Institutions liturgiques (page 22)
La controverse d'Amalaire et d'Agobard nous amène à parler d'un développement que leur époque vit naître dans la Liturgie. Il s'agit des tropes, qui furent comme une
(1) Ven. viri Josephi-Mariae Tommasii, S. R. E. Cardinalis Opera, tom. IV et V, passim.
(2) Sic rigidi censores aliquando in se provocant justam censuram aliorum. (Musœum Italicum, tom. II, pag. 4.)
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première ébauche des séquences qui leur succédèrent. Les tropes étaient une sorte de prologue qui préparait à l’Introït. Nous avons cité, au chapitre vu, celui qu'on chantait le premier dimanche de l'Avent, en l'honneur de saint Grégoire. Plus tard, on intercala des tropes dans les pièces de chant, dans le corps même des Introït, entre les mots Kyrie et eleison, à certains endroits du Gloria in excelsis, du Sanctus et de l’Agnus Dei. On en plaça aussi à la suite du verset Alleluia, en prenant pour motif, dans le chant, la modulation appelée Neuma ou Jubilus, qui suit toujours ce verset. Cette dernière espèce de trope fut appelée séquence, du nom qu'on donnait alors à cette suite de notes sur une même dernière syllabe (1).
Le cardinal Bona et la plupart des auteurs s'accordent assez généralement à attribuer l'invention première des séquences au B. Notker Balbulus, moine de Saint-Gall, dont nous allons parler plus loin ; mais une précieuse découverte faite par l'abbé Lebeuf, sur un manuscrit de la bibliothèque du roi, nous contraint de placer plus haut l'institution des tropes qui, à le bien prendre, ne forment point un genre différent des séquences mêmes. Le docte sous-chantre d'Auxerre indique un manuscrit du Liber pontificalis (ouvrage attribué, comme on sait, à Anastase le Bibliothécaire), à la suite duquel se trouve la vie du pape Adrien II (2); mais, à la différence des manuscrits édités par Bianchini, Vignoli et Muratori, la vie de ce pape que ces derniers nous présentent tronquée, offre, sur le manuscrit cité par Lebeuf, des particularités curieuses qui ne se trouvent point sur ceux qu'ont publiés ces auteurs. Nous renvoyons ce passage dans les notes du présent chapitre (3). Il y est dit qu'Adrien II, à l'exemple du
(1) Bona, Rerum liturgicarum lib. II, cap. III et VI. Edit. Sala, tom. III, pag. 54 et 137.
(2) Lebeuf, Traité historique sur le Chant ecclésiastique, pag. 103.
(3) Vid. la Note E.
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premier pape de son nom, compléta en divers endroits l'Antiphonaire romain, qu'il plaça, en tête de la messe du premier dimanche de l'Avent, un prologue en vers hexamètres, destiné à être chanté ; que ce prologue commence de la même manière que celui qu'Adrien Ier avait composé, mais qu'il renferme un plus grand nombre de vers. On doit donc faire remonter au VIII° siècle la première origine de cet éloge de saint Grégoire que nous avons rapporté ci-dessus, et par là même des tropes; car cet éloge est un véritable trope (1).
La chronique ajoute qu'Adrien II ordonna que, même dans les monastères, à la messe solennelle, aux principales fêtes, on chanterait non-seulement au Gloria in excelsis, mais encore à l’Introït, ces hymnes intercalées que les Romains appellent festivae laudes, et les Français tropes. Le même pape voulut aussi qu'avant l'Évangile on chantât ces mélodies qu'on appelle séquences; et comme, ajoute la chronique, ces chants festifs avaient été premièrement établis par le seigneur Grégoire Ier et, plus tard, par Adrien, aidé de l'abbé Alcuin, ami particulier du grand empereur Charles, qui prenait un singulier plaisir à ces chants, mais qu'ils tombaient déjà en désuétude par la négligence des chantres, l'illustre pontife dont nous parlons les rétablit à l'honneur et gloire de Notre Seigneur Jésus-Christ, en sorte que désormais on employa, pour les chants de la messe solennelle, non plus
(1) Voici les vers qu'on trouve sur la plupart des anciens manuscrits de l'Antiphonaire grégorien. D'après la chronique que nous suivons, ils doivent être de saint Adrien Ier, puisqu'ils sont moins nombreux et moins complets que ceux que nous avons rapportés.
Gregorius Prœsul meritis et nomine dignus,
Unde genus duxit summum conscendit honorem,
Renovavit monumenta patrumque priorum,
Tunc composuit hunc libellum musicae artis
Scholae cantorum anni circuit. Eia, die Domine, eia.
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seulement le Livre des antiennes, mais aussi le Livre des tropes. »
Il résulte de cet important fragment, que les séquences existaient déjà au temps d'Adrien II, qui siégea en 867, et que ce pape en renouvela l'usage déjà assez ancien. Nous ne pensons pas au reste qu'on puisse soutenir ce qui est dit ici de saint Grégoire, comme ayant institué cette forme de chant; il en serait resté quelque autre trace dans l'antiquité. Peut-être pourrait-on, avec quelque probabilité, entendre ceci de saint Grégoire II, qui paraît s'être occupé du chant ecclésiastique. Quoi qu'il en soit, Notker ne fut donc point l'auteur des tropes et des séquences, bien qu'il ait contribué à en répandre l'usage, ainsi que nous le rapporterons plus loin.
Les conséquences de l'institution de ces sortes de récits poétiques et ornés d'un certain rhythme, furent importantes, pour l'avenir de la Liturgie. D'abord, sous le rapport de la composition des formules saintes, elles consacrèrent de plus en plus le principe, contesté par Agobard et le concile de Brague, que les chants sacrés ne sont pas exclusivement composés des paroles de l'Écriture sainte. Sans doute, comme nous venons de le dire, l'Antiphonaire et le Responsorial romains renfermaient déjà une certaine quantité de pièces en style ecclésiastique ; mais le nombre toujours croissant des tropes et des séquences mettait de plus en plus le principe dans tout son jour. Rome, qui n'avait pas d'abord adopté les hymnes, paraît avoir imité en cela, au plus tard vers le XI° siècle, les églises ambrosienne, gallicane et gothique; elle y était préparée naturellement par l'emploi des tropes et des séquences. Bien plus, l'Église de Lyon, en dépit d'Agobard, adopta aussi de bonne heure ces poétiques superfétations, et a gardé plus longtemps que toute autre les tropes du Kyrie eleison et du Sanctus. On ne pouvait donner un plus énergique démenti à ceux qui se scandalisaient d'entendre parfois
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retentir la grande voix de l'Église elle-même, dans les intermèdes de la psalmodie.
Une autre conséquence de l'institution des tropes fut une révolution dans la marche du chant ecclésiastique. On n'en vint pas tout d'abord à y chercher une mesure proprement dite; mais la composition cadencée et presque toujours rimée de ces pièces, pour être sentie dans le chant, demandait une autre facture à la phrase grégorienne. La physionomie primitive du chant se trouva donc nécessairement modifiée, dans ces parties nouvelles; le caractère des diverses nations de l'Occident, ou plutôt le génie de la chrétienté occidentale, se fit jour par ses propres forces dans ces essais encore mal assurés. Les Français jouèrent un grand rôle dans cette puissante innovation, qui était arrivée à sa pleine maturité à l'ouverture du XIe siècle, époque qui vit la lutte du sacerdoce et de l'empire, les croisades et la reconstruction de nos cathédrales sur un plan si mystérieusement sublime. On garda toutefois assez fidèlement, sauf les variantes inévitables dont nous avons signalé la cause, les pièces du répertoire grégorien ; mais elles contrastèrent désormais avec le genre des morceaux qu'on y accola pour célébrer les fêtes nouvelles, celles des patrons et autres solennités locales. Un ouvrage spécial serait ici nécessaire, nous le sentons : les matériaux ne nous manqueraient pas. Pour le présent, nous dirons seulement que l'on peut ranger les morceaux de chant ecclésiastique composés, du VIII° au XI° siècle, en deux grandes classes : l'une composée des pièces traitées en tout ou en partie dans le grand style grégorien (1), l'autre empreinte d'un caractère nouveau, à la fois rude et pesamment mélodieux (2). Cette dernière classe se subdivise encore en
(1) Le graduel, l’alleluia et la communion de la Toussaint; les antiennes de la même fête. Il est possible aussi que ces pièces aient été composées à Rome.
(2) Les antiennes de la fête de la sainte Trinité, l'hymne Gloria laus, du dimanche des Rameaux, celle O Redemptor, dans la consécration des saintes Huiles, etc.
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pièces ornées de rimes et d'une certaine mesure, et en pièces de prose, mais revêtues d'une mélodie recherchée et totalement étrangère, pour le caractère, à celle de la phrase grégorienne.
Cette révolution, dans une partie si capitale de la Liturgie, agita grandement les compositeurs du chant, surtout dans les monastères qui ont été pendant de longs siècles, avec les cathédrales, les seules écoles de musique en Occident. De nombreux auteurs, en ces deux siècles, cherchèrent à résumer la synthèse de la musique, ou à formuler de nouveaux moyens de l'écrire. Mais au milieu de cette agitation, les vraies traditions étaient en souffrance, et l'on peut affirmer que si les livres romains n'eussent été déjà introduits en France, par la puissante volonté de Pépin et de Charlemagne ; si toute l'économie des fêtes de l'année chrétienne n'eût déjà reposé sur ce répertoire admirable; aujourd'hui, nous ne connaîtrions qu'en théorie les antiques modes de la musique, et nous ignorerions, dans cet art, un passé de deux mille ans. C'est ainsi qu'en toutes choses, le catholicisme a su marier aux effets de l'activité propre de chaque nation, l'immobilité de ses formes : d'où résulte ce mélange de mouvement et de solidité, qui est l'ordre vivant. Il n'y a eu dégradation que quand on a voulu isoler ce que Dieu et son Église avaient uni.
Fils et successeur de Louis le Pieux, Charles le Chauve ne se montra pas moins zélé que les chefs de sa race pour l'établissement des usages romains dans toute la France. Il dit dans une lettre au clergé de Ravenne : « Jusqu'au temps de notre aïeul Pépin, les Églises gallicanes célébraient les divins offices autrement que l'Église romaine, ou celle de Milan. Nous avons vu des clercs
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de l'Église de Tolède célébrer en notre présence les saints offices suivant la coutume de cette Église ; pareillement, on a célébré devant nous la messe solennelle selon la coutume de Jérusalem, d'après la Liturgie de saint Jacques, et selon la coutume de Constantinople, d'après la Liturgie de saint Basile, pour nous, nous jugeons que c'est l'Église romaine qu'il faut suivre dans la célébration de la messe (1) »
Ces paroles de Charles le Chauve, qui montrent si bien l'intérêt que cet empereur portait aux choses de la Liturgie, nous engagent à mentionner ici les princes de cette r époque qui témoignèrent le plus grand respect pour les offices divins. Ainsi, nous rappellerons la piété de e Lothaire, fils aîné de Louis le Pieux, qui, au rapport dé Léon d'Ostie, entendait chaque jour trois messes (2). Othon Ier, empereur en 962, assistait tous les jours à tout l'office, et dans les solennités, suivant Ditmar, historien contemporain, il se rendait à l'église avec pompe et en procession, accompagné des évêques et de tout le clergé, avec les croix, les reliques et les encensoirs, pour assister à vêpres, à matines et à la messe, et il ne se retirait jamais avant la fin. En Angleterre, au IXe siècle, florissait Alfred, prince qui fut aussi grand que le lui permit le théâtre trop restreint de sa gloire. Il aima aussi les offices divins, et ce grand guerrier, ce puissant législateur, ce sage véritable, partageait les vingt-quatre heures du jour en trois parties égales, en donnant huit à la prière et à la lecture, huit aux nécessités du corps, huit aux affaires de son royaume. Sur les huit heures consacrées à la prière, il assistait à tous les offices du jour et de la nuit, et Guillaume de Malmesbury nous apprend qu'il avait toujours le livre des offices divins dans son sein, afin d'y recourir
(1) Baluze, Capitularia Regum Francorum, t, II, p. 730. V. la Note F,
(2) Chronic. Cassinense, lib. IV, cap. 125.
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pour prier, dans tous les moments de loisir qu'il pouvait avoir. Telle était la religion profonde de ces grands chefs des peuples qui travaillèrent, de concert avec l'Église, à tirer l'Europe de la barbarie.
Pendant que l'unité liturgique et, par elle, l'orthodoxie jetaient de si profondes racines dans l'Occident, l'Église d'Orient était ensanglantée par les fureurs de l'hérésie iconoclaste. La décision du septième concile général en faveur des saintes images fut un grand fait liturgique, Par cette décision, l'Église sanctionna pour jamais l'emploi de la forme extérieure dans les objets du culte chrétien, et sauva l'art près d'expirer sous les coups du plus brutal fanatisme. La place nous manque ici pour raconter en détail cette victoire; mais nous devions au moins l'enregistrer dans notre récit. Le même sentiment qui portait les fidèles à vénérer les reliques des saints, les devait conduire naturellement à honorer leurs images. Nous verrons l'hérésie antiliturgiste parcourir la même ligne dans ses blasphèmes et ses violences.
Il est temps de donner la liste des auteurs qui ont travaillé sur la Liturgie, à l'époque qui nous occupe, c'est-à-dire, durant les IX° et X° siècles.
Nous commencerons notre liste à Oldibert, ou Odelpert, qui fut fait archevêque de Milan vers 804. Il composa, à la demande de Charlemagne, comme plusieurs autres évêques de son temps, un livre de Baptismo.
(808). Joseph Studite, frère de saint Théodore Studite, et archevêque de Thessalonique, est auteur de plusieurs hymnes dans la Liturgie grecque.
(810). Philoxène, évêque de Bagdad, écrivit un traité sur les offices divins, et composa une Anaphore qui se trouve dans la collection de Renaudot.
(810). Amalaire Fortunat, archevêque de Trêves, est auteur d'un livre de Ratione rituum sacri Baptismatis.
(812). Amalaire, prêtre de l'église de Metz, est, dans
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l'ordre des temps, après saint Isidore de Séville, l'auteur le plus important sur l'ensemble de la Liturgie. Ses quatre livres de Ecclesiasticis Officiis, sont du plus grand prix pour l'explication des mystères de l'office divin. Nous y puiserons souvent dans la suite. La place nous manque pour insérer ici la table des chapitres de cet ouvrage, ainsi que nous l'avons fait pour les Origines ecclésiastiques de saint Isidore. On a reproché à Amalaire d'avoir poussé à l'excès la recherche des sens mystiques dans les choses de la Liturgie. Il peut y avoir quelque fondement à ce reproche : nous examinerons ailleurs les règles à suivre dans l'explication mystique des particularités du service divin, pour se tenir éloigné de tout excès dans un sens comme dans l'autre. Nous avons parlé ci-dessus du livre d'Amalaire, intitulé de Ordine Antiphotiarii. Baluze, à la suite de ses Capitulaires, a publié, du même auteur, un opuscule intitulé : Eclogœ in Canonem Missœ.
(813). Saint Théodore Studite, archimandrite, intrépide défenseur des saintes images, a composé une grande quantité d'hymnes et de prières qui sont en usage dans la Liturgie grecque, pendant le carême.
(813). Agobard, archevêque de Lyon, a écrit, comme nous l'avons rapporté, contre Amalaire de Metz, 1° de Psalmodia; 2° de Correctione Antiphonarii; 3° Liber adversus Amalarium.
(813). Maxence, patriarche d'Aquilée, composa aussi, à la prière de Charlemagne, une lettre de Ritibus Baptismi, eorumque significatu.
(818). Théodore et Théophane Graptus, moines de saint Sabbas, illustres défenseurs des saintes images, sont auteurs de plusieurs hymnes de la Liturgie grecque.
(820). Josué, patriarche des nestoriens, écrivit de la Distinction des Offices ; de leur interprétation, et de la Vertu des hymnes.
(820). Icasie, princesse grecque, qui fut au moment de
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ceindre le diadème d'impératrice et d'obtenir la main de l'empereur Théophile, acheva sa vie dans les loisirs de l'étude et de la contemplation. Elle composa plusieurs hymnes ecclésiastiques dont quelques-unes sont entrées dans la Liturgie grecque.
(83o). Hélisacar, chancelier de Louis le Débonnaire, abbé de Saint-Riquier et ensuite de Saint-Maximin de Trêves, mit en ordre l'Antiphonaire romain, à l'usage de plusieurs églises.
(837). Florus, diacre de Lyon, a laissé une Exposition du Canon de la messe.
(840). Loup, abbé de Ferrières, est auteur de deux hymnes en l'honneur de saint Vigbert.
(841). Grimoald, abbé de Saint-Gall, archichapelain de Louis le Débonnaire, fit une révision du Sacramentaire de saint Grégoire.
(842). Walafrid Strabon, abbé d'Augie-la-Riche, est auteur d'un précieux opuscule intitulé : De Officiis divinis, sive de exordiis et incrementis rerum ecclesiasticarum. Ce livre est encore une des principales sources de la science liturgique du moyen âge.
(845). Eldephonse ou Ildephonse, évêque espagnol, a laissé un opuscule dans lequel il traite des hosties destinées au sacrifice eucharistique, et explique les mystères signifiés par leur figure, leur poids, leur nombre, leur inscription, etc.
(847). Rhaban Maur, d'abord abbé de Fulde, puis archevêque de Mayence, est aussi un des principaux liturgistes du moyen âge. Il mérite ce titre par ses trois livres de Institutione clericali, qui renferment la plus riche instruction. Il y faut joindre plusieurs hymnes, un opuscule de Sacris Ordinibus, sacramentis divinis et vestimentis sacerdotalibus, et enfin le Martyrologe qui porte le nom de Rhaban Maur.
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(85o). Wandelbert, moine de Prum, est auteur d'un Martyrologe en vers.
(85o). Aurélien, moine de Moutier-Saint-Jean, a composé un traité sur le chant, qu'il dédia à Bernard, archi-chantre. Nous n'avons plus cet ouvrage.
(853). Rodrade, prêtre d'Amiens, fit, à l'usage de cette église, une révision du Sacramentaire grégorien, qu'il divisa en deux livres.
(853). Joseph, de Sicile, surnommé l’Hymnographe, est auteur de beaucoup d'hymnes en usage dans la Liturgie grecque. Sa fécondité dans ce genre fut si grande, qu'il n'en a pas laissé moins de six cents, en l'honneur de la sainte Vierge. Ces cantiques sont d'une grande onction, et souvent d'une poésie sublime.
(856). Angelome, moine de Luxeuil, en Bourgogne, écrivit un livre de Divinis Officiis.
(859). Adon, archevêque de Vienne, est auteur du fameux Martyrologe qui porte son nom.
(86o). Charles le Chauve, empereur, passe pour avoir composé un Office en l'honneur du saint suaire, dont l'église de Compiègne fut enrichie de son temps. On lui attribue aussi un répons de saint Martin, qui commence par ces mots : O quam admirabilis.
(862). Salvus, abbé d'Alvelda, en Navarre, composa des hymnes et des oraisons ecclésiastiques.
(863). Moyse Barcepha, nommé aussi Sévère, évêque de Mosul, de la secte des jacobites, est auteur d'une anaphore au Missel syriaque; de deux traités, l'un sur le saint Chrême, l'autre sur le Baptême, et d'une explication des cérémonies usitées dans la tonsure des moines.
(867). Basile le Macédonien, empereur de Constantinople, fit faire une édition du Ménologe, augmentée et ornée des images des saints. C'est celle qui porte son nom et qui a été publiée, par ordre dé Benoît XIII, à Urbin, en
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1727. Allatius attribue ce Ménologe à Basile le Jeune, qui régna en 977.
(876). Usuard, moine de Saint-Germain-des-Prés, compila, par ordre de Charles le Chauve, un Martyrologe formé de ceux qui avaient déjà été publiés.
(878). Adelhelme, évêque de Séez, composa un recueil de bénédictions pour la Messe, suivant l'usage qui s'en était conservé en France, même après l'introduction des usages romains. Ce recueil en contient trente-six; elles sont pour les dimanches qui suivent Noël et l'Epiphanie, jusqu'au Carême exclusivement.
(880). Rémi, moine de Saint-Germain d'Auxerre, fut un chantre de premier ordre, comme le prouve son commentaire manuscrit sur le traité de Musica de Martianus Capella. L'abbé Lebeuf dit de lui qu'il tenait d'Héric la science du chant; qu'Héric la tenait de Rhaban et d'Haymon d'Halberstadt, lesquels avaient conversé avec les chantres romains venus en France sous Charlemagne, ou avec leurs premiers élèves. On lui donne, dans la Bibliothèque des Pères de Lyon, une exposition de la Messe. Trithème lui attribue aussi un livre de Festivitatibus Sanctorum; enfin, on trouve dans le grand ouvrage de D. Martène, de antiquis Ecclesiœ Ritibus, un petit traité attribué au même Rémi d'Auxerre, et intitulé : de Dedicatione Ecclesiœ.
(880). Georges, archevêque de Nicomédie, est auteur de plusieurs hymnes de la Liturgie grecque.
(886). Léon le Philosophe, empereur de Constantinople, a composé aussi plusieurs pièces du même genre, qui se trouvent pareillement dans les livres d'offices des Grecs.
(892). Réginon, abbé de Prum, adressa à Radbod, archevêque de Trêves, un traité de harmonica Institutione, et compila un Lectionnaire pour toute l'année.
(899). Hucbald, moine de Saint-Amand, au diocèse de Tournay, fut un chantre fameux. Pendant un séjour qu'il fit à Reims, il composa le chant et les paroles d'un office
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en l'honneur de saint Thierry, pour les moines de cette abbaye. Il enrichit encore d'autres églises de ses mélodies, principalement celles de Meaux et de Nevers. Il avait composé deux traités sur la musique, dans l'un desquels il avait fixé des signes pour marquer les différents tons de l'octave.
(900). Aurélien, clerc de l'Église de Reims, écrivit de Regulis modulationum, quas tonos, sive tenores appellant, et de earum vocabulis.
(901). Le moine Marc a composé beaucoup d'hymnes qui se trouvent dans la Liturgie grecque, aux offices de la semaine sainte.
(9o3). Etienne, évêque de Liège, est auteur d'un office en l'honneur de la sainte Trinité, dont une grande partie se trouve dans celui que l'Église romaine emploie en cette solennité. Il en composa aussi le chant, et fit en outre un office pour la fête de l'Invention de saint Etienne.
(9o3). Helpéric, moine de Saint-Gall, écrivit un livre de Musica, et un autre de Computo ecclesiastico.
(904). Notker le Bègue, moine de Saint-Gall, a donné un Martyrologe qui porte son nom. En outre, il composa un grand nombre de séquences et d'hymnes, que l'on peut voir dans le tome II des Lectiones antiquae de Canisius, et dans le tome I des Anecdotes de D. Bernard Pez. Nous ne les indiquons pas plus explicitement, parce que ces pièces ne sont pas employées dans les Offices de l'Église. Notker écrivit aussi un traité sur les notes usitées dans la musique ; il fut un des plus fameux chantres dans l'abbaye de Saint-Gall, qui était une académie de chant ecclésiastique pour les moines, comme l'école de l'Église de Metz en fut une pour le clergé séculier de la France.
(910). Etienne, abbé de Lobbes, nota le chant d'un Office en l'honneur de saint Lambert.
(917). Saint Ratbod, évêque d'Utrecht, composa le chant d'un Office en l'honneur de saint Martin; il a laissé
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aussi deux hymnes, à l'honneur de saint Switbert et de saint Lebwin.
(926). Saint Odon, illustre abbé de Cluny, et le fondateur de l'Ordre de ce nom, est auteur de sept antiennes en l'honneur de saint Martin, de deux hymnes pour la fête du même saint, et d'une autre sur sainte Marie-Magdeleine.
(93o). Gobert, évêque de Laon, écrivit une sorte de poëme de Tonsura, vestimentis et vita clericorum.
(944.) Foulques II, dit le Bon, comte d'Anjou, fut un grand prince; mais ses qualités élevées ne l'empêchèrent pas de montrer, comme Pépin, Charlemagne et Alfred le Grand, un zèle empressé pour les offices divins. Il y assistait en habit clérical, et chantait l'office avec le clergé ; sur quoi le roi Louis d'Outremer l'ayant raillé, le comte lui fit dire qu'un roi sans lettres est un âne couronné. — La Liturgie était regardée par ces grands chefs des peuples comme le plus noble et le plus puissant véhicule des idées de progrès. Foulques était habile dans le chant, et composa douze répons en l'honneur de saint Martin.
(945). Georges, patriarche des nestoriens, écrivit un livre intitulé : Déclaration de tous les Offices ecclésiastiques, et leur objet; avec l'explication de la divine économie et des fêtes du Seigneur.
(945). Guy, évêque d'Auxerre, travailla sur le chant ecclésiastique, et appliqua sur des paroles de son choix, en l'honneur de saint Julien de Brioude, la mélodie du chant des répons, qu'Héric et Rémi, moines de l'abbaye de Saint-Germain, avaient composés pour la fête de leur saint patron.
(949). Constantin Porphyrogénète, empereur d'Orient, écrivit un Cérémonial, tant à l'usage de la cour de Constantinople, que pour marquer ce qui concernait les processions et les autres rites de l'Église, dans les fêtes solennelles.