Institutions liturgiques (page 44)
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1691, par un décret approuvé par Innocent XII : plusieurs évêques français le proscrivirent aussi, vers la même époque.
Les fidèles durent, après toutes ces condamnations, se tenir pour avertis qu'une conspiration se tramait contre leur foi, et que la secte qui avait juré obstinément de se cacher jusque dans l'Église, avait enfin choisi la Liturgie pour le principal levier de sa grande entreprise. Cependant, jusqu'ici, les livres du sanctuaire étaient demeurés fermés à ses innovations; elle devait donc faire tous ses efforts pour les envahir. Les circonstances sont devenues favorables. Le besoin de changement, une vague inquiétude agite les esprits. Le XVII° siècle, qui n'a pas su purger l'Église de France du virus qui la travaille, est sur le point de finir dans l'inquiétude et l'attente de grands événements. Le moment est venu où un acte solennel va résumer aux yeux de la catholicité entière la situation hostile de la France à l'égard de Rome. Le jansénisme longtemps harcelé deviendra désormais invincible, et achèvera impunément le cours ignominieux de ses scandales. Rome seule pouvait l'atteindre, et les jugements de Rome ne sont plus, comme autrefois, irréformables par cela seul qu'elle les a prononcés. La puissance séculière déclarée indépendante fixera elle-même ses propres limites, et jugera qu'elle peut ouvrir de force le tabernacle sacré, en attendant qu'elle constitue civilement le clergé national. Les libertés de notre Église proclamées hautement comme le reste précieux de l'ancienne discipline, arrêteront aux frontières de la France toutes les bulles, brefs et décrets des pontifes romains ; en sorte que le centre du gouvernement ecclésiastique deviendra impuissant à réformer chez nous les abus. La constitution monarchique de l'Église, altérée dans ses fondements, du moment qu'on a proclamé la souveraineté des membres sur le chef, fournira de nouveaux prétextes au développement des théories d'anarchie.
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Que pouvaient produire toutes ces idées imposées, de plus en plus, au clergé par l'enseignement asservi des universités ? Tout livre favorable aux saines maximes était supprimé par les parlements et quelquefois par les deux autorités; les corps réguliers, menacés dans leur indépendance, étaient durement surveillés ; quelques-uns même, et les plus favorisés, penchaient vers les nouveautés. Les Jésuites avaient, à la fois, à subir les accusations les plus perfides de la part de la secte, et les plus fatigantes vexations dans certains diocèses. La science historique tout entière était employée à dénigrer, sous couleur de zèle pour la vénérable antiquité, toutes les institutions, les usages catholiques postérieurs au V° ou au VI° siècle. L'éloignement pour le merveilleux et le mystique, faisait tomber dans le mépris les pieuses croyances devenues désormais le partage d'un peuple illettré; la morale pratique, jugée ou enseignée par des hommes étrangers au positif delà vie, se réglait non plus d'après l'autorité des docteurs pratiques, mais sur les expressions oratoires et, partant, exagérées des Pères. La nouvelle école, comme celle de Luther et de Calvin, avait déclaré haine à la scolastique et anathématisé les casuistes. Enfin le presbytéranisme se préparait à faire invasion dans une Église au sein de laquelle la vraie dignité épiscopale avait faibli, en proportion des efforts qu'on faisait pour la grandir aux dépens du Siège apostolique.
Au milieu de ce formidable ensemble de nouveautés, le corps de la Liturgie était demeuré intact. Le Sacramentaire et l'Antiphonaire de saint Grégoire formaient toujours le Missel de l'Église de France; le Responsorial du même Pontife était, sous le nom de Bréviaire, entre les mains de tous les clercs. L'œuvre de Charlemagne, œuvre d'unité romaine, lui survivait après neuf siècles; seulement Rome avait complété, réformé ce merveilleux ensemble de prières et de chants sacrés, et la France, comme
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le reste de l'Église latine, avait embrassé fidèlement les usages que la mère des Églises avait en même temps retrempés aux sources pures de l'antiquité, et adaptés aux formes exigées par les temps. Il est vrai que les Églises de France avaient suivi une route diverse à la grande époque de la régénération liturgique du XVI° siècle. Les unes avaient adopté purement et simplement les livres renouvelés par saint Pie V, abandonnant ainsi beaucoup de coutumes locales qui, précédemment, se montraient dans les livres diocésains, mêlées au vaste ensemble liturgique de saint Grégoire. Un certain nombre d'autres avait préféré garder ses traditions, et tout en acceptant la lettre du Bréviaire et du Missel de saint Pie V, ces Églises avaient fondu, dans une réimpression plus ou moins intelligente, les usages qui leur étaient propres, avec les pures traditions romaines. Les livres de ces Églises portaient le titre diocésain, comme par le passé, avec cette addition sur le titre : Ad Romani formam, ou encore, Juxta mentem concilii Tridentini. Le lecteur peut revoir toute l'histoire de la réforme liturgique en France au XVI° siècle, telle que nous l'avons rapportée ci-dessus, chap. XV.
Il suit de là que jusqu'à ce qu'on eût introduit d'autres changements dans la Liturgie, tous les diocèses de France étaient restés unanimes dans la même prière, et, pour nous servir de l'expression de saint Pie V, la communion des prières catholiques n'avait point encore été déchirée. Seulement on disputait innocemment entre les docteurs, pour savoir lequel des deux était préférable, pour un clerc habitant un diocèse où le bréviaire était à la fois romain et diocésain, de suivre le romain pur ou de se conformer à l'usage du diocèse. On convenait généralement qu'il était mieux de se conformer au rite diocésain; mais la presque totalité des canonistes enseignait que les clercs non bénéficiers étaient libres de réciter purement et simplement le Bréviaire romain. Plusieurs des lettres
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pastorales des évêques, placées en tête des Bréviaires diocésains ad Romani formam ou ad formam concilii Tridentini, le disaient expressément. Nous citerons en particulier, pour le Bréviaire parisien-romain, celles de Pierre de Gondy, en 1584; de Henri de Gondy, en 1607; de Jean-François de Gondy, en 1634; du cardinal de Retz, en 1658; et pour le missel de la même Église, celle de Hardouin de Péréfixe, en i665. En tête du Bréviaire angevin-romain, de 1623, Charles Miron, et en tête de celui de 1665, Henri Arnauld, exceptaient, de la manière la plus précise, les clercs récitant l'office en particulier, de l'obligation de suivre les livres diocésains, et reconnaissaient le privilège du Bréviaire romain, etc., etc.
Il y avait donc, à Paris même, une grande variété de pratique à ce sujet, entre les ecclésiastiques qui n'étaient point astreints au chœur. Ainsi, par exemple, la compagnie de Saint-Sulpice tenait pour les livres romains purs, jusqu'à ce qu'elle se fût vue forcée par un décret de l'archevêque à prendre le parisien (1); saint Vincent de Paul, au contraire, enseignait qu'il était mieux de suivre le rite diocésain, et son avis, ainsi que nous le verrons ailleurs, paraît fondé sur l'avis des meilleurs canonistes (2).
On se rappelle ce qui a été rapporté précédemment, au sujet de l'Assemblée du clergé de i6o5, qui avait décrété des encouragements pécuniaires à une entreprise pour une réimpression des livres romains, à l'usage de toutes les églises du royaume. Ainsi que nous l'avons dit, cette réimpression intéressait même celles qui avaient leurs livres sous titre diocésain, à raison de la conformité de ces livres avec le romain; d'ailleurs ces églises étaient loin de former le plus grand nombre. Plusieurs évêques
(1) Salgues. De la Littérature des offices divins, pag. 332.
(2) Le lecteur ne doit jamais perdre de vue que les livres diocésains de . cette époque étaient conformes à la bulle de saint Pie V, acceptée dans les divers conciles français du XVI° siècle.
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et chapitres, voulant diminuer les frais que nécessitent les livres d'usages particuliers, et sans doute aussi pour témoigner de leur dévotion envers le Siège apostolique, s'étaient, dans le cours des premières années du XVII° siècle, rangés à l'usage des livres purement romains. L'Église de Paris en particulier avait vu ses prélats au moment de réaliser ce projet. Nous avons raconté les difficultés qu'éprouva Pierre de Gondy, en 1584, et qui l'obligèrent à prendre un tempérament; il a réimprimé le Bréviaire dé Paris, mais en le rapprochant le plus possible de celui de saint Pie V. Dans cette réforme, l'Église de Paris conservait du moins une partie de ses usages. Henri de Gondy, en 1607, réimprima le Bréviaire de son prédécesseur ; mais, en 1643, l'archevêque Jean-François de Gondy ayant fait une nouvelle révision des livres parisiens, les rendit si conformes aux romains, qu'on pouvait dire que, sauf de rares exceptions, ils étaient une seule et même chose.
Ce fut durant les trente dernières années du XVII° siècle qu'on commença, en France, à parler d'une réforme liturgique, dans les diocèses qui avaient des livres particuliers ; car ceux qui s'étaient conformés au romain pur, ne se livrèrent aux innovations que dans le cours du XVIII° siècle. Des motifs légitimes et des vues suspectes causaient à la fois cette agitation première, qui devait bientôt enfanter la plus complète révolution. D'un côté, le progrès de la critique sacrée, les nouvelles éditions des saints Pères et des écrivains ecclésiastiques, avaient mis les savants à même de découvrir plusieurs imperfections dans les livres du XVI° siècle, et d'ailleurs la partie des bréviaires qui était propre aux diocèses était loin de présenter une exécution en rapport avec les récentes découvertes historiques et littéraires. D'autre part, l'esprit frondeur qui distingue notre nation, l'envie de s'isoler de Rome en quelque chose, les habitudes de secte déjà contractées par nombre de gens habiles d'ailleurs, l'espoir défaire servir la Liturgie
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comme moyen de répandre des doctrines souvent repoussées dans d'autres livres : en voilà plus qu'il n'en faut pour expliquer les remaniements liturgiques qui signalèrent la dernière moitié du XVII° siècle. Tout ne fut donc pas mauvais dans les œuvres et les intentions de tous ceux qui travaillèrent ainsi à rajeunir la Liturgie. Les bréviaires de cette époque sont devenus bien rares; cependant nous avons pu en étudier plusieurs. Celui de Soissons, donné en 1676, porte quelques changements que nous traiterions volontiers d'améliorations, attendu que l'élément romain est respecté, sauf la substitution de quelques homélies puisées à des sources plus sûres; les traditions sur les saints sont généralement conservées ; le culte de la sainte Vierge n'a souffert aucune atteinte, et rien de suspect ne se rencontre dans la doctrine. Nous dirons à peu près la même chose du Bréviaire de Reims, donné par Maurice Le Tellier, en 1685 ; de celui du Mans, donné en 1693, par Louis de Tressan, etc.
Le bréviaire de cette époque, qui ouvrit la voie la plus large aux novateurs, fut celui que publia, en 1678, Henri de Villars, archevêque de Vienne. L'Eglise de Vienne n'avait pas donné d'édition de son bréviaire depuis l'année 1522, quoiqu'elle n'eût cependant pas adopté dans l'église métropolitaine l'usage des livres de saint Pie V. Henri de Villars jugea à propos de publier le breviarium Viennense, c'était son droit ; mais dans cette opération, il ouvrit une voie nouvelle qui ne se ferma pas après lui. Jusqu'alors, toutes les réformes des livres liturgiques avaient consisté dans la révision du texte sur les manuscrits les plus anciens et les plus autorisés; on avait substitué des homélies plus authentiques aux anciennes, épuré quelques légendes locales ou autres ; on avait pu même faire quelques additions, mais les formules primitives n'avaient jamais été sacrifiées à un système. Le nouveau Bréviaire de Vienne fut annoncé au diocèse comme ayant
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acquis une grande supériorité sur l'ancien, attendu qu'on y avait remplacé les antiennes et les répons grégoriens, qui n'étaient pas tirés de l'Ecriture sainte, par des passages de l'Écriture qui n'avaient point figuré encore dans la Liturgie. Les nécessités du nouveau plan avaient même obligé de renoncer à beaucoup d'autres pièces liturgiques tirées de l'Écriture sainte, et que l'ancien Bréviaire empruntait au responsorial de saint Grégoire. Les leçons, pour la plus grande partie, n'étaient ni celles du Bréviaire viennois de 1522, ni celles du romain de saint Pie V. Enfin on pouvait évaluer aux deux tiers sur l'ensemble les parties nouvelles de cette composition, en sorte que l'œuvre de Henri de Villars ne devait plus désormais être comptée entre les corrections de la Liturgie, si l'on veut entendre ce mot dans le sens jusqu'alors admis.
Non-seulement on avait fait abstraction des antiques manuscrits de l'église de Vienne, non-seulement on avait dédaigné de prendre pour base dans cette réforme liturgique les livres de saint Pie V, qui avaient fait règle partout ailleurs ; mais l'opération s'était effectuée hors du diocèse, loin des traditions viennoises, à Paris, où déjà une commission créée par Hardouin de Péréfixe, pour la correction du Bréviaire de cette Église, tenait ses séances, comme nous le dirons tout à l'heure. Henri de Villars avait député dans la capitale le sieur Argoud, doyen de son église métropolitaine, mais il lui avait donné pour adjoints le docteur Sainte-Beuve, tristement célèbre dans les fastes du jansénisme, et le sieur Du Tronchet, chanoine de la Sainte-Chapelle. Ces trois hommes eurent le soin et la responsabilité de l'œuvre tout entière, et au bout de trois ans leur travail fut en état d'être présenté à l'archevêque de Vienne, qui l'approuva et en fit la publication (1). Un missel parut bientôt, procédant de la même
(1) Drouet de Maupertuis. Histoire de la sainte Eglise de Vienne, p. 328; Charvet, p. 608.
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source. Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les détails ; nous dirons cependant que l'engouement produit par la nouvelle Liturgie dans le diocèse de Vienne, si l'on en croit les historiens de cette Église, Drouet de Maupertuis et Charvet, ne fut pas si universel que Ton ne vît encore vingt ans après la plupart des ecclésiastiques du diocèse de Vienne réciter le Bréviaire romain de préférence à celui de Henri de Villars.
Toutefois, ce bréviaire qui disparut tristement au XVIII° siècle pour faire place à une des formes du nouveau parisien, n'en eut pas moins l'honneur de servir de type aux divers produits de la première période de fabrication liturgique qui comprend, outre le Bréviaire parisien de Harlay et celui de Cluny, ceux d'Orléans, de la Rochelle, de Sens et de Clermont. On corrigeait alors, non plus d'après les livres romains, mais sur un spécimen élaboré dans la capitale du royaume. Les livres liturgiques appelés au plus grand succès allaient bientôt surgir, et, en leur qualité d'ouvrages d'esprit, selon l'expression de Mésenguy, l'un des principaux opérateurs de cette nouvelle époque, ils devaient sortir au premier jet du cerveau de leurs auteurs. Avec ce même Bréviaire de Vienne apparaît un principe emprunté à l'école janséniste et dont l'application a produit, presqu'à elle seule, le bouleversement liturgique au milieu duquel nous vivons. Ce principe dont nous avons déjà préparé l'histoire et dont nous discuterons ailleurs la valeur, est de n'employer que des passages de l'Écriture sainte comme matériaux des pièces de la Liturgie. Les corrections introduites dans le Bréviaire de Vienne, au mépris des anciens livres grégoriens, avaient été faites, comme nous l'avons dit, en vertu de ce principe, et ce bréviaire eut la triste gloire d'ouvrir une route qui fut grandement fréquentée depuis. Mais aucun bréviaire ne présenta, dans les circonstances de sa réforme et dans les principes qui y présidèrent,
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une histoire plus instructive et un système plus remarquable que celui que donna, en 1680, à son diocèse, François dé Harlay, archevêque de Paris. C'est de la publication de ce bréviaire, bien autrement célèbre que celui de Vienne, auquel il n'est, après tout, postérieur que de deux ans, qu'il faut dater l'époque véritable du renversement de l'œuvre de Charlemagne et des pontifes romains, œuvre qu'avaient, cent ans auparavant et depuis encore, sanctionnée les conciles de France et les assemblées du clergé. L'histoire exacte de ces grands changements va nous faire connaître les hommes qui eurent lé malheur de prêter leurs secours à des nouveautés coupables ; plusieurs d'entre eux furent séduits, ou entraînés; le grand nombre est marqué du sceau de la plus grave responsabilité.
François de Harlay, archevêque de Paris, a été loué par ceux qui avaient intérêt au triomphe des principes qu'il fit prévaloir dans son administration. Nous laisserions sa cendre en paix, si, dans ce moment, nous ne remplissions pas le devoir d'historien. Nous n'irons même pas chercher les couleurs de son portrait dans les mémoires profanes de son temps, et nous passerons sous silence les jugements souvent peu sûrs de Mme de Sévigné, du duc de Saint-Simon et de cent autres. Voici ce que Fénelon disait de ce prélat, dans sa fameuse lettre à Louis XIV : « Vous avez un archevêque corrompu, scandaleux, incorrigible, faux, malin, artificieux, ennemi de toute vertu, et qui fait gémir tous les gens de bien. Vous vous en accommodez, parce qu'il ne songe qu'à vous plaire par ses flatteries. Il y a plus de vingt ans qu'en prostituant son honneur, il jouit de votre confiance. Vous lui livrez les gens de bien, vous lui laissez tyranniser l'Eglise, et nul prélat vertueux n'est traité aussi bien que lui (1). »
(1) Correspondance de Fénelon, tom.II,pag.341, in-8°; Paris,Leclère, 1827.
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Ajoutons à cela que François de Harlay fut l’âme de l'Assemblée de 1682, le chef de ces prélats qui disaient : Le Pape nous à poussés, il s'en repentira ; de ces prélats dont l'audace effrayait Bossuet, et lui dicta ces trop fameuses propositions que lui-même qualifiait d'odieuses.
Hardouin de Péréfixe, prédécesseur de François de Harlay, avait déjà songé à une réforme du Bréviaire parisien, et rien n'était plus légitime, plus conforme à son droit d'archevêque d'une Église qui n'avait point adopté les livres purement romains. En 1670, il présida la première réunion d'une commission de membres choisis en partie par lui-même, et en partie par son chapitre : cette commission tint dix-huit séances, jusqu'à la mort de l'archevêque, arrivée l'année suivante (1).
Elle était composée ainsi qu'il suit (2) : Jacques de Sainte-Beuve, docteur de Sorbonne, connu par ses liaisons intimes avec Port-Royal. Il avait été exclu de la faculté et contraint de se démettre de la chaire qu'il y occupait, en 1658, pour avoir refusé de souscrire à la censure lancée contre la doctrine de son ami Antoine Arnauld. Il faut dire que depuis il signa le formulaire : mais quels membres de ce parti ne le signèrent pas ?
2° Guillaume de la Brunetière, archidiacre de Brie, depuis évêque de Saintes, dont nous mentionnerons ailleurs les belles hymnes.
3° Claude Chastelain, chanoine de Notre-Dame, homme véritablement savant dans les antiquités liturgiques, mais imbu des principes de l'école française de son
(1) Réponse aux Remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris, 1680, in-8°, pag. 5. Nous avons puisé beaucoup de renseignements dans cette apologie anonyme du Bréviaire de François de Harlay.
(2) Ménage, Historia mulierum philosophie artibus excultarum, pag. 45, à l'article de sainte Catherine, où l'auteur parle du retranchement de la légende de cette sainte par les correcteurs du bréviaire de 1680.
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temps. Il eut la plus grande part aux travaux de la commission.
4° Nicolas Gobillon, curé de Saint-Laurent.
5° Léonard Lamet, chanoine de Notre-Dame, depuis curé de Saint-Eustache.
6° Claude Ameline, d'abord prêtre de l'Oratoire, et alors grand archidiacre de l'Eglise de Paris.
7° Nicolas Coquelin, chancelier de l'Église de Paris.
8° Nicolas Letourneux, dont nous venons de signaler la mauvaise doctrine et les relations suspectes. Il est vrai que ses ouvrages ne furent condamnés par le Saint-Siège qu'après sa mort.
François de Harlay, ayant pris en main avec ardeur l'œuvre de la réforme du Bréviaire de Paris, confirma la commission formée par son prédécesseur; « mais il joignit aux députés M. l'abbé Benjamain, son grand vicaire et son officiai; M. Loisel, chancelier de l'Église de Paris et curé de Saint-Jean; M. Gaude, aussi son grand vicaire ; et pria M. le doyen de se trouver aux assemblées, autant que ses affaires pourraient le lui permettre. Et, en effet, il se trouva à toutes celles qui se firent de son temps en présence de Monseigneur l'archevêque, tous les mardis de chaque semaine, depuis le 17 septembre 1674 jusqu'au 3o avril 1675; et ce grand prélat, dont tout le monde connoît la capacité et les lumières, s'étant fait représenter tout ce que l'on avoit fait auparavant, fit continuer les «assemblées en sa présence durant tout ce temps-là: et étant supérieur en érudition et en lumières à tous ceux qui en étoient, quelque préparation qu'ils apporte tassent, autant qu'il est élevé au-dessus d'eux par sa dignité, il donna ou appuya par de nouvelles preuves les principes et les maximes qui ont servi de règle à cet ouvrage. Et dans toute la suite du temps qui s'est depuis écoulé, on lui a toujours rendu un compte
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exact de tout ce qui s'est fait en exécution de ses ordres et de ses lumières (1). »
Nous venons d'entendre le langage d'un adulateur ; mais nous conclurons du moins de ce que nous venons de lire, que François de Harlay prit sur lui toute la responsabilité de l'œuvre. Jugeons-la maintenant, cette œuvre qui eut une si grande influence, et observons les principes dont elle fut l'expression.
D'abord, nous conviendrons sans peine de plusieurs points qui pouvaient être favorables à l'idée d'une réforme,
en 1680.
1° On ne peut nier que l'archevêque de Harlay n'eut le droit de travailler à la réforme du Bréviaire de son Église, puisque l'église de Paris s'était maintenue en possession d'un bréviaire particulier, et que celui de saint Pie V, malgré le désir de Pierre de Gondy, n'avait point été accepté dans le diocèse, avec les formalités de la bulle Quod a nobis.
2°Ceci admis, il ne pouvait être blâmable de rétablir certains usages dont l'Église de Paris était en possession de temps immémorial, et dont la pratique avait été momentanément suspendue dans les bréviaires ou missels des derniers archevêques. En général, les choses anciennes sont toujours bonnes dans les institutions ecclésiastiques, quand leur rétablissement n'est point rendu illicite, ou impossible par un droit contraire, mais légitime.
3° Dans le cas d'une correction du Bréviaire parisien, c'était une chose louable de remplacer certaines homélies tirées de livres faussement attribués aux saints Pères, ou même simplement douteux, par des passages puisés à des sources plus authentiques.
4° II était louable également de choisir dans les monuments de la tradition, pour les placer dans les leçons de
(1) Réponse aux Remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris, pag. 6.
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l'Office, des endroits où les saints docteurs réfutent, par leur solennel témoignage, les erreurs anciennes et modernes et appuient plus fortement sur les dogmes qui auraient été davantage contestés parles hérétiques. Il est vrai même de dire que le Bréviaire de Harlay présenta dans sa rédaction un certain nombre de passages dirigés expressément contre la doctrine des cinq Propositions. Cet archevêque, comme plusieurs prélats, ses collègues, tout en faisant une guerre opiniâtre au Saint-Siège et à ses doctrines, professait un éloignement énergique pour la doctrine de Jansénius sur la grâce. Ils pouvaient se servir des gens du parti quand ils en avaient besoin, mais ils savaient les contenir. L'histoire de l'Église au XVII° siècle dépose de cette vérité.
5° Les légendes des saints propres au bréviaire de Paris pouvaient avoir besoin d'être épurées, et la sollicitude de la commission se porta de ce côté avec raison.
6° Il pouvait être besoin d'ajouter quelques hymnes pour accroître la solennité de certaines fêtes, pour enrichir les communs du bréviaire : en cela, rien ne dépassait les bornes de la discrétion.
Mais le Bréviaire de Harlay ne se borna pas aux améliorations dont nous venons de parler. L'archevêque l'annonça à son clergé par une lettre pastorale, en date des calendes de juin 1680 (1), et dans cette lettre il disait que son intention, dès son élévation sur le siège de Paris, avait été de travailler à la réforme des livres ecclésiastiques, voulant suivre en cela les intentions de plusieurs conciles, même tenus à Paris, qui ordonnent de retrancher de ces livres les choses superflues, ou peu convenables à la dignité de l'Église, et d'en faire disparaître ce qu'on y aurait introduit de superstitieux, pour n'y laisser que des choses conformes à la dignité de l'Église
(1) Vid. la Note C.
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et aux institutions de l'antiquité. Nous verrons bientôt ce que François de Harlay entendait par superstitions et superfluités dans le bréviaire de ses prédécesseurs.
En conséquence, le prélat déclarait que plusieurs choses s'étant, en ces derniers temps, glissées au Bréviaire de Paris, qui n'étaient pas d'accord avec les règles, on s'était mis en devoir, avec toute sorte de soin et de prudence, de rectifier les choses qui s'éloignaient de la splendeur de l'Église et de la dignité de la religion, de retrancher les homélies faussement attribuées aux Pères, les choses erronées ou incertaines dans les Actes des Saints; enfin, généralement toutes les choses moins conformes à la piété.
De si belles assurances n'empêchèrent pas que l'ouvrage ne devînt l'objet d'une critique sévère. Il parut même des Remarques anonymes sur le nouveau Bréviaire de Paris. Sans adopter tous les reproches qu'on adressait à ce livre et à ses auteurs, reproches qui furent discutés, mais rarement réfutés par l'auteur du factum que nous avons déjà cité, nous nous permettrons de faire, sur l'œuvre de François de Harlay, les observations suivantes.
D'abord, le titre du livre était celui-ci purement et simplement : Breviarium Parisiense; on ne lisait .plus à- la suite de ces deux mots, comme dans toutes les éditions précédentes, depuis 1584, ces paroles : Ad formant sacro-sancti concilii Tridentini restitutum. Ce lien qui unissait au Bréviaire romain les Bréviaires diocésains de France était donc brisé pour l'Église de Paris ! On aurait donc bientôt une Liturgie qui ne serait plus romaine ! Dans quelle région inconnue allait-on se lancer ? Certes, cette suppression, dès le frontispice du livre, était éloquente, et présageait bien ce que l'on allait trouver dans l'ouvrage.
En effet (à part le Psautier qui était demeuré conforme à celui de l'Église romaine), si l'on considérait le Propre
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du Temps, on trouvait qu'un grand nombre de leçons, d'homélies et d'antiennes avaient été changées, bien que le choix de ces dernières remontât jusqu'à saint Grégoire, ou au delà. L'office presque entier de la Sainte-Trinité avait été réformé; les leçons de l'octave du Saint-Sacrement, si belles dans le romain, avaient été remplacées par d'autres. Le Propre des Saints, comme nous allons le voir, renfermait encore un plus grand nombre de divergences, tant avec la partie romaine des anciens Bréviaires de Paris qu'avec la partie purement parisienne. Les Communs avaient été aussi retouchés en cent endroits, et présentaient beaucoup d'antiennes et de répons nouveaux.