Institutions liturgiques (page 45)
Maintenant, si l'on se demande à quelle source avaient été puisées ces modernes formules à l'aide desquelles on refaisait ainsi, après mille ans, le Responsorial de saint Grégoire, on trouvera que des phrases de l'Écriture sainte en avaient exclusivement fait les frais. Les paroles consacrées par la tradition avaient dû céder la place à ces centons bibliques choisis par des mains modernes et suspectes. On n'avait pas su retrouver le style ecclésiastique pour produire une antienne de deux lignes. Les sectaires qui prônaient l'usage exclusif de l'Écriture dans le service divin avaient remporté ce premier avantage ; encore un effort, encore cinquante ans de patience, et le reste des formules de style traditionnel que conserve le Bréviaire de 1680 aura disparu dans l'édition préparée alors par les disciples de Nicolas Le Tourneux.
Mais voyons à l'œuvre ces commissaires du bréviaire. Il est trois points sur lesquels l'école française d'alors n'était que trop unanime avec l'école janséniste proprement dite :
1° Diminuer le culte des saints, la confiance dans leur puissance; choses jugées excessives par des auteurs très-estimés alors, et depuis encore : les Tillemont, les Lainoy, les Baillet, les Thiers.
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2° Restreindre en particulier les marques de la dévotion envers la sainte Vierge. Les mêmes écrivains que nous venons de citer (Baillet surtout, dans un livre spécial qui a mérité les éloges de Bayle), n'avaient-ils pas déjà insulté la piété des fidèles sur un article qui lui est si cher, et cela, sans encourir aucune disgrâce ? Est-il besoin de rappeler l'hérétique Jean de Neercassel, évêque de Castorie, et son traité du Culte des saints et de la sainte Vierge, quand Gilbert de Choiseul-Praslin, évêque de Tournai, qui fut bientôt l'un des plus violents prélats de l'assemblée de 1682, osait, en 1674, dans une instruction pastorale faite exprès, entreprendre la défense raisonnée d'un livre fameux que Rome venait de proscrire, et qui portait ce titre : Les Avis salutaires de la Vierge à ses dévots indiscrets?
3° Comprimer l'exercice de la puissance des pontifes romains et la réduire, sous le vain prétexte des usages de la vénérable antiquité, à devenir une pure abstraction. Des milliers d'écrits composés en France depuis 1660, et dans lesquels il est question historiquement, dogmatiquement, ou canoniquement, de la constitution de l'Église,, sont autant de pièces de la conspiration antiromaine, et l'assemblée de 1682, décrétant les quatre articles, n'alla pas plus loin, après tout, que la Sorbonne dans les six fameuses assertions de 1663.
Montrons maintenant l'application de ces trois principes de l'école française d'alors, par des faits positifs tirés du Bréviaire de Harlay.
1° On put voir que la commission était animée de dispositions peu favorables aux usages et aux traditions qui ont pour objet le culte des saints, quand on s'aperçut que plus de quarante légendes contenues dans l'office avaient été retranchées, pour faire place à des passages des saints Pères ou des écrivains ecclésiastiques qui, dans leur brièveté, ne faisaient souvent allusion qu'à une seule
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circonstance de la vie du personnage, tandis que cette vie était racontée en entier, quoique abrégée, dans les leçons du Bréviaire antérieur. Nous citerons en particulier, comme mutilés ainsi, les offices de saint Vincent, de saint Mathias, des saintes Perpétue et Félicité, des Quarante Martyrs, de saint Apollinaire, de saint Jacques le Majeur, de sainte Marthe, de saint Pierre aux Liens, de l'Invention de saint Etienne, de saint Lazare, de saint Corneille, de saint Cyprien et de sainte Euphémie, de saint Matthieu, de sainte Thècle, de saint Clément, de saint Lin, de saint André, de saint Thomas, apôtre, etc.
Il est vrai que les défenseurs du Bréviaire de Harlay prétendent justifier cette innovation par l'autorité du Bréviaire romain (1); mais, de douze exemples qu'ils citent, cinq sont allégués sans fondement, savoir, les leçons de sainte Agnès tirées de saint Ambroise, et celles de saint Ignace d'Antioche, de saint Jean-Porte-Latine, de saint Marc et de saint Luc, empruntées à saint Jérôme, puisque ces fragments sont de véritables légendes. Quant à saint Joseph et saint Joachim, la tradition ne nous en apprenant rien de bien précis, l'Église les loue, avec raison, par des passages des saints Pères. La Nativité de saint Jean-Baptiste est un fait biblique, ainsi que le martyre des Machabées; il eût donc été inutile d'en faire un récit humain dans l'office. Sainte Marie-Madeleine est louée, il est vrai, au jour de sa fête, par un sermon de saint Grégoire, mais sa légende historique se trouve dans l'office de sainte Marthe. Enfin, nous convenons que l'office de saint Pierre et de saint Paul, et celui de saint Laurent, sont sans légendes; mais c'est parce que l'Église romaine, à l'époque où les légendes ont été introduites dans l'office divin, a cru superflu de rédiger un récit de la vie et de la passion de ces deux grands apôtres et de son plus illustre
(1) Réponse aux Remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris, pag. 15.
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martyr. Cette légende n'est-elle pas écrite dans Rome, en vingt endroits qui gardent les vestiges sacrés de ces glorieux soutiens de l'Église. Au reste, quand le Bréviaire romain eût, dans un plus grand nombre d'endroits, remplacé par des homélies les leçons historiques des saints, le reproche que nous adressons au» correcteurs du Bréviaire de Harlay n'en serait pas moins mérité. En effet, nous leur demandons compte des choses qu'ils ont retranchées, et non de celles qui manquaient déjà dans le Bréviaire romain-parisien de Jean-François de Gondy, quand il fut soumis à leur correction. Que s'il leur eût semblé utile d'épurer par l'emploi d'une saine critique plusieurs des légendes, ils le pouvaient faire avec modération : mais supprimer en masse la partie la plus populaire dans un si grand nombre d'offices, était une démarche digne de censure et qui rappelait les condamnations portées au XVI° siècle par la Sorbonne de ce temps-là, contre les Bréviaires de Soissons et d'Orléans (1).
Mais on ne se borna pas à retrancher ainsi une partie considérable des légendes; les traditions catholiques les plus vénérables furent insultées. Pour commencer par l'Église même de Paris, les correcteurs du Bréviaire la déshéritèrent de sa vieille gloire d'être fille de saint Denys l'Aréopagite ; ils portèrent leur main audacieuse sur le fameux prodige qui suivit la décollation du saint fondateur de leur propre Église. Ils distinguèrent sainte Marie-Madeleine-de Marie, sœur de Marthe: ils ôtèrent à cette dernière la qualité de vierge, et à saint Lazare celle d'évêque. Ils effacèrent l'histoire si célèbre de sainte Catherine d'Alexandrie : enfin, ces docteurs de Paris, marchant sur les traces honteuses de Le Fèvre d'Estaples et d'Érasme, flétris pourtant par l'ancienne Sorbonne, pour avoir osé attaquer les traditions sur saint
(1) Voyez ci-dessus, tome Ier pag. 458.
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Denys et sur sainte Marie-Madeleine, enchérirent, comme l'on voit, sur ces frondeurs de la tradition.
Veut-on savoir la vaine excuse qu'ils apportèrent lorsqu'on leur demanda compte de tant de témérités ? Eux qui avaient biffé un si grand nombre de récits miraculeux , et d'actions extraordinaires des saints, sans doute pour la plus grande gloire de ces amis de Dieu, on les entendit se faire un mérite de ces retranchements, parce qu'ils avaient, disaient-ils, substitué à des récits purement historiques et contestables, des passages des saints Pères par lesquels les dogmes attaqués par les hérétiques, et particulièrement le culte et l'intercession des saints étaient confirmés (1). Étrange préoccupation et qui dure encore dans l'Église de France, de considérer le bréviaire et les autres livres liturgiques, non plus comme un dépôt des traditions de la piété, comme un livre pratique qui renferme les monuments de la foi des fidèles, mais comme un arsenal de controverse, un supplément aux traités qu'on étudie dans l'école!
Ce fut sans doute cette même préoccupation qui porta les commissaires à statuer dans les rubriques générales que, désormais, le clerc récitant l'office divin en particulier, ne saluerait plus l'assemblée des fidèles, par ces mots : Dominus vobiscum; mais qu'il dirait, comme pour lui seul : Domine, exaudi orationem meam. Il est triste d'avoir à ajouter que presque tous nos bréviaires nouveaux ont embrassé cette pratique, non-seulement réprouvée expressément par l'Église romaine, mais contraire à l'essence même de toute prière ecclésiastique. Pourquoi ne supprime-t-on pas de même, au canon de la messe, toutes les formules qui font allusion à l'assemblée des fidèles, quand on célèbre à quelque autel isolé ? Luther n'est-il pas parti du même principe, quand il a anathématisé
(1) Réponse aux Remarques, etc., pag. 7-16.
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les messes privées, parce que, disait-il, elles étaient pleines de mensonge en ce que les paroles supposent la présence du peuple ? Les jansénistes n'ont-ils pas tiré des conséquences analogues, ainsi que nous le raconterons ? Mais poursuivons.
2° Si nous considérons maintenant la manière dont le culte de la sainte Vierge avait été traité dans le Bréviaire de Harlay, nous voyons qu'il y avait été grandement diminué. D'abord, on avait supprimé les bénédictions de l'office de Beata, qui étaient propres à l'Église de Paris, en tout temps si dévote à sa glorieuse patronne. Les capitules du même office, dans lesquels l'Église romaine applique à Marie plusieurs passages des Livres sapientiaux qui ont rapport à la divine Sagesse, tradition si ancienne et si chère à la piété, avaient été sacrifiés, sans doute pour faire droit aux déclamations furibondes des hérétiques du XVI° siècle, que l'Église romaine et toutes celles qui la suivent dans les offices divins bravent encore aujourd'hui.
Désormais l'office de la Vierge, au Bréviaire de Paris, ne contenait plus cette antienne formidable à tous les sectaires : Gaude, Maria Virgo, cunctas haereses sola interemisti in universo mundo; ni cette autre non moins vénérable, par laquelle l'Église implore le secours de Marie pour déjouer les complots de l'erreur contre la gloire de cette reine du ciel : Dignare me laudare te, Virgo sacrata; da mihi virtutem contra hostes tuos.
Mais on ne s'était pas arrêté là. On pouvait se demander si les rédacteurs du Bréviaire de Paris, du Bréviaire de Notre-Dame, n'avaient pas visé à diminuer la croyance à la vérité de la glorieuse assomption de Marie. Car pourquoi avoir retranché ces belles paroles de saint Jean Damascène, dans la sixième leçon de la fête de ce grand mystère : Hanc autem vere beatam quce Dei Verbo aures prœstitit, et Spiritus Sancti operatione repleta est,
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atque ad archangeli spiritalem salutationem, sine voluptate et virili consortio, Dei Filiumconcepit et sine dolore aliquo peperit ac totam se Deoconsecrapit, quonam modo mors devoraret ? Quomodo inferi susciperent ? Quomodo corruptio invaderet corpus illud, in quo vita suscepta est? Pourquoi, le quatrième jour dans l'octave, avoir retranché les trois leçons dans lesquelles le même saint Jean Damascène raconte la grande scène de la mort et de l'assomption corporelle de la Mère du Sauveur ?
Non content d'avoir supprimé en masse le bel office de la Visitation de la sainte Vierge, qui était commun à l'Église de Paris et à plusieurs autres des plus illustres du royaume, le Bréviaire de Harlay portait ses coups sur une des plus grandes gloires de la Reine du ciel. Dans la plupart des Églises de l'Occident comme de l'Orient, la solennité du 25 mars, fondement de l'année liturgique, était appelée l’Annonciation de la sainte Vierge; par quoi l'Église voulait témoigner de sa foi et de son amour envers Celle qui prêta son consentement pour le grand mystère de l'Incarnation du Verbe. La commission osa s'opposer à cette manifestation de la foi et de la reconnaissance. Elle craignit sans doute les dévots indiscrets, et décréta que cette fête serait désormais exclusivement une fête de Notre-Seigneur, sous ce titre : Annuntiatio Dominica. Nous verrons bientôt le progrès de cette entreprise : en attendant, que ceux-là se glorifient qui ont fait perdre à l'Église de France presque tout entière une des principales solennités de la Mère de Dieu.
3° Nous passons maintenant à ce qui regarde l'autorité du pontife romain. D'abord, François de Harlay décréta que la fête de saint Pierre serait descendue au rang des fêtes solennelles mineures ; en quoi il ne tarda pas à être imité dans plus de soixante diocèses. Les légendes qui racontaient les actes d'autorité des pontifes romains dans l'antiquité furent modifiées d'une manière captieuse, sous
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couleur de conserver les paroles mêmes des Pères. Nous n'en citerons qu'un exemple entre vingt ; c'est dans l'office de saint Basile. Il y est dit de ce saint : Egit apud sanctum Athanasium et ajios Orientis episcopos ut auxilium ipsi ab occidentalibus episcopis postularent. Les rédacteurs de cette légende savaient bien que par les évêques d'Occident, il faut entendre le Siège apostolique, sans lequel l'Occident n'aurait point eu ainsi le droit de recevoir l'appel des évêques de l'Orient, berceau du christianisme. On aime mieux profiter d'une expression vague qui n'exprime point clairement le dogme, que de la traduire dans le style précis, mais surtout catholique, d'une légende. Le lecteur peut voir encore celles de saint Athanase, de saint Etienne, pape et martyr, etc.
L'esprit qui animait l'archevêque de Harlay parut surtout dans la suppression de deux pièces anciennes et vénérables, mais qui offensaient à juste titre sa susceptibilité gallicane. La première est le fameux répons de saint Pierre : Tu es pastor opium, princeps Apostolorum ; tibi tradidit Deus omnia régna mundi : Et ideo tibi traditœ sunt claves regni cœlorum.
Néanmoins ce répons se trouve déjà dans les plus anciens manuscrits du Responsorial de saint Grégoire, publiés soit par D. Denys de Sainte-Marthe, soit par le B. Tommasi. Mais le favori de Louis XIV, celui qui était à la veille de proclamer, dans une solennelle déclaration, la complète indépendance de la puissance temporelle à l'égard de la puissance spirituelle, pouvait-il (quelle que soit d'ailleurs la portée des paroles du répons) souffrir que l'on continuât à chanter dans les églises de la capitale du grand Roi, que Dieu a livré à saint Pierre tous les royaumes du monde, en vertu du pouvoir des clefs ? En pareil cas, un sujet fidèle doit tout sacrifier, jusqu'à l'antiquité qu'il prônera en toute autre occasion.
La seconde pièce est une antienne que l'Église chante
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aux secondes vêpres de l'office des saints papes. On les loue de n'avoir pas craint les puissances de la terre, pendant qu'ils exerçaient leur souverain pontificat, en sorte qu'ils sont montés, pleins de gloire, au royaume céleste. Dum esset summus Pontifex, terrena non metuit, sed ad cœlestia regna gloriosus migravit. Jamais plus beau résumé ne pouvait être fait de la vie de ces grands pontifes qui, à l'exemple de saint Pierre, n'ont point humilié devant César la royauté sacerdotale, et en ont été loués et récompensés du divin pasteur qui expose et donne sa vie pour ses brebis. Mais pour François de Harlay, tel que Fénelon et, mieux encore, l'histoire nous le font connaître, c'était là une maxime importune, et quelque peu séditieuse.
Au reste, à cette même époque, la Chaire de saint Pierre était occupée par un pape plein du sentiment de la liberté ecclésiastique, et qui se préparait à faire voir à son tour qu'il ne craignait pas les puissances terrestres. Encore deux ans, et Innocent XI écrira à François de Harlay et à ses collègues de l'Assemblée de 1682 : « Vous avez craint là où il n'y avait pas sujet de craindre. Une seule chose était à craindre pour vous ; c'était qu'on pût avec raison vous accuser devant Dieu et devant les hommes, d'avoir manqué à votre rang, à votre honneur, à la dette de votre devoir pastoral. Il fallait avoir en mémoire les exemples de constance et de force épiscopales que ces anciens et très-saints évêques, imités par beaucoup d'autres, en chaque siècle, ont, en semblable circonstance, donnés pour votre instruction... Qui d'entre vous a osé plaider devant le Roi une cause si grave, si juste et si sacrée ? Cependant vos prédécesseurs, dans un péril semblable, la défendirent plus d'une fois, cette cause, avec liberté, auprès des anciens Rois de France, et même auprès de celui-ci, et ils se retirèrent victorieux de la présence du Roi, rapportant de la part de ce
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prince très-équitable la récompense du devoir pastoral vigoureusement accompli. Qui d'entre vous est descendu dans l'arène pour s'opposer comme un mur en faveur de la maison d'Israël ? Qui a seulement prononcé un mot qui rappelât le souvenir de l'antique liberté ? Cependant, ils ont crié, eux, les gens du Roi, et dans une mauvaise cause, pour le droit royal ; tandis que vous, quand il s'est agi de la meilleure des causes, de l'honneur du Christ, vous avez gardé le silence (1) ! »
L'antienne dont nous parlons devait donc être sacrifiée par un prélat capable de mériter d'aussi sanglants reproches et que Dieu frappa de mort subite, sans qu'il pût offrir satisfaction convenable au Siège apostolique.
Le Bréviaire de Harlay renferme encore un grand nombre de choses étranges ; mais nous avons hâte d'en finir. Nous ne pouvons toutefois nous dispenser de mentionner ici deux changements graves dont les motifs nous paraissent au moins inexplicables. Dans le temps où ils eurent lieu, la satire s'en occupa. Nous ne ferons pas de réflexions. Le public se demanda donc par quel motif François de
(1) .......Timuistis ergo ubi non erat timor. Id unum'timendum
vobis erat, ne apud Deum, hominesque redargui jure possetis, loco atque honori vestro, et pastoralis officii debito defuisse. Memoria vobis repe-tenda erant quae antiqui illi sanctissimi Prassules, quos quam plurimi postea qualibet œtate sunt imitati, episcopalis constantiae et fortitudinis exempla, in hujusmodi casibus, ad vestram eruditionem ediderunt......
............Ecquis vestrum tam gravem, tam justam causam, tam sacro-
sanctam oravit apud Regem ? Cum tamen praedecessores vestri eam in simili periculo constitutam non semel apud superiores Galliae Reges, imo apud hune ipsum libéra voce defenderint, victoresque a Regio conspectu discesserint, relatis etiam ab aequissimo Rege prœmiis pastoralis officii strenue impleti ? Quis vestrum in arenam descendit, ut opponeret murum pro domo Israël ? Quis vel unam vocem emisit memorem pristinae libertatis? Clamaverunt intérim sicut scribitis, et quidem in mala causa, pro regio jure, clamaverunt Régis administri; cum vos in optlma pro Christi honore sileretis. (Brev. Innocenta XI, 11 April. 1682. Ad Archiepiscopos, Episcopos et alios Ecclesiasticos viros in Comitiis genera-libus cleri Gallicani Parisiis congregatos.)
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Harlay avait retranché, dans l'hymne du dimanche à matines, qui est de saint Ambroise et commence par ce vers : Primo dierum omnium, les strophes suivantes, qui sont pourtant le centre de cette prière ; le reste de de l'hymne n'étant que le prélude :
Jam nunc, Patenta daritas,
Te postulamus affatim,
Absit libido sordidans,
Et omnis actus noxius.
Ne fœda sit, vel lubrica
Compago nostri corporis,
Per quam averni ignibus,
Ipsi crememus acrius.
Ob hoc Redemptor, quœsumus
Ut probra nostra diluas,
Vitœ perennis commoda
Nobis benigne conferas.
Enfin, on se demanda pourquoi on avait ôté de la légende de saint Louis les belles paroles de la reine . Blanche, sa mère : Fili, mallem te vita et regno privatum quam lethalis peccati reum agnoscere. Le cardinal de Noailles,dans les diverses éditions qu'il donna du Bréviaire de Harlay, s'empressa de réparer cette omission, en restituant la mémoire de cette parole si célèbre et si populaire, que la reine Blanche proféra dans une occasion d'ailleurs fort délicate.
Nous venons de donner au lecteur une idée des choses superstitieuses, fausses, incertaines, superflues, contraires à la dignité de l'Église, ou aux règles établies par elle, que François de Harlay, dans sa lettre pastorale, se proposait de faire disparaître du bréviaire. Ce début, dans la réforme liturgique, promettait beaucoup, comme l'on voit, et bientôt il ne serait plus au pouvoir des archevêques
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de Paris de sauver les débris des livres grégoriens, menacés dans leur intégrité par l'audace de la secte.
En attendant, le nouveau Bréviaire de Paris portait en tête l'injonction expresse et jusqu'alors inouïe, à toutes les églises, monastères, collèges, communautés, ordres; à tous les clercs tenus à la récitation de l'Office divin, de se servir de ce bréviaire, avec défense expresse et solennelle d'en réciter un autre, quel qu'il soit, tant en public qu'en particulier. Cette défense était, comme l'on voit, bien nouvelle à Paris, lorsqu'on se rappelle les termes des lettres pastorales des prédécesseurs de François de Harlay, qui laissaient l'option entre le Bréviaire romain et celui de Paris. C'était aussi la première fois qu'on ne faisait pas de réserve en faveur des corps religieux approuvés, dont aucun n'a le droit de réciter un bréviaire diocésain. On n'avait point intention, pourtant, de déroger au privilège des réguliers, et la brochure que nous avons citée plus haut, qui fut publiée sous les inspirations de l'archevêché (1), le dit expressément; mais on avait pensé que l'absence de toute restriction dans la formule de promulgation du nouveau bréviaire rendrait cette formule bien autrement solennelle. Elle devait frapper d'autant plus les esprits, et éblouir ou effrayer ceux qui auraient pu être tentés de résister. Il paraît cependant, comme nous le verrons ailleurs, qu'un grand nombre d'ecclésiastiques continuèrent, malgré tout, l'usage du bréviaire romain; mais les chapitres, les paroisses, les communautés séculières, comme Saint-Sulpice, durent subir la loi. Les prêtres de la Mission, quoiqu'ils ne fussent pas un ordre régulier proprement dit, gardèrent le bréviaire romain; mais déjà ce corps s'était étendu bien au-delà des limites du diocèse de Paris, et même des frontières du royaume.
(1) On l'attribue à l'abbé Chastelain, l'un des commissaires du bréviaire.
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Après avoir publié son bréviaire, en 1680, François de Harlay eut occasion de développer ses sentiments sur la liberté ecclésiastique et sur l'autorité du Pontife romain, dans l'assemblée du clergé de 1681 à 1682. Sa conduite dans cette circonstance à jamais déplorable pour l'Église gallicane, ne contribua pas à attirer les lumières de l'Esprit-Saint sur son administration. Aussitôt après l'assemblée, il se mit en devoir d'exécuter sur le missel le même travail de réforme qu'il avait entrepris sur le bréviaire. La commission dont nous avons parlé continua ses travaux, et dès le mois de novembre 1684, l'archevêque fut en mesure d'annoncer à son diocèse, par une lettre pastorale, le don qu'il lui faisait d'un nouveau missel digne de l'Église de Paris (1).
Nous répéterons d'abord ici, en peu de mots, ce que nous avons dit au sujet de la réforme du bréviaire. Nous conviendrons donc, avec franchise, que l'archevêque de c Paris avait le droit de faire les réformes convenables aux s livres de son diocèse, pourvu qu'il les fît dans l'esprit de la tradition, qui est l'élément principal de la Liturgie; pourvu que dans ses améliorations la partie romaine de ces livres fût respectée, et que les réformes fussent autant d'applications des principes suivis dans toute l'antiquité en matière de Liturgie.
Nous n'attaquerons même pas François de Harlay dans les changements qu'il fit aux rubriques, pour les rendre plus conformes aux anciens usages parisiens, bien que Ces changements ne pussent avoir lieu qu'aux dépens des rubriques romaines que ses derniers prédécesseurs avaient fait presque exclusivement prévaloir. Il y avait là du moins une possession, bien qu'interrompue durant quelque temps, et les prédécesseurs de Harlay, malgré le désir qu'ils en avaient nourri, n'avaient pu parvenir à
(1) Vid. La Note D,
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inaugurer, sans retour, les livres purement romains dans leur église.
Mais nous ne saurions nous empêcher de protester énergiquement contre la maxime protestante qu'on n'avait pas osé avouer tout entière dans la préface du bréviaire, et qui se trouvait enfin énoncée dans celle du missel. François de Harlay disait : « Les choses qui doivent être chantées, nous les avons tirées des seules Écritures saintes, persuadés que rien ne saurait être ou plus convenable, ou plus en rapport avec la majesté d'un si auguste sacrement, que de traiter l'acte divin dans lequel le Verbe de Dieu est à la fois prêtre et hostie, au moyen de la parole à l'aide de laquelle il s'est lui-même exprimé dans les saintes Écritures. »
C'était aussi le principe de Luther dans sa réforme liturgique, quand il disait : « Nous ne blâmons pas ceux qui voudront retenir les introït des apôtres, de la Vierge et des autres saints, lorsque ces trois introït sont tirés des Psaumes et d'autres endroits de l'Écriture (1). » Depuis Luther, tous les sectaires français et flamands avaient répété à satiété leurs banalités sur l'usage de l'Écriture sainte, qui devait suffire partout, suivant eux ; et il fallait, certes, être bien aveugle, sinon sourdement complice, pour croire avoir, tout fait en signant le Formulaire contre les cinq propositions, quand on ouvrait en même temps, sur l'Église et sa doctrine, cette porte par laquelle tous les hérétiques de tous les temps sont entrés.
Quoi qu'il en soit, François de Harlay entreprit cette œuvre et la consomma; il expulsa de l'antiphonaire grégorien, qui forme, comme on sait, la partie chantée du missel ; il en expulsa, disons-nous, toutes ces formules solennelles, touchantes, poétiques, mystérieuses, dogmatiques,
(1) Vid. ci-dessus, tom. I, chap. XIV, pag. 397.
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dans lesquelles l'Église prête sa voix traditionnelle aux fidèles, pour exalter la majesté de Dieu et la sainteté de ses mystères. Ainsi tombèrent d'abord ces introït qui avaient, il est vrai, déjà été interdits par Martin Luther, tels que celui de la sainte Vierge : Salve, sancta Parens, enixa puerpera Regem, etc.; et cet autre qui retentit avec tant d'éclat et de majesté dans les solennités de l'Assomption, de la Toussaint, etc. : Gaudeamus omnes in Domino, diem festum celebrantes, etc. Ainsi, le verset alléluiatique des fêtes de la Sainte-Croix : Dulce lignum, dulces clavos, etc. ; celui de saint Laurent : Levita Laurentius; ceux de saint Michel : Sancte Michael archangele, etc., et Concussum est mare et contremuit terra, ubi archangelus Michael, etc. ; celui de saint François : Franciscus, pauper et humilis, cœlum dives ingreditur, etc. ; de saint Martin : Beatus vir sanctus Martinus, urbis Turonis Episcopus requievit, etc., etc.