Institutions liturgiques (page 100)
(1) Vere dignum. Cujus Ecclesia sic veris confessoribus falsisque permixta nunc agitur, ut tamen, et fragilitatis humanœ semper cavenda mutatio, et nullius sit desperanda conversio : quo magis supplices te rogamus, ut, quia sine te non potest solida constare devotio, et firmis perseverantiam, et resipiscentiam largiaris infirmis. (Bianchini Proleg, Anastasii, tom. IV, pag. 14, n. 20.)
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tombés, et cette Préface peut-elle appartenir aux jours de la paix ?
Au mois de juillet, dans une fête de martyrs, sans indication de jour, cette autre Préface : « O Dieu ! qui dans votre bonté ramenez fréquemment, pour notre exercice, les fêtes des saints martyrs, afin de nous conduire par cet heureux souvenir, à la constance de la foi et à la persévérance dans votre culte; vous placez pour nous, dans le spectacle de leurs actions, un exemple de cette confession qui assure le salut, et un secours d'abondante protection; par eux vous nous invitez à l'espoir qui nous est promis, en nous manifestant dès cette vie la gloire encore cachée dont ils jouissent (1). » Qui ne voit ici la prière de l'Église implorant pour ses enfants la fidélité jusque dans le martyre?
Plus loin : « Vous donnez, ô Dieu ! cet avantage à votre Eglise dans la commémoration des saints martyrs qu'elle trouve dans leur fête une source d'allégresse, le moyen de s'exercer à l'exemple de leur sainte confession, une protection dans les prières que vous accueillez de sa part (2). »
Ailleurs, le prêtre glorifie le Christ de ce que non « seulement il a supporté la persécution des impies pour le salut du monde, mais a daigné accorder à ses fidèles la
(1) Vere dignum. Qui nos ideo frequentibus sanctorum martyrum festivitatibus benignus exerces, ut ad constantiam fidei, et ad perseverantiam pietatis beata commemoratione perducas : pariter nobis in eorum contemplatione constituens, et salutiferae confessionis exemplum, et copiosae protectionis auxilium; atque ad spem nostra: per eos promissionis invitans, quorum adhuc latentem gloriam, jam tamen etiam in hujus vitae regione manifestas. (Ibid., pag. 2.6, n. 2.)
(2) Vere dignum. Qui sic tribuis Ecclesiam tuara sanctorum martyrum commemoratione proficere, ut eam semper illorum et festivitate lsetifices, et exemplo piœ confessionis exerceas, et grata tibi supplicatione tuearis. (Ibid., pag. 26, n. 4.)
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grâce de devenir ses compagnons dans la Passion, ou du moins dans la Confession (1). »
En la fête de saint Etienne, l'Église d'alors récitait cette prière : « Dieu tout-puissant, qui multipliez les victoires de vos martyrs dans toutes les contrées du monde, donnez-nous de ressentir en tous lieux leur présence (2). »
En la fête de saint Laurent, on lisait cette Préface : « Vous qui êtes la force invincible de tous les Saints, c'est vous qui, au milieu des adversités de ce monde, nous consolez par le triomphe de vos bienheureux martyrs, et nous enflammez par la victoire de saint Laurent, jusqu'à nous faire produire de sublimes exemples de patience (3). »
En la même fête : « Augmentez, Seigneur, en votre peuple, la foi que la solennité du saint martyr Laurent fait naître en lui, afin que nulle adversité, nulle terreur, ne nous arrêtent dans la confession de votre nom, mais que la vue d'un si grand courage soit plutôt pour nous un aiguillon (4). »
En la fête de sainte Cécile, l'oraison suivante atteste la généralité de la persécution. Auteur et distributeur de
(1) Vere dignum. Qui non solum pro salute mundi persecutionem sustinuit impiorum, sed fidelibus suis etiam haec dona concessit, ut ejus fierent, aut passione, aut confessione consortes. (Ibid., n. 5.)
(2) Da, quœsumus, omnipotens Deus ut sicut per cuncta mundi spatia martyrum tuorum facis victorias propagari, sic te auxiliante nobis, eorum sentiamus ubique praesentiam. (Ibid., pag. 35, n. 9.)
(3) Vere dignum. Quoniam tu es omnium Sanctorum insuperabilis fortitudo, qui inter mundanea conversationis adversa, praecipua nos beatorum martyrum glorificatione solaris, et ad sublimia exempla patientiae, triumpho nos sancti Laurentii, quem hodie celebramus, accendis. (Ibid. pag. 37, n. 3.)
(4) Auge, quaesumus, Domine, fidem poputi tui, de sancti Laurentii martyris festivitate conceptam : ut ad confessionem tui nominis nullis properare terreamur adversis, sed tantas virtutis intuitu potius incitemur. (Ibid., n. 11.)
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tous les biens, ô Dieu qui voulant appeler le genre humain tout entier à la confession de votre nom, avez produit l'exemple du martyre jusque dans un sexe fragile; faites que votre Eglise, instruite par cet exemple, ne craigne pas de souffrir pour vous, et désire avec ardeur la gloire des récompenses célestes (1). »
Nous nous bornons à ces quelques traits que nous nous pourrions multiplier facilement ; on ne les retrouve plus dans le Sacramentaire de saint Grégoire, ni même dans celui de saint Gélase; naturellement, ils durent disparaître des livres liturgiques, à mesure que l'Église avançait dans l'ère de la paix. La forme de ces Oraisons et de ces Préfaces, leur multiplicité, en même temps qu'elles nous prouvent l'ancienneté des usages que nous gardons aujourd'hui, démontrent jusqu'à l'évidence l'impossibilité de confier uniquement à la mémoire un nombre aussi considérable de détails.
Au reste, quand nous ne trouverions pas dans cet ancien Sacramentaire la preuve matérielle de l'existence d'un grand nombre de textes liturgiques sous la forme et dans le style caractéristiques du Missel romain, et qui se rapportent évidemment à l'époque des persécutions, un œil exercé dans l'appréciation de la latinité chrétienne, découvrirait facilement, dans les anciens Sacramentaires qui ont servi de base à ce Missel, une foule de passages dont la diction nous transporte d'elle-même aux siècles qui ont précédé la paix de l'Église. Ce n'est pas ici le lieu de placer ces sortes d'études; l'occasion s'en présentera plus tard. Mais qu'il nous soit permis d'alléguer, en faveur de notre sentiment en cette matière, l'autorité d'un homme
(1) Bonorum omnium Deus auctor atque largitor, qui, ut humanum genus ad confessionem tui nominis provocares etiam in fragili perfecisti conditione martyrium, praesta, quaesumus, ut Ecclesia, tua, hoc exemplo commonita, nec pati pro te metuat, et cœlestis praemii gloriam concupiscat. (Ibid., pag. 51, n. 2.)
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profondément versé dans la littérature chrétienne, et qui ne saurait être suspect à personne, le P. Morin, de l'Oratoire. Dans son grand traité de Pœnitentia, ayant à apprécier l'époque de certaines oraisons usitées dans les anciens Sacramentaires, pour l'imposition de la pénitence, il s'exprime ainsi : « Les termes, la phrase, le style des oraisons et autres rites principaux qu'on trouve dans ces Sacramentaires, attestent évidemment un temps beaucoup plus ancien, et ne peuvent être postérieurs aux papes Sylvestre et Jules, ainsi que nous l'avons déjà remarqué. Si même nous ne voulons pas déguiser la vérité, ce que ces formules rituelles renferment de principal, sent tout à fait, quant à la phrase et au style, les temps qui ont précédé l'empire de Constantin (1). »
Nous voici donc arrivés, en descendant, jusqu'au III° siècle, et nous avons encore d'autres arguments à produire. En 261, Paul de Samosate, évêque d'Antioche, ennemi de la divinité du Verbe, est condamné par un concile tenu dans sa ville épiscopale. Entre autres charges qui pèsent sur lui, et qui sont énumérées dans la lettre synodale dont Eusèbe rapporte des fragments, on lui reproche d'avoir « aboli les Cantiques qu'on avait coutume de chanter en l'honneur du Seigneur Jésus-Christ, sous prétexte qu'ils étaient nouveaux, et composés par des hommes qui avaient vécu à une époque récente (1).»
(1) Deinde orationum, aliorumque rituum praecipuorum qui in iis enarrantur verba, phrasis, stylus, tempus longe antiquius evidentissime demonstrant; nec possunt esse Sylvestro Julioque Pontificibus posteriora, ut jam a nobis adnotatum est. Sane si verum diffiteri nolimus, id quod est in illis ritibus potissimum, ut ex phrasi, styloque manifestum est, sapit omnino tempora quae imperatorem Constantinum prœcesserunt. (De disciplina in administratione sacramenti Pœnitentiœ. Lib. IX, cap. XXX, pag. 695.)
(1) Quin etiam psalmos in honorem Domini Jesu Christi cani solitos, quasi novellos, et ab recentioribus hominibus compositos abolevit. (Apud Euseb., lib. VII, cap. XXX.)
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Ces chants liturgiques n'étaient-ils donc écrits nulle part? et si le peuple les exécutait en choeur avec les prêtres, faut-il croire que défense était faite de les avoir par écrit?
Saint Grégoire le Thaumaturge, évêque de Néocésarée, assistait à ce concile d'Antioche, et mourut peu après. Il gouvernait son Eglise depuis l'an 232, et il avait composé pour elle une Liturgie. L'Église de Néocésarée conserva si fidèlement les formules sacrées que son saint évêque avait rédigées, que, dans le IV° siècle, saint Basile en appelait aux paroles de cette Liturgie, pour attester la foi de saint Grégoire dans la divinité du Saint-Esprit. « Les Églises de cette contrée, dit-il, n'ont voulu ajouter ni une seule action, ni une seule parole, ni un seul rite mystique, à la forme qu'il leur a laissée. C'est ce qui fait que beaucoup de leurs usages semblent imparfaits aujourd'hui, par suite de l'ancienneté de leur institution. Les évêques qui lui ont succédé dans le gouvernement de ces Églises, n'ont voulu admettre jusqu'ici aucune des formes qui ont été instituées depuis lui (1). » Or, comment cette Liturgie eût-elle pu se maintenir ainsi sans alliage, dans plusieurs Églises de Cappadoce, pendant un siècle, si elle n'eût pas été écrite ? Cette exemption de toute addition, comme de toute altération, ne montre-t-elle pas jusqu'à l'évidence que le saint évêque avait confié son œuvre à l'écriture, et que ce texte était souvent consulté, pour arrêter l'esprit de changement et de nouveauté ?
Il en est donc de la Liturgie de saint Grégoire le Thaumaturge, comme de cette célèbre exposition de foi qu'il
(1) Itaque non factum aliquod, non dictum, non ritum ullum mysticum ultra quam ille reliquit, ecclesiœ adjecerunt; quapropter etiam multa ex his quœ apud illos aguntur, imperfecta esse videntur, propter institutionis antiquitatem. Nam qui in ecclesiarum administrationem successerant, nihil ex his qua; post illum excogitata sunt, loco additamenti voluerunt recipere. (De Spiritu sancto, cap. XXIX, n. 74.)
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reçut dans une vision, des mains de saint Jean l'Évangéliste, qui lui était apparu avec la sainte Vierge. Cette exposition de foi, trop oubliée aujourd'hui, était écrite aussi, et se gardait dans le trésor de l'Église de Néocésarée ; cependant il y a bien des siècles que le souvenir s'en fût perdu, si saint Grégoire de Nysse n'eût pris la peine de nous en transmettre une copie.
Vers 220, florissait le grand docteur saint Hippolyte, évêque et martyr. Sur la liste imposante de ses écrits, que porte encore gravée sa chaire de marbre, contemporaine, que l'on conserve dans la bibliothèque du Vatican, on lit ces paroles :
qu'on a traduit : de Donis, ou Muneribus ecclesiasticis apostolica traditio. Il suffit en effet de se rappeler le sens donné au mot Xapismata dans saint Paul, et dans les auteurs de la plus haute tradition, pour comprendre qu'il est ici question d'un livre sur les mystères, dans lequel se trouvaient rassemblées les traditions apostoliques qui en concernent la célébration (1). C'est ce qui a porté plusieurs érudits à regarder saint Hippolyte comme le collecteur des Constitutions apostoliques dont nous avons parlé plus haut. Albert Fabricius n'a pas fait difficulté d'insérer ces Constitutions, dont le VII° et le VIII° livre ne sont pour ainsi dire qu'un recueil de formules liturgiques, dans son édition de saint Hippolyte. Il l'a fait d'après un manuscrit de la Bibliothèque impériale de Vienne, et d'après un autre d'Oxford. Quoi qu'il en soit, que saint Hippolyte ait rédigé lui-même des formules pour l'administration des dons célestes, ou qu'il les ait
(1) Cave., Hist. litter., tom. I. Sœculmn Novatianum, pag. 106.
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seulement compilées d'après la tradition apostolique, nous lisons sur le même marbre qui nous a fourni l'indication que nous venons de recueillir, la désignation d'un autre travail qui semble aussi appartenir à la Liturgie :
paroles qu'on explique ainsi : Odœ in diversas Scripturae partes. Ces chants ne semblent-ils pas assez clairement destinés au service divin ?
Au milieu du second siècle vivait le philosophe Celse, qui écrivit contre le christianisme, et fut réfuté dans la suite, avec tant de logique et de vigueur, par Origène. Il existait des livres liturgiques écrits, dès le temps de c l'astucieux épicurien dont nous ne possédons plus l'ouvrage que par fragments. En effet, il dit « avoir vu entre les mains de certains prêtres chrétiens des livres barbares, dans lesquels il était question des noms et des prestiges des démons (1). » Il est évident que le philosophe fait ici allusion aux formules d'exorcismes employées sur les catéchumènes et sur les possédés. Origène, dans sa réponse, ne conteste pas l'existence de ces livres entre les mains des prêtres, mais se contente de répondre que, protégés par leurs prières, les chrétiens sont plus forts que les magiciens et les démons (2).
Nous approchons maintenant de l'époque apostolique, et nous convenons volontiers que les arguments positifs nous manquent désormais pour démontrer l'existence de livres liturgiques ; mais la pénurie des monuments se fait sentir pour d'autres questions bien autrement importantes que celles dont nous traitons en ce moment.
(1) Vidisse se apud quosdam nostrae religionis presbyteros libros barbares, in quibus dœmonum nomina et prœstigia videbantur. (Origenes contra Celsum, lib. VI, n. 40.)
(2) Ibid.
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Nous voici du moins fort loin du V° siècle et fort près des Apôtres ; c'est tout ce que nous avons prétendu dans cette excursion. Toutefois, nous enregistrerons encore trois témoignages dont la valeur n'est sans doute qu'indirecte, mais qui ne laissent pas d'avoir quelque poids dans ces temps primitifs : ils prouvent du moins qu'il y avait dès lors des prières fixes pour la Liturgie.
Le premier de ces témoins que nous produirons est le philosophe Lucien, qui vivait au 11e siècle. Dans le dialogue Philopatris qu'on lui a quelquefois contesté, mais pour le remonter jusqu'au premier siècle du christianisme, entre autres diatribes sur la nouvelle religion, l'auteur lance ses sarcasmes sur les prières liturgiques. Un des interlocuteurs décrit une assemblée chrétienne, et, après divers détails, il mentionne une des prières qu'on y prononçait. Cette prière commençait par le nom du Père, et finissait par un chant dans lequel on récitait un grand nombre de noms (1). Il est facile de reconnaître dans ces paroles une allusion aux formes de la Liturgie primitive, qui s'ouvrait par l'Oraison dominicale, et se terminait par ces longues prières dans lesquelles on récitait les noms de ceux pour lesquels on offrait. Voilà bien, sans doute, un ordre fixe, une stabilité de formules, une publicité de rites dont la première condition était de reposer sur un texte précis.
Dans les premières années du II° siècle, Pline le Jeune, gouverneur de Bithynie, écrit à Trajan pour l'engager à modérer la persécution. Décrivant les réunions religieuses des chrétiens, il dit à l'empereur qu'ils ont coutume de s'assembler à jour fixe, avant le lever du jour, et qu'ils chantent ensemble des hymnes au Christ, comme
(1) Precationem incipientem a Patre, et in hymno multorum nominum finientem. (Paroles de Tryphon,vers la fin du dialogue.)
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à un Dieu (1). Cette expression carmen dicere, au jugement de Vossius et de Brisson qui en citent de nombreux exemples, signifie des chants solennels et exécutés avec ordre. Ainsi, la gravité des prières qui se récitaient dans les assemblées chrétiennes était arrivée à la connaissance de Pline. Ne devons-nous pas voir encore dans ce fait l'existence de formes positives, selon lesquelles ces prières étaient composées et exécutées ?
Enfin, le plus illustre martyr de la persécution que Pline engageait Trajan à modérer, saint Ignace, second successeur de saint Pierre sur le siège d'Antioche, dans sa lettre à l'Église de Magnésie, parle des assemblées saintes de manière à faire comprendre que de bonne heure toutes les mesures ont dû être prises par les évêques, pour donner aux prières de l'Église l'ordre et la décence qu'elles exigent : « Ne jugez conforme à la raison, dit-il, que ce qui aura été ordonné par l'évêque... Réunissez-vous pour prier dans le même lieu ; que la prière soit commune (2). » Et comment cette prière eût-elle pu être commune, si sa composition eût été remise aux hasards plus ou moins surnaturels de l'improvisation du pontife ou du prêtre ?
Tout le monde est en état de comprendre qu'il n'y a pas loin d'une forme liturgique déterminée à une forme liturgique écrite ; nous arrêterons donc ici nos investigations pour la recherche des livres liturgiques dans les quatre premiers siècles : c'est au lecteur à juger de leur résultat. Nous lui devons maintenant l'exposé des objections de nos adversaires, en observant toutefois préalablement
(1) Soliti statuto die ante lucem convenire, carmenque Christo, quasi Deo, dicere secum invicem. (Lib. X, ep. XCVII.)
(2) Ne quidquam videatur vobis rationi consentaneum, praeter episcopi judicium... Omnes ad orandum in eumdem convenite : sit una communis precatio. (Ad Magnesianos, n. VII.)
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que des difficultés négatives ne peuvent rien contre des faits.
Le P. Le Brun et le P. Pien se fondent sur ce que Tertullien, dans le livre de Corona militis, affirme que nous ne connaissons que par une tradition non écrite les formules des sacrements et la manière de les administrer. Il énumère divers rites, et conclut ainsi : « Si vous de mandez une loi écrite pour ces pratiques, et pour plu sieurs autres, vous n'en trouverez point : c'est la tradition qui vous fournit ce supplément, la coutume qui le confirme, la foi qui le fait observer (1). » Donc, concluent ces deux savants auteurs, il n'y avait pas de livres liturgiques écrits ; autrement Tertullien les aurait cités.
A cela nous répondons que le terme de loi écrite, employé ici par Tertullien n'a point le sens de formules liturgiques consignées sur le papier. Toute son argumentation nous prouve évidemment qu'il traite, dans ce passage, de la tradition par comparaison avec l’Écriture sainte. La Liturgie écrite ou non écrite est toujours la simple tradition, ses formules ne sont pas inspirées, et le raisonnement de Tertullien reste debout, quand bien même les Liturgies de cette époque eussent été écrites.
Nos adversaires ajoutent : « Saint Cyprien voulant prouver contre les Aquariens que l'on doit employer du vin et non de l'eau seulement pour le saint Sacrifice, mais que le vin doit être mêlé d'eau dans le calice, n'invoque d'autre autorité que la loi évangélique et la tradition du Seigneur (2). S'il eût existé une Liturgie écrite, assurément saint Cyprien l'eût appelée en témoignage. »
(1) Harum et aliarum ejusmodi disciplinarum, si legem expostules scripturarum, nullam inventes : traditio tibi prtetendetur auctrix, consuetudo confirmatrix,et fides observatrix. (Tertul. de Coron. milit., n. 4.)
(2) Ut ubique lex evangelica, et traditio dominica servetur. (Epist. LXIII, ad Cœcilium.)
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Cette difficulté ne saurait être sérieuse. Saint Cyprien en appelle, il est vrai, à la tradition ; mais il ne dit pas que cette tradition ne fût pas écrite. Eût-elle été consignée dans quelque livre liturgique conservé dans l'archive de l'Église de Carthage, elle ne perdait pas pour cela sa qualité de tradition, et pouvait tout aussi légitimement être alléguée que si elle fût restée purement orale.
L'argument tiré de saint Basile n'est pas plus redoutable, quoiqu'il offre une apparence plus spécieuse. Voici les paroles du saint Docteur : « Quel est celui des Saints qui nous a laissé par écrit les paroles d'invocation qui se prononcent quand on offre le pain de l'eucharistie et le calice de bénédiction ? Nous ne nous contentons pas de ce que rapporte l’Apôtre ou l'Évangile; mais nous récitons, avant et après, d'autres paroles, comme ayant beaucoup d'importance pour le mystère, et ces paroles, nous les avons reçues de la tradition, sans écriture. Nous consacrons l'eau du baptême, l'huile de l'onction, et celui-là même qui vient d'être baptisé : où est-ce écrit ? Ces rites ne viennent-ils pas d'une tradition silencieuse et secrète ? L'onction avec l'huile, quel passage écrit nous l'a enseigné ? De faire trois immersions, dans quel endroit de l'Ecriture l'avons-nous appris ? Les autres choses qui se font au baptême , comme de renoncer à Satan et à ses anges, où trouvons-nous cela écrit? Ne le tenons-nous pas de cette tradition non publiée et secrète, de cette doctrine que nos pères ont garantie par le silence et la discrétion (1) ? »
Nous convenons volontiers que ce passage de saint
(1) Invocationis verba, cum conficitur panis Eucharistiae et poculum benedictionis, quis Sanctorum in scripto nobis reliquit ? Nec enim his contenti sumus, quœ memorat Apostolus aut Evangelium : verum alia quoque et ante et post dicimus, tanquam multum habentia momenti ad mysterium, quas ex traditione citra scriptum accepimus. Consecramus autem aquam baptismatis, et oleum unctionis, praeterea ipsum qui baptismum accipit, ex quibus scriptis ? Nonne a tacita secretaque traditione ? Ipsam porro olei inunctionem, quis sermo scripto proditus docuit; Jam ter immergi hominem, unde ex Scriptura haustum ? Reliqua item quae fiunt in baptismo, velut renuntiare Satanae, et angelis ejus, ex qua Scriptura habemus ? Nonne ex minime publicata et arcana hac traditione ? Nonne ex doctrina, quam patres nostri silentio quieto, minimeque curioso, servarunt ? (De Spiritu sancto, cap. XXVII.)
Nous avons transcrit ici le texte d'après la version de Fronton du Duc, telle que la donne le P. Pien. Si le docte jésuite eût pu jouir de l'édition de Dom Garnier, nous ne doutons pas qu'il ne se fût rendu à l'évidence des raisons que donne le Bénédictin, dans sa note sur l'article 66 du même chapitre de saint Basile. Il y démontre par des citations irrécusables du saint Docteur qu'il n'a jamais employé le mot agrapha (non scripta) que par opposition aux saintes Écritures, et conclut ainsi : Frustra ergo sententiœ suce praesidium a Basilio petunt, qui preces Liturgies sero admodum contendunt litteris mandatas fuisse.
es Ariens se plaignent, dans saint Athanase (de decretis Nicœnce Synodi) que les Pères de Nicée aient employé dans le Symbole des termes non écrits, agraphous lexeis : on ne dira pas que le Symbole de Nicée n'ait pas été écrit dans le concile. On pourrait citer sur le sens de ce mot d'innombrables exemples dans les Pères grecs du IV° siècle.
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Basile est admirable pour prouver l'existence d'une tradition divine et apostolique qui complète l'enseignement des Écritures sur le Sacrifice et les Sacrements ; mais il ne prouve aucunement que ces traditions, qui ne nous ont point été laissées écrites par les Saints, c'est-à-dire par les écrivains sacrés, n'aient pas été écrites depuis, et cela sans perdre leur qualité traditionnelle. Aujourd'hui que les missels et les rituels existent imprimés de toutes parts, nous sommes à même de tenir le même langage. Quant au secret qui environnait du temps de saint Basile les formules liturgiques et les isolait du contact vulgaire, il existait encore en France, il y a trois siècles. Jusqu'à cette époque le Canon de la messe n'était jamais mis entre les mains des simples fidèles ; bien moins encore eût-on osé le traduire en langue vulgaire. Saint Basile eût pu, dire alors au milieu de nous ce qu'il disait dans Césarée. Cependant, il y avait plus de mille ans, de l'aveu des Pères Pien et Le Brun, que les Liturgies étaient écrites, et cent ans qu'elles étaient imprimées.
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Comment les Liturgies auraient-elles été écrites, disent encore nos savants adversaires, quand le Symbole des Apôtres lui-même ne Tétait pas encore ? Saint Jérôme l'atteste positivement quand il dit : « Le Symbole de notre foi et de notre espérance, qui nous a été donné par les Apôtres, ne s'écrit point par l'encre et sur le papier; mais c'est sur les tablettes vivantes de notre cœur que se trouve consignée cette formule dans laquelle tout le mystère du dogme, qui commence par la confession de la Trinité et vient ensuite à l'unité de l'Église, se conclut par la Résurrection de la chair (1). » Saint Augustin s'exprime avec non moins de force Chaque jour récitez le Symbole en votre particulier : personne ne l'écrit pour le lire ; on ne l'écrit que pour le repasser, dans la crainte que l'oubli n'efface ce que l'application a fait retenir. Que votre mémoire vous serve donc de livre (2). »
On pourrait d'abord faire observer que la brièveté du Symbole des Apôtres n'a aucune proportion avec la longueur des formules liturgiques de la messe et des Sacrements. Le premier pouvait être simplement confié à la mémoire, sans qu'il s'ensuive pour cela que les secondes dussent absolument demeurer soumises au même péril d'altération. Mais si on examine la portée des paroles de ces deux saints docteurs, on y trouve tout autre chose que ce que nos deux savants liturgistes y ont vu. Il est évident que saint Jérôme fait allusion aux paroles de saint