Institutions liturgiques (page 117)
Quelquefois le calligraphe ne parle pas lui-même dans l'inscription ; l'éloge de sa personne, de son travail et de ses intentions est placé dans la bouche d'un autre. Ainsi, sur l'insigne Évangéliaire de Hautvillers, on lit ces vers :
Ebo Remense decus, praesul pastorque coruscus,
Doctor evangelicus, praecelsi Regis amicus,
(1) Bis quadringenti volitant et septuaginta
Anni, quo Deus est virgine natus homo.
Ter denis annis Karolus regnabat et uno,
Cum codex actus illius imperio.
Hactenus undosum calamo descripsimus aequor,
Littoris ad fidem nostra carina manet.
Sanguine nos uno patris matrisque creati,
Atque sacerdotis sevat uterque gradum.
En Beringarius, Liuthardus nomine dicti,
Queis fuerat sudor difficilisque nimis.
Hic tibimet, lector, succedant verba precantis,
Ut dicas, capiant regna beata poli.
Mabillon, Iterer Germanicum, pag. 53.
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Hunc in honore Dei, Petrique in amore beati
Librum jussit agi plenum Spiraminis almi ;
Cujus ad imperium accelerans velociter illum,
Abba humilis noster Petrus placidusque magister
Cœpit anhelanter, perfecitet ipse flagranter.
Hunc auro interius Christi decoravit amicus,
Atque ebore exterius pulchro decompsit opimus.
Sic et ut ornavit Domino Petroque dicavit.
Hic enim Evangelici retinentur bis duo libri
Matthaei ac Marci, Lucaeque Johannis et almi (1).
Le célèbre Homéliaire du Mont-Cassin est remarquable par une inscription relative à la fois au donateur du manuscrit et au calligraphe. Une vignette curieuse complète cette dédicace; on y voit figurer saint Benoît, Didier, abbé du Mont-Cassin, Jean, donateur du manuscrit, et Léon qui l'exécuta. Voici en quels termes les deux derniers s'expriment :
« L'an de l'Incarnation du Seigneur mil soixante douze, indiction dixième. Après le trépas du très saint et excellent père Benoît, dans ce vénérable monastère de Cassin où le très sacré corps de notre père et législateur avec celui de son admirable sœur Scholastique, repose dans un sépulcre d'honneur, le seigneur Didier, vénérable Abbé, gouvernant, lui trente-septième, entre les monuments qu'il a laissés de ses grandes pensées, a donné ordre que l'on écrivît ce très beau livre qui con tient les Leçons que l'on doit lire aux Vigiles des principales Fêtes, savoir de la Nativité du Seigneur, saint Etienne, saint Jean l'Évangéliste, l'Epiphanie, la Résurrection, l'Ascension et la Pentecôte. Moi, frère
(1) On a plusieurs fois attribué cet Evangéliaire à un moine Placide, faute d'avoir, ce nous semble, compris suffisamment ce vers :
Abba humilis noster Petrus placidusque magister.
Il nous paraît évident que les mots placidus magister se rapportent à l'abbé Pierre, aussi bien que l'épithète humilis,et qu'il n'y a pas raison suffisante de transformer l'adjectif placidus en un personnage réel. Dom Ruinart, dans son Iter litterarium in Alsatia et Lotharingia, a lu comme il nous semble qu'on doit lire.
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Jean, autrefois Archiprêtre de l'Église de Marsi, et maintenant le dernier des serviteurs de ce sanctuaire, pour mon salut et celui des miens, à mes dépens j'ai pourvu à l'exécution de ce livre. Je l'ai offert dévote. ment au très saint père Benoît, sur son autel sacré, le jour auquel j'ai pris son habit. Que si quel qu'un, pour quelque motif que ce soit, avait la hardiesse de l'enlever de ce saint lieu, je veux qu'il ait éternellement la demeure de ceux auxquels le Christ dira au dernier jugement : « Allez, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. »
« Toi qui liras ceci n'omets pas de lire pareillement ces deux vers :
« Daignez, je vous en supplie, ô Christ plein de miséricorde, écrire au livre de vie Léon qui a transcrit celui-ci (1). »
(1) Anno Dominicae Incarnationis millesimo septuagesimo secundo, Indictione decima. Cum post transitum sanctissimi, et eximii Patris Benedicti in hoc ejus venerabili cœnobio Casinensi ubi sacratissimum ejusdem Patris et Legislatoris nostri, qui (sic) ipsius egregiae sororis Scholasticae corpora honorifice humata quiescunt, septimo et tricesimo loco Domnus Desiderius venerabilis abba praeesset ; inter caetera suorum monimenta magnalium, quibus prae omnibus suis antecessoribus mirifice floruit, hune quoque pulcherrimum librum describi praecepit, contineritem scilicet eas Lectiones quae in Vigiliis praecipuarum festivitatum, id est, Nativitatis Domini, sancti Stephani, sanctis Johannis Evangelistas, Epiphaniae, Resurrectionis, Ascensionis, ac Pentecostes debeant legi. Quem videlicet, librum ego frater Johannes, Marsicanae dudum Ecclesiae Archipresbyter nunc autem ultimus ejusdem sancti loci famulus ; ob meam meorumque salutem, ex propriis sumptibus componere feci. Ipsique sanctissimo Patri Benedicto, eo die quo ejus habitum suscepi, super illius sacrum altare devote obtuli. Contestans de caetero ut si quis hune quolibet obtentu ex hoc sancto loco auferre praesumpserit, cum illis mansionem sortiatur aeternam, quibus in extremo judicio dicturus est Christus : Ite maledicti in ignem aeternum, qui praeparatus est diabolo et angelis ejus.
Quisquis autem haec legeris, subjectum quoque disticon legere ne pigriteris.
Hujus scriptorem libri, pie Christe, Leonem
In libro vitae dignanter supplico, scribe.
D. Montfaucon, Diarium Italicum, pag. 322.
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Quelquefois ces inscriptions sont moins étendues. L'Homéliaire de Francfort-sur-le-Mein, dont nous avons parlé, porte simplement : « Guda peccatrix mulier, scripsit et pinxit hunc librum (1). » Sur celui de Pabon, il n'y a que ces trois vers :
Christo divinam Pabo scripserat hanc Omeliam,
Dentur ut in regno sibi praemia digna superna
Sint hoc poscentes in eo quicumque legentes (2).
D'autres fois, elles renferment des généralités morales qui s'étendent plus ou moins longuement, jusqu'à ce que le calligraphe vienne enfin se mettre lui-même en scène. Telle est l'inscription de Liuthold sur son Plenarium.
« La durée des choses présentes est courte et doit finir promptement ; rien ne demeure, tel est le sort de ce qui est mortel. Rien sous le soleil n'offre une résistance durable. Chacun est à même de le voir, tout ce qui vit cessera d'être ; rien ne reprendra vie, si ce n'est l'homme, parce qu'il a été doué de cette prérogative, entre tous les êtres qui ont l'existence. Vie future pour les bons, sous les portiques de Salomon; vie future pour les méchants, dans les réduits souillés de Babylone. C'est pourquoi, altéré du désir de posséder les biens futurs, Liutold, moine, après avoir accompli déjà beaucoup de travaux, a écrit encore ce livre, et l'a décoré, selon son talent, l'offrant d'un cœur fidèle au porte-étendard du ciel (l'Archange saint Michel) (3). »
(1) Gercken. Reise, I. Cité par le P. Cahier, ibid.
(2) D. Pez, ibid., pag. XV.
(3) Rerum jactura brevis est, breviter peritura.
Non permansura : sic sunt mortalia jura,
Est nil sub sole stabili durabile mole.
Ut patet expresse, quod vivit, desinet esse :
Nec repetet vitam nisi solus homo, quia dignus
Inter res vivas tenet hoc memorabile pignus.
Vita futura bonis in porticibus Salomonis :
Vita futura malis in prostibulis Babylonis.
Ergo futurorum sitiens augmenta bonorum
Liutoldus monachus, qui multa labore patravit,
Scripsit et istud opus, pro posse suo decoravit,
Signifero cœli delegans mente fideli.
D. Pez, ibid., pag. V.
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On a dû remarquer sur l'Homéliaire du Mont-Cassin les malédictions qui y sont portées contre ceux qui déroberaient ce manuscrit. Des imprécations de ce genre se rencontrent de temps en temps sur les livres liturgiques du moyen âge. Tantôt elles sont lancées par le copiste lui-même; d'autres fois par les possesseurs du manuscrit. Les uns et les autres estimaient à leur véritable prix ces chefs-d'œuvre de patience et souvent aussi d'art et d'élégance; ils les avaient voués au culte divin; ils les destinaient à la postérité, et voyaient en eux un moyen de s'attirer la reconnaissance et les pieuses prières des générations futures. D'ailleurs, dérober ces manuscrits, c'était se rendre coupable de sacrilège, et en même temps frustrer ceux qui les avaient transcrits, au prix de tant de veilles, du seul fruit qu'ils s'étaient promis de leurs labeurs, ou ceux qui les avaient achetés, souvent à un très grand prix, quand ils ne les avaient pas reçus de la main de quelque puissant prince, de la légitime consolation de les transmettre à leurs successeurs.
Les églises regardaient les livres liturgiques comme une des plus nobles portions de leur mobilier sacré ; il, leur était possible de remplacer un calice d'argent ou d'or qui leur eût été enlevé ; mais qui eût pu leur rendre un évangéliaire, un sacramentaire, auxquels déjà plusieurs générations avaient attaché leurs affections et leur respect, et qui souvent rappelaient les éclatantes vertus du transcripteur autant que l'habileté du calligraphe, rehaussée tant de fois par l'emploi de l'or, des plus riches couleurs et des miniatures les plus splendides ? Avec nos missels et nos bréviaires reproduits par centaines dans une seule
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édition au moyen de la presse, il nous est difficile d'apprécier tout le prix que l'on devait attacher à ces exemplaires essentiellement uniques d'un même livre, et consacrés chacun par un souvenir particulier (1).
Il est à propos de donner encore quelques exemples de ces formules de malédiction contre les ravisseurs des livres liturgiques, et nous commencerons, comme nous avons déjà fait, par un monument emprunté à l'Église grecque :
Un évangéliaire du XIII° siècle, à la Bibliothèque nationale, ancien fonds Colbert, est remarquable par cette légende : « Cet Évangile sacré a été transcrit par la main
(1) On se fera mieux encore idée de l'importance que les calligraphies monastiques attachaient à leur œuvre, en lisant ces vers où le pieux Rodulfe, moine de Saint-Vaast d'Arras, exprime si naïvement sa confiance dans la récompense spéciale qui l'attend pour chacun des caractères qu'il a formés. Il a écrit ces vers en tête des Enarrations de saint Augustin sur les Psaumes ; on doit comprendre d'après cela quel enthousiasme le copiste devait concevoir quand sa plume traçait un évangéliaire ou un sacramentaire.
Hunc ego Rodulfus, monachus tantummodo dictus
Nomine non merito, sed fretus praesule Christo,
Conscripsi librum, coelesti dogmate plenum.
Ne grave sit cuiquam, libri si lucra capescam,
Magnum pro libro certe quia pignus habebo
Quod pignus sodes ? quod pignus ? jam modo nosces.
Cum librum scribo, Vedastus ab asthere summo,
Respicit e coelis quot aretur pagina sulcis,
Quot folium punctis hinc hinc laceretur acutis ;
Tuncque favens operi nostro, nostroque labori,
Grammata quot sulci, quot sunt quot denique puncti,
Inquit, in hoc libro, tot crimina jam tibi dono.
Hancque potestatem dat Christus habere perennem.
Nec labor iste tibi, frater, jam proderit uni,
Sed queiscumque velis detur pars magna laboris.
Haec merces operis, quam dat scriptoribus ipsis
Sanctus Vedastus, pater optimus, atque benignus,
Hac mercede librum perscripsi sedulus istum,
Quem si quis tollat, tellus huic ima dehiscat,
Vivus et infernum petat amplis ignibus antrum ! Fiat. Fiat.
Dom Martène, Voyage littéraire, tom. II, pag. 64.
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de Georges, prêtre de Rhodes, par les efforts et les soins d'Athanase, moine Encliste (reclus), et par le labeur de Christonyme Chastinos, pour le salut de leurs âmes. Si quelqu'un ose l'enlever, soit secrète ment, soit publiquement, qu'il encoure la malédiction des douze Apôtres, et qu'il reçoive aussi la pire malédiction de tous les moines. Amen. Le 1er jour du mois de septembre, l'an 6713, de Jésus-Christ 1215 (1). »
Le Missel de Saint-Maur-des-Fossés, à la Bibliothèque nationale (2), porte en tête la note suivante : « Ce livre appartient à Sainte-Marie et Saint-Pierre du monastère des Fossés. Celui qui l'aura dérobé, ou vendu, ou a distrait en quelque manière de ce lieu, ou enfin acheté, qu'il soit à jamais en la société de Judas, de Pilate et de Caïphe. Amen. Amen. Fiat. Fiat. Frère Robert Gualensis, étant encore jeune et Lévite, l'écrivit dévotement pour le salut de son âme, au temps de Louis (3), roi des Français, et d'Ascelin, abbé dudit lieu. C'est Richard, prieur et moine, qui a fait transcrire ce livre, afin de mériter la patrie céleste et bienheureuse. Toi, prêtre, qui assistes devant le Seigneur, souviens-toi de lui. Pater noster (4). » Un sacramentaire du IX° siècle, conservé autrefois à Fleury et envoyé d'Angleterre à cette abbaye, portait un anathème semblable (5).
(1) D. Montfaucon, ibid.
(2) Fonds Saint-Germain, N° 1772.
(3) Louis le Gros.
(4) Hic est liber Sanctœ Mariae, Sanctique Petri coenobii Fossatensis. Quem si quis furatus fuerit, aut vendiderit, aut aliquo modo a loco distraxerit, sive qui emerit, socius Judae, Piiati et Cayphse efficiatur sino fine. Amen. Amen. Fiat. Fiat. Frater Robertus Gualensis, dum esset juvenis et Levita, devote scripsit pro salute anima; suœ, tempore Ludovici Francorum Regis et Ascelini Abbatis jam dicti loci.
Richardus prior et monachus fecit conscribi hoc opus, pro merito patriae cœlestis, atque beatas. Tu qui ades sacerdos coram Domino sis ei memor. Pater noster.
(5) Dom Martène, Voyage littéraire, tom. I.
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Après avoir essayé de faire connaître, du moins en quelque degré, les pieux et patients écrivains qui consacraient leurs loisirs à la transcription des livres liturgiques, il est juste d'insister maintenant sur le genre de leur travail, quand à la partie calligraphique ; nous réservons pour un chapitre spécial les détails relatifs aux ornements dont les écrivains empruntaient souvent le concours, afin de rendre leur œuvre plus digne de son auguste destination.
Ces pieux copistes étaient trop pénétrés de la sainteté des textes liturgiques, pour employer, dans la transcription a qu'ils en faisaient, les caractères vulgaires et consacrés à exprimer les relations purement humaines. Constamment, l'écriture des livres liturgiques fut la plus noble et la plus imposante, en sorte que dans le jugement sur l'âge des manuscrits, dès qu'ils appartiennent à la liturgie, il devient impossible d'en préciser l'époque d'après les règles accoutumées. Telle écriture a fait place à une autre sur les manuscrits ordinaires; mais elle règne encore longtemps dans les livres du service divin, parce qu'elle a des allures plus antiques et plus vénérables, parce qu'elle retrace le souvenir du passé qui sied si bien aux textes mystérieux qu'elle est appelée à reproduire.
Nous avons éprouvé trop de pertes dans les manuscrits liturgiques, pour que l'on puisse être en mesure d'en signaler un grand nombre qui soient totalement écrits en capitales. Toutefois, il en reste encore quelques-uns, tels que l'Evangéliaire autrefois de Saint-Germain-des-Prés, que les auteurs du Nouveau Traité de diplomatique reportent au temps de Clovis (1). Dans toute sa teneur, ce précieux codex qui est traité dans le goût du Virgile de Florence, ne présente que deux onciales, échappées, sans doute, à la distraction du calligraphe (2).
(1) Tom. III, pag. 44.
(2) Ce manuscrit est mutilé. Il contient l'Evangile de saint Matthieu presque entier, et une partie seulement de celui de saint Marc.
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On sait que le VIII° siècle, au moins chez les Latins, est la limite extrême qui peut être assignée à l'emploi continu des capitales sur un même manuscrit. Mais elles ne cessent pas pour cela d'être en usage comme ornements sur les évangéliaires, sacramentaires, etc. Quelquefois elles y règnent sur des pages entières, par exemple à l'ouverture du texte de chacun des Évangélistes, aux premières oraisons du canon de la messe, à toutes les rubriques de plusieurs sacramentaires, aux titres qui annoncent soit les fêtes elles-mêmes, soit les diverses oraisons et préfaces, enfin aux inscriptions ou dédicaces dont ces livres sont ornés.
Les capitales sur les manuscrits liturgiques sont ordinairement de la forme appelée rustique, surtout lorsqu'elles courent une ou plusieurs lignes de suite; mais on en rencontre quelquefois en tête des évangéliaires et sacramentaires des VIII° et IX° siècles, qui réunissent la noblesse et la correction des plus beaux temps classiques de l'épigraphie romaine ; par exemple sur l'Evangéliaire de Saint-Médard de Soissons, sur celui de Lothaire, sur celui de Hautvilliers, et sur le Sacramentaire de Drogon. On en observe même encore de très parfaites, jusque dans le XI° siècle, comme sur le Bénédictionnaire d'Aethelgar. Mais la plupart du temps, elles sont interrompues sur la ligne même par de fortes onciales, ou quelquefois, selon le pays du manuscrit, par des capitales saxonnes, de même hauteur et de même richesse.
L'onciale, cette petite capitale, arrondie pour devenir plus expéditive, et qui présente un aspect si grave et si élégant, employée dans toute la teneur d'un même volume, ne dépasse pas le VIII° siècle dans les manuscrits ordinaires, et s'étend jusque dans le X°, s'il s'agit des livres liturgiques. Cette règle est applicable à la fois aux manuscrits de l'Église latine et à ceux de l'Église grecque; et parmi les livres de cette dernière il faut compter
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comme offrant matière à la même observation ceux des Eglises slaves, comme il conste par plusieurs évangéliaires conservés à la Bibliothèque nationale et ailleurs.
L'onciale continue se montre dans toute sa beauté, avec les variétés qui lui sont propres selon les lieux et les siècles où elle régna, sur l'Évangéliaire de Verceil, sur le fameux manuscrit de Cambridge où elle se présente à la fois latine et grecque, sur le Psautier de saint Germain, celui de la Bibliothèque de Zurich, le Sacramentaire Léonien du Chapitre de Vérone, le Psautier de sainte Salaberge, l’Antipbonaire de Monza, le Missale Francorum, le Missale Gothicum, le Sacramentarium Gallicanum, l'Homiliaire Vatican du VII° siècle, l'Evangéliaire de la Bibliothèque nationale dit de Notre-Dame de Paris, le Psautier et l'Evangéliaire anglo-saxons de la bibliothèque Cottonienne. Nous citerons encore le Lectionnaire gallican de Luxeuil, le Sacramentaire gallican de Bobbio, le Sacramentaire gélasien du VIII° siècle, le Lectionnaire grec de la Bibliothèque de Munich, dans lequel la lettre est penchée, l'Evangéliaire grec de la Bibliothèque de Vienne; l'un et l'autre pareillement du vm° siècle; dans le IX°, pour les manuscrits grecs, l'Evangéliaire des fêtes de l'année, à la Laurentienne, et celui qui fut donné à Louis XIV par l'abbé de Camps, à la Bibliothèque nationale ; pour les manuscrits latins, les Évangéliaires de Saint-Médard de Soissons, à la même Bibliothèque, et de saint Emmeran de Ratisbonne, à celle de Munich.
L'emploi de l'onciale ne cesse pas sur les manuscrits liturgiques, à l'époque où cette forme de lettre n'y règne déjà plus d'une manière continue; c'est elle qui, avec la capitale romaine, demeure en possession de fournir l'ornementation des titres et souvent de pages entières sur les évangéliaires, sacramentaires, etc. Les rubriques mêmes lui sont conservées jusque dans le XII° siècle et au delà ; elle ne disparaît totalement que par l'invasion du
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gothique qui lui emprunte même un grand nombre de traits, particulièrement pour les capitales.
Privés de la majesté que leur imprimait l'onciale, les livres liturgiques descendent à la minuscule. Ce caractère était originairement le romain qui, sous l'époque mérovingienne, avait décliné et perdu beaucoup de sa beauté et de son harmonie première. Il était réservé à l'époque de Charlemagne de le relever et de le rendre digne des livres de l'autel. On l'admire sur le Psautier donné par Charlemagne au pape saint Adrien, et qui se conserve dans la Bibliothèque impériale de Vienne, sur l'Evangéliaire dit de Saint-Martin-des-Champs, auquel se rattache aussi le nom de Charlemagne, à la Bibliothèque de l'Arsenal.
Le IX° siècle, fidèle à l'impulsion qu'avait donnée le grand Empereur, ne laissa pas dégénérer, en France, la minuscule Caroline. Elle se montre dans sa régularité sur le Sacramentaire de Metz dit de Drogon, sur l'Evangéliaire donné par le cardinal de la Rochefoucault à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève, sur celui de l'église du Mans qui a appartenu à l'évêque Gervais de Château-du-Loir, sur celui de Lothaire, venu de Saint-Martin de Tours, sur le Sacramentaire de Rodrade, moins riche que les quatre manuscrits précédents, et qui se conserve comme eux à la Bibliothèque nationale.
Dans les deux siècles suivants, la minuscule commence à se déformer; mais elle offre encore un coup d'œil respectable sur les manuscrits liturgiques, tels que l'Evangéliaire de saint Uldaric, le Sacramentaire donné par l'empereur saint Henri à la cathédrale de Bamberg, maintenant à la Bibliothèque de Munich. On sait que l'influence de Charlemagne pour la régénération des lettres s'était étendue à la partie germanique de son empire; ces deux monuments démontrent que l'impulsion durait encore au X° siècle.
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La minuscule Caroline passa même en Angleterre, sous le règne si glorieux d'Alfred le Grand; aussi la rencontre-t-on, quoique mêlée encore de traits saxons, sur l'Evangéliaire donné aux moines de Cantorbéry par le roi Aethelstan et dont on trouve plusieurs spécimens dans Casley; sur le Bénédictionnaire d'Aethelgar, et sur le Missel de Robert de Cantorbéry, l'un et l'autre à la Bibliothèque de Rouen. Cette élégante forme d'écriture ne fut pas non plus sans influence sur l'Italie; mais elle y eut à lutter contre l'élément lombard dont elle ne triompha pas toujours, témoin le Pontifical de Landolfe, à la Bibliothèque de la Minerve, le Bréviaire de l'abbé Oderise du Mont-Cassin, à la Mazarine, les Exultet dont nous parlerons ailleurs. Du moins, la minuscule lombarde employée sur les monuments liturgiques que nous venons de rappeler s'y présente-t-elle avec une dignité que l'on retrouve rarement sur les manuscrits ordinaires du caractère lombard.