Institutions liturgiques (page 118)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Mais l'écriture des nations européennes avait encore à subir une variation, pour arriver à cette sorte d'uniformité qu'elle conserva jusqu'au jour où Part typographique ramena sans retour l'antique et noble caractère romain. La minuscule Caroline exigeait une main trop légère pour garder longtemps sa prérogative, dans des siècles aussi peu préoccupés de l'élégance que le X° et le XI°. La plume des calligraphies se mit à la recherche d'un mode d'écriture dont la régularité facile, la liaison compacte, l'harmonie un peu monotone, présentassent un rapport permanent avec cette fixité que le génie de la scolastique imprimait à tous les travaux de l'intelligence. La gothique se forma peu à peu, et, au fond, elle n'était qu'une dégénération de la minuscule romaine, mais devenue massive, serrée, pleine de traits anguleux, et relevée par des majuscules empruntées de l'onciale, ainsi que nous venons de le dire, de la capitale, et même de

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la minuscule romaine ; mais avec une  bizarrerie et un caprice qui ne rentrent dans aucune règle.

La Liturgie paraît avoir adopté de bonne heure ce genre d'écriture dont le règne commence au XII° siècle, et devient décisif au XIII°. Dès le XI°,  on en observe le principe très marqué sur l'Evangéliaire de l'abbaye de Nieder-Altach, maintenant à la Bibliothèque de Munich. La gravité incontestable de l'écriture gothique lui assurait pour de longs siècles la possession des livres de la Liturgie, et l'on peut affirmer que les manuscrits les plus remarquables de ce caractère, du XIII° au XV° siècle, sont ceux que la piété de nos pères consacra au culte divin. Il est inutile d'en alléguer ici des exemples ; les bibliothèques de l'Europe entière en sont remplies. Nous signalerons seulement deux particularités de l'écriture gothique dans ses rapports avec les livres de la Liturgie. Nous avons dit que généralement elle y apparaît avec une certaine majesté ; mais tantôt il arrive que le calligraphie procède par traits massifs, formant ses lettres presque rondes, comme l'onciale; ce qui donne une gravité imposante à son œuvre (1) ; tantôt la plume du copiste, gênée par le défaut d'espace, serre l'écriture qui devient alors svelte et pressée, et par là même d'une lecture moins expéditive pour l'œil qui n'est pas exercé. Cette particularité se rencontre principalement sur la plupart des bréviaires des XIV° et XV° siècles, qui sont du format in-8°, ou au-dessous. On connaît d'ailleurs les variations qu'a subies l'écriture gothique, sans perdre son caractère général; elles se reproduisent dans les livres liturgiques, mais sans leur enlever jamais ce cachet spécial de dignité que nous tenons par-dessus tout à constater, dans toute la durée de la période qui fait l'objet de ce chapitre.

(1) On peut voir, entre beaucoup d'autres du même genre, le beau Missel de Clément VII, à la Bibliothèque d'Avignon, et certains livres de chœur du plus grand format.

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Après avoir parlé de l'écriture employée dans les livres  de la Liturgie, et réservant pour le moment tout ce qui a rapport à leur ornementation, il est à propos de dire quelque chose du grand nombre de ces livres, à l'époque qui précéda l'invention de l'imprimerie. Ce serait se faire une idée très fausse que de juger du nombre des manuscrits liturgiques répandus dans l'Eglise, depuis l'origine du christianisme, par les quelques exemplaires qui nous sont restés de ceux qui furent écrits avant le XIII° siècle ; car, depuis cette époque, on en a conservé une assez grande quantité, pour être en mesure d'affirmer qu'ils furent dès lors très multipliés. Mais pour peu que l'on considère les nécessités du service divin dans chaque église ou monastère, il est aisé de se faire une idée de la multitude des livres liturgiques qui ont dû exister, à chaque période, sur toute l'étendue de la société chrétienne. Nous avons démontré que les textes liturgiques avaient été confiés à l'écriture bien avant la paix de Constantin; les mêmes arguments que nous avons employés servent à prouver que, surtout depuis cette époque où le culte put s'exercer avec une liberté et une splendeur toujours croissantes, les livres du service divin durent exister en nombre de plus en plus considérable.

On sent aisément qu'il était impossible de célébrer le sacrifice, sans avoir à sa disposition le sacramentaire qui contenait le canon, les oraisons et les préfaces ; ' l'évangéliaire et l'épistolaire où le diacre et le sous-diacre faisaient, du haut de l'ambon, les lectures marquées ; l'antiphonaire où le choeur trouvait les chants dont il devait accompagner l'action du pontife ou du prêtre. Les missels pléniers, qui ne vinrent que plusieurs siècles après saint Grégoire, réunissaient tous ces différents textes ; mais, alors, la célébration privée de la messe tendait à devenir journalière, et le besoin de multiplier ces missels complets en résultait naturellement.

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Pour la célébration de l'office divin, il fallait réunir au Psautier indispensable, l’Hymnaire, l'Antiphonaire ou Responsorial, le Lectionnaire, l'Homéliaire et le Passionnai. Il est vrai que, vers le XI° siècle, on commença à rédiger le plenarium de l'office, comme on avait déjà compilé celui delà messe, afin d'aider ceux qui, n'ayant pas assisté au chœur, devaient réciter les Heures en leur particulier ; mais cette nouvelle forme donnée aux livres liturgiques nécessitait à son tour un nombre d'autant plus grand de ces livres auxquels on donna de bonne heure le nom de Bréviaire, parce qu'ils contenaient comme en abrégé, dans leur format réduit, l'ensemble des offices qui ne pouvaient s'accomplir à l'Église qu'à la condition de réunir tous les livres spéciaux que nous avons énumérés.

En dehors de l'office et de la messe, la Liturgie réclamait encore dans chaque église d'autres livres : le recueil des rites et des formules pour l'administration des sacrements et pour les bénédictions ; le Martyrologe, quelquefois le Nécrologe, sans parler des diverses subdivisions des livres ordinaires, lesquelles produisirent les Bénédictionnaux, les Collectaires, les Exultet, etc. On voit que nulle classe de manuscrits ne pouvait lutter en nombre avec les livres liturgiques qui tendaient à devenir plus répandus encore, à mesure que la foi chrétienne s'étendait dans le Nord, et que l'on fondait de nouvelles églises et de nouveaux monastères. Mais ce qui contribua le plus à les multiplier au delà de toute proportion, fut la diminution de ce zèle envers le service divin qui s'était perpétué jusqu'au XI° siècle, et qui fit place, chez les clercs, à l'usage de réciter les Heures en particulier. Déjà la vie nomade des missionnaires avait pu amener la nécessité de livres portatifs et complets pour le service divin ; au XIII° siècle, la fondation des ordres mendiants dont les membres étaient sans cesse en mouvement pour la prédication

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et les œuvres  du  ministère apostolique,  rendit indispensables ces livres d'un transport facile.  L'usage s'en étendit bientôt aux bénéficiers chargés de célébrer au  chœur l'office divin et aux moines eux-mêmes, sans que pour cela  les grands et  magnifiques  volumes dont  la réunion  était nécessaire pour  l'accomplissement   de   la Liturgie disparussent du sanctuaire. On vit les bréviaires se produire de toutes parts, non seulement pour l'usage romain, non seulement pour chaque diocèse, mais souvent même pour chaque  église séculière ou régulière où l'on célébrait l'office entier au chœur.

L'ingénieuse habileté des calligraphies réussit à satisfaire tous les besoins, et les bibliothèques conservent encore quelques manuscrits dans lesquels de véritables tours de force ont été réalisés pour réduire à l'usage des voyageurs toute la Liturgie de l'office divin sous une forme aussi exiguë et aussi commode que possible (1).

(1) Nous devons mentionner ici l'intéressante dissertation publiée par M. Ph. Guignard, archiviste du département de l'Aube, sur un manuscrit de la Bibliothèque publique de Dijon, désigné vulgairement sous le nom de Bréviaire de Saint-Bernard. Ce curieux manuscrit, qui n'a jamais eu aucun rapport avec le saint abbé de Clairvaux, puisqu'il n'a pas été écrit avant 1498, comme nous l'apprend une note du copiste, donne une idée des procédés qu'employait l'industrie des moines pour rendre portative, dans de longs voyages, la liturgie de l'office divin. Trente-six feuillets de parchemin, qui ont à peine trois pouces en hauteur et en largeur, contiennent presque tout le Propre du Temps, et sont réunis au moyen d'un mécanisme ingénieux. Nous renvoyons pour la description de ce singulier manuscrit à la brochure de notre honorable ami M. Ph. Guignard, qui a traité la matière avec le sérieux et la sagacité qu'il sait mettre dans ses travaux d'archéologie. Deux planches avec indications aident le lecteur à comprendre le système très compliqué employé par le copiste pour rendre son œuvre aussi commode dans l'usage que pouvait le comporter le format si exigu qu'il a choisi. Le P. Meglinger, moine de Maristelle, au diocèse de Constance, dans son Iter Cisterciense, publié vers 1667, parle de ces sortes de bréviaires d'un format exigu qu'il avait vus à Cîteaux. Dom Mabillon fait aussi mention, dans sa Liturgia Gallicana, de deux qu'il trouva dans le trésor de la même abbaye, et qui étaient probablement ceux dont parle le P. Meglinger. Enfin, Dom Martène, au siècle suivant, les retrouva encore, et il en parle dans son Voyage littéraire. Aucun de ces auteurs, selon la remarque qu'en fait M. Ph. Guignard, ne dit qu'on eût alors la prétention de posséder à Cîteaux un Bréviaire à l'usage de saint Bernard, et cette tradition ne pouvait pas être plus mal appliquée qu'elle ne l'a été, puisqu'on a voulu la faire reposer sur un manuscrit de la fin du XV° siècle.

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Il n'y avait que les clercs tout à fait pauvres qui, n'étant pas en mesure de faire les frais d'un bréviaire, étaient réduits à recourir à la charité publique pour réciter leurs Heures ; encore cette nécessité qu'il fallait bien satisfaire, amenait-elle la création de nouveaux exemplaires de ce livre, indispensable à ceux qui ne fréquentaient pas le chœur. On établissait ce bréviaire public, qui était toujours d'un grand format, dans un lieu accessible de l'église; il était garanti par un grillage en fer, les clercs qui voulaient réciter leur office se rangeaient autour, et cédaient ensuite la place à d'autres. Des fondations pieuses garantissaient quelquefois la permanence de ce secours offert aux besoins de la prière ecclésiastique. Un monument précieux s'en est conservé dans la cathédrale du Mans. Sur le mur extérieur du chœur, près du transept méridional, on voit encore une niche inclinée en forme de pupitre, taillée dans la pierre, et autour de laquelle sont restés visibles les trous destinés à recevoir les barres de fer qui protégeaient le livre. L'inscription suivante indique la destination de la niche :

Magister guills tebardi huius ecce canonicus

dedit istud breviarium p usu indigentium

Orate Deum pro eo.

Les livres liturgiques se trouvaient  donc en nombre ] très considérable, tant dans les  églises que dans les demeures des particuliers, avant  que l'imprimerie eût été chargée du soin de les répandre. On doit même   ajouter

qu'ils comptaient  toujours   au  rang  des objets les plus

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précieux. D'abord, leur destination, les paroles et les rites sacrés dont ils étaient dépositaires, leur assuraient d'avance un respect universel ; la beauté, la richesse de leur exécution, achevaient de les recommander à la vénération générale. Les églises et les monastères considéraient ces livres comme un de leurs plus précieux trésors ; les empereurs, les rois, les princes n'avaient pas, pour ainsi dire, de plus riche offrande à présenter à l'autel dans les basiliques dont ils honoraient le plus la sainteté, que ces évangéliaires, ces sacrementaires, auxquels leur nom demeurait attaché pour jamais. Charlemagne envoyait à saint Adrien Ier un psautier que sa magnificence rendait digne de l'un et de l'autre, et quant aux chapelles impériales et royales, on ne saurait décrire le nombre et la splendeur des livres liturgiques que la piété des princes y avait accumulés (1). On peut s'en faire une idée en parcourant le testament par lequel, au IX° siècle, Evrard, comte de Frioul, énumère les livres liturgiques de sa chapelle, en les partageant entre ses enfants.

Ainsi, après avoir dit qu'il lègue à Unroch, son fils aîné, épée, baudrier, vêtements précieux, il arrive au mobilier de la chapelle, et il donne entre autres choses à son fils un évangéliaire orné d'or, un missel orné d'or et d'argent, et un actionnaire de même parure ; » à son second fils, Bérenger, après le détail des armures et autres objets qu'il lui lègue, Evrard mentionne un

(1) C'est cet amour du beau dans les livres de la prière qui produisit ces nombreuses et splendides Heures pour l'usage des princes, dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre. Nous avons dit pourquoi nous ne les faisions pas entrer dans la classe des livres liturgiques proprement dits. Mais ce serait la matière d'un ouvrage du plus haut intérêt que d'entreprendre la description des livres d'Heures à l'usage des empereurs, des rois, des princes et princesses, qui subsistent encore aujourd'hui dans les diverses bibliothèques de l'Europe et dans les collections particulières. La série commencerait à Charlemagne et se poursuivrait aisément jusqu'au XVI° et au XVII° siècle.

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évangéliaire couvert en ivoire, un lectionnaire, un missel, un antiphonaire relié de même. » Adalard, troisième fils du comte, reçoit à son tour un évangéliaire orné en argent. »

Le comte fait ensuite le partage de sa bibliothèque, et parmi les livres qu'il énumère et dont il dispose, il lègue à Unroch « un psautier double, Psalterium nostrum duplum ; » à Bérenger, un autre psautier écrit en lettres d'or ; » à Adalard, un troisième Psautier » que le comte dit avoir été à son usage particulier; à Rodulfe, un missel quotidien ; » à Heilvinch un missel, un passionnai, un livre des Oraisons avec les Psaumes, et un autre livre des Oraisons (1). »

Quand on se rappelle l'extrême abondance des livres liturgiques aux diverses époques, on est centriste lorsque, faisant ensuite la revue des bibliothèques les j plus riches en manuscrits, on les trouve toutes si pauvres en ce genre de livres, surtout pour les dix premiers siècles. Ainsi, pour la Liturgie romaine, c'est en vain que l'on chercherait à Rome même un Sacramentaire grégorien du VIII° siècle ; c'est au IXe seulement, que remontent ceux à l'aide desquels on peut refaire l'ancien texte de saint Grégoire. Le Sacramentaire de saint Gélase repose jusqu'ici sur un manuscrit unique du VII° siècle. Celui qu'on appelle le Léonien est unique aussi; encore le codex est-il mutilé. Le plus ancien antiphonaire pour l'office est du IX° siècle ; celui de la messe est un peu plus ancien, il est vrai, sur les manuscrits de Monza et de Saint-Gall. On sait que les ordres romains donnés par D. Mabillon avec tant de soin l'ont été sur des manuscrits d'une extrême rareté, et dont la série a bien de la peine à remonter au VII° siècle.

(1) Voir, à la fin du chapitre, le codicille tout entier, dont le détail est très important pour la science liturgique, non seulement parce qu'on y trouve les livres que nous venons d'énumérer, mais parce qu'il fait connaître le mobilier de la chapelle particulière d'un prince au IX° siècle.

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La pénurie des anciens exemplaires, si sensible pour les manuscrits  de   la   Liturgie   romaine,   Test   davantage encore pour les  livres des autres  Eglises. La Liturgie ambrosienne   et  la   gothique    n'en   possèdent pas  un corps complet qui soit antérieur au X° siècle, et pour la  gallicane, s'il a été possible de recueillir quelques missels , plus ou moins incomplets du VII° siècle, et un lectionnaire, les  livres de l'office manquent  absolument.  La même disette se fait sentir pour nos plus illustres Églises. Celle de Lyon, par exemple, si fidèle à ses anciens usages, n'est en mesure de produire aucun exemplaire de ses livres liturgiques  qui   remonte  seulement  au XI°   siècle.

Les Églises d'Orient ne paraissent pas avoir beaucoup mieux conservé que celles de l'Occident les anciens exemplaires des livres de leur Liturgie. En un mot, on peut dire que, sauf certains manuscrits qui se recommandaient par la beauté ou la richesse  de l'exécution, et quelques autres plus communs qui ont dû leur conservation à un hasard providentiel, de ce grand nombre de livres liturgiques qui ont existé dans les églises jusqu'à l'an mille, presque tout a péri. Cette destruction si étrange de tant de monuments est un des faits qui étonnent le plus celui qui se livre aux études  des   origines   liturgiques.  On   en appréciera mieux encore les résultats, lorsque nous  en serons arrivé à faire l'histoire individuelle de chacun des livres de la Liturgie, et à rechercher les sources d'où sont sortis ceux que nous avons aujourd'hui ; mais ce qui a droit de surprendre  encore  davantage, c'est   de voir la même fatalité de destruction atteindre les livres liturgiques publiés depuis l'invention de l'imprimerie.

Les presses européennes, comme nous le verrons tout à l'heure, ont produit une quantité considérable de livres liturgiques dans la dernière moitié du XV° siècle ; ces diverses éditions étaient tirées à des exemplaires proportionnellement  nombreux   :   aujourd'hui,   cependant,  la

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plupart de ces livres existent à peine par unité dans les bibliothèques. Il en est même beaucoup sur lesquels on est réduit à la simple notion, et plus encore peut-être dont l'existence sera à jamais ignorée. Le XVI° siècle est venu ensuite, durant lequel les Églises qui n'avaient pas encore imprimé leur bréviaire, leur missel, leur rituel, au siècle précédent, se sont procuré cet avantage ; celles qui avaient déjà eu recours à la presse, ont fait faire de nouvelles éditions, et cependant, pour ne parler que de la France, toutes les bibliothèques de Paris réunies sont loin de présenter, nous ne dirons pas une collection complète des livres liturgiques de tous nos diocèses au XVI° siècle, mais même d'offrir un exemplaire d'un seul de ces livres par chaque église. Il est même plus d'un diocèse dans toute l'étendue duquel, en mettant à contribution les collections publiques et particulières, on ne trouverait pas la trace de tel bréviaire ou missel de cette époque, dont l'existence est cependant certaine d'ailleurs.

Au XVII° siècle, la majorité de nos Églises, comme nous l'avons raconté dans une autre partie de ces Institutions, , adopta les textes de la Liturgie romaine publiés par saint Pie V ; mais les autres, qui étaient encore assez nombreuses, conservèrent et réimprimèrent leurs livres. Néanmoins rien n'est plus rare aujourd'hui que ces missels et ces bréviaires du XVII° siècle. Les bibliothèques de la capitale en possèdent un certain nombre, mais elles sont loin de les réunir tous. Enfin, il n'est pas jusqu'à ces livres liturgiques composés et imprimés, au XVIII° siècle, en si grande quantité, pour nos Églises, qui ne fournissent matière à une observation du même genre. Les premières éditions sont aujourd'hui presque anéanties partout; nulle part on n'a songé à en faire la collection, et c'est inutilement encore qu'on la demanderait aux divers dépôts littéraires de la capitale.

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Sans doute, la postérité aura peu sujet de regretter que l'on n'ait pas pris des mesures pour conserver ces innombrables monuments du génie antiliturgique; assez d'exemplaires de ces missels et bréviaires d'un siècle malheureux, resteront pour conserver le souvenir de la vaste conspiration qui fut formée alors contre tout le passé de la Liturgie. Mais il n'en est pas moins douloureux de sentir que l'incurie des générations qui nous ont précédés, ait privé les enfants de l'Église de la joie de pouvoir la suivre, de siècle en siècle, dans ses formules et ses rites sacrés, à l'aide de monuments complets qui nous feraient remonter jusqu'à son berceau. La multitude même de ces livres n'a pu les préserver de la destruction ; et de même qu'aujourd'hui, la nouvelle édition d'un livre liturgique amène tôt ou tard l'abandon et l'anéantissement de l'édition précédente, désormais abandonnée aux vers et à la poussière, ainsi dans des âges plus reculés, le renouvellement des manuscrits, remplacés par d'autres plus complets ou plus commodes, fit tomber en oubli ces vénérables copies dont la science liturgique recherche maintenant avec tant d'amour les débris précieux. Le grand nombre de ces monuments en fit méconnaître l'importance ; le temps qui détruit tout, les accidents auxquels les livres ont été exposés dans tous les âges, l'ignorance aussi qui n'en appréciait pas la portée dans l'avenir, toutes ces causes réunies ont amené cette privation lamentable que nous éprouvons aujourd'hui. Ailleurs, nous aurons à faire connaître les généreux travaux qui ont été entrepris depuis le XVI° siècle jusqu'à nos jours, pour préserver d'une perte plus entière encore, en les confiant à l'impression, les restes vénérables de ces rares manuscrits à l'aide desquels là Liturgie actuelle de l'Église peut encore aujourd'hui rattacher ses traditions à la première antiquité.

NOTES DU CHAPITRE VI

De paramento autem nostro volumus ut habeat primogenitus noster Unroch spatam unam cum aureis hilcis, et cuspide aurea, et facilum (1) unum de auro et gemmis; balteum unum de auro et gemmis, sporones duos de auro et gemmis, vestitum unum de auro paratum, mantellum unum de auro paratum cum fibula aurea, et alteram spatam volumus ut habeat; urceum cum aquamanile argenteum unum, sciphum aureum unum, sciphos eburneos duos, bruniam unam, hermum unum, et manicam unam adipsum opus, beinbergas duas,mortariolum argenteum unum cum pistillo. De paramento vero capellas nostras ciboreum cum cruce aurea, et capsa aurea, et calicem aureum cum patena, coronam auream cum ligno Domini, crucem auream cum crystallo supra ciboreum; planetas duas unam auro paratam, alteram de cendalo, dalmaticam auro paratam, très pannos super altare auro paratos, duo phylacteria in cruce pendentia, Evangelium de auro paratum, sia aurea, armilias duas auro parafas, missale cum argento et auro paratum, Lectionarium similiter, urceum cum aquamanile argenteum unum, thuribulum argenteum unum, pipam auream unam, tabulas eburneas auro parafas, pecten vero auro paratum unum, flavellum argenteum unum, capsellam eburneam unam, candelabra argentea duo. Haec volumus ut supradictus filius noster primogenitus habeat.

Secundus Berengarius volumus ut habeat spatas duas, unam cum hilcis argenteis et aureis simul, facilum de argento et auro unum, balteos aureos cum gemmis duos, sporones aureos duos, vestitum de auro paratum unum, alterum facilum cum gemmis aureum, sciphos de (2) cornu et argento cum auro duos, scutellas argenteas duas, cochlearia argentea duo, bruniam unam, helmum unum, manicam unam. De paramento capellae nostra; altare argento paratum unum, calicem eburneum cum patena auro paratum unum, capsam eburneam auro paratam unam, phylacterium de crystallo cum auro paratum unum, Evangelium eburneum unum, Lectionarium simile, Missale simile, Commentarium simile, Antiphonarium simile, smaragdum similiter paratum, thuribulum argenteum unum, planetas duas unam variatam, alteram de cendalo dalmaticam variatam unam siricam similem, pallium super altare unum, tabulas ad canendum auro et argento paratas. Haec volumus ut secundus Berengarius habeat.

Tertius Adalardus, volumus ut habeat spatas duas, unam cum hilcis eburneis et aureis, facilum  similiter et   balteum eburneum  et aureum

(1)  Alias, Faculum.

(2) Al. cum.

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alterum vero facilum aureum et balteos aureos duos cum gemmis, vas ad bibendum marmoreum unum cum argento et auro paratum, garalem argenteum unum, sciphum argenteum unum, pallia duo, garales argenteos cum binis cochleariis duos, bruniam unam et helmum cum hasberga et manicam unam, brimbergas duas. De paramento capellas nostrae altare de crystallo et argento paratum unum, capsam crystallo et auro paratam unam, calicem vitreum auro paratum unum, calicem argenteum cum patena, Evangelium argento paratum unum, planetam diploidam unam de cendalo, dalmaticam unam, siricam unam, pannum super altare unum, phylacterium unum in quo sunt reliquias sancti Remigii. Hase volumus ut tertius habeat Adalardus.

Quartus Rodulfus, volumus ut habeat spatas très mancofos (1) centum, balteum unum, garales duos argenteos, cochlearia tria, bruniam unam, manicas duas. De paramento vero capellas nostra bustcam crystallinam cum reliquiis, phylacterium de almandinis et crystallo paratum unum, phylacterium argenteum unum, calicem de nuce cum argento et auro paratum unum, calicem argenteum cum patena, planetas duas, pannum unum super altare. Hase volumus ut Rodulfus habeat.

Engildrud filia nostra volumus ut habeat scutellam argenteam unam et pallium unum. Judith volumus ut habeat scutellam argenteam unam, et pallium unum. Heilvinch (2) volumus ut habeat argenteum vas unum et pallium unum. Quibus singulis ne de capellas nostrae exsortes esse viderentur benedictione, dedimus singula phylacteria de crystallo auro parafa; de libris etiam ejusdem capellas nostras divisionem inter eos facere voluimus. Imprimis volumus ut Unroch habeat Psalterium nostrum duplum, et bibliothecam nostram, et librum S. Augustini de Verbis Domini, et librum de lege Francorum et Ribuariorum et Langobardorum, et Alamannorum et Bavariorum; et librum rei militaris, et librum de diversis sermonibus qui incipit,De Elia et Achab; et librum de utilitate poenitentias, et librum de constitutionibus Principum et edictis Imperatorum; et synonyma Isidori, et librum de quatuor virtutibus, et Evangelium, et librum bestiarum, et Cosmographiam Ethici philosophiçi. Berengarius aliud Psalterium volumus ut habeat cum auro scriptum, et librum de Civitate Dei S. Augustini, de verbis Domini, et gesta Pontificum Romanorum, et gesta Francorum, et libros Isidori, Fulgentii, Martini Episcoporuro, et librum Ephrem, et synonyma Isidori, et librum glossarum et explanationis et dierum, Adalardus tertium Psalterium volumus ut habeat, quod ad nostrum opus habuimus, et Expositionem super Epistolas Pauli, et librum sancti Augustini de verbis Domini,et super Ezechielem Prophetam, et Lectionarium de Epistolis et Evangeliis cum auro scriptum, et vitam S. Martini, et librum Aniani, et volumen septem librorum Magni Orosii Pauli, et Libros S.

Augustini,  Hyeronymi   presbyteri,   et   hoc   quod

(1)  Alias, mancosos.

(2)  Al. Helwik.

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Jacobus ait qui totam legem servaverit, et in uno offenderit, factus est omnium reus. Rodulfus volumus ut Psalterium cum sua expositione habeat quem Gisla ad opus suum habuit, et Smaragdum et Collectaneum, et Fulgentium, et Missale quotidianum, quod semper in nostra Capella habuimus, et vitam S. Martini et fisionomia Loxi medici, et ordinem priorum principum.

Primogenita etiam filia nostro Engeldrud volumus ut habeat librum, qui appellatur vitas Patrum,et librum de doctrina S. Basilidis (1) et Apollonium, et synonyma Isidori. Judith, volumus ut habeat Missale unum, et librum unum qui incipit a sermone S. Augustini de ebrietate, et Legem Langobardorum, et librum Alguini ad Eridonem (2) Comitem. Heilvinch, volumus ut habeat Missale unum et Passionalem, et librum orationum cum psalmis, et libellum de orationibus. Gisla, volumus ut habeat librum de quatuor virtutibus, et Enchiridion S. Augustini. Haec omnia,ut supra diximus, post quandoque obitum nostrum ut inter eos ita divisa permaneant absque impedimento volumus. (D. Luc d'Aciiery Svicilegium, tom. XII.)

(1)  Alias, Basilii.

(2) Al. Alcuini ad Widonem.

III - CHAPITRE VII

CHAPITRE  VII : Des livres liturgiques depuis l'invention de l'imprimerie

La découverte de l'art typographique, après la première moitié du XV° siècle, devait exercer une action importante sur les livres liturgiques. Ils étaient, comme on l'a vu, les plus nombreux de tous les livres, et ce nouveau mode de reproduction étant de nature à leur être appliqué, les églises et les clercs ne pouvaient manquer d'y recourir dans une proportion considérable : c'est ce qui arriva en effet. Désormais, les manuscrits diminuèrent d'importance; moins commodes que les imprimés, ils leur cédèrent peu à peu la place, quoique cependant, comme nous le dirons bientôt, ils aient lutté jusqu'à nos jours pour conserver au moins une ombre de leur ancienne gloire.

Au milieu de cette crise redoutable que la société européenne éprouva par suite de l'invention de l'imprimerie, nous ne pouvons nous empêcher d'accorder un regret à ces vénérables évangéliaires, à ces précieux sacramentaires, à ces livres séculaires qui contenaient les chants du chœur, et qui tous, successivement bannis du sanctuaire dont ils avaient été l'un des principaux ornements, devaient périr en si grand nombre par l'insouciance de ceux mêmes qui les avaient si longtemps employés dans le service divin. Heureux ces livres, dont plusieurs faisaient, par la beauté de leur exécution et par tant de pieux souvenirs, une des principales gloires des églises, quand une main conservatrice leur assignait pour asile quelque

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recoin d'armoire obscure et humide, quelque grenier où il leur faudrait, en proie aux vers et à la poussière, traverser des siècles entiers sans avoir même jamais été remués par personne ! Mais plus heureux, sans doute, ceux qui, en nombre beaucoup moins grand, se trouvèrent établis sur les rayons poudreux de quelque archive ou de quelque bibliothèque capitulaires ! La richesse de la reliure en sauva quelques-uns ; on continua de les considérer comme faisant partie du trésor ; le peuple fidèle les vit encore figurer sur l'autel, en leur qualité de textes d'Évangiles destinés à servir dans les rites de la messe solennelle. D'autres durent leur salut à la beauté de leurs enluminures ; mais ce ne sont ici que des exceptions, et il est vrai de dire que les innombrables produits du pieux labeur de tant de générations périrent dans une proportion effrayante, à commencer du jour où les presses typographiques furent appliquées aux livres de la Liturgie.

Néanmoins, après avoir payé ce légitime tribut de nos regrets à tant de manuscrits sacrés, nous aimons à reconnaître que l'imprimerie se montra digne de la mission que lui confia l'Église de la servir par la reproduction des livres du service divin. Si nous avons pu, avec vérité, signaler dans les manuscrits liturgiques les plus nobles produits de l'art calligraphique, nous sommes en droit de revendiquer, pour l'art typographique, l'honneur d'avoir su traiter les livres eux-mêmes avec une convenance et une dignité irréprochables, en même temps qu'il obtenait, par leur moyen, de nouveaux développements, une nouvelle illustration.

L'imprimerie se fait gloire d'inaugurer ses annales par le célèbre Psautier publié à Mayence, en 1457 ; c'est un livre liturgique qui commence la série des impressions européennes, comme pour consacrer ce grand art à Dieu et à son Église. Le catholique ouvre et parcourt avec une

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sainte fierté ce beau livre, dont le grand format et la correction remarquable en font un monument à jamais vénérable. Ce Psautier, avec sa division romaine, ses rubriques, ses hymnes, tout son ensemble sacré, redit encore aux générations actuelles, et répétera à celles qui les suivront, la vérité de ce principe que nous avons avancé d'après les faits les plus expressifs, que tous les arts sont tributaires de la Liturgie. Imprimé sur vélin et destiné, par là même, à durer de longs siècles, on en connaît encore aujourd'hui sept exemplaires : deux à la Bibliothèque nationale, et les cinq autres dans celles de Londres, de Vienne, de Dresde, des comtes de Weissemburg et de lord Spencer (1).

On lit au verso du dernier feuillet ces lignes en lettres rouges :

Prœsens psalmorum codex venustate capitalium decoratus

rubricationibusque sufficienter distinctus

adinventione artificiosa imprimendi ac caracterizandi

absque calami ulla exaratione sic effigiatus et ad

eusebiam Dei industria est consummatus per Johannem Fust

civem moguntinum et Petrum Schofer de Gernszheim

anno Domini millesimo CCCCLVII in vigilia Assumptionis.

Le génie catholique inspira donc les débuts de l'art typographique et le consacra pour jamais au service de la Liturgie. Deux ans après, Fust et Schœffer réimprimaient ce même Psautier, toujours dans le format grand in-folio et sur vélin. On connaît encore dix exemplaires de cette édition de 1459 (2). Notre but n'est pas, en ce moment, de relever celles qui la suivirent; mais nous devons signaler les premières impressions liturgiques pour le service des principales Eglises. Ainsi, le

(1)  Van Praet, Catalogue des livres imprimés sur vélin, de la Bibliothèque du roi, tom. Ier. Histoire de l'Académie des Inscriptions, tom. XIV.

(2)  Van Praet, ibid.

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Bréviaire romain fut publié à Venise, en 1470, par tas presses de Pierre de Crémone et de Barthélémy de Blavis, et le Missel romain, à Rome, en 1475, chez Udalric Gallus. Le Bréviaire ambrosien parut à Milan en 1475 ; le Missel de Lyon, en 1487 ; le Bréviaire de Tolède, à Séville, en 1493; le Bréviaire de Mayence, à Mayence, en 1473; le Bréviaire de Salisbury, à Venise, en 1483, et son Missel, en 1492, à Rouen ; le Bréviaire de Paris, en 1479, à Paris, où l'on donna, l'année suivante, le Missel; le Missel mozarabe, en 15oo, à Tolède, et le Bréviaire, en 15o2, dans la même ville, par les soins du cardinal Ximénès, et les presses de Pierre Hagenbach (1).

Ces éditions, si importantes pour l'histoire de la Liturgie, sont en même temps des monuments précieux de l'art typographique, dont elles marquaient si honorablement les débuts, et l'on ne doit pas oublier non plus que le premier livre imprimé avec des caractères métalliques est la Somme liturgique du moyen âge, le Rationale divinorum Officiorum de Durand, publié à Mayence, en 1459, par Jean Fust et Pierre Gernzheim. Nous en avons parlé ailleurs (2).

A peine le signal avait-il été donné par la publication du Psautier de Mayence, que le désir de posséder un missel et un bréviaire imprimés se montra universel dans toutes les Eglises de l'Occident. En même temps, le mouvement auquel ce désir donna lieu venait puissamment en aide à la propagation et au perfectionnement de l'art typographique. Le caractère particulier des livres liturgiques est la gravité, l'élégance et la correction ; le XV° siècle ne se montra point trop au-dessous de sa

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