et saint Thomas d'xVquin n'est pas moins exprès 3.

Mais l'adoucissement devait s'étendre encore ; et nous voyons, dès la fin du même xnr siècle, le docteur Richard de Middleton, célèbre franciscain, enseigner que l'on ne doit pas regarder comme transgresseurs du jeûne ceux qui prendraient leur repas à l'heure de Sexte, c'est-à-dire à midi, parce que, dit-il, cet usage a déjà' prévalu en plusieurs endroits, et que l'heure à laquelle on mange n'est pas aussi nécessaire à l'essence du jeûne que l'unité du repas *.

Le xiv*' siècle consacra par sa pratique et par un enseignement formel le sentiment de Richard de iVliddleton. Nous citerons en té• I. In Rep;ul. S. Augustini, cap. m. — 2. Part. IV. Quaîst. 28, art. 2. — 3. 2» 2œ. Quacst. 147, art. 7. —

4. In IV Dist. XV, art. 3, quœst. 8.

Historique du Carême.

moignage le fameux docteur Durand de Saint-Pourçain, dominicain et évêque de Meaux. Il ne fait aucune difficulté d'assigner l'heure de midi pour le repas dans les jours de jeûne ; telle est, dit-il. la pratique du Pape, des cardmaux et même des religieux 1. On ne doit donc pas être surpris de voir cet enseignement maintenu au xv^ siècle par les plus" graves auteurs, comme saint Antonin. Etienne Poncher, évêque de Paris, le cardinal Cajétan, etc. En vain Alexandre de Halès et saint Thomas avaient cherché à retarder la décadence du jeûne en fixant

Cour le repas l'heure de None ; ils furent ientôt débordés, et la discipline actuelle s'établit, pour amsi dire, dès leur temps.

Mais, par l'avancement même de l'heure du repas, le jeûne, qui consiste essentiellement à ne faire que cet unique repas, était devenu d'une pratique difficile, à raison du long intervalle qui s'écoule d'un midi à l'autre. Il fallut donc venir au secours de la faiblesse humaine, en autorisant ce qu'on a appelé la Collation. La première origine de cet usage est fort ancienne, et pro\ient des coutunies monastiques. La Règle de saint Benoît prescrivait, en dehors du Carême ecclésiastique, un grand nombre de jeûnes ; mais elle en tempérait la rigueur, en permettant le repas à l'heure de ?sone : ce qui rendait ces jeûnes moins pénibles que ceux du Carême, auxquels tous les fidèles, séculiers ou religieux, étaient tenus jusqu'au coucher du soleil. Néanmoins, comme les moines se

I. In IV Dist. XV, quasst. 9, art. 7, trouvaient avoir à accomplir les plus rucies travaux de la campagne durant l'été et l'automne, époque où ces jeûnes jusqu'à None étaient fréquents, et devenaient même journaliers, à partir du 14 septembre ; les Abbés, usant d'un pouvoir fondé sur la Règle ellemême, accordèrent aux religieux la liberté de boire sur le soir un coup de vin avant les Compiles, afin de restaurer leurs forces épuisées par les fatigues de la journée. Ce soulagement se prenait en commun, et au moment où l'on faisait la lecture du soir appelée Conférence, en latin Collatio, parce qu elle consistait principalement à lire les célèbres Conférences {Collationes) de Cassien : de là vint le nom de Collation donné à cet adoucissement du jeûne monastique.

Dès le ix« siècle, nous voyons l'Assemblée d'Aix-la-Chapelle de 817 1 étendre aux jeûnes même du Carême cette liberté, à raison de la grande fatigue qu'éprouvaient les moines dans les Offices divins de ce saint temps. Mais on remarqua dans la suite que l'usage de cette boisson pouvait avoir des inconvénients pour la santé, si l'on n'y joignait pas quelque chose de solide; et du xiv^ au xv^ siècle, l'usage s'introduisit de donner aux religieux un léger morceau de pain qu'ils mangeaient en prenant le coup de vin qui leur était accorde à la Collation.

Ces adoucissements du jeûne primitif s'étant introduits dans les cloîtres, il était naturel qu'ils s'étendissent bientôt aux sécuI. Convent. Aquisgran., cap. xil. Labb. Conc,

Historique du Carême.

liers eux-mêmes. La liberté de boire hors de l'unique repas s'établit peu à peu; et dès le xiiie siècle saint Thomas, examinant la question de savoir si la boisson rompt le jeûne, la résout négativement i ; toutefois, il n'admet pas encore que l'on puisse joindre à cette Doisson une nourriture solide. Mais lorsque, dès la tîn du xiii^ siècle et dans le cours du xiv«, le repas eut été, sans retour, avancé à midi, une simple boisson dans la soirée ne pouvait plus suffire pour soutenir les forces du corps ; ce fut alors que l'usage de prendre du pain, des herbes, des fruits, etc., outre la boisson, s'introduisit à la fois dans les cloîtres et dans le siècle, à la condition cependant d'user de ces aliments avec une telle modération que la collation ne fût jamais transformée en un second repas.

Telles furent les conquêtes que le relâchement de la ferveur, et aussi l'affaiblissement général des forces chez les peuples occidentaux, obtinrent sur l'antique observance du jeûne. Toutefois, ces envahissements ne sont pas les seuls que nous ayons à constater. Durant de longs siècles l'abstinence de la viande entraî'nait l'interdiction de tout ce qui provient du règne animal, sauf le poisson, qui a toujours été privilégié à cause de sa nature froide, et pour diverses raisons mystérieuses fondées sur les saintes Ecritures. Les laitages de toute espèce furent longtemps prohibés; et aujourd'hui encore le beurre et le fromage sont défendus à Rome, tous les

jours où n'a pas été donnée la dispense pour manger de la viande.

Dès le ixe siècle, l'usage s'établit dans l'Europe occidentale, particulièrement en Allemagne et da^s les pays septentrionaux, d'user des laitages en Carême; le concile de Kedlimbourg, au xi» siècle, s'etforça en vain de le déraciner i. Après avoir essayé de légitimer cette pratique, au moyen de dispensés temporaires qu'elles obtenaient des Souverains Pontifes, ces Eglises finirent par jouir paisiblement de leur coutume. Jusqu'au xvi<^ siècle, les Eglises de France maintinrent l'ancienne rigueur, qui paraît n'avoir cédé tout à fait que dans le xvii*^. Va\ réparation de cette brèche faite à l'ancienne discipline, et comme pour compenser par un acte pieux et solennel le relâchement qui s'était introduit sur cet article des laitages, toutes les paroisses de Paris, auxquelles se joignaient les Dominicains, les Franciscains, les Carmes et les Augustins, se rendaient en procession à l'Eglise cle Notre-Dame, le Dimanche de Qtiinquagésime ; et ce môme )our, le Chapitre métropolitain, avec le clergé des quatre paroisses qui lui étaient sujettes, allait faire une station dans la cour du Palais, et chanter une Antienne devant la relique de la vraie Croix qui était exposée dans la Sainte-Chapelle. Ces pieux usages, qui avaient pour but de rappeler l'ancienne discipline, ont duré jusqu'à la Révolution.

Mais la concession des laitages n'entraînait pas la liberté d'user des œufs en Ca^ABB. Concil., tom. X.

Historique du Carême. i3

rème. Sur ce point, l'ancienne règle est demeurée en vigueur ; et cet aliment n'est jamais permis que selon la teneur de la dispense qui peut être donnée annuellement. A Rome, les œufs demeurent toujours prohibés, les jours où la dispense pour user de la viande n'a pas été octroyée ; en d'autres lieux, les œuts permis à certains jours demeurent interdits en d'autres, et particulièrement dans la Semaine sainte. On voit que partout l'Eglise, préoccupée du bien spirituel de ses enfants, a cherché à maintenir, dans leur intérêt, tout ce qu'elle a pu conserver des salutaires observances qui doivent les aider à satisfaire à la justice de Dieu. C'est en vertu de ce principe que Benoît XIV, alarmé de l'extrême facilité avec laquelle dès son temps les dispenses de l'abstinence se multipliaient de toutes parts, a renouvelé par une solennelle Constitution, en date du

10 juin 1745, la défense de servir sur la même table du poisson et de la viande aux jours de jeûne.

Ce même Pontife, que l'on n'a jamais accusé d'exagération, adressa dès la première année de son pontificat, le 3o mai 1741, une Lettre Encyclique à tous les Evêques du monde chrétien, dans laquelle il exprime avec force la douleur dont il est pénétré à la vue du relâchement qui déjà s'introduisait partout au moyen des dispenses indiscrètes et non motivées. « L'observance du Carême, « disait le Pontife, est le lien de notre mi« lice; c'est par elle que nous nous distin« guons des ennemis de la Croix de Jésus« Christ ; par elle que nous détournons les

14 i^e Carême.

« fléaux de la divine colère; par elle que, « protégés du secours céleste durant le jour, « nuos nous fortifions contre les princes des « ténèbres. Si cette observance vient à se « relâcher, c'est au détriment de la gloire « de Dieu, au déshonneur de la religion ca« tholiquc, au péril des âmes chrétiennes; « et l'on ne doit pas douter que cette négli« gence ne devienne la source de malheurs « pour les peuples, de désastres dans les « affaires publiques et d'infortunes pour les « particuliers i. »

Deux siècles se sont écoulés depuis le solennel avertissement du Pontife, et le relâchement qu'il eût voulu ralentir est toujours allé croissant. Combien compte-t-on dans nos cités de chrétiens strictement fidèles à l'observance du Carême, en la forme pourtant si réduite que nous avons exposée ? Ne voyonsnous pas chaque année les Pasteurs des Eglises publier des dispenses générales toujours plus étendues, et en même temps le nombre de ceux qui s'astreignent à ne pas dépasser ces dispenses diminuer de jour en jour? Où nous conduira cette mollesse qui s'accroît sans fin, si ce n'est à rabaissement universel des caractères, et par là au renversement de la société ? Déjà les tristes prédictions de Benoît XIV ne sont que trop visiblement accomplies. Les nations chez lesquelles l'idée de l'expiation vient à s'éteindre défient la colère de Dieu; et il ne reste bientôt plus pour elles d'autre sort que la dissolution ou la conquête. De pieux et courageux eftorts

I. Constitution : Non ambigimus.

Historique du Carême. i5

ont été faits pour relever l'observation du Dimanche, au sein de nos populations asservies sous l'amour du _^ain et de la spéculation. Des succès inespérés sont venus couronner ces efforts; qui sait si le bras du Seigneur levé pour nous frapper ne s'arrêtera pas, en présence d'un peuple qui commence à se ressouvenir de la maison de Dieu et de son culte ? Nous devons l'espérer ; mais cet espoir sera plus ferme encore, lorsque l'on verra les chrétiens de nos sociétés amollies et dégénérées rentrer, à l'exemple des Ninivites, dans la voie trop longtemps abandonnée de l'expiation et de la pénitence.

Mais reprenons notre récit historique, et signalons encore quelques traits de l'antique fidélité des chrétiens aux saintes observances du Carême. Il ne sera pas hors de propos de rappeler ici la forme des premières dispenses dont les annales de l'Eglise ont conservé le souvenir : on y puisera un enseignement salutaire.

Au XIII* siècle, l'archevêque de Brague recourait au Pontife Romain, qui était afors le grand Innocent III, pour lui faire savoir que la plus grande partie de son peuple avait été obligée de se nourrir de viande durant le Carême, par suite d'une disette qui avait privé la province de toutes les provisions ordinaires ; le prélat demandait au Pape quelle compensation il devait imposer aux fidèles pour cette violation forcée de l'abstinence quadragésimale. Il consultait en outre le Pontife sur la conduite à tenir à l'égard des malades qui demandaient dispense pour user d'aliments gras. La réponse

/6 Le Carême.

d'Innocent III, qui est insérée au Corps du Droit 1, est pleine de modération et de charité, comme on devait s'y attendre ; mais nous apprenons par ce fait que tel était alors le respect pour la loi générale du Carême, que l'on ne voyait que l'autorité du Souverain Pontife qui pût en délier les fidèles. Les âges suivants n'eurent point une autre manière d'entendre la question des dispenses.

Venceslas, roi de Bohême, se trouvant atteint d'une infirmité qui rendait nuisibles à sa santé les aliments de Carême, s'adressa, en T2c,7, à Boniface VIII, afin d'obtenir la permission d'user de la viande. Le Pontife commit deux Abbés de l'Ordre de Cîtcaux pour informer au sujet de l'état réel de lasanté du prince; et, sur leur rapport favorable, il accorda la dispense demandée, en y mettant toutefois les conditions suivantes : que l'on s'assurerait si le roi ne se serait pas engagé par vœu à jeûner toute sa vie pendant le Carême ; que les vendredis, les samedis et la Vigile de saint Mathias seraient exceptés de la dispense ; enfin que le roi mangerait en particulier, et le ferait sobrement -.

Nous trouvons au xiv* siècle deux brefs de dispense adressés par Clément VI, en j35i, à Jean, roi de France, et à la reine son épouse. Dans le premier, le Pape, ayant égard à ce que le roi, durant les guerres auxquelles il est occupé, se trouve souvent en des lieux où le poisson est rare, accorde au confesseur de ce prince le pouvoir de permettre, à lui et à

I. Décrétai. , lib. III, cap. Consilium ; de Jejunio.

Tit. XLVi. — 2. Raynaldi, ad ann. 1297.

Historique du Carême. i j

ceux qui seront à sa suite, l'usage de la viande, à la réserve cependant du Carême entier., des vendredis de Tannée et de certaines \'igiles ; pourvu encore que ni le roi ni les siens ne se soient pas engagés par un vœu à l'abstinence pendant toute"^ leur vie i. Par le second bref, Clément M, répondant à la demande que lui avait présentée le roi Jean pour être exempté du jeûne, commet encore le confesseur du monarque et ceux qui lui succéderont dans cet emploi, pour le dispenser, ainsi que la reine, de l'obligation du jeûne, après avoir pris l'avis des médecins 2.

Quelques années plus tard, en iSyô, Grégoire XI rendait un nouveau bref, en faveur du roi de France Charles V et de la reine Jeanne son épouse, par lequel il déléguait à leur confesseur le pouvoir de leur accorder l'usage des œufs et des laitages, pendant le Carême, de l'avis des médecins, qui demeureront chargés en conscience, aussi bien que le confesseur, d'en répondre devant Dieu. La permission s'étend aux cuisiniers et aux serviteurs, mais seulement pour goûter les mets 3.

Le XV* siècle continue de nous fournir des exemples de ce recours au Siège apostolique pour la dispense des observances quadragésimales. Nous citerons en particulier le bref que Sixte IV adressa, en* 148?. à Jacques III, roi d'Ecosse, et par lequel il permet à ce prince d'user de la viande aux jours d'abstinence, toujours de l'avis du confesseur *.

1 s Le Carême.

Enrin, au xvi" siècle, nous voyons Jules II accorder une faculté semblable à Jean, roi de Danemark, et à la reine Christine son épouse • ; et quelques années plus tard, Cléjnent Vil octroyer le même privilège à l'empereur Charlcs-Quint -, et ensuite à Henri II de Na\arre et à la reine Marguerite son épouse ^.

Telle était donc la gravité avec laquelle on procédait encore il y a trois siècles, quand il s'agissait de délier les princes eux-mêmes d'une obligation qui tient à ce que le christianisme a de plus universel et de plus sacré. Que l'on juge d'après cela du chemin qu'ont fait les sociétés modernes dans la voie du relâchement et de l'indifférence. Que l'on compare ces populations auxquelles la crainte des jugements de Dieu et la noble idée de l'expiation faisaient embrasser chaque année de si longues et si rigoureuses privations, avec nos races molles et attiédies chez lesquelles le sensualisme de la vie éteint de jour en jour le sentiment du mal, si facilement commis, si promptement pardonné et réparé si faiblement.

Où sont maintenant ces joies naïves et innocentes de nos pères à la fête de Pâques lorsque, après une privation de quarante jours, ils rentraient en possession des aliments plus nourrissants et plus agréables qu'ils s'étaient interdits durant cette longue période ? Avec quel charme, et aussi quelle sérénité de conscience, ils rentraient dans les habitudes

I, Raynaldi, ad ann. i5^o5. — 2. Ibid. ad ann. i52<i. — 3. Ibid. ad ann. i533.

Historique du Carême. ig

d'une vie plus facile qu'ils avaient suspendues pour affliger leurs âmes dans le recueillement, la séparation du monde et la pénitence ! Et ceci nous amène à ajouter quelques mots encore pour aider le lecteur catholique à bien saisir l'aspect de la chrétienté dans les âges de foi, au temps du Carême.

Que l'on se figure donc un temps durant lequel non seulement les divertissements et les spectacles étaient interdits par l'autorité publique ', mais où les tribunaux vaquaient, afin de ne pas troubler cette paix et ce silence des passions si favorable au pécheur pour sonder les plaies de son âme, et préparer sa réconciliation avec Dieu. Dès l'an 38o, Gratien et Théodose avaient porté une loi qui ordonnait aux juges de surseoir à toutes procédures et à toutes poursuites, i^uarante jours avant Pâques -. Le Code Theodosien renferme plusieurs autres dispositions analogues ; et nous voyons les conciles de France, encore au ix^ siècle, s'adresser aux rois carlovingiens pour réclamer l'application de cette mesure, qui avait été sanctionnée par les Canons et recommandée par les Pères de l'Eglise 3. La législation d'Occident a depuis lon'gtemps laissé tomber ces traditions trop chrétiennes; mais, il faut le dire avec humiliation, elles se sont conservées chez les

1. .Tustinien avait porté cette loi. au rapport de Photius. Nomocanon., tit. ^^I. cap. I. Elle est toujours en vigueur à Rome. — 2. Cod. Theodos . lib. IX, tit.

XXXV. leg. 4. — 3. Concile de Meaux, en 843. Labb.

Concil., tom. VII. Concile de Tribur, en 895. Ibid., tom. IX.

Turcs qui, aujourd'hui encore, suspendent toute action judiciaire pendant la durée des trente jours de leur grand Ramadan.

Le Carême tut longtemps juge incompatible avec l'exercice de la chasse, à cause de la dissipation et du tumulte qu'il entraîne. Au IX* siècle, le Pape saint Nicolas I^-' l'interdisait durant ce saint temps aux Bulgares i, nouvellement convertis au christianisme; et encore au xiii* siècle, saint Raymond de Pennatort, dans sa Somme des cas pénitentiaux, enseigne que l'on ne peut sans un péché se livrer à cet exercice durant le Carême, si la chasse est bruyante et se fait avec des chiens et des faucons 2 . Cette obligation est du nombre de celles qui sont tombées en désuétude ; mais saint Charles la renouvela pour la province de Milan, dans un de ses conciles.

On ne s'étonnera pas sans doute de voir la chasse interdite pendant le Carême, quand on saura que, dans les siècles chrétiens, la guerre elle-même, si nécessaire quelquefois au repos et à l'intérêt légitime des nations, devait suspendre ses hostilités durant la sainte quarantaine. Dès le iv^ siècle, Constantin avait ordonné la cessation des exercices militaires les dimanches et les vendredis, pour rendre hommage au Christ, qui a souffert et est ressuscité en ces jours, et pour ne pas enlever les chrétiens au recueillement avec lequel ces mystères demandent d'être

VIII — 2. Summ. cas. Pœnit., lib. III, tit. xxix. De laps, et disp., § l.

Historique du Carême.

célébrés i. Au ix^ siècle, la discipline de l'Eglise d'Occident exigeait universellement la suspension des armes, durant tout le Carême, hors le cas de nécessité, comme on le voit par les actes de l'assemblée de Compiègne, en 833 -, et par les conciles de Meaux ^ et d'Aix-la-Chapelle, à la même époque ^. Les instructions du Pape saint Nicolas !•' aux Bulgares expriment la même intention -"•; et l'on voit, par une lettre de saint Grégoire VII à Didier, abbé du MontCassin, que cette règle était encore respectée au xi« siècle ^. Nous la voyons même observée jusque dans le xii% en Angleterre, au rapport de Guillaume de Malme'sburv, par deux armées en présence ; celle de l'impératrice Mathilde, comtesse d'Anjou, lille du roi Henri, et celle du roi Etienne, comte de Boulogne, qui, en l'année 1 143, allaient en venir aux mains pour la succession à la couronne".

Tous nos lecteurs connaissent l'admirable institution de la Trêve de Dieu, au moyen de laquelle l'Eglise, au xi^ siècle, parvint a arrêter dans toute l'Europe l'effusion du san^, en suspendant le port des armes quatre jours de la semaine, depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin, dans tout le cours de l'année. Ce règlement, qui fut sanctionné par l'autorité des papes et des conciles avec le concours de tous les princes chrétiens, n'é.. EusEB. Constant, vita, lib. IV, cap. xviii et xix.

— 2. Convent. Compendien. Labb. Concil., tom. \'II.

— 3. Ibid. — 4. Ihid. — 5. Ibid., tom. VIII. — 6. Ibid., tom. X. — 7. WiLLELM. Malmesbur. Hist. nov. n» 3o.

tait cju'une extension, à chaque semaine de l'année, de cette discipline en vertu de laquelle toute action militaire était interdite en Carême. Le saint roi d'Angleterre Edouard le Confesseur développa encore une si précieuse institution, en portant une loi qui fut confirmée par son successeur Guillaume le Conquérant, et d'après laquelle la Trêve de Dieu devait être inviolablement observée depuis l'ouverture de l'Avent jusqu'à l'Octave de l'Epiphanie, depuis la Septuagésime jusqu'à l'Octave de Pâques, et depuis l'Ascension jusqu'à l'Octave de la Pentecôte, en ajoutant encore tous les jours des QuatreTemps, les Vigiles de toutes les fêtes, et enfin, chaque semaine, l'intervalle du samedi après None jusqu'au lundi matin '.

Urbain II, au concile de Clermont, en 10^3, après avoir réglé tout ce qui concernait l'expédition de la Croisade, employa aussi son autorité apostolique pour étendre la Trêve de Dieu, en prenant pour base la suspension des armes observée durant le Carême; et il statua, par un décret qmi fut renouvelé dans le concile tenu à Rouen l'année suivante, que tous actes de guerre demeureraient interdits depuis le Mercredi des Cendres jusqu'au lundi qui suit l'Octave de la Pentecôte, et à toutes les vigiles et fêtes de la sainte Vierge et des Apôties : le tout sans préjudice de ce qui avait été réglé antérieurement pour chaque semaine, c'est-à-dire depuis le mercredi soir jusqu'au lundi matin 2.

I, L\B8. Concil., tom. IX. — 2. Orderic 'Vital Hist Eccles., lib. IX.

Historique du Carême. 2 3

Ainsi la société chrétienne témoignait de son respect pour les saintes observa'nces du Carême, et empruntait à l'année liturgique ses saisons et ses fêtes, pour asseoir sur'elles les plus précieuses institutions. La vie privée ne ressentait pas moins la salutaire influence des saintes tristesses du Carême; et l'homme y puisait chaque année un renouvellement d'énergie pour combattre les instincts sensuels, et relever la dignité de son àme en mettant un frein à l'attrait du plaisir. Pendant un grand nombre de siècles, la continence fut exigée des époux dans tout le cours de la sainte quarantaine ; et l'Eglise, qui a conservé dans le plus auguste d"e ses livres liturgiques i, sinon le précepte, du moins la recommandation de cette pratique salutaire, a laissé un monument de ses intentions, en interdisant la célébration des noces pendant le Carême.

Nous arrêtons ici cet exposé historique de la discipline du Carême, avec le regret d'avoir à peine effleuré une matière si intéressante. Nous eussions voulu , entre autres choses, parler au long des usages des Eglises d'Orient qui ont mieux que nous conservé la rigueur des premiers siècles du christiani'sme ; mais l'espace nous manque absolument. Nous nous bornerons donc à quelques détails abrégés.

Dans le volume précédent, le lecteur a vu que le Dimanche que nous nommons Dimanche de Septuagésime, est appelé chez les Grecs Prosplionésime, psivce c^vCû annonce

I. Missale Romanum. Missa pro sponso et sponsa.

le jeûne du Carême qui doit bientôt s'ouvrir. Le lundi d'après est compté pour le premier jour de la semaine suivante qui est appelée Apocreos, du nom du Dimanche auquel elle se termine, lequel correspond à notre Dimanche de Sexagésime ; ce nom d^Apocreos est un avertissement pour l'Eglise grecque qu'elle devra suspendre bientôt l'usage de la viande. Le lundi qui suit ouvre la semaine appelée Tyrophagie, laquelle se termine au Dimanche de ce nom, qui est notre Quinquagésime ; les laitages sont encore permis pendant toute cette semaine. Enfin, le lundi d'après est le premier jour de la première semaine de Carême, et le jeûne commence dès ce lundi dans toute sa rigueur, tandis que les Latins ne l'ouvrent que le mercredi.

Durant tout le cours du Carême proprement dit, les laitages, les œufs, le poisson même, sont interdits; la seule nourriture permise avec le pain consiste dans les légumes, le miel, et pour ceux qui habitent près de la mer, les divers coquillages qu'elle leur fournit. L'usage des vins, longtemps défendu aux jours de jeûne, a fini par s'établir en Orient, ainsi que la dispense pour manger du poisson, le )our de l'Annonciation et le Dimanche des Rameaux.

Outre le Carême de préparation à la fête de Pâques, les Grecs en célèbrent encore trois autres dans le cours de l'année : celui qu'ils appellent des Apôtres, et qui s'étend depuis l'Octave de la Pentecôte jusqu'à la fête de saint Pierre et de saint Paul ; celui qu'ils nomment de la Vierge Marie, qui commence le premier jour d'août et finit la veille de

Historique du Carême.

l'Assomption ; enfin le Carême de préparalion à Noël, qui dure quarante jours entiers. Les privations que les Grecs observent durant ces trois Carêmes sont analogues à celles du grand Carême, sans être tout à fait aussi rigoureuses. Les autres nations chrétiennes de l'Orient solennisent aussi plusieurs Carêmes, et avec une rigueur qui surpasse encore celles qu'observent les Grecs ; mais tous ces détails nous conduiraient trop loin. Nous terminerons donc ici ce que nous avons à dire du Carême sous le rapport historique, et nous exposerons maintenant les mystères de ce saint temps.

N ne doit pas s'étonner qu'un temps aussi sacré que l'est celui du Carême soit un temps rempli de mystères. L'Eglise, qui en a fait la préparation à la plus sublime de ses fêtes, a voulu cjue cette période de recueillement et de pénitence fût marquée par les circonstances les plus propres à reveiller la foi des fidèles, et à soutenir leur constance dans l'œuvre de l'expiation annuelle.

Au Temps de la Septuagésime, nous avons rencontré le nombre septuagénaire, qui nous rappelait les soixante-dix ans de la captivité à Babylone, après lesquels le peuple de ])ieu, purifié de son idolâtrie, devait revoir Jérusalem et y célébrer la Pâque. Maintenant c'est le nombre sévère de quarante que la sainte Eglise propose à notre attention religieuse, ce nombre qui, comme nous dit saint

Mystique du Ccuév.ie.

Jérôme, est toujours celui de la peine et de l'affliction i.

Rappelons-nous cette pluie de quarante jours et de quarante nuits, sortie des trésors de la colère de Dieu, quand il se repentit d'avoir créé Thomme -, et qu'il submergea la race humaine sous les flots, à l'exceptïon dune famille. Considérons le peuple hébreu errant quarante années dans le désert, en punition de son ingratitude, avant d'avoir accès dans la terre promise ^. Ecoutons le Seigneur, qui ordonne à son prophète Ezéchiel de demeurer couché quarante jours sur son côté droit, pour hgurer la durée d'un siège qui devait être suivi de la ruine de Jérusalem.

Deux hommes, dans l'Ancien Testament, ont la mission de figurer en leur personne les deux manifestations de Dieu : Moïse, qui représente la Loi, et Elle, en qui est symbolisée la Prophétie. L'un et l'autre approchent de Dieu : le premier sur le Sinaï ^, le second sur Horeb ^ ; mais l'un et l'autre n'obtiennent accès auprès de la divinité, qu'après s'être purifiés par l'expiation dans un jeûne de quarante jours.

En nous reportant à ces grands faits, nous arrivons à comprendre pourquoi le Fils de Dieu incarné pour le salut des hommes, ayant résolu de soumettre sa chair divine aux rigueurs du jeûne, dut choisir le nombre de quarante jours pour cet acte solennel. L'insI. In Ezechiel

Caput XXIX. — 2. G(

in ReiT.

2 s Le Carême.

titution du Carême nous apparaît alors dans toute sa majestueuse sévérité, et comme un moyen efficace d'apaiser la colère de Dieu et de puriher nos âmes. Elevons donc nos pensées au-dessus de l'étroit horizon qui nous entoure ; voyons tout l'ensemble des nations chrétiennes, dans ces jours où nous sommes, offrant au Seigneur irrité ce vaste quadragénaire de l'expiation ; et espérons que, comme au temps de Jonas, il daignera, cette année encore, faire miséricorde à^son peuple.

Après ces considérations relatives à la mesure du temps que nous avons à parcourir, il nous faut maintenant apprendre de la sainte Eglise sous quel symbole elle consi- Jl dère ses enfants durant la sainte quarantaine, j Elle voit en eux une immense armée qui combat jour et nuit contre l'ennemi de Dieu. C'est pour cela que le Mercredi des Cendres \ elle a appelé le Carême la carrière de la i milice chrétienne ^ En effet, pour obtenir cette \ régénération qui nous rendra dignes de re- i trouver les saintes allégresses de V Alléluia, ] il nous faut avoir triomphé de nos trois enne- i mis : le démon, la chair et le monde. Unis > au Rédempteur, qui lutte sur la montagne ■ contre la triple tentation et contre Satan luimême, il nous faut être armés et veiller sans cesse. Afin de nous soutenir par l'espérance de la victoire et pour animer notre confiance ; dans le secours divin, l'Eglise nous propose ; le Psaume quatre-vingt-dixième 2 , qu'elle admet parmi les prières de la Messe au preI. Temps de la Septuagésime, pag. 261. — 2. Ps. Qui habitat in adjutono, dans l'Office de Compiles.

Mystique du Carême. 2 g

mier Dimanche de Carême, et auquel elle emprunte chaque jour plusieurs versets, pour les différentes Heures de l'Office.

Elle veut donc que nous comptions sur la protection que Dieu étend sur nous comme un bouclier 1 ; que nous espérions à V ombre de ses ailes - ; que nous ayons confiance en lui, parce qu'il nous retirera des filets du chasseur infernal s qui nous avait ravi la sainte liberté des enfants de Dieu ; que nous soyons assurés du secours des saints Anges, nos frères, auxquels le Seigneur a donné ordre de nous garder dans toute^s nos voies ^, et qui, témoins respectueux du combat que le Sauveur soutint contre Satan, s'approchèrent de lui, après la victoire, pour le servir et lui rendre leurs hommages. Entrons dans les sentiments que veut nous inspirer la sainte Eglise, et durant ces jours de combat, recourons souvent à ce beau cantique qu'elle nous signale comme l'expression la plus complète de"s sentiments dont doivent être animés, dans le cours de cette sainte campagne, les soldats de la milice chrétienne.

Mais l'Eglise ne se borne pas à nous donner ainsi un mot d'ordre contre les surprises de l'ennemi ; pour occuper nos pensées, elle offre à nos regards trois grands spectacles qui vont se dérouler jour par jour jusqu'à la fête de Pâques, et nous apporter chacun ses

I. Scuto circumdabit te veritas ejus. A None. — 2. Et sub pennis ejus sperabis. A Sexte. — 3. Ipse liberavit me de laqueo venantium. A Tierce. — 4. Angelis suis mandavit de te, ut custodiant te in omnibus viis tuis. A Laudes et à Vêpres.

pieuses émotions avec l'instruction la plus solide.

D'abord, nous avons à assister au dénouement de la conspiration des Juifs contre le Rédempteur : conspiration qui conimence à s'ourdir et qui éclatera le grand Vendredi, lorsque, nous verrons le Fils de Dieu attaché à l'arbre de la Croix. Les passions qui s'agitent au sein de la Synagogue vont se manifester de semaine en seniaine ; et nous pourrons les suivre dans leur alîreux développement. La dignité, la sagesse, la mansuétude de l'auguste victime noiis paraîtront toujours plus sublimes et plus dignes d'un Dieu. Le drame divin que nous avons vu s'ouvrir dans la grotte de Bethléhem va se continuer jusqu'au Calvaire ; et pour le suivre, nous n'aurons qu'à méditer les lectures de l'Evangile que l'Eglise nous proposera jour par jour.

En second lieu, nous rappelant que la fête de Pâques est pour les Catéchumènes le jour de la nouvelle naissance, nous reporterons notre pensée à ces premiers âges du christianisme où le Carême était pour les aspirants au baptême la dernière préparation. La sainte Liturgie a conservé la trace de cette antique discipline ; et en entendant ces magnifiques lectures des deux Testaments, à l'aide desquelles on achevait la dernière initiation, nous remercierons Dieu, qui a daigné nous faire naître dans ces siècles où l'enfant n'a plus à attendre l'âge d'homme pour faire l'épreuve des divines miséricordes. Nous songerons aussi à ces nouveaux Catéchumènes qui, de nos jours encore, dans les contrées evangélisées par nos modernes apôtres, atMystique du Carême.

3i

tendent, comme aux temps anciens, la grande solennité du Sauveur vainqueur de la mort, pour descendre dans la piscine sacrée et y puiser un nouvel être.

Entin, nous devons, pendant le Carême, nous remettre en mémoire ces Pénitents publics, qui, expulsés solennellement de l'assemblée des tidèles le Mercredi des Cendres, étaient, dans tout le cours de la sainte quarantaine, un objet de préoccupation maternelle pour l'Eglise, qui devait, s'ils le m.éritaient, les admettre à la réconciliation le Jeudi saint. Un admirable corps de lectures, destiné à leur instruction et à intéresser les fidèles en leur faveur, passera sous nos yeux; car la Liturgie n'a rien perdu non plus de ces fortes traditions. Nous nous rappellerons alors avec quelle facilité nous ont été pardonnées des iniquités qui, dans les siècles passés, ne nous eussent peut-être été remises qu'après de dures et solennelles expiations ; et, songeant à la justice du Seigneur, qui demeurée imniuable, quels que soient les changements que la condescendance de l'Eglise mtroduit dans la discipline, nous sentirons d'autant plus le besoin d'offrir à Dieu le sacrifice d'un cœur véritablement contrit, et d'animer d'un sincère esprit de pénitence les légères satisfactions que nous présentons à sa divine Majesté.

Atin de conserver au saint temps du Carême le caractère de tristesse et de sévérité qui lui convient, TEglise, durant un grand nombre de siècles, s'est montrée très'réservée dans l'admission des fêtes à cette époque de l'année. parce qu'elles portent toujours en elles un

32 Le Carême.

élément de joie. Au iv siècle, le concile de Laodicée marquait déjà cette disposition dans son cinquante-unième Canon i, ne permettant de faire la fête ou la Commémoration des Saints que les samedis ou les dimanches. L'Eglise grecque s'est maintenue dans cette rigueur ; et ce n'est que plusieurs siècles après le concile de Laodicée qu'elle s'en est enfin relâchée en admettant, au 25 mars, la fcte de l'Annonciation.

L'Eglise Romaine a longtemps retenu cette discipline, du moins en principe; mais elle a admis de bonne heure la fête de l'Annonciation, et ensuite celle de l'Apôtre saint Mathias, au 24 février. On Ta vue, dans les derniers siècles, ouvrir son calendrier à d'autres fêtes encore dans la partie qui correspond au Carême, mais cependant avec une grande mesure, par égard pour l'esprit de l'antiquité.

La raison qui a rendu l'Eglise Romaine plus facile dans l'admission des fêtes des Saints en Carême, est que les Occidentaux ne regardent pas la célébration des fêtes comme incompatible avec le jeûne, tandis que les Grecs sont persuadés du contraire. C'est pourquoi le samedi, qui est toujours pour les Orientaux un jour solennel, n'est jamais chez eux un jour de jeûne, si ce n'est pourtant le Samedi saint. De même, ils ne jeûnent pas le jour de l'Annonciation, à cause de la solennité de cette fête.

Ce préjugé des Orientaux a donné origine, vers le vii« siècle, à une institution qui leur

I. Labb. Concil., tom. I.

Mystique du Carême.

est particulière, et qu'ils appellent la Messe des Frésanctijîés, c'est-à-dire des choses consacrées dans un Sacrifice précédent. Chaque Dimanche de Carême, le prêtre consacre six hosties, dont une est consommée par lui dans le Sacrifice; les cinq autres sont réservées pour une simple communion qui a lieu chacun des cinq jours suivants, sans Sacrifice. L'Eglise latine n'exerce ce rite qu'une fois l'année, le \'endredi saint, et pour une raison profonde que nous expliquerons en son lieu.

Le principe de cet usage des Grecs est venu évidemment du quarante-neuvième canon du concile de Laodicée, qui prescrit de ne pas offrir le pain du Sacrifice en Carême, si ce n'est le sam.edi et le dimanche '. Dans les siècles suivants, les Grecs ont conclu de ce canon que la célébration du Sacrifice était incompatible avec le jeûne ; et nous voyons par leur controverse , au xi« siècle, avec le légat Humbert -', que Is-Mtsse des Présanctijîés, qui n'a en sa faveur qu'un canon du trop fameux concile appelé in Trullo 3, tenu en 692, était justifiée par les Grecs moyennant cette allégation absurde, que la communion du corps et du sang du Seigneur rompait le jeûne quadragésimal.

c'est le soir, après l'Office des Vêpres, que les Grecs célèbrent cette cérémonie, dans laquelle le prêtre communie seul, comme chez nous le \'endredi- Saint. Il y a cependant exception, depuis plusieurs siècles, pour

34 1-e Carême.

le jour de l'Annonciation; le jeûne étant suspendu dans cette solennité, on y célèbre le Sacrifice, et les fidèles peuvent communier.

Le règlement du concile de Laodicée ne paraît pas avoir été jamais reçu dans l'Eglise d'Occident ; et nous ne voyons, à Rome, aucune trace de la suspension du Sacrifice en Carême, si ce n'est le jeudi, jusqu'au viii« siècle, où nous apprenons du Liber Ponti' Jîcalis que le Pape saint Grégoire II, voulant compléter le Sacramentaire Romain, ajouta des Messes propres pour ce jour dans les cinq premières semaines de Carême '. Il serait difficile de rendre raison aujourd'hui des motifs de cette suspension de la Messe au jeudi dans l'Eglise Romaine, non plus que de l'usage de l'Eglise de Milan qui n'offre pas le Sacrifice le vendredi en Carême. Les raisons qui en ont été données nous paraissent peu satisfaisantes ; et quant à l'Eglise de Milan, nous serions porté à croire que l'usage romain de ne pas célébrer la messe le Vendredi saint, usage qui s'observe pareillement dans l'Eglise Ambrosienne, aurait été par imitation étendu aux autres vendredis du Carême.

Le manque d'espace nous oblige à ne toucher que légèrement tous les détails de ce chapitre ; ce'pendant il nous reste à dire encore quelque chose des usages mystérieux de notre Carême occidental. Nous en avons déjà fait connaître et expliqué plusieurs dans le Temps de la Septuagésime. La suspension

Lib. Pontif,. in Gregorio II.

Mystique du Carême.

de V Alléluia^ l'emploi de la couleur violette dans les ornements sacrés, la suppression de la dalmatique du diacre et de la tunique du sous-diacre ; les deux cantiques de joie, Gloria in excelsis et Te Deum laudamus, interdits Tun et l'autre ; le Trait, substitué dans la Messe au Verset alléluiatique ; Vite missaest remplacé par une autre formule ; l'oraison de pénitence qui se récite sur le peuple, à la tin de la Messe, aux jours de la semaine où l'on ne célèbre pas la fête d'un Saint; les Vêpres anticipées avant midi, tous les jours, à l'exception des Dimanches i : ces divers rites sont déjà connus de nos lecteurs. En fait de cérémonies actuellement pratiquées, nous n'avons plus à signaler que les prières qui se font à genoux, à la tin de chacune des Heures de l'Office, dans leÇ jours de férié, et l'usage en vertu duquel tout le Chœur se tient aussi agenouillé durant le Canon de la xMesse. à ces mêmes jours.

Mais nos Eglises d'Occident pratiquaient encore en Carême d'autres rites qui, depuis plusieurs siècles, sont tombés en désuétude, bien que quelques-uns se soient conservés, en certaines localités, jusqu'à nos temps. Le plus imposant de tous consistait à tendre un immense voile, ordinairement de couleur violette et appelé la courtine, entre le chœur et l'autel, en sorte que ni le clergé ni le peuple n'avaient plus la vue des saints Mystères qui se célébraient derrière cette impénétrable barrière. Ce voile était un symbole

Revoi

r, sur tous

ces rites, le Temps de la Septua3() Le Carême.

du deuil de la pénitence auquel le pécheur doit se soumettre, pour mériter de contempler de nouveau la majesté de Dieu, dont il a ortensé les regards par son iniquité. Il signifiait aussi les humiliations du Christ, qui furent un scandale pour l'orgueil de la Synagogue, et qui disparaîtront tout à coup, comme^un voile que l'on lève en un instant, pour faire place aux splendeurs de la Résurrection 1. Cet usage est demeuré, entre autres lieux, dans l'église métropolitaine de Paris.

La coutume était aussi, en beaucoup d'églises, de voiler la croix et les images des saints dès le commencement du Carême, afin d'inspirer une plus vive componction aux fidèles, qui se voyaient privés de la consolation de reposer fcurs regards sur ces objets chers à leur piété. Cette pratique, qui s'est aussi conservée en quelques lieux, est moins fondée cependant que celle de l'Eglise Romaine, qui ne xoUe les croix et les images qu'au temps de la Passion, comme nous l'expliquerons en son lieu.

Nous apprenons des anciens cérémoniaux du moyen âge, que l'on était dans l'usage de faire pendant le Carême un grand nombre de processions d'une église à l'autre, particulièrement les mercredis et les vendredis; dans les monastères, ces processions se faisaient sous le cloître et nu-pieds 2. C'était une imitation des Stations de Rome, qui sont

I. HoNORlus d'Autun, Gemma animae, lib. III, cap,

Lxvi. — 2. Martène, De antiquis E:clesiae ritibus, lom. III, cap. xvin.

Mystique du Carême.

journalières en Carcme, et qui. durant un grand nombre de siècles, commençaient par une procession solennelle à l'église stationnale.

Entin, de tout temps l'Eglise a multiplié ses prières dans le Carême. La discipline actuelle à ce sujet porte que, dans les cathédrales et collégiales qui n'en sont pas exemptées par une" coutume contraire, on doit ajouter aux Heures Canoniales, le lundi. l'Office des Morts ; le mercredi, les Psaumes Graduels, et le vendredi, les Psaumes de la Pénitence. Dans nos Eglises de France, au moyen âge, c'était un Psautier tout entier que l'on ajomait chaque semaine à l'Office ordinaire 1.

I. Martène. De antiquis Ecclesiœ ritibus, t. Il

PRÈS avoir employé trois semaines entières à reconnaître les maladies de notre âme, à sonder la profondeur des blessures aue le péché nous a faites, nous devons maintenant nous sentir préparcs à la pénitence dont l'Eglise vient de nous ouvrir la carrière. Nous connaissons mieux la justice et la sainteté de Dieu et les dangers auxquels s'expose l'âme impénitente ; et pour opérer dans la nôtre un retour sincère et durable, nous avons rompu avec les vaines )oies et les futilités du monde. La cendre a été répandue sur nos têtes ; et notre orgueil s'est humilié sous la sentence de mort qui doit s'accomplir en nous.

Dans le cours de cette épreuve de quarante )ours, si longue pour notre faiblesse, nous ne serons pas délaissés de la présence de notre Sauveur. Il semblait s'être dérobé à nos regards durant ces semaines qui ne

Pratique du Carême. 3g

retentissaient que des malédictions prononcées contre Thomme pécheur; mais cette absence nous était salutaire. II était bon pour nous d'apprendre à trembler au bruit des vengeances divines. « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse ^ » ; et c'est parce que nous avons été "saisis de terreur, que lesentiment de la pénitence s'est réveillé dans nos âmes.

Maintenant, ouvrons les yeux et voyons. C'est l'Emmanuel lui-même parvenu à l'âge d'homme, qui se montre à nos regards de nouveau, non plus sous l'aspect de ce doux enfant que nous avons adoré dans son berceau, mais semblable au pécheur, tremblant et s'humiliant devant la souveraine majesté que nous avons offensée, et auprès de laquelle il s'est fait notre caution. Dans l'amour fraternel qu'il nous porte, voyant que la carrière de la pénitence allait s'ouvrir pour nous, il est venu nous encourager par sa présence et par ses exemples. Nou's allons nous livrer durant quarante jours au jeûne et à l'abstinence : lui, l'innocence même, va consacrer le même temps à affliger son corps. Nous nous séparons pour un temps des plaisirs bruyants et des sociétés mondaines : il se retire de la compagnie et de la vue des hommes. Nous voulons fréquenter plus assidûment la maison de Dieu et nous livrer à la prière avec plus d'ardeur : il passera quarante jours et quarante nuits à converser avec son Père, dans l'attitude d'un suppliant. Nous allons repasser nos années dans l'amertume

40 Le Carémt.

de notre cœur et gémir sur nos iniquités : il va les expier par la souffrance et les pleurer dans le silence du désert, comme s'il les avait lui-même commises.

Il est à peine sorti des eaux du Jourdain qu'il vient de sanctifier et de rendre fécondes, et l'Esprit-Saint le pousse vers la soliLude. L'heure est venue cependant pour lui de se manifester au monde; mais, auparavant, il a un grand exemple à nous donner; et se dérobant aux regards du Précurseur et de cette foule qui a \u la divine Colombe descendre sur lui et entendu la voix du Père céleste, c'est vers le désert qu'il se dirige. A peu de distance du Heuve s'élève une montagne âpre et sauvage, que les âges chrétiens "ont nonimée depuis la montagne de la Quarantaine. De sa crête abrupte on domine les riantes plaines de Jéricho, le cours du Jourdain et le lac maudit q^ui rappelle la colère de Dieu. C'est là, au tond d'une grotte naturelle creusée dans la roche stérile, que le Fils de l'Eternel vient s'établir, sans autre société que les bêtes farouches qui ont choisi leur tanière en ces lieux où l'homme ne paraît jamais. Jésus y pénètre sans aucun aliment pour soutenir ses forces humaines ; l'eau même qui pourrait le désaltérer manque dans ce réduit escarpé ; la pierre nue s'offre seule pour reposer ses membres épuisés. Dans quarante jours, les Anges s'approcheront et viendront lui présenter'de la nourriture.

C'est ainsi que le Sauveur nous précède et nous dépasse dans la voie sainte du Carême ; il l'essaie et l'accomplit devant nous, atin de faire taire par son exemple tous nos

Pratique du Carême.

prétextes, tous nos raisonnements, toutes les répugnances de notre mollesse et de notre orgueil. Acceptons la leçon dans toute son étendue, et comprenons entin la loi de l'expiation. Le Fils de Dieu, descendu de cette austère montagne, ouvre sa prédication par cette sentence qu'il adresse à tous les hommes : « Faites pénitence ; car le royaume des cieux approche 1. » Ouvrons nos'cœurs à cette invitation, atin que le Rédempteur ne soit pas obligé de réveiller notre assoupissement par cette menace terrible qu'il tit entendre dans une autre circonstance : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous -. »

Or, la pénitence consiste dans la contrition du cœur et dans la mortitication du corps ; ces deux parties lui sont essentielles. C'est le cœur de l'homme qui a voulu le mal, et le corps a souvent aidé à l'accomplir. L'homme étant d'ailleurs composé de l'un et de l'autre, il doit les unir dans l'hommage qu'il rend à Dieu. Le corps doit participer aux délices de l'éternité ou aux tourments de Tenter. Il n'y a donc point de vie chrétienne complète, ni non plus d'expiation valable, si dans l'une et l'autre il ne s'associe à l'àme.

Mais le principe de la véritable pénitence est dans le cœur : nous l'apprenons de l'Evangile par les exemples de l'Enfant prodigue, de la Pécheresse, du publicain Zachée", de saint Pierre. Il faut donc que le cœur rompe sans retour avec le péché, qu'il le regrette amèrement, qu'il l'ait en horreur et qu'il en fuie les occasions. Pour exprimer cette disI. Matth. IV, 17. — 2. 'Luc. XIII, 3.

42 Le Carême.

position, l'Ecriture se sert d'une expression qui a passé dans le langage chrétien, et rend admirablement l'état de l'âme sincèrement revenue du péché ; elle l'appelle la Conversion. Le chrétien doit donc, durant le Carême, s'exercer à la pénitence du cœur et la regarder comme le fondement essentiel de tous les actes propres à ce saint temps. Néanmoins, cette pénitence serait illusoire, si l'on ne joignait l'hommage du corps aux sentiments intérieurs qu'elle inspire. Le Sauveur, sur la montagne, ne se contente pas de gémir et de pleurer sur nos péchés; il les expie par la souffrance de son corps ; et l'Eglise, q^ui est son interprète infaillible, nous avertit que la pénitence de notre cœur ne sera pas reçue, si nous n'y joignons la pratique exacte de l'abstinence et du jeûne.

Quelle est donc l'illusion de tant de chrétiens honnêtes qui se flattent d'être irréprochables, surtout lorsqu'ils oublient leur passé ou qu'ils se comparent à d'autres, et qui, parfaitement contents d'eux-mêmes, ne songent jamais aux dangers de la vie molle ç^u'ils comptent bien mener jusqu'au dernier jour ! Leurs péchés d'autrefois, ils n'y songent plus : ne les ont-ils pas sincèrement confessés ? La régularité selon laquelle ils vivent désormais n'est-ellc pas la preuve de leur solide vertu ? Qu'ont-ils à démêler avec la justice de Dieu ? Aussi les voyons-nous solliciter régulièrement toutes les dispenses possibles d'ans le Carême. L'abstinence les incommoderait ; le jeûne n'est plus compatible avec la santé, les occupations, les habitudes d'aujourd'hui. On n'a pas la prétention

Pratique du Carême, 43

d'être meilleur que tel ou tel qui ne jeûnent pas et ne font pas abstinence; et comme on est incapable d'avoir même l'idée de suppléer par d'autres pratiques de pénitence à celles que l'Eglise prescrit, il en résulte que, sans s'en apercevoir et insensiblement, on arrive à n'être plus chrétien.

L'Eglise, témoin de cette effrayante décadence du sens surnaturel et redoutant une résistance qui accélérerait encore les dernières pulsations d'une vie qui va s'éteignant, élargit de plus en plus la voie des adoucissements. Dans l'espoir de conserver une étincelle de christianisme pour un avenir meilleur, elle préfère abandonner à la justice de Dieu lui-même des enfants qui ne l'écoutent plus, lorsqu'elle leur enseigne les moyens de se rendre favorable cette justice dès ce monde ; et ces chrétiens se livrent à la sécurité la plus profonde, sans nul souci de comparer leur vie aux exemples de Jésus-Christ et des Saints, aux règles séculaires de la pénitence chrétienne.

Il est sans doute des exceptions à cette mollesse dangereuse ; mais qu'elles sont rares, dans nos villes surtout ! Que de préjugés, que de vains prétextes, que d'exemples malheureux contribuent à fausser les âmes ! Que de fois n'a-t-on pas entendu cette naïve excuse sortir de la bouche de ceux même qui se font honneur de leur titre de catholiques : qu'ils ne font pas abstinence, qu'ils ne jeûnent pas, parce que l'abstinence et le jeûne les gêneraient, les fatigueraient ! Comme si l'abstinence et le jeûne'avaient un autre but que d'imposer un joug pénible à ce corps de

44 ^(^ Carême.

péché ^ ! En vérité, ces personnes semblent avoir perdu le sens ; et leur étonnement sera grand lorsque le Seigneur, au jour de son jugement, les confron'tera avec tant de pauvres musulmans qui, au sein d'une religion dépravée et sensuelle, trouvent chaque année en eux-mêmes le courage d'accomplir les rudes privations des trente jours de leur Ramadan.

Mais serait-il même nécessaire de les confronter avec d'autres qu'avec eux-mêmes si incapables, pensent-ils, de supporter les abstinences et les jeûnes si réduits d'un Carême, tandis que Dieu les voit chaque jour s'imposer tant de fatigues bien autrement pénibles dans la recherche des intérêts et des jouissances de ce monde ? Que de santés usées dans des plaisirs au moins frivoles et toujours dangereux, et qui se fussent maintenues dans toute leur vigueur, si la loi chrétienne, et non le désir de plaire au monde, eût réglé et dominé la vie ! Mais le relâchement est tel, que l'on ne conçoit aucune inquiétude, aucun remords ; on renvoie le Carême au moyen âge, sans faire même attention que l'indulgence de l'Eglise en a proportionné les observances à notre faiblesse physique et morale. On a conservé ou reconquis, par la miséricorde divine, la foi de ses pères; et l'on ne s'est pas ressouvenu encore que la pratique du Carême est un signe essentiel de catholicisme, et que la Réforme protestante du xvi« siècle a eu pour un de ses traits principaux et a écrit sur son draPratique du Carême.

peau l'abolition de l'abstinence et du jeûne. Mais, dira-t-on, n'y a-t-il pas des dispenses légitimes ? Assurément, il en est, et, dans ce siècle d'épuisement général, beaucoup plus que dans les âges précédents. Mais que Ton prenne garde à rillusicn. Si vous avez des forces pour supporter d'autres fatigues, pourquoi n'en auriez-vous pas pour "remplir le devoir de l'abstinence ? Si la crainte d'une légère incommodité vous arrête, vous avez donc oublié que le péché ne sera pas remis sans l'expiation. Le jugement des homnics de l'art, qui prédisent un affaiblissement de vos forces comme la suite du jeûne, peut être fondé en raison ; la question est de savoir si ce n'est pas précisément cette mortification de la chair que l'Eglise vous prescrit dans l'intérêt de votre ânie. Mais admettons que la dispense soit légitime, que votre santé encourrait un risque véritable, que vos devoirs essentiels souffriraient, si vous observiez à la lettre les prescriptions de l'Eglise : dans ce cas, songez-vous à substituer d'autres œuvres de pénitence à celles que vos forces ne vous permettent pas d'entreprendre ? Eprouvez-vous un vif regret, une confusion sincère de ne pouvoir porter avec les vrais fidèles le joug de la discipline quadragésimale ? Demandez-vous à Dieu la grâce de pouvoir, une autre année, participer aux mérites de vos frères, et accomplir avec eux ces saintes pratiques qui doivent être le motif de la miséricorde et du pardon ? S'il en est ainsi, la dispense ne vous aura pas été nuisible ; et quand la fête de Pâques conviera les fidèles enfants de l'Eglise à ses joies ineffables.

4^ Le Carême.

vous pourrez vous joindre avec confiance à ceux qui ont jeûné; car si la faiblesse de votre corps ne vous a pas permis de les suivre extérieurement dans la carrière, votre cœur est demeuré fidèle à l'esprit du Carême.

Que de choses nous aurions à dire encore sur les illusions dont se berce la mollesse de nos jours, quand il s'agit du jeûne et de l'abstinence ! Il n'est pas rare de rencontrer des chrétiens qui remplissent le devoir pascal, qui se font honneur d'être enfants de l'PIglise catholique, et chez lesquels la notion même du Carême a totalement péri. Ils en sont venus à n'avoir pas même une idée précise de l'abstinence et du jeûne. Ils ignorent que ces deux éléments du Carême sont tellement distincts, que la dispense de l'un n'emporte en aucune façon celle de l'autre. Si, pour une raison fondée ou non, ils ont obtejiu l'exemption de l'abstinence, il ne leur vient pas même en pensée que l'obligation de pratiquer le jeûne durant quarante )ours est demeurée tout entière; de même, si on leur a accordé l'exemption du jeûne, ils en concluent qu'ils peuvent faire servir sur leur table toute sorte d'aliments : tant est grande la confusion qui règne de toutes parts; tant sont rares les exemples d'une parfaite exactitude aux ordonnances et aux traditions de l'Eglise.

Nous n'avons en vue, en écrivant ces pages, que les lecteurs chrétiens qui nous ont suivi jusqu'ici ; mais que serait-ce si nous venions à considérer le résultat de la suspension des saintes lois du Carême sur la masse des populations, principalement dans les

Pratique du Carême. 47

villes ? Comment nos publicistes catholiques, qui ont éclairé tant de questions, n'ont-ils pas insisté sur les tristes effets que produit dans la société la cessation d'une pratique qui, rappelant chaque année le besoin de l'expiation, maintenait plus que toute autre institution le sentiment du bien et du mal ? Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre la supériorité d'un"^ peuple qui s'impose, durant quarante jours cnaque année, une série de privations, dans le but de réparer les violations qu'il a commises dans l'ordre moral, sur cet autre peuple qu'aucune époque de l'année ne ramène aux idées de réparation et d'amendement. Et s'il faut en venir à examiner la question au point de vue de l'hygiène, n'est-il pas évident que cette profusion de nourriture animale, sans laquelle on prétend que les habitants des villes ne pourraient plus désormais se soutenir, loin d'avoir fortifié la race, ne fait que l'affaiblir de jour en jour ? Nous ne craignons pas de le dire, un temps viendra où les économistes sonderont cette plaie qui s'aggrave chaque jour, et déclareront que le seul moyen de relever l'affaiblissement qui se déclare toujours plus sensible à chaque nouvelle génération, est d'introduire dans l'alimentation des hommes une plus grande proportion de l'élément végétal, et de suspendre quelquefois la nourriture animale qui, devenue exclusive, altère de plus en plus le sang européen. Où trouve-t-on aujourd'hui des santés qui résistent, si ce n'est dans nos campagnes, où les végétaux forment le principal de la nourriture de l'homme, et particulièrement

48 Le Carême.

chez nos populations rurales de la Bretagne et de la Vendée, où l'abstinence quadragcsimalc, et souvent même le jeûne, sont encore fidèlement observés par le grand nombre, malgré les fatigues occasionnées par des travaux qui légitimeraient bien plutôt la dispense que lestièdes incidents de la vie molle et insigniliante de nos cités ?

Que les enfants de l'Eglise raniment donc leur courage ; qu'ils aspirent à cette paix de la conscience qui n'est assurée qu'à l'âme vraiment pénitente. L'innocence perdue se recouvre par l'humble aveu de la faute, quand il est accompagné de l'absolution du prêtre ; mais le fidèle doit se garder de ce dangereux préjugé, qu'il ne resterait plus rien à faire après le pardon. Rappelons-nous cet avertissement si grave de l'Esprit-Saint dans l'Ecriture : « Ne sois jamais sans crainte « au sujet du péché qui t'a été pardonné i )). La certitude du pardon est en raison du changement du cœur; et l'on peut d'autant mieux se laisser aller à la confiance, que l'on sent constamment le regret des péchés et l'empressement à les expier toute sa vie. f( Nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine », dit encore l'Ecriture -' ; mais celui-là peut espérer être digne d'amour, qui sent en lui-même cjue l'esprit de pénitence ne l'a pas abandonné.

Entrons donc avec résolution dans la voie sainte que l'Eglise ouvre devant nous, et fécondons notre jeûne par les deux autres moyens que Dieu nous propose dans les

Eccli. V, 5. — 2. Eccle. ix, l.

Pratique au Carême.

saints Livres : la Prière et l'Aumône. De même que sous le nom de Jeûne, l'Eglise entend toutes les œuvres de la mortitication chrétienne; sous le nom de la Prière elle comprend tous les pieux exercices par lesquels l'àme s'adresse à Dieu. La fréquentation plus assidue de l'Eglise, l'assistance journalière au saint Sacrifice, les lectures pieuses, la méditation des vérités du salut et des souffrances du Rédempteur, l'examen de la conscience, l'usage des Psaumes, l'assistance aux prédica'tions particulières à ce saint temps, et surtout la réception des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, sont les principaux moyens par lesquels les fidèles peuvent offrir au Seigneur l'hommage de la Prière.

L'Aumône renferme toutes les œuvres de miséricorde envers le prochain : aussi les saints Docteurs de l'Eglise l'ont-ils unanimement recommandée comme le complément nécessaire du Jeûne et de la Prière pendant le Carême. C'est une loi établie de Dieu, et à laquelle il a daigné lui-même se soumettre, que ia charité exercée envers nos frères, dans le but de lui plaire, obtient sur son cœur paternel le même effet que si elle s'exerçait directement envers lui-même. Telle est la force et la sainteté du lien par lequel il a voulu unir les hommes entre eux ; et de même qu'il n'accepte pas l'amour d'un cœur fermé à la miséricorde, de même il reconnaît pour véritable, et comme se rapportant à lui, la charité du chrétien qui, soulageant son frère, rend hommage au lien suÈlime par lequel tous les hommes s'unissent dans

une même famille dont Dieu est le père. C'est par ce sentiment que l'aumône n'est plus seulement un acte d'humanité, mais s'élève à la dignité d'un acte de religion qui monte directement à Dieu et apaise sa justice.

Rappelons-nous la dernière recommandation du saint Archange Raphaël à la famille de Tobie, au moment de remonter au ciel : « I.a prière accompagnée du jeûne et de l'au« mône vaut mieux que tous les trésors ; « l'aumône délivre de la mort, efface les pé« chés, ouvre la miséricorde et la vie éter« nellei. » La doctrine des Livres Sapientiaux n'est pas moins expresse : « De même « que l'eau éteint le feu le plus ardent, ainsi « l'aumône détruit le pèche 2. Renferme ton « aumône dans le sein du pauvre, et elle « priera pour que tu sois délivré du mal '•"•. » Que ces consolantes promesses soient toujours présentes à la pensée du tidèle, mais plus encore dans le cours de la sainte Quarantaine ; et que le pauvre qui jeûne toute l'année s'aperçoive qu'il est aussi un temps où le riche s'impose des privations. Une vie plus frugale produit ordinairement le superflu, relativement aux autres temps de l'année ; que ce superflu serve au soulagement de Lazare. Rien ne serait plus contraire à l'esprit du Carême que de rivaliser en luxe et en dépenses de taole avec les saisons où Dieu nous permet de vivre selon l'aisance qu'il nous a donnée. Il est beau que, dans

I. ToB. XII, 8, 9. — 2. Eccli. iir, "33. — 3. Ibid.

Pratique du Carême.

ces jours de pénitence et de miséricorde, la vie du pauvre devienne plus douce, en proportion de ce que celle du riche participe davantage à la frugalité et à l'abstinence qui sont le "partage de la plupart des hommes. C'est alors que pauvres et riches se présenteront avec un sentiment vraiment fraternel à ce solennel banquet de la Pàque que le Christ ressuscité nous offrira dans quarante jours.

Entin, il est un dernier moyen d'assurer en nous les fruits du Carême : "c'est l'esprit de retraite et de séparation du monde. Les habitudes de ce saint temps doivent trancher en toutes choses sur celles du reste de l'année ; autrement l'impression salutaire que nous avons reçue, au moment où l'Eglise imposait la cendre sur nos fronts, se dissiperait en peu de jours. Le chrétien doit donc faire trêve aux vains amusements du siècle, aux fêtes mondaines, aux réunions profanes. Quant à ces spectacles pervers ou amollissants, à ces soirées de plaisirs qui sont l'écueil de la vertu et le triomphe de l'esprit du monde, si dans aucun temps il n'est permis au disciple de Jésus-Christ de s'y montrer autrement que par position et par nécessité, comment pourrait-on y paraître en ces jours de pénitence et de recueillement, sans abjurer en quelque sorte son titre de chrétien, sans rompre avec tous les sentiments d'une âme pénétrée de la pensée de ses fautes, et de la crainte des jugements de Dieu ? La société chrétienne n'a plus aujourd'hui, durant le Carême, cet extérieur si imposant de deuil et de sévérité que nous avons admiré dans

Le L are me.

les siècles de foi ; mais de Dieu à l'homme et de l'homme à Dieu, rien n'est changé. C'est toujours la grande parole : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous ». Aujourd'hui, il en est peu qui prêtent l'oreille à cette parole ; et c'est pourquoi beaucoup périssent. Mais ceux sur qui tombe cette parole doivent se souvenir des avertissements que nous donnait le Sauveur lui-même, au Dmianchc de la Sexagésime. Il nous disait qu'une partie de la semence est foulée sous les pieds des passants, ou dévorée par les oiseaux du ciel ; une autre desséchée par l'aridité de la pierre

3ui la reçoit ; une autre entin étouffée par es épines. N'épargnons donc aucun soin, afin de devenir cette bonne terre dans laquelle la semence non seulement est reçue, mais fructifie au centuple pour la récolte du Seigneur qui approche.

En lisant ces pages dans lesquelles nous avons tâché de rendre la pensée de l'Eglise telle qu'elle nous est exprimée, non seulement dans la Liturgie, mais dans les canons des Conciles et dans les écrits des saints Docteurs, plus d'un de nos lecteurs se sera pris à regretter de plus en plus la douce et gracieuse poésie dont l'année liturgique se montrait empreinte durant les quarante jours où nous célébrâmes la naissance de l'Emmanuel. Déjà le Temps delà Septuagésime est venu jeter son voile sombre sur toutes ces riantes images ; et voici que nous sommes entrés dans un désert aride, semé d'épines, et sans eaux jaillissantes. Ne nous en plaignons pas cependant ; la sainte Eglise connaît nos vrais besoins, et veut y satisfaire. Pour

Pratique du Carême. 53

approcher du Christ enfant, elle n'a demandé de nous que la légère préparation de l'Avent, parce que les mystères de THomme-Dieu n'étaient encore qd'à leur début.

Beaucoup sont venus à la crèche avec la simplicité et l'ignorance des bergers de Bethléhem, ne connaissant pas suffisamment encore ni la sainteté du Dieu incarné, ni l'état dangereux et coupable de leurs âmes ; mais aujourd'hui que le Fils de l'Eternel est entré dans la voie de la pénitence, quand bientôt nous allons le voir en proie à toutes les humiliations et à toutes les douleurs sur l'arbre de la croix, l'Eglise nous enlève à notre ignorante sécurité. Elle nous dit de frapper nos poitrines, d'affliger nos âmes, de mortifier nos corps, parce que nous sommes pécheurs. La pénitence devrait être le partage de notre vie entière ; les âmes ferventes ne l'interrompent jamais; du moins est-il juste et salutaire pour nous d'en faire enfin l'essai, en ces jours où le Sauveur souffre au désert, en attendant qu'il expire sur le Calvaire. Recueillons encore de lui cette parole qu'il dit aux femmes de Jérusalem qui pleuraient sur son j)assage, au jour de sa Passion : « Si l'on « traite ainsi le bois vert, que fera-t-on du « bois sec i ? » Mais, par la miséricorde du Rédempteur, le bois sec peut reprendre sève et échapper au feu.

Telle est l'espérance, tel est le désir de la sainte Eglise, et c'est pour cela qu'elle nous impose le joug du Carême. En parcourant avec constance cette voie laborieuse,

I. Luc. xxiii, 3i nous verrons peu à peu la lumière briller à nos regards. Si nous étions loin de Dieu par le péché, ce saint temps sera pour nous la vie purgsitive, comme parlent les docteurs mystiques ; et nos yeux s'épureront afin de

fiouvoir contempler le Dieu vainqueur de a mort. Si dé)à nous marchons dans les sentiers de la vie illiiminative ; après avoir sondé si utilement la profondeur de nos misères, au Temps de la Septuagésime, nous retrouvons maintenant celui qui est notre Lumière; et si nous avons su le voir sous les traits de l'Enfant de Bethléhem, nous le reconnaîtrons sans peine dans le divin Pénitent du désert, et bientôt dans la victime sanglante du Calvaire.

u tem]?s du Carême, le chrétien, à son réveil, s'unira à la sainte Eglise qui, dès le point du jour,"commence la psalmodie des Laudes par ces paroles du Roi-Prophète :

^ YEZ pitié de moi, ô Dieu, selon votre Grande miséMISERERE mei Deuî, secundum majrnain ricorde. misericordiam tuam.

Il adorera profondément cette Majesté que le pécheur devrait craindre, et qu'il a néanmoins offensée avec tant d'audace et d'ingratitude, et il accomplira sous cette impression les premiers actes intérieurs et extérieurs de religion qui doivent ouvrir sa journée. Le moment étant venu de faire la Prière du Matin, il pourra puiser en cette manière, dans les prières de l'Eglise elle-même, la forme de ses sentiments.

D'abord, la louange et l'adoration à h très sainte Trinité :

^' D Patrem et Filium, cum Sancto Spiritu.

% Laudemus et superexaltemuseum in sascula.

f. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto;

Rj. Sicut erat io principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

^ -p) ÉNISSONS Dieu le ^- E) Père, le Fils et le Saint-Esprit.

^. Louons-le et exaltons-le dans tous les siècles.

'f. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit;

ï^. Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Puis la louange à Jésus-Christ, notre Sauveur :

f.

/\ Christe, et benedicimus tibi ;

1^. Quia per sanctam Crucem tuam redemisti mundum.

^ ik T ous vous adorons, ô ^' i\ Christ 1 et nous vous bénissons ;

r|. Parce que, par votre sainte Croix, vous avez racheté le monde.

Ensuite l'invocation au Saint-Esprit:

VENEZ, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.

VENi, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.

Après ces actes fondamentaux, on récitera l'Oraison Dominicale, demandant à Dieu qu'il daigne se souvenir de ses miséricordes, et pardonner nos offenses^ nous aider dans les tentations et dans les périls dont notre condition est semée, et enfin nous délivrer du mal,

Prière du Matin.

en effaçant en nous jusqu'aux dernières traces du péché qui est le mal de Dieu, et qui entraîne après lui le souverain mal de l'homme.

NOTRE Père qui êtes aux cieux, que votre Nom soit sanctifié ; que votre Règne arrive ; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien ; f.rrdonne^-nous nos offenses. comme nous pardonnons à •ceux qui nous ont offensés ; et ne nous laisse:; pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. Ainsi soit-il.

PATER noster, qui es in cœlis , sanctificetur Nomen tuum : adveniat regnum tuum : fiât voluntas tua sicut in cœlo, et in terra.

Panem nostrum quotidianum da nobis hodie : et dimitte nobis débita nostra. sicut et nos dimittimus debitoribus nostris : et ne nos inducas in tentationem : sed libéra nos a malo. Amen.

On adressera ensuite la Salutation Angélique à Marie, en lui rappelant avec amour et confiance qu'elle est le refuge assuré des pécheurs qui l'implorent.

JE vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.

Sainte Marie, Mère de Dieu, prie; pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il.

. VE Maria , gratia p^ plena , Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus fructus ventris tui. Jésus.

Sancta Maria, Mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostras. Amen.

Le Car crac.

Il faut réciter ensuite le Symbole de la F'oi qui contient les dogmes que nous devons croire, et en particulier celui qui doit remplir nos cœurs d'espérance, le dogme de la rémission des péchés. Animons-nous à mériter, par une sincère pénitence, que le Sauveur, après la sainte Quarantaine, nous dise à nous aussi ces paroles si douces au cœur de l'homme repentant: Aîle^, vos péchés vous sont remis.

CREDO in Deum, Patrem omnipotentem, creatorem cœli et terrœ.

El in Jcsum Christum Filiiim ejus unicum, Dominum nostrum : qui conceptus est de Spiritu Sancto : natus ex JNlaria Virgine, passus sub Pontio Pilato, crucifixus, mcrtuus et sepultus : descendit ad inferos, tertia die resurrexit a mortuis : ascendit ad cœlos. sedet ad dexteram Dei Patris omnipoîentis inde venlurus est judicare vives et morluos.

Credo in Spiritum Sancium, sanclam Ecclesiam Catholicam, Sanctorum communionem, remissioncm . peccatorum, Garnis resurrectionem. vitam œternam. Amen.

Après la Profession de Foi, on s'efforcera d'entrer dans les sentiments de regret et de

JE crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur? qui a été conçu du SaintEsprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous PoncePilate et a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers ; le troisième jour est ressuscité des morts ; est monté aux cieux et est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant ; d' où il viendra juger les vivants et les morts.

Je crois au Saint-Esprit, la sainte Eglise catholique, la communion des Saints, la rémission des réelles, la résurrection de la chair, la vie éternelle. Amen.

Prière du Matin.

componction au souvenir des péchés qu'on a commis, et l'on demandera au Seigneur les grâces particulières à ce saint temps, en récitant cette prière de l'Eglise, dans l'Office des Laudes du Carême :

JÉSUS, soleil de salut, répandez vos rayons au plus intime de notre âme, à cette heure où la nuit ayant disparu, le jour renait pour réjouir l'univers.

C'est vous qui donnez ce temps favorable : donneznous de laver dans l'eau de nos larmes la victime de notre cœur, et qu'elle devienne un holocauste offert par l'amour.

D'abondantes larmes couleront de la source même d'où sortit le péché, si la verge de la pénitence vient briser la dureté du cœur.

Le jour approche, ce jour qui est à vous, dans lequel tout doit refleurir ; que votre main nous remette dans la voie ; et nous aussi nous serons dans l'allégresse.

Que le monde entier s'humilie devant vous. 6 Trinité miséricordieuse ! Renouveleznous par votre grâce, et nous |

OSOL salutis, intimis, Jesu, refulge mentibus, Dum nocte puisa gratior Orbi dies renascitur.

Dans tempus acceptabile,

Da lacrymarum rivulis

Lavare cordis victimam,

Quamlaetaadurat charitas.

Quo fonte manavit

nefas. Fluent perennes lacrymœ, Si virga pœnilentiaj Cordis rigorem conterat.

Dies venit, dies tua, In qua retlorent omnia : Lastemur et nos, in viam Tua reducti dextera.

Te prona mundi machina, Clemens. adoret, Trinitas.

6o

vous chanterons un cantique nouveau. Amen.

Et nos novi per gratiam Novum canamus canticum. Amen.

Puis on confessera humblement ses péchés, en se servant pour cela de la formule générale usitée dans l'Eglise.

CONFITEOR Deo omnipotent!, beatas Mariae semper Virgini, beato Michaeli Archangelo, beato Johanni Baptistae, sanctis Apostolis Petro et Paulo, et omnibus Sanctis, quia peccavi nimis cogitatione, verbo, et opère : mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

Ideo precor beatam Mariam semper Virginem, beatum Michaelem Archangelum, beatum Johannem Baptistam , sanctos Apostolos Petrum et Paulum, et omnes Sanctos, orare pro me ad Dominum Deum nostrum.

Misereatur nostri oninipotens Deus, et dimissis peccatis nostris, perducat nos ad vitam œternam. Amen.

Indulgentiam, absolutionem, et remissionem peccatorum nostrorum tribuat nobis omnipotens et misericors Dominus. Amen.

JE confesse à Dieu tout-puissant, à la benheureuse Marie toujours Vierge, à saint Michel Archange, à saint Jean-Baptiste, auxApôtres saint Pierre et saint Paul, et à tous les Saints, que j'ai beaucoup péché, en pensées, en paroles et en œuvres : par ma faute, par ma faute, par ma très grande faute.

C'est pourquoi je supplie la bienheureuse Marie toujours Vierge, saint Michel Archange, saint Jean-Baptiste, les Apôtres saint Pierre et saint Paul, et tous les Saints, de prier pour moi le Seigneur notre Dieu.

Que le Dieu tout-puissant ait pitié de nous, qu'il nous pardonne nos péchés et nous conduise à la vie éternelle. Ainsi soit-il.

Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux nous accorde l'indulgence, l'absolution et la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il.

Prière du Matin.

6i

Ici, on pourra faire la Méditation, si l'on est dans l'usage de ce saint exercice. Elle doit principalement avoir pour objet, au temps du Carême, la justice de Dieu que nous avons bravée par nos péchés, sa souveraine sainteté qui a le mal en horreur; la conversion du cœur, la rupture des habitudes dangereuses, la réparation du péché que l'on a commis, la nécessité de l'expiation ; l'exemple que nous donne le Sauveur par son jeûne de quarante jours sur la montagne ; entin, et par-dessus tout, les souffrances de sa douloureuse Passion.

La Méditation étant achevée, et même dans le cas où l'on eût été empêché de la faire, on demandera à Dieu par les prières suivantes la grâce d'éviter toute sorte de péchés durant la "journée qui commence, disant toujours avec l'Eglise :

EIGNEUR, exaucez ma prière ;

Ep:. Et que mon cri vienne jusqu'à vous.

par^ Yy OMINE, exaudi '■ orationem

meam ;

^. Et clamor meus ad

te veniat.

Q EIGNEUR. Dieu tout-puissant, qui nous avez fait parvenir au commencement de ce jour, sauvez-nous aujourd'hui par votre puissance, afin que, durant le cours de cette journée, nous ne nous laissions aller à aucun péché ; mais que nos paroles, nos pensées et nos œuvres tendent toujours à l'accomplissement de votre

P) OMINE. Deus omnipo•- tens. qui ad principium hujus diei nos pervenire fecisti, tua nos hodie salva virtute, ut in hac die ad nuUum declinemus peccatum ; sed semper ad tuam justitiam faciendam nostra procédant eloquia, dirigantur cogitationes et opéra. Per Dominum nostrum Jeb2

sum Christum Filiiim tuum, qui tecum vivit et régnât in unitatc Spiritus Sancti Deus, per omnia SîEculasœculorum. Amen.

justice. Par notre Seij^neur Jésus-Christ, votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du SaintEsprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

On implorera ensuite le secours divin pour bien faire toutes les actions de la journée, disant trois fois :

EUS, in adjutorium meum intende.

E?. Domine, ad adjuvandiim me festina.

f. Deus, inadjutorium meum intende.

H|. Domine, ad adjuvandum me festina.

f. Deus, in adjutorium meum intende,

E?. Domine, ad adjuvandum me festina.

^ /~\ Dieu 1 venez à V-/ mon aide !

^. Seigneur, hâtez-vous de me secourir.

'f. O Dieu ! venez à mon aide !

"BJ,. Seigneur, hàtez-vous de me secourir.

f. O Dieu ! venez à mon aide !

B?. Seigneur, hâtez-vous de ' me secourir.

T\ IRIGERE et sanctificare, regere et gubernare dignare, Domine Deus, Rex cœli et terrae, hodic corda et corpora nostra, sensus, sermones et actus nostros, in lege tua, et in operibus mandatorum tuorum : ut hic et in œtcrnum, te auxiliante, salvi et liberi esse mereamur, Salvatormundi. Qui vivis et régnas in s.TCula snc'culorum. Amen.

DAIGNEZ, Seigneur Dieu, Roi du ciel et de la terre, diriger, sanctifier, conduire et gouverner, en ce jour, nos cœurs et nos corps, nos sentiments, nos discours et nos actes, selon votre loi et les œuvres de vos préceptes ; afin que, ici-bas et dans l'éternité, nous méritions, par votre secours, ô Sauveur du monde, d'être sauvés et affranchis. Vous qui vivez et régnez dans tous les siècles des siècles. Amen.

Prière du Soir

Dans le cours de la journée, il sera convenable de s'occuper des lectures qui sont assignées ci-après, au Propre du Temps et au Propre des Saints. Le soir étant arrivé, on pourra faire la Prière en la manière suivante :

Après le signe de la Croix, adorons la Majesté divine qui a daigné nous conserver pendant cette journée, et multiplier sur nous, à chaque heure, ses grâces et sa protection. On pourra réciter ensuite cette Hymne que TEfflise chante en Carême, à l'Office du soir:

Ç^ RÉATEUR plein de bonté, ^-^ daignez écouter les prières que nous vous offrons avec larmes, au milieu des jeûnes de cette sainte Quarantaine.

Vous qui scrutez le fond des coeurs, vous connaissez notre faiblesse : nous revenons à vous ; donnez-nous la grâce du pardon.

Nous avons beaucoup péché ; pardonnez-nous à cause de notre aveu : pour la gloire de votre Nom, apportez le remède à nos langueurs.

Faites que la résistance de notre corps soit abattue par

AVDi, bénigne Conditor, Nostras preces cum fleîibus In hoc sacro jejunio Fusas quadj-agenario.

Scrutator aime cordium. Infirma tu scis virium : Ad te reversis exhibe Remissionis gratiam.

Multum quidem peccavimus, Sed parce confitentibus : Ad Xominis laudem tui Confer medelam languidis.

Concède nostrum conteri

Corpus per abstincntiam; Culpae ut relinquant

pabulum Jejcna corda criminum.

Piœsta, beataTrinitas, Concède, simplexUnitas, Ut fructuosa sint tuis Jejuniorum munera.

Amen.

l'abstinence, et que notre cœur soumis à un jeûne spirituel ne se repaisse plus du péché.

Trinité bienheureuse, Unité parfaite, rendez profitable à vos fidèles le bienfait du

jeune. Amen.

Après cette Hymne, on récitera l'Oraison Dominicale, la Salutation Angélique et le Symbole des Apôtres, en la manière qui a été marquée ci-dessus pour la Prière du Matin,

On fera ensuite l'Examen de conscience, en repassant dans son esprit toutes les fautes de la journée, reconnaissant combien le péché nous rend indignes des desseins de Dieu sur nous, et prenant la résolution ferme de l'éviter à l'avenir, d'en faire pénitence et d'en fuir les occasions.

L'Examen étant terminé, on récitera le Confiteor avec une componction sincère, et on ajoutera un acte explicite de Contrition, pour lequel on pourra se servir de cette formule que nous empruntons à la Doctrine chrétienne ou Catéchisme du Vénérable Cardinal Bellarmin :

MON Dieu, je suis grandement affligé de vous avoir offensé, et je me repens de tout mon cœur de mes péchés : je les hais et les déteste au-dessus de tout autre mal, parce que, en péchant, non seulement j'ai perdu le Paradis et mérité l'Enfer, mais bien plus encore parce que je vous ai offensée. Bonté infinie, digne d'être aimée par-dessus toutes choses. Je fais un ferme propos de ne

Prière au Soir. 6 3

jamais plus vous offenser à l'avenir, moyennant votre divine grâce, et de fuir l'occasion du péché.

On pourra ajouter les Actes de Foi. d'Espérance et de Charité, à la récitation desquels Benoît XIV a attaché sept ans et sept quarantaines d'indulgence pour chaque fois.

ON Dieu, je crois fermement tout ce que la sainte Eglise Catholique-Apostolique-Romaine m'ordonne de croire, parce que vous le lui avez révélé, vous qui êtes la Vérité même.

ox Dieu, connaissant que vous êtes» tout-puissant, infiniment bon et miséricordieux, j'espère que, par les mérites de la Passion et de la mort de Jésus-Christ, notre Sauveur, vous me donnerez la vie éternelle que vous avez promise à quiconque fera les œuvres d'un bon Chrétien, comme je me propose de faire avec votre secours.

ON Dieu, connaissant que vous êtes le souverain Bien, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus toutes choses ; je suis disposé à tout perdre plutôt que de vous offenser ; et aussi, pour votre amour, j'aime et veux aimer mon prochain comme moi-même.

On s'adressera ensuite à la très sainte Vierge, récitant en son honneur l'Antienne que l'Eglise lui consacre depuis la fête de la Puriticanon jusqu'à Pâques.

SALUT, Reine des cieux ! I a ve Regina cœlorum. Salut , Souveraine des j\ Ave Domina AngeAnges! Salut, Tige féconde! J lorum :

Salve Radix, salve Porta, Ex qua mundo lux est

orta : Gaude, Virgo gloriosa, Super omnes speciosa : Vale, o valde décora, Et pro nobis Christum

exora.

^ . Dignare me laudare te, Virgo sacrata.

R). Da mihi virtutem contra hostes tuos.

Salut, Porte du ciel, par laquelle la lumière s'est levée sur le monde ! Jouissez de vos honneurs, ô Vierge glorieuse, qui l'emportez sur toutes en beauté ! Adieu, à toute belle, et implorez le Christ en notre faveur.

f. Souffrez, ô Vierge sainte, que je célèbre vos louanges.

fi). Donnez-moi courage contre vos ennemis.

DAIGNEZ, Ô Dieu jîlein de miséricorde 1 venir au secours de notre fragilité, afin que nous, qui célébrons la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions, à l'aide de son intercession, nous affranchir des liens de nos iniquités. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur. Amen.

II est convenable d'ajouter ici les Litanies de la sainte Vierge, à la récitation desquelles les Souverains Pontifes ont accordé trois cents jours d'indulgence pour chaque fois.

CONCEDE , misericors Deus, fragilitati nostras praesidium : ut, qui sanctas Dei Genitricis memoriam agimus, intercessionis ejus auxilio, a nostris iniquitatibus resurgamus. • Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

ir VRIE, eleison.

Christc, eleison. Kvrie, eleison. Cnriste, audi nos. Christe, exaudi nos. Pater de cœlis , Dei miserere nobis.

SEIGNEUR, ayez nous.

pitié de

Christ, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de'nous. Christ, écoutez-nous. Christ, exaucez-nous. Dieu Père, du haut des cieux, avez pitié de nous.

Prière du Soir.

Dieu Fils, Rédempteur du monde, ayez pitié de nous.

Dieu Saint=Esprit, ayez pitié de nous.

Trinité Sainte, un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Sainte Marie, priez pour, nous.

Sainte Mère de Dieu, priez, etc.

Sainte Vierge des vierges.

Mère du Christ.

Mère de la divine grâce.

Mère très pure.

Mère très chaste.

Mère inviolable.

Mère sans tache

Mère aimable

Mère admirable

Mère du bon conseil.

Mère du Créateur

Mère du Sauveur.

Vierge très prudente.

Vierge digne de tout hdnneur.

Vierge digne de toute louan.ge.

Vierge puissante.

Vierge clémente.

Vierge fidèle.

Miroir de justice.

Siège de la Sagesse.

Cause de notre joie.

Vase spirituel.

Vase honorable.

Vase insigne de dévotion.

Rose mystique.

Tour de David.

Tour d'ivoire. Maison d'or. Arche d'alliance. Porte du ciel.

Fili, Redemptor mundi.

Deus, miserere nobis. Spiritus Sancte, Deus,

miserere nobis. Sancta Trinita, unus

Deus, mirerere nobis. Sancta Maria, ora pro

nobis. Sancta Dei Gcnitrix,

ora, etc. Sancta Virgo virginum. Mater Christi. Mater divinae gratiae. Mater purissima. Mater castissima. Mater inviolata. Mater intemerata. Mater amabilis. Mater admirabilis. Mater boni consilii. Mater Creatorîs. Mater Salvatoris Virgo prudentissima. Virgo veneranda.

Virgo praedicanda.

Virgo potens. Virgo clemens. Virgo fidelis. Spéculum justitiaï. Sedes Sapientiae. Causa nostrae laetitiae. Vas spirituale. Vashonorabile. Vas insigne devotionis. Rosa mystica. Turris Davidica. Turris eburnea. Domus aurea. Fœderis arca. Janua cœli.

Le Caremt:.

Stella matutina.

Salus infirmorutn.

Pefugium peccatorum.

Consolatrix afllictorum,

AuxiliumChristianorum

Regina Angelorum.

Regina Patriarcharum.

Regina Prophetarum.

Regina Apostolorum.

Regina Martyrum.

Regina Confessorum.

Regina Virginum.

Regina Sanctorum omnium.

Regina sine labe originali concepta.

Regina sacratissimi Rosàrii.

Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, parce nobis, Domine.

Agnus Dei, qui vollis peccata mundi, exaudi nos, Domine.

Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

f. Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix.

îj. Ut digni efficiamur promissionibus Christi.

Etoiledu matin. Salut des infirmes. Refuge des pécheurs. Consolatrice des affligés. Secours des Chrétiens. Reine des Anges. Reine des Patriarches. Reine des Prophètes. Reine des Apôtres. Reine des Martyrs. Reine des Confesseurs. Reine des Vierges. Reine de tous les Saints.

Reine conçue sans la tache

originelle. Reine du très saint Rosaire.

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, pardonnez-nous. Seigneur.

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

f. Priez pour nous, sainte Mère de Dieu.

i\. Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de .lésus-Christ.

tue

ONCEDE nos famulos quacsumus Domine Deus, perpétua mentis et corporis sanitate gaudere : et gloriosa bcatœ Marias semper

>-^ accorder à

Dieu, daignez nous, vos serviteurs, la grâce de jouir constamment de la santé del'âme et du corps; et, par la glorieuse intercessioudela bienPrière du Soir.

6g

Virginis intercessione, a praesenti liherari tristitia. et jeterna perfrui Ijetitia. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

heureuse Marie toujours Vierge, délivrez-nous de la tristesse du temps présent, et faites-nous jouir de Téternelle félicité. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

On s'adressera ensuite aux saints Anges, dont la protection nous est si nécessaire à toute heure, et surtout au milieu des ténèbres de la nuit, en disant avec l'Eglise:

SAINTS Anges. nos gardiens, défendez-nous dans le combat, afin que nous ne périssions pas au jour du jugement redoutable.

f. Dieu a commandé à ses Anges.

^. De vous garder dans toutes vos voies.

SANCTI Angeli, custodes nostri, defendite nos in prjelio, ut non pereamus in tremendo judicio.

f. Angelis suis Deus mandavit de te,

B. Ut custodiant te in omnibus viis tuis.

o\.

Dieu

idence inetfable. aaiqui, par une prognez commettre vos saints Anges à notre garde, accordez à vos humbles serviteurs d'être sans cesse défendus par leur protection et de jouir éternellement de leur société. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Puis on implorera, toujours avec l'Eglise, le suffrage des Saints par la prière suivante :

omnes. intercedere dignemini pro

omniumque saEUS, qui inefifabili providentia sanctos Angelos tuos ad nostram custodiam mittere dignaris : largire supplicibus tuis. et eorum semper protectione defepdi, et aeterna socieiate gaudere. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Ant

AINTS de Dieu, daignez tous intercéder pour notre salut et celui de tous.

Ant.

nostra lute.

Le Caverne.

On pourra faire ici une mention spéciale des Saints auxquels on aurait une dévotion particulière, comme des saints Patrons et autres, et aussi de ceux dont l'Eglise fait l'Office ou la Mémoire ce jour-là.

Après quoi on s'occupera des besoins de l'Eglise souffrante, demandant à Dieu pour les âmes du Purgatoire un lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix, et récitant à cet effet les prières accoutumées.

PSAUME cxxix.

DE profundis clamavi ad te , Domine : Domine, exaudi vocem meam.

Fiant aures tuse intendentes : iu vocem deprecationis meae.

Si iniquitates observaveris, Domine : Domine, quis sustinebit ?

Quia apud te propitiatio est : et propter legem tuam sustinui te, Domine.

Sustinuit anima mca in verbo ejus : speravit anima mea in Domino.

A custodia matutina usque ad noctem : speret Israël in Domino.

Quia apud Dominum misericordia : et copiosa apud eum redemptio.

Et ipse redimet Israël: ex omnibus iniquitatibus ejus.

ippli Si V

Du fond de l'abîme j'ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix.

Que vos oreilles soient attentives aux accents de ma ication.

vous recherchez les iniquités, Seigneur : Seigneur, qui pourra subsister ?

Mais, parce que la miséricorde est avec vous, et à cause de votre loi, je vous ai attendu, Seigneur.

Mon âme a attendu avec confiance la parole du Seigneur ; mon ame a espéré en lui.

Du point du )our à l'arrivée de la nuit, Israël doit espérer dans le Seigneur.

Car dans le Seigneur est la miséricorde, et en lui une abondante rédemption.

Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.

Prière du Soir

Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;

Et que la lumière qui ne s'éteint pas luise sur eux.

f. Des portes de l'enfer,

f^. Arrachez leurs âmes. Seigneur.

f. Qu'ils reposent en paix.

^. Amen,

f. Seigneur, exaucez ma prière ;

^. Et que mon cri parvienne jusqu'à vous.

Requiem aefernam dona eis. Domine :

Et lux perpétua luceat eis.

f. A porta inferi.

^. Erue, Domine, animas eorum.

■f. Requiescant inpace.

^. Amen.

f. Domine, exaudi orationem meam ;

^. Et clamor meus ad te veniat.

ODiEU ! Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes la rémission de tous leurs péchés, afin que, par la prière de votre Eglise, elles obtiennent le pardon qu'elles désirèrent toujours ; vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.

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r ni

IDELIUM Deus omium Conditor et Redemptor. animabus famulorum famularumque l u a r u m. remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semyer optaverunt, piis suppiicationibus consequantur. Qui vivis et régnas in sœcula sœculorum. Amen.

C'est ici le lieu de prier en particulier pour les âmes des défunts qui nous intéressent spécialement ; après quoi on demandera à Dieu son secours pour traverser sans danger les périls de la nuit. On dira donc encore avec l'Eglise :

Ant C'*-^"^"ez-nous, SeiO gneur, durant la veille ; gardez-nous durant le sommeil : afin que nous puissions veiller avec JésusChrist, et que nous reposions dans la paix.

Ant.

De

omine, vigilantes ; custodi nos dormientes : ut vigilemus cum Christo. et requiescamus in pace.

f. Dignare, Domine, nocte ista,

Vf. Sine peccato nos custodire.

j^. Miserere nostri , Domine.

19. Miserere nostri.

f. Fiat misericordia tua. Domine, super nos,

fi). Quemadmodumsperavimus in te.

f. Domine, exaudi orationem meam ;

f^. Et clamor meus ad te veniat.

'j^. Daignez, Seigneur, durant cette nuit,

JEÇf. Nous préserver de tout péché.

j^. Ayez pitié de nous, Seigneur.

B?. Ayez pitié de nous.

f. Que votre miséricorde soit sur nous, Seigneur,

Vf. Dans la mesure que nous avons espéré en vous.

f. Seigneur, exaucez ma prière ;

^. Et que mon cri parvienne jusqu'à vous.

V mil

A, quassumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea, qui nos in pace custodiant, et beneaictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum. qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia srecula saeculorum. Amen.

Enfin, pour terminer la journée dans les sentiments avec lesquels on l'a commencée, on adressera encore au Seigneur les paroles du Roi-Prophète :

SERERE mei, Deus, secundum magnam misericordiam tuam.

VISITEZ, s'il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embiiches de l'ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu'ils nous y gardent dans la pdi>:, et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

AVKz pitié de moi, ô mon Dieu, selon votre grande

séricorde..

'^/ff

E chrétien, au temps du Carême, s'il sait entrer dans l'esprit de l'Eglise, voit croître en lui ce sen'timent de la crainte de Dieu qui, selon le Psalmiste, est le commencement de la sagesse. Le souvenir de ses péchés, la pratique des saintes rigueurs de la pénitence, l'exemple si éloquent d'un Dieu qui expie par le jeûne et dans le silence du désert nos prévarications, la prière continuelle de l'Eglise en faveur de ses enfants coupables : tout l'arrache à la mollesse dans laquelle il a trop longtemps vécu. Il lui faut donc un refuge, un secours puissant et salutaire qui ranime en son cœur cette espérance chrétienne, sans laquelle il ne peut èire enfant de Dieu. Il lui taut plus encore : il a besoin d'une Victime de propitiation qui apaise en sa faveur la colère céleste, d'un Sacrifice au

y 4 ^^ Carême.

t

moyen duquel il puisse désarmer ce bras redoutable qu'il sent levé contre ses iniquités. Cette Victime est prête, ce Sacrifice d'un mérite infini est mis à notre disposition. Bientôt nous célébrerons le douloureux anniversaire du jour auquel il fut oflcrt sur la croix; en attendant, il est chaque jour présenté à la Majesté divine, et c'est surtout en y prenant part que nous obtiendrons la régénération de nos âmes. Lors donc que nous voulons présenter à Dieu le sacrifice de notre cœur contrit et humilié , si nous voulons le rendre plus acceptable, approchons-nous de l'autel, et supplions la Victime qui s'y offre )our nous de joindre ses mérites infinis aux "aibles œuvres de notre pénitence. Quand nous sortirons de la maison de Dieu, le pc^ids de nos péchés sera déjà grandement allégé, la confiance en la divine miséricorde aora pris un nouvel accroissement, et l'an'iour, renouvelé par la componction, s'élèViera vers Dieu plus fort et plus sincère. / Nous allons maintenant essayer de réduire a la pratique ces sentiments dans une explication des mystères de la sainte Messe, nous efforçant d'initier les fidèles à ces divins secrets, non par une stérile et téméraire traduction des formules sacrées, mais au moyen d'actes destinés à mettre les assistants en rapport suffisant avec les paroles et les sentiments de l'Eglise et du Prêtre.

La couleur violette, les rites sévères que nous avons exposés plus haut, donnent au saint Sacrifice, durant le Carême, une teinte de tristesse qui s'harmonise avec les sentiments de cette saison mystérieuse. TouteLa Messe.

fois, s'il se rencontre, hors le Dimanche, quelque fête en l'honneur des Saints, l'Eglise la célèbre encore, à moins que l'on ne soit déjà entré dans la Semaine sainte. En ces jours consacrés à la mémoire des amis de Dieu, elle dépose pour un moment ses habits de deuil, et offre le Sacrifice en leur honneur.

Le Dimanche, si la Messe à laquelle on assiste est paroissiale, deux rites solennels, l'Aspersion de l'eau bénite, et, en beaucoup d'Eglises, la Procession, devront d'abord intéresser la piété.

Pendant l'Aspersion, nous demanderons avec David, dont l'Eglise emprunte les paroles, que nos âmes, purifiées par 1 'hysope de l'humilité, redeviennent plus blanches que la neige.

ous m'arroserez. Seigneur, avec l'hysope, et )e serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.

Ps. O Dieu, ayez pitié de moi. selon votre grande miséricorde. Gloire au Père. Vous m'arroserez.

'^. Montrez-nous . Seigneur, votre miséricorde ;

^ Et donnez-nous le Salut que vous nous avez préparé.

f. Seigneur, exaucez ma prière ;

Bft. Et que mon cri monte jusqu'à vous.

ASPERGES me. Domine, hyssopo, et mundabor : lavabis me, et super nivem dealbabor.

Ps. Miserere mei , Deus, secundum magnam m isericordiam tuam . Gloria Patri. Asperges me.

f. Ostende nobis, Domine , misericordiam tuam ;

^. Et Salutare tuum da nobis.

f. Domine, exaudi orationem meam ;

h. Et clamor meus ad te veniat.

t. Dominus vobis- I f. Le Seigneur soit avec cum ; I vous ;

h|. Et cum spiritu tuo. | ^. Et avec votre esprit.

EXAUDI nos, Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Dcus : et mittere digncris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui custodiat, foveat, protegat, visitet, atque defcndat omnes habitantes in hoc habitaculo. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

EXAUCEZ-NOUS , Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, et daignez envoyer du ciel votre saint Ange qui garde, protège, visite et défende tous ceux qui sont rassemblés en ce lieu. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

La Procession qui précède la iMesse nous montre l'Eglise qui se met en marche pour aller au-devant du Seigneur. Suivons-la avec empressement, et souvenons-nous qu'il est écrit que le Seigneur est plein de bonté pour l'âme qui le cherche sincèrement '.

Enfin le moment du Sacrifice est arrivé. Le Prêtre est au pied de l'autel, Dieu est attentif, les Anges adorent, toute l'Eglise est unie au Prêtre qui n'a qu'un même sacerdoce, une même action avec Jésus-Christ, le souverain Prêtre. Faisons avec lui le signe de la Croix.

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