L'Année liturgique — Le Carême (t. 5) (page 6)
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foi de plusieurs, dans les suprêmes épreuves de l'Eglise; daignez, par votre bras puissant, protéger les débris de cette famille qui vous nomrne encore son Père. Relevez-la, multipliez-la, sanctifiez-la; faites fleurir chez elle l'esprit c)ue vous avez déposé dans votre Règle sainte, et montrez par vos œuvres que vous êtes toujours le béni du Seigneur.
Soutenez la sainte Eglise par votre intercession puissante, ô Benoît ! Assistez le Siège Apostolique, si souvent occupé par vos enfants. Père de tant de Pasteurs des peuples, obtenez-nous des Evoques semblables à ceux que votre Règle a formés. Père de tant d'A- pôtres, demandez pour les pays infidèles des envoyés évangéliques qui triomphent par le sang et par la parole, comme ceux qui sortirent de vos cloîtres. Père de tant de Docteurs, priez, afin que la science des saintes lettres renaisse pour le secours de rPIglisc et pour la confusion de l'erreur. Père de'tant d'Ascètes sublimes, réchauftez le zèle de la perfection chrétienne, qui languit au sein de nos chrétientés modernes. Patriarche de la Religion dans l'Occident, vivifiez tous les Ordres Religieux que l'Esprit-Saint a donnés successivement à l'Eglise; tous vous regardent avec respect comme un ancêtre vénérable ; répandez sur eux tous l'influence de votre paternelle charité.
Enfin, 6 Benoît, ami de Dieu, priez poiir les fidèles du Christ, en ces jours consacrés aux sentiments et aux œuvres de la pénitence. C'est du sein même de la sainte Quarantaine que vous vous êtes élancé vers le séjour des joies éternelles : soyez propice aux
Saint Benoît, Abbé. 587
chrétiens qui combattent en ce moment dans cette même arène. Elevez leur courage par vos exemples et par vos préceptes; qu'ils apprennent de vous à dompter la chair, à la soumettre à l'esprit; qu'ils recherchent comme vous la retraite, pour y méditer les années éternelles ; qu'ils détachent leur cœur et leurs pensées des joies fugitives du monde. La piété catholique vous invoque comme l'un des patrons et des modèles du chrétien mourant ; elle se souvient du spectacle sublime qu'offrit votre trépas, lorsque debout au pied de l'autel, soutenu sur les bras de vos disciples, touchant à peine la terre de vos pieds, vous rendîtes votre âme à son Créateur, dans la soumission et la confiance ; obtenez-nous, ô Benoît, une mort courageuse et tranquille comme la votre. Ecartez de nous, à ce moment suprême, toutes les embûches de l'ennemi; visiteznous par votre présence, et ne nous quittez pas q^ue nous n'ayons exhalé notre âme dans le sem du Dieu qui vous a couronné.
|ette journée est grande dans les annales de l'humanité ; elle est grande aux yeux même de Dieu : car elle est l'anniversaire du plus solennel événement oui se soit accompli dans le temps. Aujourd nui, le Verbe divin, par lequel le Père a créé le monde, s'est fait chair au sein d'une Vierge, et il a habité parmi nous^. Suspendons en ce jour nos saintes tristesses ; et en adorant les grandeurs du Fils de Dieu qui s'abaisse, rendons grâces au Père qui a aimé le monde jusqu'à lui donner son Fils unique 2, et au Saint-Esprit dont la vertu toute-puissante opère un si profond mystère. Au sein même de l'austère Quarantaine, voici que nous préludons aux joies ineffables de la fête de Noël; encore neuf
L' A }znon dation de la Tr. Sainte Vierge. 58g
mois, et notre Emmanuel conçu en ce jour naîtra dans Bethléhem, et les concerts des Anges nous convieront à venir saluer sa naissance fortunée.
Dans la semaine de la Septuagésime,' nous avons contemplé avec terreur la chute de nos premiers parents ; nous avons entendu la voix de Dieu dénonçant la triple sentence, contre le serpent, contre la femme, et enfin contre l'homme. Nos cœurs ont été glacés d'effroi au bruit de cette malédiction dont les effets sont arrivés sur nous, et doivent se faire sentir jusqu'au dernier jour du monde. Cependant une espérance s'est fait jour dans notre âme ; du milieu des anathèmes, une promesse divine a brillé tout à coup comme une lueur de salut. Notre oreille a entendu le Seigneur irrité dire au serpept infernal qu'un jour sa tête altière serait brisée, et que le pied d'une femme lui porterait ce coup terrible.
Le moment est venu où le Seigneur va remplir l'antique promesse. Durant quatre mille ans, le monde en attendit l'effet; malgré ses ténèbres et ses crimes, cette espérance ne s'éteignit pas dans son sein. Dans le cours des siècles, la divine miséricorde a multiplié les miracles, les prophéties, les figures, pour rappeler l'engagement qu'elle daigna prendre avec l'homme. Le sang du Messie a passé d'Adam à Noé ; de Sem à Abraham, Isaac et Jacob ; de David et Salomon à Joachim ; il coule maintenant dans les veines de Marie, lille de Joachim. Marie est cette femme par qui doit être levée la malédiction qui pèse sur notre race. Le Sei'ço Le Carême.
gneur, en la décrétant immaculée, a constitué une irréconciliable inimitié entre elle et le serpent ; et c'est aujourd'hui que cette fille d'Eve va réparer la chute de sa mère, relever son sexe de l'abaissement dans lequel il était plongé, et coopérer directement et efficacement à la victoire que le Fils de Dieu vient remporter en personne sur l'ennemi de sa gloire et du genre humain,
La tradition apostolique a signalé à la sainte Eglise le vmgt-cinq mars, comme le jour qui vit s'accomplir l'auguste mystère i. Ce fut à l'heure de minuit que la très pure Marie, seule, et dans le recueillement de la prière, vit apparaître devant elle le radieux Archange descendu du ciel pour venir recevoir son consentement, au nom de la glorieuse Trinité. Assistons à l'entrevue de l'Ange et de la Vierge, et reportons en même temps notre pensée aux premiers jours du monde. Un saint Evoque martyr du ii' siècle, fidèle écho de l'enseignement des Apôtres, saint Irénée, nous a appris à rapprocher cette grande scène de celle qui eut lieu sous les ombrages d'Eden 2.
Dans le jardin des délices, c'est une vierge qui se trouve en présence d'un ange, et un colloque s'établit entre l'ange et la vierge. A Nazareth, une vierge est aussi interpellée par un ange, et un dialogue s'établit entre eux; mais l'ange du Para'dis terrestre est un esprit de ténèores, et celui de Nazareth est un esprit de lumière. Dans les deux rcnconI. AuGUST. de Trinitate. Lib. IV, cap. v. —
2. Adv. hœres. Lib. V, cap. xix.
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très, c'est l'ange qui prend le premier la parole. « Pourquoi, dit l'esprit maudit à la pre« mière femme, pourquoi Dieu vous a-t-il « commandé de ne pas manger du fruit de « tous les arbres de ce jardin ? » On sent déjà dans cette demande impatiente la provocation au mal, le mépris, la haine envers la faible créature dans laquelle Satan poursuit l'image de Dieu.
Voyez au contraire l'ange de lumière : avec quelle douceur, quelle paix, il approche de la nouvelle Eve, avec quel respect il s'incline devant cette tille des hommes ! « Salut, « ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec « vous ; vous êtes bénie entre les femmes. » Qui ne reconnaît l'accent céleste dans ces paroles où tout respire la dignité et la paix! Mais continuons de suivre le mystérieux parallèle.
La femme d'Eden, dans son imprudence, écoute la voix du séducteur; elle s'empresse de répondre. Sa curiosité l'engage dans une conversation avec celui qui Tinvite à scruter les décrets de Dieu. Elle n'a pas de détiance à l'égard du serpent qui lui parle ; tout à l'heure, elle se défiera de Dieu même.
Marie a entendu les paroles de Gabriel ; mais cette Vierge très prudente, comme parle l'Eglise, demeure dans le silence. Elle se demande d'où peuvent venir ces éloges dont elle est l'objet. La plus pure, la plus humble des vierges craint la flatterie ; et l'envoyé céleste n'obtiendra pas d'elle une parole qu'il n'ait éclairci sa mission par la suite de son discours. « Ne craignez pas, 6 « Marie, dit-il à la nouvelle Eve"; car vous
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« avez trouvé grâce devant le Seigneur. Voici « que vous concevrez et enfanterez un tils,
X et vous l'appellerez Jésus. Il sera grand, et
(( il sera appelé le Fils du Très-Haut; et le u Seigneur lui donnera le trône de David son « père; il régnera sur la maison de Jacob à « jamais, et son règne n'aura pas de tin. »
Quelles magnifiques promesses descendues du ciel, de la part de Dieu! quel objet plus digne de la noble ambition d'une fille de Juda, qui sait de quelle gloire doit être entourée l'heureuse mère du Messie ? Cependant, Marie n'est pas tentée par tant d'honneur. Elle a pour jamais consacré sa virginité au Seigneur, afin de lui être plus étroitement unie par l'amour; la aestinée la plus glorieuse qu'elle ne pourrait obtenir gu'en violant ce pacte sacré, ne saurait émouvoir son àme. « Comment cela pour« rait-il se faire, répond-elle à l'Ange, puisse que je ne connais pas d'homme ? »
La première Eve ne montre pas ce calme, ce désintéressement. A peine l'angie pervers lui a-t-il assuré qu'elle peut violer, sans crainte de mourir, le commandement de son divin bienfaiteur, que le prix de sa désobéissance sera d'entrer par la science en participation de la divinité même : tout aussitôt, elle est subjuguée. L'amour d'ellemême lui a fait oublier en un instant le devoir et la reconnaissance; elle est heureuse de se voir aflranchie au plus tôt de ce double lien qui lui pèse.
Telle se montre cette femme qui nous a perdus; mais combien différente nous apparaît cette autre femme qui devait nous sauL'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge. 5g3
ver ! La première, cruelle à sa postérité, se préoccupe uniquement d'elle-même; la seconde s'oublie, pour ne songer qu'aux droits de Dieu sur elle. L"Ange, ravi de cette sublime fidélité, achève de lui dévoiler le plan divin. « L'Esprit-Saint, lui dit-il, sut« viendra en vous ; la Vertu du Très-Haut « vous couvrira de son ombre; et c'est pour « cela que ce qui naîtra de vous sera appelé « le Fils de Dieu. Elisabeth votre cousine a (i conçu un fils, malgré sa vieillesse : celle qui « fut stérile est arrivée déjà à son sixième mois ; « car rien n'est impossible à Dieu, d L'Ange, arrête ici son discours, et il attend dans le silence la résolution de la vierge de Nazareth.
Reportons nos regards sur la vierge d'Eden. A peine l'esprit infernal a-t-il cessé de parler, qu'elle jette un œil de convoitise sur le fruit défendu; elle aspire à l'indépendance dont ce fruit si délectable va la mettre en possession. Sa main désobéissante s'avance pour le cueillir ; elle le saisit, elle le porte avidement à sa bouche, et au même instant la mort prend possession d'elle : mort de l'âme par le péché qui éteint la lumière de vie; mort du corps qui, séparé du principe d'immortalité, devient désormais un objet de honte et de confusion, en attendant qu'il tombe en poussière.
Mais détournons nos yeux de ce triste spectacle, et revenons à Nazareth. Marie a recueilli les dernières paroles de l'Ange; la volonté du ciel est manifeste pour elle. Cette volonté lui est glorieuse et fortunée : elle l'assure que l'ineffable bonheur de se sentir Mère d'un Dieu lui est réservé, à elle humble
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tille de l'homme, et que la fleur de virginité lui sera conservée. En présence de cette volonté souveraine, Marie s'incline dans une parfaite obéissance, et dit au céleste envoyé : « Voici la servante du Seigneur; qu'il me « soit fait selon votre parole. »
Ainsi, selon la remarque de notre grand saint Irénée, répétée par toute la tradition chrétienne, l'obéissance de la seconde femme répare la désobéissance de la première; car la Vierge de Nazareth n'a pas plus tôt dit : Qu'il me soit fait ^ fiât, que le Fils éternel de Dieu qui, selon le décret divin, attendait c(?tte parole, se rend présent, par l'opération de l'Esprit-Saint, dans le chaste sein de Marie, et vient y commencer une vie humaine. Une Vierge devient Mère, et la Mère d'un Dieu ; et c'est l'acquiescement de cette Vierge à la souveraine volonté qui la rend féconde, par l'ineffable vertu de l'EspritSaint. Mystère sublime qui établit des relations de tils et de mère entre le Verbe éternel et une simple femme ; qui fournit au Tout-Puissant un moyen digne de lui d'assurer son triomphe contre l'esprit infernal, dont l'audace et la perfidie semblaient avoir prévalu jusqu'alors contre le plan divin !
Jamais défaite ne fut plus humiliante et plus complète que celle de Satan, en ce jour. Le pied de la femme, de cette humble créature qui lui offrit une victoire si facile, ce pied vainqueur, il le sent maintenant peser de tout son poids sur sa léte orgueilleuse qui en est brisée. Eve se relève dans son heureuse fille pour écraser le serpent. Dieu
V Annonciation de la Tr. Sainte Vierge. 5g5 n'a pas choisi l'homme pour cette vengeance : l'humiliation de Satan n'eût pas été assez profonde. C'est la première proie de l'enfer, sa victime la plus faible, la plus désarmée, que le Seigneur dirige contre cet ennemi. Pour prix d'un si haut triomphe, une femme dominera désormais non seulement sur les anges rebelles, mais sur toute la race humaine ; bien plus, sur toutes les hiérarchies des Esprits célestes. Du haut de son trône sublime, Marie Mère de Dieu plane au-dessus de toute la création. Au fond des abîmes infernaux Satan rugira d'un désespoir éternel, en songeant au malheur qu'il eut de diriger ses premières attaques contre un être fragile et crédule que Dieu a si magnifiquement vengé ; et dans les hauteurs du ciel, les Chériibins et les Séraphins lèveront timidement leurs regards éblouis vers Marie, ambitionneront son sourire, et se feront gloire d'exécuter les moindres désirs de cette f'emme, la Mère du grand Dieu et la sœur des hommes.
C'est pourquoi nous, enfants de la race humaine, arrachés à la dent du serpent infernal par l'obéissance de Marie, nous saluons aujourd'hui l'aurore de notre délivrance. Empruntant les paroles du cantique de Debbora, où cette femme, type de Marie victorieuse, chante son triomphe sur les ennemis du peuple saint, nous disons : « La « race des forts avait disparu d'Israël, jus« qu'au jour où s'éleva Debbora, où parut « celle qui est la mère dans Israël. Le Sei« gneur a inauguré un nouveau genre de « combat; il a "forcé les portes de son en5()6 L'A nnonciation de la Tr. Sainte Vierge.
« nemi i. » Prêtons l'oreille, et entendons encore, à travers les siècles, cette autre femme victorieuse, Judith. Elle chante à son tour : « Célébrez le Seigneur notre Dieu, « qui n'abandonne pas ceux qui espèrent (i en lui. C'est en moi, sa servante, qu'il a « accompli la miséricorde promise à la « maison d'Israël; c'est par ma main au'il a H immolé, cette nuit même, l'ennemi de son « peuple. Le Seigneur tout-puissant a frappé (( cet ennemi ; il l'a livré aux mains d'une « femme, et il l'a percé de son glaive 2. »
LORSQUE la fête de l'Annonciation tombe un autre jour que le lundi, les premières Vêpres de cette solennité sont célébrées avant midi, selon l'usage du Carême dans les jours de jeûne; mais si la fête arrive le lundi, cet Office se célèbre à l'heure ordinaire des Vêpres, et l'on fait seulement commémoration du Dimanche, par l'Antienne de Magnificat et par l'Oraison.
L'Office des premières Vêpres est toujours comme l'ouverture de la fête; et l'Eglise aujourd'hui emprunte la matière de ses chants au récit de l'Evangéliste qui nous a transmis le sublime dialogue de l'Ange et de la Vierge. Les Psaumes sont ceux que la tradition chrétienne a consacrés à la céléJuDic. V, 7, 8. — 2. Judith, xni, 17, 18; xvi, 7.
Aux Premières Vêpres.
bration des grandeurs de Marie, et dont nous avons ailleurs expliqué l'intention.
I. Ant.
Gabriel Angélus ad Mariam Virginem desponsatara Joseph.
Psaume cix. Dixit Dominus, page 122.
2. Ant. Je vous salue ,
Marie, pleine de grâce; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes.
2. Ant. Ave, Maria, gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus.
Psaume cxn. Laudate pueri, page 126.
3. Ant. Ne craignez point,
Marie ; car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur ; voici que vous concevrez et enfanterez un fils.
3. Ant. Ne timeas,
Maria ; invenisti gratiam apud Dominum : ecce concipies , et paries filium.
JE me suis réjoui quand on m'a dit : Nous irons vers Marie, la maison du Seigneur.
Nos pieds se sont fixés dans tes parvis, ô Jérusalem ! nos cœurs dans votre amour, 6 Marie !
Marie semblable à Jérusalem, est bâtie comme une Cité : tous ceux qui habitent dans son amour sont unis et liés ensemble.
C'est en elle que se sont donné rendez-vous les tribus du Seigneur, selon l'ordre
L.ETATUS sum in his quae dicta sunt mihi : * In domum Domini ibimus.
Stantes erant pedes nostri : * in atriis tuis, Jérusalem.
Jérusalem quae aedificatur ut civitas : * cujus participatio ejus in idipsum.
Illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini : * testimonium Israël ad
5g8 L'A nnonciation de la Tr. Sainte Vierge.
confitendum Nomini Domini.
Quia illic sederunt sedes in judicio : * sedes super domum David.
Rogate quae ad pacem sunt Jérusalem : * et abundantia diligentibus te,
Fiat pax in virtute tua : * et abundantia in turribus tuis.
Propter fratres meos et proximos meos : * loquebar pacem de te.
Propter domum Domini Dei nostri : * quaesivi bona tibi.
4. Ant. Dabit ei Dominus sedem David paIris ejus, et regnabit in aeternum.
qu'il en a donné à Israël, pour y louer le Nom du Seigneur.
Là, sont dressés les sièges de la justice, les trônes de la maison de David ; et Marie est la fille des Rois.
Demandez à Dieu, par Marie, la paix pour Jérusalem : que tous les biens soient pour ceux qui t'aiment. 6 Eglise !
Voix de Marie : Que la paix règne sur tes remparts, o nouvelle Sion ! et l'abondance dans tes forteresses.
Moi, la fille d'Israël, je prononce sur toi des paroles de paix, à cause de mes frères et de mes amis qui sont au milieu de toi.
Parce que tu es la maison du Seigneur notre Dieu, j'ai appelé sur toi tous les biens.
4. Ant. Le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; et il régnera éternellement.
Nisi Dominus aedificaverit domum : * in vanum laboraverunt qui aedificant eam.
Nisi Dominus custodierit civitatem : * frustra vigilat qui custodit eam.
Vanum est vobis ante hicem surgere : * surgite postquam sederitis, qui
SI le Seigneur ne bâtit la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent.
Si le Seigneur ne garde la cité, inutilement veilleront ses gardiens.
En vain vous vous lèverez avant le jour : levez-vous après le repos, vous qui manAux Premières Vêpres.
gez le pain de la douleur.
Le Seigneur aura donné un sommeil tranquille à ceux qu'il aime : des fils, voilà l'héritage que le Seigneur leur destine : le fruit des entrailles, voilà leur récompense.
Comme des flèches dans une main puissante, ainsi seront les fils de ceux que l'on opprime.
Heureux l'homme qui en a rempli son désir ! il ne sera pas confondu, quand il parlera à ses ennemis aux portes de la ville.
5. Ant. "Voici la ser\-ante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole.
manducatis panem doloris.
Cum dederit dilectis suis somnum : * ecce haereditas Domini, filii, raerces, fructus ventris.
Sicut sagittae in manu potentis : * ita filii excussorum.
Beatus vir, qui implevit desiderium suum ex ipsis : * non confundetur cum loquetur inimicis suis in porta.
5. Ant. Ecce ancilla
Domini : fiât mihi secundum verbum tuum.
MARIE, vraie Jérusalem, chantez le Seigneur ; Marie, sainte Sion, chantez votre Dieu.
C'est lui qui fortifie contre le péché les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus, le Pain de vie.
Il envoie par vous son Verbe à la terre ; sa parole parcourt le monde avec rapidité.
Il donne la neige comme
LAUDA, Jérusalem, Dominum *
lauda Deum tuum, Sion.
Quoniam confortavit seras portarum tuarum : * benedixit filiis tuis in te.
Qui posuit fines tuos pacem : * et adipe frumenti satiat te.
Qui emittit eloquium suum terrae : * velociter currit sermo ejus.
Qui dat nivem sicut
6oo L'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge.
lanam : * nebulam sicut cinerem spargit.
Mittit crystallumsuam sicut buccellas : *ante faciem frigoris ejus quis sustincbit ?
Emittet Verbum suum, et liquefaciet ea : * flabit Spiritus ejus, et fluent aquae.
Qui annuntiat Verbum suum Jacob : * justitias, et judicia sua Israël.
Non fecit taliter omni nationi : * et judicia sua non manifestavit eis.
des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?
Mais bientôt il envoie son Verbe en Marie, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l'Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.
Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.
Jusqu'aux jours où nous sommes, il n'avait point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur avait pas manifesté ses décrets.
ECCE virgo concipiet et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel. Butyrum et mel comedet, ut sciât reprobare malum, et cligcre bonum.
VOICI qu une vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. Il mangera le laitage et le miel, avant d'arriver à l'âge où l'enfant sait rejeter le mal et choisir le bien.
AVE maris Stella, Dei Mater aima, Atque semper Virgo, Félix cœli porta.
Sumens illud Ave Gabrielis ore,
SALUT, astre des mers. Mère de Dieu fécond< Salut, ô toujours Vierge, Porte heureuse du ciel !
Vous qui de Gabriel Avez reçu l'Ave,
Aux Premières Vêpres. 601
Fondez-nous dans la paix. Changeant le nom d'Eva.
Funda nos in pace, Mutans Evae nomen.
Délivrez les captifs, Eclairez les aveugles. Chassez loin tous nos maux, Demandez tous les biens.
Solve vincla reis, Profer lumen caecis, Mala nostra pelle, Bona cuncta posce.
Montrez en vous la Mère, Vous-même offrez nos vœux Au Dieu qui, né pour nous, Voulut naître de vous.
Monstra te esse Matrem. Sumat per te preces Qui pro nobis natus, Tulit esse tuus.
0 Vierge incomparable.
Vierge douce entre toutes ! Affranchis du péché, Rendez-nous doux et chastes.
Virgo singularis, Inter omnes mitis : Nos culpis solutos, Mites fac et castos.
Donnez vie innocente Et sûr pèlerinage, Pour qu'un jour soit Jésus Notre liesse à tous.
Vitam praesta puram, Iter para tutum. Ut videntes Jesum, Semper coUaetemur.
Louange à Dieu le Père, Gloire au Christ souverain ; Louange au Saint-Esprit ; Aux trois un seul hommage. Amen.
Sit laus Deo Patri, Summo Christo decus, Spiritui Sancto, Tribus honor unus. Amen.
f. Salut, Marie, pleine de grâce
B?. Le beigneur est avec vous.
y. Ave. Maria, gratia plena. B. Dominus tecum.
Vfagnificat.
T 'Esprit-Saint descendra
6 02 L'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge.
DEUS, qui de beatœ Mariae Virginis utero, Verbum tuum, Angelo nuntiante, carnem suscipere voluisti : praesta supplicibus tuis ; ut qui vere eatn Genitricem Dei credimus, ejus apud te intercessionibus adjuvemur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
ODiEU, qui avez voulu que votre Verbe prît chair, à la parole de l'Ange, du sein de la bienheureuse Vierge Marie ; accordez à la prière de vos serviteurs que nous, qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons secourus auprès de vous par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
LA sainte Eglise emprunte la plus grande partie des chants du Sacrifice au sublime épithalame dans lequel le Roi-Prophète célèbre l'union de l'Epoux et de l'Epouse. A l'Introït, elle salue en Marie la Reine du genre humain, devant laquelle toute créature doit s'incliner. La virginité a préparé en Marie la Mère d'un Dieu; cette vertu sera imitée dans l'Eglise; et chaque génération enfantera de nombreux essaims de vierges, qui marcheront sur les traces de celle qui est leur mère et leur modèle.
TULTUM tuum deprecabuntur omnes divites plebis : adducentur Régi virgines post eam : proximac ejus adducentur tibi in laetitia et exsultatione.
Vous les puissants de la terre imploreront votre regard. A votre suite viendront des chœurs de vierges, vos compagnes ; elles seront présentées au Roi dans la joie et l'allégresse.
A la Messe.
6o3
Ps. Eructa vit cor meum verbum bonum : dico ego opéra mea Régi. Gloria. Vultum tuum.
Ps. Mon cœur éclate en un cantique excellent ; c'est à la gloire du Roi que je consacre mon œuvre. Gloire au Père. Tous les puissants.
Dans la Collecte, l'Eglise se glorifie de sa foi dans la maternité divine, et réclame, à ce titre, l'intercession toute-puissante de Marie auprès de Dieu. Ce do^me fondé sur le fait qui s'accomplit aujourd nui est la base de notre croyance, le fondement du divin mvstère de l'Incarnation.
ODiEU. qui avez voulu que votre \"erbe prît chair, à la parole de l'Ange, du sein de la bienheureuse Vierge Marie ; accordez à la prière de vos serviteurs que nous, qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons secourus auprès de vous par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
DEUS, qui de beatae Slariae Virginis utero, Verbum tuum, Angelo nuntiante. carnem suscipere voluisti : praesta supplicibus tuis ; ut qui vere eam Genitricem Dei credimus, ejus apud te intercessionibus adjuvemur. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
On fait ensuite mémoire du Carême par la Collecte du jour.
Lecture du Prophète Isaïe.
EN ces jours-là, le Seigneur parla à Achaz . et lui dit : Demande au Seigneur ton Dieu un prodige au fond de la terre, ou au plus haut du ciel. Et Achaz dit : Je
Lectio I.saiae Prophetae.
IN diebus illis : Locutus est Dominus ad Achaz. dicens : Pete tibi signum a Domino Deo tuo, in profundum inferni, sive in excelsum su6 04 L'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge.
pra. Et dixit Achaz : Non petam, et non tentabo Dominum. Et dixit : Aiidite crgo domus David • Numquid parum vobis est, molestos esse hominibus, quia molesti esiis et Deo meo ? Propter hoc dabit Dominus ipse vobis signum. Ecce Virgo concipiet, et pariet filium : et vocabitur nomen ejus Emmanuel. Butyrum et mel comedet, ut sciât reprobare malum et eligere bonum.
n'en demanderai point, et ne tenterai point le Seigneur. Et Isaïe dit : Ecoutez donc, maison de David : Est-ce peu pour vous de lasser la patience des hommes, qu'il vous faille lasser aussi celle de mon Dieu ? C'est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe : Voici qu'une Vierge concevra, et elle enfantera un fils ?ui sera appelé Emmanuel.
1 mangera le laitage et le miel, avant d'arriver à l'âge où l'enfant sait rejeter le mal et choisir le bien.
C'est en parlant à un roi impie qui refusait un prodige que Dieu daignait lui oftrir, en signe de sa miséricordieuse protection sur Jérusalem, que le Prophète annonce à Juda la sublime merveille qui s'accomplit aujourd'hui : Une vierge concevra et enfantera un fils. C'est dans un siècle où le genre humain semblait avoir comblé la mesure de tous ses crimes, où le polythéisme et la plus affreuse dépravation régnaient par toute la terre, que le Seigneur réalise ce prodige. La plénitude des temps est arrivée ; et cette antique tradition qui a fait le tour du monde : ou'une Vierge deviendrait mère, se réveille dans le souvenir des peuples. En ce jour où un si profond mystère s'est accompli, révérons la puissance du Seigneur, et sa fidélité à ses promesses. L'auteur des lois de la nature les suspend pour agir luimême ; la virginité et la maternité s'unissent dans une même créature : c'est qu'un Dieu
A la Messe. 60 5
va naître. Une Vierge ne pouvait enfanter qu'un Dieu : c'est pourquoi le fils de Marie aura nom Emmanuel, Dieu avec nous.
Adorons dans son intirmité volontaire le Dieu créateur du monde visible et invisible, qui veut désormais que toute créature confesse non seulement sa grandeur infinie, mais encore la vérité de cette nature humaine qu'il daigne prendre pour nous sauver. A partir de cette heure, il est bien le Fils de VHomme : neuf mois il habitera le sein maternel, comme les autres enfants ; comme eux après sa naissance, il goûtera le lait et le miel, et sanctifiera tous les états de l'humanité ; car il est l'homme nouveau qui a daigné descendre du ciel pour relever l'ancien. Sans rien perdre de sa divinité, il vient subir toutes les conditions de notre être infirme et borné, afin de nous rendre à son tour participants de la nature divine 1.
Dans le Graduel, l'Eglise chante avec David la beauté de l'Emmanuel, son règne et la force de son bras ; car il vient dans l'humilité pour se relever dans la gloire : il descend pour combattre et pour triompher.
LA grâce est répandue sur vos lèvres ; c'est pourquoi Dieu vous a béni pour l'éternité.
y. Vous régnerez par la vérité, par la mansuétude et la justice ; et votre bras acDIFFUSA est gratia m labiis tuis ; propterea benedixit te Deus in asternum.
f. Propter veritatem, et mansuetudinem , et justitiam ; et deducet te
6o6 ^Annonciation de la Tr. Sainte Vierge.
mirabiliter dextcra tua. 1 complira des prodiges adI mirables.
L'Eglise continue d'employer le même cantique dans le Trait, mais c'est pour célébrer les grandeurs de Marie, Vierge et Mère. L'Esprit-Saint l'a aimée pour son incomparable beauté : aujourd'hui il la couvre de son ombre, et elle conçoit divinement. Quelle gloire est comparable à celle de Marie, en qui se complaît la Trinité tout entière ? Dans l'ordre de la création, la puissance de Dieu ne saurait produire rien de plus élevé qu'une Mère de Dieu. David nous montre son heureuse fille recevant les hommages des grands de la terre, et entourée d'une cour toute composée de vierges dont elle est le modèle et la reine. Ce jour est aussi le triomphe de la virginité, qui se voit élevée jusqu'à la maternité divme ; aujourd'hui Marie relève son sexe de l'esclavage, et lui ouvre la voie à toutes les grandeurs.
AUDI, fiiia, et vide, et inclina aurem tuam : quia concupivit Rex speciem tuam.
f. Vuhum tuum de • precabuntur omnes divites plebis : filiœ regum in honore tujj.
f. Adducentur Régi virgincs post eam : proximx ejus afferentur tibi.
f. Adducentur in lœtiE COUTEZ, ô ma fille ! voyez et prêtez l'oreille ; car le Roi est épris d'amour pour votre beauté.
f. Tous les puissants de la terre imploreront vos regards ; les filles des rois formeront votre cour d'honneur.
j^. A votre suite viendront des chœurs de vierges ; vos plus proches compagnes seront présentées au Roi.
f. Elles seront amenées
A la Messe.
6odans la joie et l'allégresse ; elles seront introduites dans le temple du Roi.
tia et exsultatione : adducentur in templum Régis.
La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. i.
EN ce temps-là, l'Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la Vierge était Marie. Et l'Ange, étant entré où elle était, lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes. Elle . l'ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. Et l'Ange lui dit : Ne craignez point, Marie -, car vous avez trouvé grâce devant Dieu : voici que vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et sera appelé le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob ; et son règne n'aura point de fin. Alors Marie dit à l'Ange : Comment cela se feraSequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. i.
IN illo tempore : Missus est Angélus Gabriel a Deo in civitatem Galilœae, cui nomen Nazareth, ad virginem desponsatam vire, cui nomen erat Joseph, de domo David : et nomen virginis. Maria. Et ingressus Angélus ad eam. dixit : Ave, gratia plena ; Dominus tecum, benedicta tu in mulieribus. Quae cum audissct, turbata est in sermone ejus : et cogitabat qualis esset ista salutatio. Et ait Angélus ei : Ne timeas. Maria : invenisti enim gratiam apud Deum. Ecce concipies in utero, et paries filium : et vocabis nomen ejus Jesum. Hic erit magnus : et Filius Altissimi vocabitur. Et dabit illi Dominus Deus sedem David patris ejus : et regnabit in domo Jacob in aeternum ; et re^ni ejus non erit finis. Dixit autem Maria ad Angelum : Quomodo fiet istud ? quoniam virum
ôo8 VAnnonciation de la Tr. Sainte Vierge.
non cognosco. Et respondens Angélus, dixit ei : Spiritus Sanctus superveniet in te ; et virtus Altissimi obumbrabit tibi. Ideoque et quod nascetur ex te sanctum, vocabitur Filius Dei. Et ecce Elisabeth cognata tua : et ipsa concepit filium in senectute sua. Et hic mensis sextus est illi, aux vocatur sterilis : quia non erit impossibile apud Deum omne verbum. Dixit autem Maria : Ecce ancilla Domini : fiât mihi secundum verbum tuum.
t-il ? car je ne connais point d'homme. Et l'Ange lui répondit : L'Esprit-Saint surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Et voilà qu'Elisar beth votre parente a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse : et ce mois est le sixième de celle qui était appelée stérile ; car rien n est impossible à Dieu. Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole.
PAR ces dernières paroles, ô Marie, notre sort est fixé. Vous consentez au désir du Ciel : et votre acquiescement assure notre salut. O Vierge ! ô Mère ! bénie entre les femmes, recevez avec les hommages des Anges les actions de grâces du genre liumain. Par vous notre ruine est réparée, en vous notre nature se relève, car vous êtes le trophée de la victoire de l'homme sur son ennemi. « Réjouis-toi, ô Adam, notre père, « mais triomphe surtout, toi notre mère, 6 « Eve ! vous qui, ancêtres de nous tous, « fûtes aussi envers nous tous des auteurs « de mort : meurtriers de votre race avant « d'en être les pères. Consolez-vous désor« mais en cette noble fille qui vous est don« née ; mais, toi surtout, ô Eve, sèche tes « pleurs : toi de qui le mal sortit au commen« cément , toi qui jusqu'aujourd'hui avais
A la Messe. 60 g
« communiqué ta disgrâce à ton sexe tout (( entier. Voici l'heure où cet opprobre va « disparaître, où l'homme va cesser d'avoir c( droit de se plaindre de la femme. Un jour, « cherchant a excuser son propre crime, il « fit tout aussitôt peser sur elle une accusa« tion cruelle : La femme que fai reçue de « vous, dit-il à Dieu, cette femme m'a donné « du fruit ; et j'en ai mangé. O Eve, cours « donc à Marie ; ô mère, réfugie-toi près de « ta fille. C'est la fille qui va répondre pour « la mère ; c'est elle qui va enlever la honte « de sa mère, elle qui va satisfaire pour la « mère auprès du père ; car si c'est par la « femme que l'homme est tombé, voici qu'il ft ne peut plusse relever que par la femme. « Que disais-tu donc, 6 Adam ? La femme « que j'ai reçue de vous m'a donné du fruit; « et j'en ai mangé. Ces paroles sont mauvai« ses; elles augmentent ton péché; elles ne « l'effacent pas. Mais la divine Sagesse a « vaincu ta malice; elle a pris dans le trésor « de son inépuisable bonté le moyen de te « procurer un pardon qu'elle avait essayé de « te faire mériter, en te fournissant l'occasion « de répondre dignement à la question qu'elle « t'adressait. Tu recevras femme pour femme : « une femme prudente pour une femme « insensée ; une femme humble pour une (( femme orgueilleuse ; une femme qui, au « lieu d'un fruit de mort, te présentera l'ali« ment delà vie ; qui, au lieu d'une nourri« ture empoisonnée, enfantera pour toi le a fruit des délices éternelles. Change donc « en paroles d'actions de grâces ton injuste « excuse, et dis maintena'nt : Seigneur, la
6 10 L'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge.
« femme que fai reçue de vous m'a donné du « fruit de Varbre de vie, et fen ai mangé ; « et ce fruit a été doux à ma bouche ; car « c'est en lui que vous m'avez rendu la
A l'Offertoire, la sainte Eglise salue Marie avec les paroles de l'Ange, auxauelles elle réunit celles que prononça Elisabeth, lorsque celle-ci s'mclina devant la Mère de son Dieu.
Av E , Maria, gratia plena, Dominus tecum : benedicta tu in mulieribus, et benedictus 'fructus ventris tui.
JE vous salue, Marie, pleine de grâce ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni.
L'Eglise rend un nouvel hommage, dans la Secrète, au do^me de l'Incarnation, en confessant la réalite des deux natures, divine et humaine, en Jésus-Christ, Fils de Dieu et fils de Marie.
IN mentibus nostris , quaesumus Domine, ver» fidei sacramenta confirma : ut, qui conceptum de Virgine Deum verum et hominem confitemur, per ejus salutiferas resurrectionis potentiam, ad se t e r n a m mereamur pervenire laeDAiGNEz, Seigneur, confirmer dans nos âmes les mystères de la vraie foi ; afin que nous, qui confessons qu'un homme-Dieu véritable a été conçu d'une Vierge, nous méritions, par la vertu de sa résurrection salutaire, la grâce de parvenir à la félicité éternelle. Par le
I. Bernard. Homil. Il saper Missus est.
A la Messe.
6ii
même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
titiam. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
On fait ensuite mémoire du Carême par la Secrète du jour.
La solennité de la fête oblige l'Eglise à suspendre aujourd'hui la Préface du Carême, et à lui substituer celle qu'elle emploie aux Messes de la très sainte Vierge.
C'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, Seigneur saint. Père lout-puissant, Dieu éternel, de vous rendre grâces, en tout temps et en tous lieux ; spécialement de vous louer, de vous bénir, de vous célébrer, en l'Annonciation de la bienheureuse Marie, toujours vierge. C'est elle qui a conçu votre Fils unique par l'opération du Saint-Esprit, et qui. sans rien perdre de la gloire de sa virginité, a donné au monde la Lumière éternelle, Jésus-Christ notre Seigneur : par qui les Anges louent votre Majesté, les Dominations l'adorent, les Puissances la révèrent en tremblant, les Cieux et les Vertus des cieux, et les heureux Séraphins, la célèbrent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s'unir à leurs voix, afin que nous puisVERE dignum et justum est, aequum et saluiare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte , Pater omnipotens, ae t e r n e Deus : Et te in Annuntiatione beatas Marise semper virginis collaudare. benedicere, et prasdicare. Quas et Unigenitum tuum Sancti Spiritus obumbratione concepit, et virginitatis gloria permanente, lumen aîternum mundo effudit Jesum Christum Dominum nostrum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli, adorant Dominationes. tremunt Potestates. Cœli cœlorumque Virtutes. ac beata Seraphim, socia exsultatione concélébrant. Cum quibus et nostras voces ut admitti jubeas depreca6 12 L'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge.
mur, supplici confcssione dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.
sions dire dans une humble confession : Sainl l Saint ! Saint !
L'Antienne cie la Communion reproduit les paroles de l'oracle divin que nous avons lu dans l'Epître. C'est une Vierge qui a conçu et enfanté celui qui, étant Dieu et homme, est aussi le Pain vivant descendu du ciel, et par lequel Dieu est avec nous et en nous.
ECCE Virgo concipiet, et pariet filium : et vocabitur nomen ejus Emmanuel.
"Woici qu'une Vierge con" cevra et enfantera un fils, et il sera nomme Emmanuel.
Dans la Postcommunion, l'Eglise rappelle en action de grâces tous les mystères qui, pour notre salut, sont sortis de celui qui s'accomplit aujourd'hui. Après l'Incarnation qui unit le Fils de Dieu à la nature humaine, nous avons eu la Passion de ce divin Rédempteur ; et sa Passion a été suivie de sa Résurrection, par laquelle il a triomphé de la mort, notre ennemie.
GRATIAM tuam, quaesumus Domine, mentibus nostris infundc : ut qui Angelo nuntiante, Christi Filii tui incarnationem cognovimus ; per Passioncm ejus et ilruccm, ad Resurrectionis gloriam perducamur. Per
'\7'ÉPANDEZ, s'il vous plaît, ' Seigneur, votre grâce dans nos âmes ; afin que nous qui avons connu par la voix de l'Ange l'Incarnation de Jésus-Christ, votre Fils, nous arrivions par sa Passion et sa Croix à la gloire de sa Résurrection. Par le même
Aux Secondes Vêpres.
6i3
Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
eumdera Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
On fait ensuite mémoire du Carême par la Posicommunion du jour.
LES Antiennes, les Psaumes, le Capitule, l'Hymne et le Verset , sont les mêmes qu'aux premières Vêpres, pages 5q6 et suivantes. L'Antienne de Magnificat' QSl seule différente.
ANTIENNE DE Magnificat.
L'Ange Gabriel parla à /"^ abriel Angélus locuMarie, et lui dit : Salut, vJC tus est Marias ô pleine de grâce! le Sei- dicens : Ave, gratia gneur est avec vous ; vous plena, Dominus tecum ; êtes bénie entre les femmes, benedicta tu in mulieribus.
ODiEU, qui avez voulu que votre Verbe prît chair, à la parole de l'Ange, du sein de la bienheureuse Vierge Marie ; accordez à la prière de vos serviteurs que nous, qui la croyons véritablement Mère de Dieu, nous soyons secourus auprès de vous par son intercession. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
DEUS, qui de beatae Marias Virginis utero, Verbum tuuni, Angelo nuntiante, carnem suscipere voluisti : praesta supplicibus tuis ; ut qui vere eam Genitricem Dei credimus, ejus apud te intercessionibus adjuvemur, Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
Réunissons maintenant, comme dans un concert unanime, les diverses Liturgies qui célèbrent chacune avec leur accent propre le grand mystère qui fait aujourd'hui la joie de l'Eglise. Nous écouterons d'abord la sainte "Eglise Romaine qui, à l'Office des Matines, "chante ainsi à l'honneur de Marie Mère de Dieu.
OUEM terra, pontus, sidéra Colunt, adorant, praedicant, Trinam regentem machinam, Claustrum Mariae bajulat.
Cui luna, sol, et omnia Deserviunt per tcmpora, Perfusa cœli gratia, Gestant puellas viscera.
Beata Mater, munere Cujus supernus artifex, Mundum pugillo continens, Ventris sub arca clausus
est.
Beata cœli nuntio, Fœcunda Sancto Spiritu, Desideratus gentibus Cujus per alvum fusus est.
Jesu, tibi sit gloria,
CELUI que la terre, la mer et les cieux vénèrent, adorent et célèbrent ; celui qui gouverne les trois régions de cet univers, Marie le porte dans son sein.
Celui auquel obéissent le soleil, la lune et tous les astres, dans les révolutions qu'il leur a fixées, le sein d'une jeune fille rendue féconde par la grâce céleste le contient aujourd'hui.
Heureuse Mère, au sein de laquelle s'est renfermé, comme dans un sanctuaire, le suprême ouvrier qui tient le monde dans sa main.
Heureuse par le message céleste, féconde par l'opération de l'Esprit-Saint, c'est d'elle qu'est sorti le Désiré des nations.
A vous soit gloire, ô Jésus,
L'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge. 6i5
fils de la Vierge ! gloire au Père, et à TEsprit divin, dans les siècles éternels. Amen.
Qai natus es de Virgine ; Cum Pâtre , et almo
Spiritu, In sempiterna saecula.
Amen.
Le moyen âge des Eglises latines employait à la Messe de l'Annonciation la Prose suivante que l'on attribue à Pierre Abailard.
kANS son amour pour l'homme, Dieu députe à la Vierge, non un Ange ordinaire, mais l'Archange appelé Force de Dieu.
Qu'il se hâte d'envoyer pour nous le vaillant messager ; que la nature soit vaincue par l'enfantement d'une vierge.
Que le Roi de gloire, dans sa naissance, triomphe de la chair ; qu'il règne et commande ; qu'il enlève des cœurs le levain et la rouille du péché.
Qu'il foule aux pieds le faste des superbes ; qu'il marche dans sa force sur les têtes altières, le Dieu puissant dans les combats.
Qu'il chasse dehors le prince du monde ; qu'il partage avec sa Mère le comITTIT ad Virginem Non quemvis Angelum, Sed Fortitudinem Suum Archangelum, Amator hominis.
Fortem expédiât Pro nobis nuntium, Naturae faciat Ut praejudicium In partu V^irginis.
Naturam superet Natus Rex gloriae : Regnet et imperet, Et zyma scoriae Tollat de medio.
Superbientium Terat fastigia : Colla sublimium Calcet vi propria, Potens in prselio.
Foras ejiciat Mundanum principem ; Secumque faciat
6ï6
Matrem participera Patris imperii.
Exi qui mitteris, Haec dona dissere : Révéla veteris Velamen litterae Virtute nuntii.
Accède, nuntia : Die : Ave, cominus, Die : Plena gratia. Die : Tecum Dominus, Et die : Ne timeas.
Virgo suscipias Dei depositum. In quo perfieias Casta propositum, Et votum teneas.
Audit et suseipit Puella nuntium : Crédit et concipit. Et parit Filium, Sed admirabilem.
Consiliarium Humani generis : Deum et norninem. Et Patrem posteris. In paee stabilem.
Cujus stabilitas Nos reddat stabiles. Ne nos iabilitas Humana labiles Secum prascipitet.
Sed dator veniae Concessa veaia.
mandement qu'il exerce avec le Père.
Pars, Ange , annonce ces biens ; et par ton puissant message, lève le voile de la lettre antique.
Approche d'elle, et parle ; dis-lui en face : Je vous salue. Dis-lui : O pleine de grâce. Dis : Le Seigneur est ai'ec vous . Dis encore : Ne craigne^ point.
Recevez, ô Vierge! le dépôt de Dieu ; par lui vous consommerez votre chaste dessein, et votre vœu demeurera intact.
La Vierge entend, et accepte le message ; elle croit, elle conçoit, elle enfante un fils, un fils admirable.
Le Conseiller de la race humaine, le Dieu-homme, le Père du siècle futur, l'immuable pacificateur.
Veuille ce Dieu immuable assurer notre stabilité, de peur que l'humaine faiblesse n'entraîne dans l'abîme nos pas indécis.
do
Mais que l'auteur du par3n, qui est le pardon luiL'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge. 6 1~
même, que la grâce obtenue par la mère de grâce, daigne habiter en nous.
Qu'il nous octroie la remise de nos péchés ; qu'il efface nos méfaits ; qu'il nous donne une patrie daus la cité du ciel. Amen.
Per matrem gratiae Obtenta gratia, In nobis habitet.
Qui nobis tribuat Peccati veniam : Reatus deleat, Donet et patriam In arce siderum. Amen.
La Liturgie Ambrosienne nous fournit cette belle Préface qu'elle emploie à la célébration du mystère d'aujourd'hui.
IL est véritablement digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces. Seigneur Dieu toutpuissant, et que nous implorions votre secours pour célébrer dignement la fête de la bienheureuse Vierge Marie, du sein de laquelle a fleuri ce fruit qui nous a rassasiés du Pain des Anges. Le fruit qu'avait dévoré Eve dans sa désobéissance, Marie nous l'a rendu, en nous sauvant. Quelle dissemblance entre l'œuvre du serpent et celle de la Vierge ! De l'une sont provenus les poisons qui nous ont fait périr; de l'autre sont sortis les «nystères du Sauveur. Dans l'une, nous voyons l'iniquité du tentateur; dans l'autre, la majesté du Rédempteur vient à notre secours. Par l'une, l'homme a
VERE dignum et justum est, aequum et salutare : nos tibi, Domine Deus omnipotens, gratias agere, et cum tuje invocatione virtutis, beatae Mariae Virginis festa celebrare : de cujus ventre fructus effîoruit, qui panis angelici munere nos replevit. Quod Eva voravii incrimine. Maria restituit in salute. Distat opus serpentis et virginis : inde fusa sunt venena discriminis ; hinc egressa mysteria Salvatoris. Inde se prasbuit tentantis iniquitas ; hinc Redemptoris est opitulata majestas. Inde partus occubuit ; hinc Conditor resurrexit, a quo humana natura, non jam captiva, sed libéra resti6i8
tuitur ; quod Adam perdidit in parente, Christo recepit auctore.
succombé; par l'autre, le Créateur a relevé sa gloire; et la nature humaine, affranchie de ses liens, a été rendue à la liberté; et ce qu'elle avait perdu par son père Adam, elle l'a recouvré par le Christ.
La Liturgie Mozarabe, qui, comme nous l'avons dit ailleurs, célèbre l'Annonciation de la très sainte Vierge le i8 décembre, consacre à ce mystère un grand nombre de belles Oraisons, entre lesquelles nous choisissons celle qui suit.
GRATiAM plenam habere te credimus, o Virgo Christi genitrix, et humani generis reparatrix, gloriosa Maria, quae tanta nobis gaudia pariendo coniulisti, ut fructus ventris tui, qui est Christus Filius Dei, a dominio in nos saevientiseriperet inimici, et in regno aeterno consortes faceret sibimetipsi. Proinde, quaesumus, te rogamus, ut adsis patrona nobis, ut et merito tuo nos filius tuus a delicto exsuies reddat, et post in regno suo perenniter habitaturos introducat. Pracsta nobis, ut qui te concupiscens sibi advocavit in Matrem, nobis
Nous croyons que vous êtes pleine de grâce, ô Vierge mère du Christ, réparatrice du genre humain, glorieuse Marie ; vous qui par votre enfantement nous avez procuré tant de bonheur, puisque le fruit de vos entrailles, ?ui est le Christ, Fils de )ieu, nous a arrachés à l'empire de l'ennemi qui nous faisait sentir sa rage, et qu'il nous a rendu ses cohéritiers dans le royaume éternel. Nous vous prions donc, nous vous supplions d'être notre protectrice, afin que, par vos mérites, «votre Fils nous affranchisse du pécné, et qu'il daigne nous donner accès dans son royaume, et nous en faire à son tour les éternels habitants. Vous qu'il
L'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge. 6 ig
a aimée et appelée à l'honneur d'être sa Mère, obtenez qu'il nous accorde la douceur et l'abondance de son amour. Amen.
concupiscentias suœ opulentam largiatur dulcedinem. Amen.
La Liturgie grecque célèbre à son tour, et avec son abondance accoutumée, la gloire de Marie dans l'Incarnation du Verbe. Nous donnons l'Hymne suivante, qui fait partie de l'Office de la ^'igile de l'Annonciation ; elle nous a semblé "préférable à celles du jour de la Fête.
TERRE, qui dans ta douleur n'as jusqu'ici produit que des épines, tressaille maintenant et livre-toi à l'allégresse ; voici qu'il approche l'immortel agriculteur qui doit te débarrasser des épines de la malédiction.
Vierge sans tache, prépare-toi, comme la toison sacrée, à recevoir la divinité qui s'apprête à descendre sur toi. semblable à la rosée, et qui doit mettre à sec le torrent de l'iniquité.
O livre d'une pureté divine, tiens-toi prêt ; car la Sagesse de Dieu incarnée va écrire sur tes pages avec le doigt de l'Esprit-Saint. et va faire disparaître les prévarications de ma folle.
O chandelier d'or, reçois
TERRA, quje magno hactenus dolore spinas germinasti , jam nunc âge choreas et salta : ecce enim immortalis agricola, qui te a spinis maledictionis expurget, nunc appropinquat.
Sed et tu intaminata, o Virgo. tamquam vellus plane divinum, te praepara excipiendo Numini, quod in te velut imber descendat, ut torrentes transgressionis prœceptorum exsiccet.
Esto paratus, o divinaî munditice liber; quippe tibi Sancti Spiritus digito inscribetur Sapientia divina sed incarnata. quae insipientije mex prevaricationem e medio tollat.
O aureum item candeLe Carême.
labrum, ignem recipe divinitatis ; ut per te illuceat miindo, iinaque nequitiarum nostrarum tenebras dissipet.
O magni Régis palatium, Virgo, aurium tuarum divina vestibula pande : jamjam enim ingredietur ad te ipsa Veritas Christus, ut habitet in medio tui.
O Agna incontaminata, Agnus Dei nostri, qui tollit peccata nostra, uterum tuum festinat intrare. Mystica etiam virga brevi germinabit florem divinum, de radiée Jesse palam exortum, ut loquitur Scriptura.
O vitis quoque Maria, compara te, ut perangelicam vocem fœcundata botrum quoque maturum, neque corruplioni obnoxium procrées.
O denique mons salve, q^uem Daniel praevidit in bpiritu, ex quo lapis ille spiritalis abscindetur, qui inanimata daemonum sculptilia conteret.
O ratione praîdita Arca, quam verus legislator amore singulari prosecutus inhabitare nunc ceu incola statuit, impleat te jucunditas mentis : per te enim innovabit destructos.
la flamme de la divinité; que par toi elle luise sur le monde, et dissipe les ténèbres de nos crimes.
O Vierge, palais du grand Roi, ouvre ton oreille divine ; la Vérité même, le Christ, va entrer en toi, pour habiter au milieu de toi.
O brebis immaculée, l'A- gneau de notre Dieu qui ôte nos péchés, s'apprête à pénétrer dans ton sein. La branche mystique va bientôt produire la fleur divine qui s'élève visiblement de l'arbre de Jessé, comme parle l'Ecriture.
O Marie, ô vigne fécondée par la parole de l'Ange, prépare-toi à donner la grappe vermeille de maturité et inaccessible à la corruption.
Salut, ô sainte montagne que Daniel a vue à l'avance dans l'Esprit divin, et de laquelle doit être détachée cette f lierre spirituelle qui brisera es vaines idoles des démons. O Arche raisonnable, que le véritable législateur aime d'un amour suprême, et qu'il a résolu d'habiter, sois remplie de joie ; car il veut par toi renouveler son œuvre anéantie.
L'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge. 621
Le chœur des Prophètes, versé dans l'art des divins présages , s'écrie dans son pressentiment de l'entrée pacifiquedu Rédempteur en toi: Salut, ô Rédemption de tous; honneur à toi, unique salut des hommes !
O nuée légère de la lumière divine, prepare-toi pour le soleil qui va se lever. Ce soleil inaccessible répand sur toi ses feux du haut du ciel ; en toi il cachera quelque temps ses rayons, pour luire bientôt sur le monde, et dissiper les ténèbres du mal.
Celui qui ne quitte jamais la droite de son Père, qui surpasse toute substance, arrive pour prendre en toi sa demeure ; il te placera à sa droite, comme une reine digne de lui, et douée d'une excellente beauté ; tu seras comme sa main droite étendue pour relever tous ceux qui sont tombés.
Le prince des Anges, ministre de Dieu, t'adresse sa parole joyeuse, pour annoncer que l'Ange du grand conseil va prendre chair en toi.
0 Verbe divin, abaisse les cieux, et descends vers nous ; le sein de la Vierge est préparé comme un trône pour
Quin et Vatum chorus divina dare prassagia doctus, tamquam pacatum in te Redemptoris ingressum prssentiret exclamât : Cunctorum salve Redemptio, salve unica hominum salus.
O aerea divini luminis nubes, orituro mox soli te para. Nam ecce sol inaccessus de sedibus tibi cœlestibus explendescet, ut in te aliquantum absconditus, illuceat mundo , et improbitatis tenebras dissipet.
nie qui a dextera Patris numquam digressus, substantiam omnem transcendit. in te sibi diversorium delecturus adventat : ut te a dextris constituât suis, tamquam reginam dignitate sibi propinquam, et excellenti pulchritudine prasditam. utque te velut dexteram suam omnibus lapsis ad surgendum extendat.
Inter Angelos autem primarius Dei minister, vocem ad te Istabundam emittit. ut ex te corporandum significet magni consilii Angelum.
O ^'erbum divinum , cœlos inclina, et nunc jam ad nos descende. Modo enim utérus Virb2
ginis pracparatus est tibi ceu thronus, in quo tamquam rex splendidissimus sedeas, opus dexterae tuae a ruina sustollensTu quoque, o Virgo, ceu terra numquam seminata, accingere nunc ad recipiendum sub Angeli verbo Verbum cœleste, frumento per quam frugifero simile, quod ex te germinans semina enutriet inpanem intelligentiae.
toi ; viens t y asseoir, comme un roi glorieux, et sauve de la ruine l'œuvre de ta droite.
Et toi, ô Vierge, semblable à une terre où la main de l'homme n'a jamais semé, dispose-toi pour recevoir, à la parole de l'Ange, le Verbe céleste, semblable à un froment fécond qui, germant en ton sein, produira le pain qui donne l'intelligence.
ous ne terminerons pas cette grande journée sans avoir rappelé et recommandé ici la pieuse et salutaire institution que la chrétienté solennise chaque jour dans tout pays catholique, en l'honneur de l'auguste mystère de l'Incarnation et de la divine maternité de Marie. Trois fois le jour, le matin, à midi et le soir, la cloche se fait entendre , et les tidèles , avertis par ses sons, s'unissent à l'Ange Gabriel pour saluer la Vierge-Mère, et glorifier l'instant où le propre Fils de Dieu daigna prendre chair en elle.
La terre devait bien cet hommage et ce souvenir de chaque jour à l'ineffable événement dont elle fut l'heureux témoin un vingt-cinq mars, lorsqu'une attente universelle avait saisi les peuples que Dieu allait sauver à leur insu.
Depuis, le nom du Seigneur Christ a reL'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge. 628
tenti dans le inonde entier ; il est grand de l'Orient à l'Occident ; grand aussi est celui de sa Mère. De là est né le besoin d'une action de grâces journalière pour le sublime mystère de l'Annonciation qui a donné le Fils de Dieu aux hommes. Nous rencontrons déjà la trace de ce pieux usage au xiv® siècle, lorsque Jean XXII ouvre le trésor des indulgences en faveur des tidèles qui réciteront
V Ave Maria, le soir, au son de la cloche qui retentit pour les inviter à penser à la Mère de Dieu, Au xv® siècle, nous apprenons de saint Antonin, dans sa Somme, que la sonnerie avait déjà lieu soir et matin dans la Toscane. Ce n'est qu'au commencement du XVI* siècle que l'on trouve sur un document français cité par Mabillon le son à midi venant se joindre à ceux du lever et du coucher du soleil. Ce fut en cette forme que Léon X approuva cette dévotion, en i5i3, pour l'abbaye de Saint-(jermain des Prés, à Paris. Dès lors la chrétienté tout entière accepta le pieux usage avec ses développements ; les Papes multiplièrent les indulgences; après celles de Jean XXII et de Léon X, le xviii» siècle vit publier celles de Benoît XIII ; et telle parut l'importance de cette pratique que Rome statua qu'en l'année du jubilé, où toutes les indulgences, sauf celles du pèlerinage de Rome, (demeurent suspendues, les trois salutations sonnées en l'honneur de Marie, le matin, à midi et le soir, continueraient chaque jour de convier tous les fidèles à s'unir dans la gloritication du Verbe fait chair. Quant à Marie, l'Epouse du Cantique, l'Esprit-Saint
624 Le Carême.
semblait avoir désigné à l'avance les trois termes de cette touchante dévotion, en nous invitant à la célébrer, parce qu'elle est douce « comme l'aurore » à son lever, resplendissante « comme le soleil » en son midi, et belle « comme la lune » au reflet argenté.
O Emmanuel, Dieu avec nous, qui, comme chante votre Kglise, « ayant entrepris «de délivrer l'homme, avez daigné descendre « au sein d'une vierge pour y prendre notre «nature », le genre humain tout entier salue aujourd'hui votre miséricordieux avènement. Verbe éternel du Père, ce n'est donc pas assez pour vous d'avoir tiré l'homme du néant par votre puissance; votre inépuisable bonté vient le poursuivre jusque dans l'abîme de dégradation où il est plongé. Parle péché, l'homme était tombé au-dessous de lui-même ; et, afin de le faire remonter aux destinées divines pour lesquelles vous l'aviez formé, vous venez en personne vous revêtir de sa substance, et le relever jusqu'à vous. En vous, aujourd'hui et pour jamais. Dieu se fait homme, et l'homme est fait Dieu. Accomplissant divinement les promesses du sacré Cantique, vous vous unissez à la nature humaine, et c'est au sein virginal de la fille de David que vous célébrez ces noces ineffables. O abaissement incompréhensible ! ô gloire inénarrable ! V anéantissement 1 est pour le Fils de Dieu, la gloire pour le fils de l'homme. C'est
I. Philipp. II, 7.
L'Annonciation de la Tr. Sainte Vierge. 625
ainsi que vous nous avez aimés, 6 \'erbe divin, et que votre amour a triomphé de notre dégradation. \'ous avez laissé les anges rebelles dans l'abîme que leur orgueil a creusé ; c'est sur nous que votre pitié s'est arrêtée. Mais ce n'est point par un de vos regards miséricordieux que vous nous avez sauvés; c'est en venant sur cette terre souillée, prendre la nature d'esclave i, et commencer une vie d'humiliation et de douleurs. Verbe fait chair, qui descendez pour sauver, et non pour juger -, nous vous adorons, nous vous rendons grâces, nous vous aimons ; rendez-nous dignes de tout ce que votre amour vous a fait entreprendre poMr nous.
Nous vous saluons, à Marie, pleine de
trace, en ce )Our où vous jouissez du sublime onneur qui vous était destiné. Par votre incomparable pureté, vous avez fixé les regards du souverain Créateur de toutes choses, et par votre humilité vous l'avez attiré dans votre sein; sa présence en vous accroît encore la sainteté de votre âme et la pureté de votre corps. Avec quelles délices vous sentez ce Fils de Dieu vivre de votre vie, emprunter à votre substance ce nouvel être qu'il vient prendre pour notre amour ! Déjà est formé entre vous et lui ce lien ineffable que vous seule avez connu : il est votre créateur, et vous êtes sa mère ; il est votre fils, et vous êtes sa créature. Tout genou fléchit devant lui, 6 Marie ! car il est le grand Dieu du ciel et de la terre; mais
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toute créature s'incline devant vous ; car vous l'avez porté dans votre sein, vous l'avez allaité ; seule entre tous les êtres, vous pouvez, comme le Père céleste, lui dire : « Mon fils ! » O femme incomparable, vous êtes le suprême effort de la puissance divine : recevez l'humble soumission de la race humaine qui se glorifie, en présence même des Anges, de ce que son sang est le vôtre, et votre "nature la sienne. Nouvelle Eve, fille de l'ancienne, mais sans le péché ! par votre obéissance aux décrets divins, vous sauvez votre mère et toute sa race ; vous rétablissez dans l'innocence primitive votre père et toute sa famille qui est la vôtre. Le Sauveur que vous portez nous assure tous ces biens; et c'est par vous qu'il vient à nous; sans lui, nous demeurerions dans la mort ; sans vous, il ne pouvait nous racheter. Il puise dans votre sein virginal ce sang précieux qui sera notre rançon, ce sang dont sa puissance a protégé la pureté au moment de votre conception immaculée, et qui devient le sang d'un Dieu par l'union qui se consomme en vous de la nature divine avec la nature humaine.
Aujourd'hui s'accomplit, ô Marie, l'oracle du Seigneur qui annonça, après la faute, « qu'il établirait une inimitié entre la femme et le serpent ». Jusqu'ici le genre humain tremblait devant le dragon infernal ; dans son égarement, il lui dressait de toutes parts des autels; votre bras redoutable terrasse aujourd'hui cet affreux ennemi. Par l'humilité, par la chasteté, par l'obéissance, vous l'avez abattu pour jamais; il ne séduira
L'Ayinonciation de la Tr. Sainte Vierge 62-^
plus les nations. Par vous, libératrice des hommes, nous sommes arrachés à son pouvoir; notre perversité, notre ingratitude pourraient seules nous rejeter sous son )oug. Ne le souffrez pas, ô Marie ! veneznous en aide; et, si dans ces jours de réparation, nous reconnaissons à vos pieds que nous avons abusé de la grâce céleste dont vous fûtes pour nous le" sublime moyen, aujourd'hui, en cette fête de votre Annonciation, 6 Mère des vivants, rendez-nous la vie, par votre toute-puissante intercession auprès de celui cjui daigne aujourd'hui être votre fils pour l'éternité. Fille des hommes, 6 notre sœur aimée, par la salutation que vous adressa Gabriel, par votre trouble virginal, par votre fidélité au Seigneur, par votre" prudente humilité, par votre acquiescement qui nous sauva, nous vous en supplions, convertissez nos cœurs, rendez-nous sincèrement pénitents, préparez-nous aux grands mystères que nous allons célébrer. Qu'ils seront douloureux pour vous, ces mystères, ô Marie ! Que le passage va être rapide des joies de cette journée aux tristesses inénarrables qui vous attendent! Mais vous voulez qu'aujourd'hui notre âme se réjouisse en songeant à l'ineffable félicité qui inonda votre cœur, au moment où le divin Esprit vous couvrit de son ombre, et où le Fils de Dieu devint aussi le vôtre; nous demeurons donc, toute cette journée, près de vous, dans votre modeste demeure de Nazareth. Neuf mois encore, et Bethléhem nous verra prosternés, avec les bergers et les Mages, devant TEnfant-Dieu qui naîtra pour votre
joie et pour notre salut; et nous dirons alors avec les Anges : .' Gloire à Dieu dans les hauteurs du ciel ; et sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté! »
N n"a point oublié que les Grecs célèbrent au premier dimanche de Carême une de leurs plus grandes solennités : la fête de l'Orthodoxie. La nouvelle Rome, montrant bien cju'elle ne partageait aucunement Tindéfectibilité de l'ancienne, avait parcouru tout le cycle des hérésies concernant le dogme du Dieu fait chair. Après avoir rejeté successivement la consubstantialité du \'erbe, lunité de personne en THomme-Dieu, l'intégrité de sa double nature, il semblait cju'aucune négation n'eût échappé à la sagacité de ses empereurs et de ses patriarches. Un complément pourtant des erreurs passées manquait encore au trésor doctrinal de Byzance.
Il restait à proscrire ici-bas les images de ce Christ qu'on ne parvenait pas à diminuer sur son trône du ciel; en attendant qu'impuissante à l'atteindre même dans ces représentations figurées, l'hérésie laissât la place au schisme pour arriver à secouer du moins le joug de son Vicaire en terre : dernier reniement, qui
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achèvera de creuser pour Constantinople la tombe q^ue le Croissant doit sceller un jour.
L'hérésie des Iconoclastes ou briseurs d'images marquant donc, sur le terrain de la foi au Fils de Dieu, la dernière évolution des erreurs orientales, il était juste que la fête destinée à rappeler le rétablissement de ces images samtes s'honorât, en effet, du glorieux nom de fête de l'Orthodoxie; car en célébrant le dernier des coups portés au dogmatisme byzantin, elle rappelle tous ceux qu'il reçut dans les Conciles, depuis le premier deNicée jusqu'au deuxième du même nom, septième œcuménique. Aussi était-ce une particularité de ladite solennité, qu'en présence de la croix et des images exaltées dans une pompe triomphale, l'empereur lui-même se tenant debout à son trône, on renouvelât à Sainte-Sophie tous les anathèmes formulés en divers temps contre les adversaires de la vérité révélée.
Satan, du reste, l'ennemi du Verbe, avait bien montré qu'après toutes ses défaites antérieures, il voyait dans la doctrine iconoclaste son dernier rempart. Il n'est pas d'hérésie qui ait multiplié à ce point en Orient les martyrs et les ruines. Pour la défendre, Néron et Dioclétien semblèrent revivre dans les césars baptisés Léon l'Isaurien, Constantin Copronyme, Léon l'Arménien, Michel le Bègue et son fils Théophile. Les édits de persécution, publiés pour protéger les idoles autrefois, reparurent pour en finir avec l'idolâtrie dont l'Eglise, disait-on, restait souillée.
Vainement, dès l'abord, saint Germain de Constantinople rappela-t-il au théologien couronné sorti des pâturages de l'Isaurie, que les
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chrétiens n'adorent pas les images, mais les honorent d'un culte relatif se rapportant à la
Eersonne des Saints qu'elles représentent. 'exil du patriarche fut la réponse du césar pontife. La soldatesque, chargée d'exécuter les volontés du prince, se rua au pillage des églises et des maisons des particuliers. De toutes parts, les statues vénérées tombèrent sous le marteau des démolisseurs. On recouvrit de chaux les fresques murales; on lacéra, on mit en pièces les vêtements sacrés, les vases de l'autel, pour en faire disparaître les émaux historiés, les broderies imagées. Tandis que le bûcher des places publiques consumait les chefs-d'œuvre dans la contemplation desquels la piété des peuples s'était nourrie, l'artiste assez osé pour continuer de reproduire les traits du Seigneur, de Marie ou des Saints, passait lui-même par le feu et toutes les tortures, en compagnie des fidèles dont le crime était de ne pas'retenir l'expression de leurs sentiments à la vue de telles destructions. Bientôt, hélas ! dans le bercail désolé, la terreur régna en maîtresse; courbant la tête sous l'ouragan, les chefs du troupeau se prêtèrent à d"e lamentables compromissions.
C'est alors qu'on vit la noble lignée de saint Basile, moines et vierges consacrées, se levant tout entière, tenir tête aux t\'rans. Au prix de l'exil, de l'horreur des cachots, de la mort par la faim, sous le fouet, dans les flots, de l'extermination par le glaive, ce fut elle qui sauva les traditions de l'art antique et la foi des a'ieux. Vraiment apparut-elle, à cette heure de l'histoire, personnifiée dans ce saint moine et peintre du nom de Lazare qui, tenté par
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flatterie et menaces, puis torturé, mis aux fers, et enfin, récidiviste sublime, les mains brûlées par des lames ardentes, n'en continua pas moins, pour l'amour des Saints, pour ses frères et pour Dieu, d'exercer son art, et survécut aux persécuteurs.
Alors aussi s'affirma définitivement l'indépendance temporelle des Pontifes romains, lorsque l'Isaurien menaçant de venir jusque dans Rome briser la statue de saint Pierre, l'Italie s'arma pour interdire ses rivages aux barbares nouveaux, défendre les trésors de ses basiliques, et soustraire le Vicaire de l'Homme-Dieu au reste de suzeraineté que Byzance s'attribuait encore.
Glorieuse période de cent vingt années, comprenant la suite des grands Papes qui s'étend de saint Grégoire lia saint Paschal 1^', et dont les deux points extrêmes sont illustrés en Orient par les noms de Théodore Studite, préparant dans son indomptable fermeté le triomphe final, de Jean Damascène qui, au début, signala l'orage. Jusqu'à nos temps, il était à regretter qu'une époque dont les souvenirs saints remplissent les fastes liturgiques des Grecs, ne fût représentée par aucune fête au calendrier des Eglises latines. Sous le règne du Souverain Pontife Léon XIII, cette lacune a été comblée ; depuis l'année 1892, Jean Damascène, l'ancien visir, le protégé de Marie, le moine à qui sa doctrine émmente vdAux \e nom àe fleuve d'or, rappelle au cycle de l'Occident l'héroïque lutte où l'Orient mérita magnifiquement de l'Eglise et du monde.
La notice liturgique consacrée à l'illustre
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Docteur est assez complète pour nous dispenser d'y rien ajouter. Mais il convient de conclure en donnant ici les traits principaux des définitions par lesquelles, au viii* siècle et plus tard au xvi% l'Eglise vengea les saintes Images de la proscription à laquelle les avait condamnées l'enfer. « C'est légitimement, déclare le deuxième concile de Aicée, qu'on place dans les églises, en fresques, en tableaux, sur les vêtements, les vases sacrés, comme dans les maisons ou dans les rues, les images soit de couleur, soit de mosaïque ou d'autre matière convenable, représentant notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, notre très pure Dame la sainte Mère de Dieu, les Anges et tous les Saints; de telle sorte qu'il soit permis de faire fumer l'encens devant elles et de les entourer de lumières ' — Non, sans doute, reprennent contre les Protestants les Pères de Trente, qu'on doive croire qu'elles renferment une divinité ou une vertu propre, ou que l'on doive placer sa confiance dans l'image même, comme autrefois les païens dans leurs idoles ; mais, Vhonyieur qui leur est rendu se référant au prototype 2, c'est le Christ à qui vont par elles nos' adorations, ce sont les Saints que nous vénérons dans les traits qu'elles nous retracent d'eux 3. »
I. Concil. Nie. II, sess. vn. — 2. Cette formule, où se trouve exprimée la vraie base théologique du culte des images, est empruntée par le concile de Trente au second de Nicée, qui lui-même l'a tirée textuellement de saint Jean Damascène : De fide orthodoxa, IV, xvi — 3. Concil Trident., sess. xxv.
JOANNES a patrio loco Damascenus dictus, nobili génère natus, humanis divinisque litteris a Cosma monachoConstaniinopoli fuit excultus ; cumque ea tempestate imperator Léo Isauricus nefario bello sacrarum Imaginum cultum insectaretur, Joannes hortatu Gregorii Tertii Romani Pontificis, et sermone et scriptis sanctitatem illius cultus sedulo propugnavit. Que facto tantam Leonis adversum se invidiam concitavit, ut hic confictis litteris ipsum tamquam proditorem accusarit
apud Damasci calipham, qui Joanne consiliario et administre utebatur.Crcdulus fraudi princeps Joanni nequidquam calumniam ejuranti prœ- cidi dexteram jussit. Verum innoccntiœ vindex adfuit clienti suo sanctissima Virgo, cujus opem precibus cnixe imploraverat, ejusque beneficio trunca manusrestitutaita brachio coaluit, ac si divisa numquam fuisset. Que maxime miraculopermotus Joannes, quod pridemanimo conceperat, exsequi statuit. Itaque aegre a calipha impetrato secessu, suas
JEAN, appelé Damascène du nom de sa ville natale, était de noble race. Il fut instruit dans les lettres humaines et divines, à Constantinople, par le moine Côme. Dans ce temps-là, l'empereur Léon l'Isaurien ayant déclaré une guerre impie aux saintes Images, Jean, sur l'exhortation du Pontife romain Grégoire III, mit tout son zèle à défendre dans ses discours et ses écrits la sainteté de leur culte; ce qui lui attira l'inimitié de l'empereur. Cette inimitié alla si loin que celui-ci, au moyen de lettres supposées, accusa Jean de trahison près du calife de Damas dont il était le conseiller et le ministre. Trop crédule à la calomnie, le calife, sans écouter les protestations de l'accusé, lui fit couper la main droite. Mais l'innocence devait être vengée ; la Vierge très sainte prêta l'oreille a la prière fervente de son dévot client ; par son secours, la main coupée se rejoignit au bras comme si elle n'en avait jamais été séparée. Ce miracle émut Jean de telle sorte, qu'il résolut d'accomplir un dessein formé dès longtemps dans son âme : le calife lui ayant quoique à regret permis de quitter son service, il distribua tous ses biens aux pauvres, affranchit ses esclaves, et, après avoir fait le pèlerinage des saints lieux de Palestine, se retira dans la compagnie de son maître Côme en la laure de saint Sabas près de Jérusalem, où on l'ordonna prêtre.
L'arène de la vie religieuse le vit donner aux moines d'admirables exemples de vertu, principalement d'humilité et d'obéissance. Il réclamait comme siens les plus vils emplois du monastère, et mettait tout son zèle à les accomplir. Envoyé vendre à Damas les corbeilles qu'il avait tressées, les insultes et les moqueries de la plèbe étaient pour lui comme un breuvage délicieux dans cette ville où jadis il avait joui des plus grands honneurs. Son obéissance ne le tenait pas seulement à la disposition du moindre signe des supérieurs ; mais, si durs, si insolites que fussent les ordres donnés, il ne se crut jamais permis d'en demander la raison. Dans cet exercice de toutes les vertus, son dévouement à défendre le dogme catholique du culte des saintes Images ne se démentit jamais. Aussi la haine de Constantin Copronyme,
omnes facultates in egenos distribuit, et servos libertate donavit : tum sacra Palaestinae loca peregrinus lustravit, ac demum una cum Cosma institutore suo in lauram sancti Sabbae prope Hierosolymam concessit, ibique presbyter initiatus est.
IN religiosœ vitae palaestra praeclariora virtutum exempla monachis prEebuit, demissionis potissimum et obedientiae. Abjectissimaquaeque cœ- nobii munia veluti sibi propria deposcebat ac sedulo obibat. Contextas a se sportulas venditare Damasci jussus, in ea nimirum civitate ubi olim summis honoribus perfunctus fuerat, irrisiones ac ludibria vulgi avide captabat. Obedientiam adeo coluit, ut non modo ad quemlibet praesidum nutum prœsto esset, sed necausam quidem eorum quae praecipiebantur, quamvis ardua essent et insolita, quœrendam sibi unquam putarit. Inter has virtutum exercitationes, catholicum dogmadesanctarum Imaginum cultu impense tueri numquam destitit. Quare ut ante
Leonis Isaurici, ila postmodum Constantini Copronymi adversum se odia vexationesque provocavit : eo vel magis quod libère arrogantiam imperatorum retunderet, qui fidei negotia pertractare, deque his sententiam arbitratu suo ferre audebant.
MJRUM sane est guam multa tum ad fidem tutandam, tum ad pielatem fovendam, et soluta et adstricta numeris oratione, Joannes elucubraverit, dignus sane qui ab altéra Nicaena synode amplissimis laudibus celebraretur, et ob aureum orationis flumen Chrysorrhoas appellaretur. Neque solum contra Iconomachos o r t h o d oxam fidem défendit ; sed omnes ferme hœreticos, praesertim Accphalos, Monothelitas, Tneopaschitas strenue impugnavit : Ecclesiae jurapotestatemque egregie vindicavit : primatum Principis Apostolorum disertissimis verbis asseruit ; ipsumque ecclesiarum columen, infracJam pctram, orbis terrarum magistrum et moderatorem saepius nominal. Univcrsa autem ejus
comme auparavant celle de I.éon risaurien, le poursuivit-elle de ses vexations ; d autant qu il ne craignait pas de relever l'orgueilleuse prétention de ces empereurs s'estimant maîtres dans les choses de la foi, et s'y posant en juges suprêmes.
COMBIEN, tant en prose qu'envers, Jean composa d'ouvrages pour cette cause de la foi et pour nourrir la piété des peuples, c'est ce qu'on doit certes admirer, comme fit le second conci4e de Nicée qui l'honora des plus grandes louanges, comme l'atteste aussi ce nom de Chrysorrhoès qui lui fut donné pour signifier les flots d'or de ses discours. Ce ne fut pas seulement, en effet, contre les Iconoclastes qu'il défendit l'orthodoxie ; mais presque tous les hérétiques eurent à subir ses coups, spécialement les Acéphales, les Monothélites, ceux qui prétendent que dans le Christ la divinité a souffert. Il vengea noblement les droits et la puissance de l'Eglise, affirma éloquemment la primauté du Prince des Apôtres, qu'il nomme maintes fois le soutien des églises, la pierre infrangible, le maître et le guide de l'univers. Or ses
5. Jean Damascène, Doct. de l'Eglise. 63 j ouvrages sans exception ne brillent pas seulement par la doctrine et la science; on y trouve le parfum d'une dévotion touchante, surtout lorsqu'il célèbre les louanges de la Mère de Dieu, pour laquelle excellaient son culte et son amour. Entre toutes ces gloires, la moindre pour Jean n'est pas d'avoir le premier ramené l'ensemble de la théologie à un ordre logique, et aplani la voie dans laquelle saint Thomas devait traiter de la science sacrée avec une si admirable méthode. Enfin, plein de mérites et chargé d'années, consommé en sainteté, il se reposa dans la paix du Christ vers l'an sept cent cinquante-quatre. Le Souverain Pontife Léon
XIII a accordé à toute l'E- glise d'en célébrer l'Olîice et la Messe sous le titre de Docteur.
scripta non modo eruditione et doctrina prsestantjsed etiam quemdam ingenuae pietatis sensum praeferunt.praecipue cum Genitricis Dei laudes praïdicat. quam singulari cultu et amore prosequebatur. Illud vero maxime in laudem Joannis cedit. quod primus universam theologiam recto ordine comprehenderit , et sancti Thoms viam complanaverit ad sacram doctrinam tam praeclaramethodo tractandam. Tandem vir sanctissimus meritisplenus devexaque jam aetate, in pace Christi quievit anno circiter septingentesimo quinquagesimo quarto. Èjus Ollicium et Missam Léo Decimus tertius Pontifex Maximus, additoDoctoris titulo,universae Ecclesias concessit.
VENGEUR des saintes Images, obtenez-nous, comme le demande l'Eglise S d'imiter les vertus, d'éprouver l'appui de ceux qu'elles représentent. L'image attire notre vénération et notre prière à qui en mérite l'hommage : au Christ roi, aux princes de sa milice, aux plus vaillants de ses soldats, qui sont les Saints; car c'est justice qu'en tout triomphe, le roi partage
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avec son armée ses honneurs i. L'image est le livre de ceux qui ne savent pas lire; souvent les lettrés même profitent plus dans la vue rapide d'un tableau éloquent, qu'ils ne feraient dans la lecture prolongée de nombreux volumes 2. L'artiste chrétien, dans ses travaux, fait acte en même temps de religion et d'apostolat ; aussi ne doit-on pas s'étonner des soulèvements qu'à toutes les époques troublées la haine de l'enfer suscite pour détruire ses œuvres. Avec vous, qui compreniez si bien le motif de cette haine, nous dirons donc :
« Arrière, Satan et ton envie, qui ne peut souffrir de nous laisser voir l'image de notre Seigneur et nous sanctifier dans cette vue ; tu neveux pas que nous contemplions ses souffrances salutaires, que nous admirions sa condescendance, que nous ayons le spectacle de ses miracles pour en prendre occasion de connaître et de louer la puissance de sa divinité. Envieux des Saints et des honneurs qu'ils tiennent de Dieu, tu ne veux pas que nous ayons sous les yeux leur c^loire, de crainte que cette vue ne nous excite à 'imiter leur courage et leur foi ; tu ne supportes pas le secours qui provient à nos corps et à nos âmes delà confiance que nous mettons en eux. Nous ne te suivrons point, démon jaloux, ennemi des hommes 3. »
Soyez bien plutôt notre guide, ô vous que la science sacrée salue comme un de ses premiers ordonnateurs. Connaître, disiez-vous, est de tous les biens le plus précieux *. Et vous
4. Dialectica, I.
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ambitionnez toujours d'amener les intelligences au seul maître exempt de mensonge, au Christ, force et sagesse de Dieu : pour qu'écoutant sa voix dans l'Ecriture, elles aient la vraie science de toutes choses ; pour qu'excluant toutes ténèbres du cœur comme de l'esprit, elles ne s'arrêtent point à la porte extérieure de la vérité, mais parviennent à l'intérieur de la chambre nuptiale i.
Un jour, ô Jean, Marie elle-même prédit ce que seraient votre doctrine et vos œuvres; apparaissant à ce guide de vos premiers pas monastiques auquel vous obéissiez comme à Dieu, elle lui dit : « Permets que la source coule, la source aux eaux limpides et suaves, dont l'abondance parcourra l'univers, dont l'excellence désaltérera les âmes avides de science et de pureté, dont la puissance refoulera les flots de l'hérésie et les changera en merveilleuse douceur. » Et la souveraine des célestes harmonies ajoutait que vous aviez aussi reçu la cithare prophétique et le psaltérion, pour chanter des cantiques nouveaux au Seigneur notre Dieu, des hymnes émules de ceux des Chérubins 2. Car lés tilles de Jérusalem, qui sont les Eglises chantant la mort du Christ et sa résurrection 3, devaient avoir en vous l'un de leurs chefs de chœurs. Des fêtes de l'exil, de la Pâque du temps, conduisez-nous par la mer Rouge et le désert à la fête éternelle, où toute image d'ici-bas s'efface devant les réalités des cieux, où toute science s'évanouit dansla claire vision, où préside Marie, votre inspiratrice aimée, votre reine et la nôtre.