Institutions liturgiques (page 69)
« A la mort de Grégoire, dit Bertold, également contemporain, dans sa chronique, les fidèles des deux sexes furent dans le deuil, mais principalement les pauvres ; car il était le très-zélé docteur de la religion catholique, et le défenseur le plus intrépide de la liberté ecclésiastique. Il ne voulut pas que l'ordre du clergé restât avili aux mains des laïques, mais qu'il occupât, au contraire, le premier rang, par la sainteté des mœurs comme par sa dignité sacrée (2). »
« Cependant, dit le poète Domnizone, témoin de l'événement, des cris de douleur se font entendre; ils sont causés par le trépas du pontife Grégoire, que le Seigneur Christ vient d'enlever aux cieux, sept jours avant la fin de mai. Les moines le pleurent, parce qu'il était moine lui-même ; les clercs sont dans les larmes, et plongés dans le deuil sont aussi les laïques dont la foi est pure de tout contact avec les schismatiques (3). »
(1) Itaque septiformi gratia plenus septimi Gregorii spiritus, qui mundum et principes ejus arguebat de peccato et de injustitia et de judicio, in fortitudine cœlestis cibi nuper accepti cœlestem viam arripiens, meritoque divini zeli, velut igneo curru, instar Elias subvectus, Urbani prœdecessoris sui, cujus ea die festivitas exstitit, omniumque beatorum laetitiam in cœlesti gloria cum Christo gaudentium excellenter ampliavit ; in terris vero peregrinantem ecclesiam discessu suo non parvo mærore consternavit. (Pauli Bernrieden S. Gregorii VII vita, cap. XII, 102.)
(2) De cujus obitu omnes religiosi utriusque sexus, et maxime pauperes, doluerunt : erat enim Catholicae religionis ferventissimus institutor, et Ecçlesiasticae libertatis strenuissimus defensor. Noluit sane ut Ecclesiasticus ordo manibus laïcorum subjaceret, sed eisdem et morum sanctitate, et ordinis dignitate praeemineret. ( Bertholdi Chronic, ad annum 1085.)
(3) Interea planctus de prœsule nascitur altus Gregorio, gestat Dominus quem Christus ad asthra,
Ante dies septem Madii quam finis adesset.
Hunc Monachi défient, Monachus quia noscitur esse,
Hunc clerici flebant, valde laïcique dolebant,
Pura fides quorum procul est a schismaticorum.
Dominizon. Vita Mathildis.
400
Hugues de Flavigny, dans sa précieuse Chronique, termine ainsi l'histoire de notre grand pontife, qui l'avait honoré de son amitié : « Ainsi, martyr et confesseur, l'an de l'Incarnation du Seigneur mil quatre-vingt-cinq, il rendit son âme au Créateur (1). »
Tel apparaît le jugement des contemporains de Grégoire dans les diverses relations qu'ils nous ont laissées de sa vie et de ses actes. Il est clair, d'après cela, que la vénération publique ne devait pas tarder à se manifester envers lui, et à préparer les bases de ce culte immémorial que plus tard le Siège apostolique devait reconnaître et sanctionner.
Au reste, les prodiges qui, plus d'une fois pendant sa vie, avaient rehaussé la grandeur de ses actions, éclataient encore à son tombeau. Paul de Bernried les rapporte avec toute l'autorité et aussi la simplicité d'un témoin oculaire (2). Lambert de Schafnabourg, qui ne conduit sa chronique que jusqu'à la quatrième année de Grégoire, atteste l'existence de faits miraculeux qui servaient, dit-il, puissamment à confondre les ennemis du saint pontife (3). Orderic Vital, dans son Histoire ecclésiastique, parle, comme d'un fait avéré, delà guérison de plusieurs lépreux au moyen de l'eau qui avait touché le corps de Grégoire(4).
(1) Sic spiritum Creatori tradens, anno ab Incarnatione Domini MLXXXV obiit, martyr et confessor. (Chronicon Virdunense Hugonis Flaviniacensis, in Biblioth. nova Mss. Labbei, tom. I.)
(2) Vita Gregorii VII, cap. 1. 2. 3. 13.
(3) Signa etiam et prodigia, quœ per orationes Papas frequentius fiebant, et zelus ejus ferventissimus pro Deo et pro ecclesiasticis legibus, satis eum contra venenatas detractorum linguas communiebant (Ad annum 1077. Scriptores rerum Germanicarum, tom. I.)
(4) Leprosi de aqua, unde corpus ejus ablutum fuerat, petierunt, qua consecuta fideliter loti sunt, et opitulante Deo, protinus mundati sunt. (Part. II, lib. VIII, pag. 677.)
401
Enfin, on peut voir sur cet article la discussion assez brève, mais lumineuse, de Benoît XIV, en son traité de la Canonisation des Saints (1).
Mais croirait-on que des écrivains catholiques aient pu se rencontrer, dans ce siècle même, qui ont tiré scandale des épreuves par lesquelles la divine justice purifia l'âme de son serviteur, et dont la foi vacillante n'a pas vu toute la portée de ces adversités précieuses qui, en sauvant la sainte cause de la liberté de l'Église, assuraient au pontife expirant la récompense et la mémoire des martyrs. J'ai aimé la justice et j'ai haï l'iniquité ; c'est pourquoi je meurs dans l'exil ! disait Grégoire sur son lit de mort. Mais le Sauveur lui-même, qui avait passé en faisant le bien, et guérissant toute langueur et toute infirmité, ne s'est-il pas senti abandonné de son Père, au point qu'il criait : Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’avez-vous délaissé ? Cependant ses ennemis, témoins de son agonie, disaient en branlant la tête : S'il est le Fils de Dieu, qu'il descende de la Croix. Ils croyaient peut-être que le salut du monde pouvait s'opérer sans l'immolation de la Victime. Ceux dont nous parlons ne savaient pas non plus apparemment que la liberté ecclésiastique ne pouvait être sauvée sans qu'il en coûtât la vie et l'honneur de son défenseur. Grégoire devait succomber pour le salut de plusieurs ; son nom devait donc être maudit ; car le disciple n'est point au-dessus du maître (2).
Qu'on ne nous dise donc plus : La cause de Grégoire VII n'était pas celle de Dieu ; car ses entreprises hardies ne reçurent point la consécration du succès. Nous, nous répondrons par ces paroles du grand Baronius, qui terminent le récit de la mort sublime de notre héros : « Ainsi, c'est par des persécutions sans fin, des angoisses de tout genre, souvent même par le meurtre de ses
(1) Lib. I, cap. XLI, § X, 16.
(2) Matth., X, 24.
402
prêtres, que l'Église reçoit une heureuse paix, que la liberté ecclésiastique s'acquiert et se consolide, que le salut des âmes est opéré. Ainsi, le Christ a instruit ses pontifes à combattre et à vaincre, lui dont les souffrances et les infirmités font la force et le courage des fidèles, lui dont la mort est leur vie. Je me trompe, ou l'expérience des siècles a démontré jusqu'au temps présent que c'est aux travaux de Grégoire qu'il faut rapporter et les investitures des églises arrachées aux mains des Princes, et la libre élection des pontifes romains restituée, et la discipline ecclésiastique relevée de ses ruines, et tant d'autres avantages innombrables assurés à l'Église (1). »
Oui, certes, Grégoire a été vaincu suivant la chair ; comme le Fils de l'Homme, il s'est vu n'ayant pas où reposer sa tête ; il s'est éteint dans l'humiliation, tellement que les hommes l'ont réputé frappé de la main de Dieu (2) ; mais pour lui aussi, la mort, d'abord victorieuse, est demeurée ensevelie dans son triomphe. Son nom, sa gloire, ses mérites ont inspiré, ont soutenu dans la défense laborieuse des libertés ecclésiastiques, non-seulement l'incomparable Thomas de Cantorbéry, dans sa lutte contre un roi d'Angleterre, mais tant d'illustres papes qui ont su se poser comme un rempart pour la maison d'Israël ; Pascal II contre l'empereur Henri V ; Innocent IV contre
(1) Ita plane persecutionibus indesinentibus, diversi generis aerumnis atque saepe cœdibus sacerdotum multo felicius paritur Ecclesiae pax, libertas acquiritur atque confirmatur ecclesiastica, et salus quaeritur animarum. Sic sacerdotes suos pugnare et vincere Christus docuit, cujus passionibus et infirmitatibus robur ac fortitudo, ac morte denique vita est fidelibus comparata. Mentiar nisi ista jam experimenta rerum praesentium monstrari possint, per Gregorium nempe vindicatas e manibus principum Ecclesiarum investituras, liberam electionem Romanorum pontificum post liminio restitutam, disciplinam ecclesiasticam collapsam penitus reparatam, et alia immunera bona parta. (Ad annum 1085, n° 13.)
(2) Isaias, LIII.
403
Frédéric II; Boniface VIII contre Philippe le Bel ; Grégoire XIII, Sixte-Quint, Grégoire XIV et Clément VIII, contre Henri de Bourbon; Innocent XI contre LouisXIV; Clément XIII contre les cours de Madrid, de Lisbonne, de Naples, de Parme ; Pie VII contre Napoléon ; Grégoire XVI contre Frédéric-Guillaume.
Nous venons d'entendre le témoignage des historiens contemporains, sur l'opinion de sainteté qui environnait Grégoire VII durant sa vie, et après sa mort ; suivons maintenant à travers les siècles les différentes manifestations de cette persuasion qui, plus tard, devaient motiver le jugement infaillible du Saint-Siège.
Soixante-dix ans s'étaient à peine écoulés depuis le jour où le glorieux athlète de l'Eglise expirait dans l'exil, que déjà un de ses successeurs qui a laissé une mémoire vénérable, Anastase IV, plaçait son image parmi celles des Saints, sur la mosaïque de la chapelle de Saint-Nicolas, au palais patriarcal de Latran (1). Le corps de Grégoire avait été enseveli par les soins de Robert Guiscart, ou de Roger, son fils (2), dans un tombeau de marbre, et placé dans la cathédrale de Salerne, déjà célèbre comme possédant les reliques de l'apôtre et évangéliste saint Matthieu. Orderic Vital, historien du xie siècle, que nous avons cité plus haut, parle de l'affluence des pèlerins au tombeau du saint pape, et des grâces de santé que l'on y recevait (3). Une chronique, rédigée par ordre de Cencius Savelli, camérier apostolique, qui fut pape en 1216, sous le nom d'Honorius III, atteste pour son temps la continuation du culte de saint Grégoire VII et des prodiges
(1) Papebrock. Acta SS. Maii, tom. VI. Conatus. Histor. de Rom. Pont., part I. Appendix, pag. 208. Bened. XIV, de Canonizat, lib. I, cap. 41.
(2) Papebrock. Ibidem.
(3) Meritis ejus, fidei petentium miraculorum copia divinitus ostensa est. (Hist. ecclesiast., part. II, lib. VIII, ibid.)
404
opérés par son intercession (1) ; et lorsque, vers la fin du même siècle, Jean de Procida dota et fit décorer avec magnificence la chapelle dite de Saint-Michel, dans la cathédrale de Salerne, il est naturel de penser, avec Papebrock, qu'il avait en vue de manifester sa dévotion envers le pontife qui reposait dans cette même chapelle, où il était l'objet du culte des peuples attirés par le bruit des merveilles qui s'y opéraient (2).
Le corps de saint Grégoire VII continuait toujours d'être l'objet de la vénération des habitants de Salerne, sans pourtant que cette vénération se répandît beaucoup au dehors de la province du royaume de Naples où est située cette ville, lorsqu'en 1574, le cardinal Marc-Antoine Marsile Colonna monta sur le siège qu'avait occupé saint Alphane, l'ami de notre saint pontife. La Providence avait dessein de se servir de lui pour accroître encore le culte jusque-là décerné au serviteur de Dieu, et pour en préparer les développements. Le prélat fit l'ouverture du tombeau, et il y trouva les précieux restes du saint pontife conservés presque en entier, avec les ornements pontificaux dont on l'avait revêtu lors de sa sépulture. C'est ce qu'il atteste par une inscription qui se lit encore dans la cathédrale de Salerne, et qui est conçue en ces termes :
Gregorio VII Soanensi P. O. M. Ecclesiasticœ libertatis vindici acerrimo, assertori constantissimo : qui dum Rom. Pontifias auctoritatem, adversus Henrici perfîdiam strenne tuetur, Salerni sancte decubuit, anno Domini M LXXXV, VIII Kal. Junii. MaraisAntonius Colamna Marsilius, Bononiensis, Archiepiscopus Salerni tamis, cum illius corpus, post quingentos circiter
(1) Ad cujus utique corpus, in B. Matthaei Basilica honorifice tumulatum, mirabilis Deus miracula operari dignatus est. (Ex libro Mss. censuali Centii Camerar. in Gregorium VII, ad finem.)
(2) Papebrock. Ibidem.
405
annos, sacris amictum et fere integrum reperisset, ne tanti Pontificis sepulchrum memoria diutius careret. Gregorio XIII Bononiense sedente. Anno Domini MDLXXVIII. Pridie Kalendas Quintilis (1).
Le pieux cardinal mourut en 158,2, et n'eut pas la consolation de voir consommée l'œuvre de la canonisation du saint pontife. Elle eut lieu deux ans après, par l'autorité de Grégoire XIII, qui inséra le nom de Grégoire VII au Martyrologe romain, avec cet éloge : Salerni, Depositio B. Gregorii Papœ septimi qui Alexandro secundo succedens, ecclesiasticam Libertatem a superbia principum suo tempore vindicavit, et viriliter Pontificia auctoritate defendit.
Cette sorte de canonisation, sans procès préalable, est distincte de la canonisation appelée formelle, et est désignée sous le nom d’équipollente. Elle a lieu lorsque le souverain Pontife décerne le culte public à un personnage déjà en possession d'honneurs religieux que lui rend la piété des fidèles, en même temps que l'héroïsme de ses vertus et la vérité de ses œuvres miraculeuses sont certifiés par le témoignage d'historiens dignes de foi. Cette canonisation a la même autorité que la canonisation formelle, et outre que le culte de presque tous les saints qui ont vécu dans l'Église avant l'institution des procédures aujourd'hui en usage, ne repose que sur un jugement du même genre, il est un grand nombre de saints parmi ceux qui ont fleuri dans l'Église,depuis que le Siège apostolique s'est réservé les causes de canonisation, qui n'ont cependant été inscrits au catalogue des saints que de cette manière équipollente; tels sont, par exemple, saint Romuald, saint Norbert, saint Bruno, saint Pierre Nolasque, saint Raymond Nonnat, saint Ferdinand III, saint Jean de Matha, sainte Marguerite d'Ecosse, saint Etienne de
(1) Ciacconi. Vitae et res gestœ Pontificum Romanorum, tom. I, page 853.
406
Hongrie, etc. L'ignorance des règles de l'Église romaine a donc pu seule faire dire à certains auteurs jansénistes et non jansénistes, que saint Grégoire VII était honoré par l'Église, sans avoir été canonisé, puisque l'on en devrait dire autant des illustres saints que nous venons de nommer : conséquence à laquelle, sans doute, ces auteurs se refuseraient.
Quant à ce que l'on a prétendu, que Grégoire XIII avait voulu diriger l'effet de cette canonisation contre Henri de Bourbon,qui poursuivait alors la couronne de France, recommandant ainsi la mémoire d'un pontife qui avait foulé sous ses pieds un autre Henri, aussi quatrième du nom, il semble qu'il n'est pas besoin de recourir à cette explication. La translation du corps de saint Grégoire VII, par l'archevêque de Salerne, dans un moment où Grégoire XIII s'occupait de l'édition du martyrologe, était suffisante, avec la possession du culte antérieur, pour engager ce dernier pape à définir enfin la sainteté du glorieux confesseur de Salerne.
Sixte-Quint, successeur de Grégoire XIII, fit quelque changement à la formule consacrée par son prédécesseur à notre saint pape, dans le martyrologe ; il adopta cette phrase qui est restée dans l'édition de Benoît XIV, et les suivantes : Salerni, DepositioB. Gregorii Papce septimi, ecclesiasticœ libertatis propugnatoris ac defensoris acerrimi.
Bientôt après, sous Clément VIII, en 15o,5, le corps de saint Grégoire VII fut tiré du sépulcre que lui avait consacré le cardinal Colonna, et placé sous un autel, toujours dans la même chapelle de Saint-Michel. Il paraît même que ce fut alors, Mario Bolognini étant archevêque, que le chef fut séparé du reste du corps pour être renfermé dans un reliquaire spécial (1).
(1) Papebrock. Ibidem.
407
Sous le, pontificat du même Clément VIII, Baronius fit paraître le onzième tome de ses Annales, où il célébra et vengea tout à la fois, avec son éloquente érudition, lamé-moire de saint Grégoire VII. Un peu avant lui, Bellarmin, dans ses controverses, et spécialement au livre quatrième, de Romano Pontifice, avait eu pareillement l'occasion de faire cette grande justice. Ainsi, les deux plus illustres écrivains du catholicisme, à cette époque de géants, se montraient préoccupés de la gloire du saint pontife : mais jusque-là les hérétiques seuls s'étaient levés pour la flétrir.
Du moment où le nom de saint Grégoire VII fut inséré au martyrologe, le chapitre de la cathédrale de Salerne, que le saint pape avait autrefois comblé de privilèges, accordant à ses membres la chape rouge et la mitre, fut autorisé à célébrer solennellement son office. Mais d'abord il ne fut récité que suivant le rite commun des confesseurs pontifes, jusqu'à ce qu'en 1609, à la prière du même chapitre et de l'archevêque Jean Beltramini, Paul V, par un bref qui commence ainsi : Domini Jesu Christi, accorda un office propre dont les Leçons se retrouvent en grande partie dans celles qui furent publiées, en 1728, par Benoît XIII, et dont nous allons bientôt parler.
L'archevêque Beltramini fit, vers le même temps, ériger une statue remarquable du saint pape dans la cathédrale de Salerne, et, ayant été transféré à un autre siège, il eut pour successeur le cardinal Lucius San Severino, non moins zélé que lui pour la garde du saint dépôt confié à son Église. Il en donna une preuve solennelle en 1614, faisant construire un nouvel autel à saint Grégoire VII, et y plaçant solennellement son corps ; ce que l'on doit compter pour la troisième translation de ces précieuses reliques (1). Ce fut peut-être à cette occasion,
(1) La première par le cardinal Marsile Colonna; la seconde par Mario Bolognini ; enfin, celle dont nous parlons ici, accomplie par le cardinal San Severino, laquelle est attestée par une inscription conçue en ces termes, qu'il fit placer dans la cathédrale de Salerne :
Ego Lucius Sanseverinus, Archiepiscopus Salernitanus, altare hoc in honorent B. Gregorii Papae VII consecravi ; ejusque sacrum corpus in eo inclusi ; prcesentibus, annum unum, anniversaria deinceps consécrations die, ipsum pie visitantibus, quadraginta dies verœ indulgentiae de Ecclesiœ more, concessi. A. D. MDCXIV, die IV mensis Maii.
408
ou du moins peu auparavant (1), qu'un bras du saint pape fut distrait pour être donné à la ville de Soana, en Toscane, patrie de saint Grégoire VII, laquelle avait député deux ambassadeurs vers le chapitre de la cathédrale de Salerne, avec les lettres de recommandation du Grand-Duc, qui joignait ses instances à celles de la ville.
Vers la même époque, le savant jésuite Jacques Gretser, dont les immenses travaux ne sont point assez appréciés aujourd'hui, publia une docte apologie des actions et de la personne de saint Grégoire VII. Dans cette importante discussion, il n'allègue pas moins de cinquante écrivains à l'appui des éloges qu'il donne au Pontife, et le venge d'une manière victorieuse des imputations qu'avaient lancées contre lui et les schismatiques du XI° siècle, et les hérétiques du XVI°.
Vers le milieu du XVII° siècle, Alexandre VII établit l'office de saint Grégoire VII dans les basiliques de Rome, sans cependant l'insérer encore au Bréviaire de l'Église romaine (2). Mais ce siècle devait être fameux par les attaques portées au saint pontife, non plus seulement de la part des protestants, mais de la part des juristes, et surtout des théologiens et canonistes gallicans. Nous nous contenterons de rappeler le trop fameux Edmond Richer, dans son livre de Ecclesiastica et politica potestate ; Ellies Dupin, dans son Traité de la puissance ecclésiastique, et Bossuet, dans sa Défense de la déclaration
(1) Papebrock. Ibidem.
(2) Gretseri. Opera, tom. VI.
409
de 1682, ouvrage dont le grave et impartial Benoît XIV a dit : Il serait impossible de trouver un livre qui soit plus opposé à la doctrine reçue en tous lieux, excepté en France, sur l'infaillibilité du Souverain Pontife, définissant ex Cathedra, sur sa supériorité à l'égard de tout concile œcuménique, sur le domaine indirect a qu'il a sur les droits temporels des souverains, quand l'avantage de la Religion et de l'Eglise le demande (1). »
Cependant, de tous les auteurs gallicans du dix-septième siècle qui écrivirent contre saint Grégoire VII, celui dont la hardiesse fit le plus d'éclat à raison du châtiment qui lui fut infligé par le Saint-Siège, est le P. Noël Alexandre. Il avait publié les dix premiers siècles de son Histoire ecclésiastique, et mérité jusque-là les éloges du pape Innocent XI, qui occupait alors la Chaire de saint Pierre, et qui avait daigné lui faire parvenir le témoignage le plus flatteur de sa satisfaction pour l'érudition et l'orthodoxie qui, jusqu'alors, avait présidé à cette œuvre (2). Arrivé aux événements du xic siècle, Noël Alexandre consacra deux dissertations à faire ressortir les torts qu'avait eus, selon lui, un pontife déjà placé sur les autels. Innocent XI, celui qui n'avait pas fléchi devant le grand roi, crut devoir manifester énergiquement l'indignation que lui inspirait une semblable conduite de la part d'un religieux. Il rendit un décret, en date du 13 juillet 1684, par lequel il condamnait le volume qui renfermait ces
(1) Difficile profecto est aliud opus reperire quod aeque adversetur doctrinas extra Galliam ubique receptae de summi Pontificis ex Cathedra definientis infallibilitate,de ejus excellentia supra quodcumque Concilium œcumenicum, de ejus jure indirecto, si potissimum Religionis et Ecclesiae commodum id exigat, super juribus temporalibus principum supremorum. (Epist. pro Card. H. Norisio apologet. ad suprem. Hispan. Inquisitorem. Inter opusc. Bened. XIV, pag. 117.)
(2) Touron. Hist. des Hommes illustres de l'Ordre de Saint-Dominique, tome V, pag. 814.
410
dissertations, et, afin de témoigner plus énergiquement encore le déplaisir que le Saint-Siège avait ressenti, tous les écrits du même auteur furent proscrits, avec défense de les lire, retenir, ou imprimer, sous peine d'excommunication (1). Ce fut ainsi qu'un Pontife, déclaré Vénérable par la congrégation des Rites, à cause de ses grandes vertus, se montra jaloux de l'honneur de son saint prédécesseur, dont la mémoire allait bientôt être en butte à de nouveaux outrages, en attendant les honneurs que lui réservait le XIX° siècle.
Au reste, Noël Alexandre n'attendit pas longtemps la réfutation de ses thèses gallicanes ; un religieux, dominicain comme lui, François d'Enghiel, publia peu après un livre très-solide, au jugement de Benoît XIV (2), et intitulé: Auctoritas Sedis Apostolicœ pro Gregorio Papa VII vindicata, adversus Natalem Alexandrum Ordinis Prœdicatorum Doctorem Theologum.
Dom Mabillon, dans la publication des Acta sanctorum Ordinis sancti Benedicti, eut aussi à produire la vie et les actes de notre saint pape. Le deuxième tome du VI° siècle bénédictin parut en 1701 ; mais l'illustre éditeur sut franchir ce pas devenu difficile, sans manquer ni à la prudence ni à la fidélité de l'historien catholique.