Institutions liturgiques (page 76)
(1746). Jean-Baptiste Gattico, chanoine régulier de Latran, est connu par les ouvrages suivants: 1° De Oratoriis domesticis et de usu Altaris portatilis, juxta veterem ac recentem Ecclesiœ disciplinant.. Rome, 1746, in-fol. — 2° Epistola Apologetica ad amicum, dans laquelle l'auteur défend ce qu'il a avancé au chapitre XXIX du précédent ouvrage, au sujet de l'administration du sacrement de l'Eucharistie dans les oratoires privés. Bergame, 1751. —3° Acta selecta Cœremonialia sanctœ romanœ Ecclesiœ ex variis MSS.Codicibus et Diariis sœculi XV.XVI.XVII. Rome, 1753, in-folio; un volume et demi, l'impression du second n'ayant point été achevée. Cet ouvrage renferme des détails du plus grand prix pour l'histoire domestique de la Cour de Rome, autant que pour la Liturgie.
(1747). C'est l'année où parurent à Rome, en douze volumes in-folio, les œuvres dû grand Pontife Benoît XIV, dont le nom seul rappelle la plus vaste science liturgique dont jamais un homme ait été orné. Il suffira sans doute de désigner ici en abrégé les divers ouvrages de ce grand homme, puisqu'ils sont entre les mains de tout le monde.
495
1° De servorum Dei Beatificatione et de Beatorum Canonizatione. — 2° De Sacrosancto Missœ Sacrificio. — 3° De Festis D. N. J. C. et B. M. V. Le Bullaire et les Institutiones Ecclesiasticœ renferment une infinité de questions liturgiques que l'illustre auteur discute et approfondit toujours. Nous avons parlé de son édition du Martyrologe.
(1747). Robert Sala, cistercien de la congrégation des Feuillans d'Italie, personnage dont nous avons déjà parlé à propos du cardinal Bona, son confrère, a enrichi de notes précieuses les deux livres Rerum Liturgicarum du pieux et docte cardinal. Cette édition, dédiée à Benoît XIV, est en trois volumes in-folio. Turin, 1747. Ils ont été suivis d'un quatrième, contenant les lettres de Bona.
(1748). L'illustre Louis-Antoine Muratori, dont le nom seul rappelle les prodiges de la science la plus colossale, ne dédaigna pas les études liturgiques, et s'est acquis le droit de figurer dans notre bibliothèque par sa Liturgia Romana vetus tria Sacramentaria complectens. Venise, 1748. Deux volumes in-folio. On dit cependant que le fond de ce travail appartient au savant Dom Benoît Bacchini, bénédictin de la congrégation du Mont-Cassin.
(1749). Thomas-Marie Mamachi, dominicain fameux, mérite aussi une place dans ce catalogue, pour le magnifique ouvrage qu'il voulut opposer aux Origines Christianœ de Bingham. Il est intitulé : Originum et Antiquitatum Christianarum libri viginti. Rome, 1749-1755, cinq volumes in-4°. Malheureusement, cet ouvrage, quelque peu gâté par certains traits échappés à un esprit de corps injuste, est resté incomplet. Nous citerons encore, parmi les écrits de Mamachi : De' costumi de' primitivi Cristiani. Rome, 1753-1757, trois volumes in-8°.
(1749). Léonard Cecconi, évêque de Montalte, est connu par sa Dissertazione sopra l'origine, significato, uso e
496
moraliammaestramentiper la divota recita dell’ Alleluia. Velletri, 1749,10-8°.
(1749). Joseph-Aloyse Assemani, neveu de Joseph-Simon, est à jamais illustre par sa magnifique collection liturgique, intitulée : Codex Liturgicus Ecclesice universœ inXV Libros distributus, in quo continentur Libri Rituales, Missales, Pontificales, Officia, Diptycha, etc., Ecclesiarum Occidentis et Orientis. Le premier volume parut à Rome, en 1749, in-4°. Cette œuvre, comme tant d'autres, est demeurée inachevée, neuf volumes seulement ayant paru. Vingt auraient à peine suffi à remplir le plan de l'auteur. Il a laissé, en outre, une dissertation De Sacns Ritibus. Rome, 1757, in-4°; et un Traité De Ecclesiis, earum reverentia et asylo. Rome, 1756, in-fol. (1749). Cousin de Contamine, séculier, employé dans les fermes royales, fit paraître, sous le voile de l'anonyme, une brochure intitulée : Traité critique du plain-chant usité aujourd'hui dans l’Église, contenant les principes qui en montrent les défauts et qui peuvent conduire à le rendre meilleur. Paris, 1749, in-12 de 69 pages. On remarque, en tête du volume, une vignette sur laquelle est représenté un bœuf piqué par un cousin ; ce qui signifie assez que l'auteur, en faisant allusion à son propre nom, a eu en vue d'attaquer l'abbé Lebeuf.
(175o). Poisson, curé de Marchangis, a laissé, sur le chant ecclésiastique, un intéressant ouvrage dont nous avons cité quelque chose ailleurs, et qui porte ce titre : Traité théorique et pratique du Plain-chant appelé Grégorien. Paris, 1760, in-8°. Il est également auteur d'un livre sur les Règles de la composition du Plain-chant, que nous n'avons pu nous procurer. La brochure de Cousin, dont il est question au précédent article, est adressée à Poisson.
(1750). Dominique-Marie Manni, célèbre imprimeur de Florence, a publié : 1° L'Istoria degli anni santi dal loro
497
principio sino al présente del MDCCL. Florence. — 2° Della disciplina del Canto Ecclesiastico antico ragionamento. Florence, 1756, in-4°.
(1750). Paul-Marie Paciaudi, théatin, antiquaire distingué, a laissé sur les matières liturgiques les ouvrages suivants : 1° De sacris Christianorum Balneis. Venise, 1750, in-4°. — 2° De cultu S. Joannis Baptistœ. Rome, 1755, in-4°.
(1750). Antoine-François Gori, prévôt du baptistère de Florence, antiquaire non moins illustre, appartient à notre bibliothèque par une grande partie de ses travaux archéologiques. Nous citerons en première ligne le Thesaurus veterum Diptycorum Consularium et Ecclesiasticorum que la mort l'empêcha d'achever, et qui ne parut qu'en 1759 par les soins de J.-B. Passeri. Florence, 1759, trois vol. in-fol. On trouve plusieurs dissertations curieuses sur les matières liturgiques dans un recueil d'opuscules de divers auteurs que Gori fit paraître en 1748 à Florence et à Rome, sous le titre de Symbolae Literariœ. On a encore de Gori une dissertation de Antiquis Codicibus Mss. quatuor Evangeliorum, deque internis externisque eorumdem Codicum ornamentis. Ce savant homme, lorsqu'il fut atteint par la mort, préparait des travaux importants sur les matières suivantes : 1° De antiquis Ecclesiarum Hierothesis ; 2° Vetusti Ambonis Ecclesiae Florentinœ Sancti Petri sacra emblemata nunc primum prolata et illustrata; 3° Liturgia antiqua Sanctae Ecclesiae Florentinœ cum observationibus ; 4° De forma, cultu, ornatuque veterum Baptisteriorum apud Christianos ; 5° Vetusta monumenta Liturgica, ad Basilicam reconciliandam ; 6° De Ritu attollendi faces in sacris Ecclesicae Mysteriis.
(1750). Emmanuel de Azevedo, jésuite portugais, ami particulier de Benoît XIV, dont il publia les œuvres, sur lesquelles il exécuta des travaux analytiques du plus haut
498
mérite, fut pendant plusieurs années professeur à l'école liturgique du Collège romain. C'est au zèle d'Azevedo à remplir les fonctions de sa charge, que nous sommes redevables de ses précieuses Exercitationes Liturgicœ de Divino Officio et Sacrosancto Missae Sacrificio, dont quelques-unes parurent à Rome, en 1750, in-4°, et qui ont toutes été recueillies dans l'édition de Venise, in-folio en deux parties, 1783. Cette dernière édition renferme aussi un ouvrage inédit du même auteur, intitulé : De Catholicœ Ecclesiœ pietate erga animas in Purgatorio retentas. Azevedo avait projeté la publication d'une collection liturgique, dont il lança le Prospectus dans le public, en 1749. Elle devait être intitulée: Thesaurus Liturgicus, et atteindre au moins le nombre de douze volumes, bien qu'Azevedo n'eût dessein d'y renfermer que les livres liturgiques de l'Église latine.
Notre bibliothèque liturgique, tout incomplète qu'elle est, le serait encore davantage si nous omettions de mentionner ici, en terminant cette période, divers recueils qui renferment un grand nombre de mémoires sur les matières liturgiques, mais d'une dimension trop restreinte pour qu'on ait pu songer à les imprimer à part. Nous conseillerons donc à nos lecteurs de feuilleter le Journal des Savants, les Mémoires de Trévoux et surtout le Mercure de France. Ils y trouveront de véritables richesses, et souvent des éclaircissements précieux sur les questions les plus difficiles et les plus inattendues. Ils feront bien aussi de consulter les diverses publications de ce genre qui ont paru en Italie, et, en particulier, l'immense collection du P. Ange Calogera, camaldule, dans laquelle ce savant a recueilli sous le titre de Raccolta d'opuscoli scientifici e filologici (cinquante-un volumes in-12, 1729 et années suivantes) une grande quantité de dissertations des savants italiens sur les questions les plus curieuses de l'archéologie liturgique. Calogera commença en 1755, une
499
Nuova Raccolta qui fut continuée après sa mort par le P. Fortuné Mandelli, camaldule.
Passons maintenant aux conclusions des faits contenus dans ce chapitre.
La marche de la Liturgie romaine continue de s'opérer avec majesté. En même temps que l'antique fonds de saint Grégoire est maintenu, le culte des Saints continue de ( prendre de nouveaux accroissements.
Si, un moment, Benoît XIV semble hésiter, comme préoccupé du désir d'arrêter un développement inconnu aux siècles précédents, la lenteur avec laquelle il procède, les précautions dont il s'entoure, la résolution de ne traiter qu'avec toute sorte d'égards l'œuvre séculaire de la liturgie, tout, jusqu'à l'abandon de ce projet de réforme, atteste avec quelle gravité l'Église entend procéder dans les améliorations de ce qui touche au culte divin.
Pourtant, cette Italie, si lente à prendre un parti dans l'amélioration du bréviaire, ne fut jamais plus richement pourvue d'hommes versés dans l'érudition liturgique. Une seule période de cinquante ans nous donne, entre autres, Buonarotti, Boldetti, Bottari, les Assemani, Quirini, Moretti, Georgi, les Bianchini, Benoît XIV, Catalani, Merati, Cavalieri, Trombelli, Marangoni, Gattico, Sala, Muratori, Mamachi, Paciaudi, Gori, Azevedo, etc.
En France, si l'on excepte Renaudot et Le Brun, les noms que nous avons cités n'appartiennent, pour la plupart, qu'à des liturgistes du second ou du troisième ordre, et encore nous a-t-il fallu un zèle tout patriotique j pour les découvrir. Cependant, à cette époque, de toutes parts en France, on voyait éclore bréviaires et missels, sur un plan perfectionné : comment, au milieu d'une si prodigieuse fécondité, la science liturgique se montrait-elle ainsi aux abois ? Par une raison toute simple : c'est que la science liturgique, comme toutes les branches de la science ecclésiastique, est avant tout une science de tradition ;
500
d'où il suit que nous avons encore huit ou neuf cents ans a patienter, d'ici que les Breviaires et Missels de Vigier, Mesenguy, Le Brun des Marettes, Robinet et les autres, soient de nature a devenir l’objet d'une science véritablement liturgique.
NOTE DU CHAPITRE XXII
METHODUS IN SCHOLA SACRORUM RITUUM SERVANDA
I. Singulis annis typis edetur volumen ducentas ad minimum com-plectens paginas, in quo sequentia contineantur : nimirum 1. Titulus materiae, de qua agendum eo anno erit et ipsius operis dedicatio. 2. Syllabus Auditorum, qui Scholae nomen dederint usque ad Kalendas Janoarias. 3. Materia eo anno propositfc, et vrginti aliae questiones, vel de eodem argumento, vel potius de aliis in Sacra Rituum Congregatione agitari solitis. 4. Epistola Summo Pontifici quotannis exhibenda. 5. Demum, duplex libellus pro totidem publicis disputationibus.
II. Quoniam vero volumen hoc ducentas circiter paginas complectens in Auditorum praesertim utilitatem cedere debet, hinc plura illius edentur exemplaria, quas divisa per folia, ita dispertientur, ut exacto annuo Schola? curriculo, ducenti ex Auditoribus, qui Scholae assidui interfuerint, totum singuli volumen gratis obtineant.
III. Porro ex 200 iis paginis satis erit, si Professor 100 quot annis repleat lucubrationibus a se de novo elaboratis ; reliquas vero vel suis, vel aliorum iterum curis, prout utilius judicaverit, supplere poterit; imo Auditorum laboribus uti, si qui fortasse sui ingenii, atque studii specimen praebere meruerint.
IV. Quotannis igitup duas exhibebit disputationes publicas; quarum altera versetur circa materiam, de qua illo anno actum in Schola fuerit, vel totam comprehendendo, vel aliquam illius partem elucidando, altera vero circa materiam aliquam ex iis quae in Sacra Rituum Congregatione agitari solent, quae plerumque ex 20 ultimis Exercitationibus primo anno propositis desumetur. Et huic duplici materiae duplex respondebit libellus, quem supra innuimus.
V. Si quando occasio tulerit, ut inter privatas Scholas exercitationes agendum sit de peculiari aliqua re, ut ita dicam, extra ordinem; non id fiet, nisi aliquot diebus ante Auditores prasmoneantur, ut nempe tractari pro dignitate possit.
VI. Viginti illae quaestiones, sive exercitationes, quas addendas duxi-mus aliis octoginta circa materiam in titulo quotannis propositam discutiendis, tractabuntur privatim, cum iis scilicet Auditoribus, quibus major erit sui progressus cura, quibus etiam folia in ordinaria Sacrorum Rituum Congregatione imprimi solita communicabuntur, et negotia ibidem contenta, atque Sacrae Congregationis decreta.
VII. Tempus integrum octoginta propositis quaestionibus tribuendum
502
totidem dies complectitur, numerandos a festo Praesentationis beatissimae Virginis ; usque ad festum S. Aloysii Gonzagae.
VIII. Scholas vero exercitium incipit hora 22 cum dimidio, usque ad 23, in primo quadrante fiet explicatio, in secundo unus ex Auditoribus aliquid ex proposita quaestione deducet, et argumenta ab alio Auditore objecta confutabit ; ex qualitate vero quaestionum decade una pro disputatione semipublica, sive, ut aiunt, menstrua seligetur, quam aliquis ex Auditoribus in primo quadrante elucidabit, et in secundo objectionibus tum Praeceptoris, tum alicujus Auditoris satisfaciet.
IX. Ante S. Aloysii Gonzagae festum, ut supra innuimus, Epistola Summo Pontifici exhibebitur, in qua Scholae ratio reddatur, designeturque, quos eo anno progressus fecerint Auditores.
X. Denique Sacrorum Rituum Professor, in rebus ad Scholam pertinentibus, non tam propriae eruditionis et doctrinae laudem, quam Auditorum utilitatem prae oculis habebit. Cum praesertim in Thesauri Liturgici collectione, quam curare debet, magnam sit habiturus materiam, in qua ingenium tum suum, tum amicorum exerceatur; si qui forte erunt, qui operi utilissimo adjutrices manus praestare velint.
XI. Materia singulis annis discutienda : 1. De Sacrosancto Missae Sacrificio. 2. De Divino Officio. 3. De Sacramentorum administratione. 4. De Benedictionibus, et Precibus; vel potius, de Missali Romano : de Breviario Romano : de Rituali Romano : de Pontificali Romano. In primis duobus argumentis non solum Missale et Breviarium, sed etiam Cosremoniale Episcoporum, et Martyrologium Romanum elucidari possunt ; siquidem praefixus Scholae finis est, virum Ecclesiasticum optime instructum reddere in intelligentia librorum Liturgicorum, quibus Ecclesia Romana nunc utitur. Hujusmodi vero argumenta Exercitationes nostrae Liturgicae pertractant, ad quas magno praesidio nobis sunt Opera Benedicti XIV, in quibus de Missa, de Festis, et de omnibus fere rebus ad Ecclesiasticam disciplinam pertinentibus fuse disseritur. Pro viginti tamen Lxercitationibus de rebus in Congregatione S. Rituum agitari solitis, peculiares Scholae nostrae facimus octo tomos De Canonizatione Sanctorum, quos unico volumine in synopsim redactos complexi sumus.
XII. Thesaurus Liturgicus, et peculiares in eo Dissertationes de rebus, quas Ecclesiastica, vel profana historia, Conciliaresque Sanctiones ad Sacrorum Rituum illustrationem suppeditabunt, non ad Scholae exercitium, neque ad ejusdem Auditores spectant, sed eas peculiari titulo dedicamus Sacrorum Rituum Academicis dignitate et scientia clarissimis, quorum plurimos vel Codices et Dissertationes nobis transmittendo, vel protectione sua studia nostra provehendo, benevolentissimos nobis magno litterariae reipublicae bono experti sumus.
II - CHAPITRE XXIII
CHAPITRE XXIII : DE LA LITURGIE DURANT LA SECONDE MOITIE DU XVIII° SIECLE. DERNIERS EFFORTS POUR LA DESTRUCTION DES USAGES ROMAINS EN FRANCE. — RONDET ET SES TRAVAUX. — BREVIAIRE DE POITIERS. JACOB. — BREVIAIRE DE TOULOUSE. LOMENIE DE BRIENNE. — BREVIAIRE DE LYON. MONTAZET. — REVISION DU PARISIEN. SYMON DE DONCOURT. — ASSEMBLEE DES EVEQUES DE LA PROVINCE DE TOURS. — BREVIAIRE DE CHARTRES. SIEYÈS. — MISSEL DE SENS. MONTEAU. — DÉSORGANISATION DE LA LITURGIE DANS PLUSIEURS ORDRES RELIGIEUX EN FRANCE. — SITUATION DE L'EGLISE DE FRANCE, SOUS LE RAPPORT LITURGIQUE, AU MOMENT DE LA PERSECUTION. — ENTREPRISES ANTILITURGIQUES DE JOSEPH II, EN ALLEMAGNE ET EN BELGIQUE ; DE LEOPOLD, EN TOSCANE. — RICCI. SYNODE DE PISTOIE. — CONSPIRATION GENERALE DE LA SECTE ANTILITURGISTE CONTRE LE CULTE ET L'USAGE DE L'EUCHARISTIE. — REACTION CATHOLIQUE PAR LE CULTE DU SACRE-COEUR DE JESUS. — TENTATIVES ANTILITURGISTES DE LA SECTE CONSTITUTIONNELLE EN FRANCE, APRES LA PERSECUTION. — TRAVAUX DES PAPES SUR LA LITURGIE ROMAINE, DURANT LA DERNIERE MOITIE DU XVIII° SIECLE. BULLE AUCTOREM FIDEI.— AUTEURS LITURGISTES DE CETTE EPOQUE.
Rentrons en France pour y être témoins des efforts des organisateurs des ennemis de la Liturgie romaine. Encore quarante ans, et les débris de l’ancienne société française seront épars sur le sol. Le vertige est dans toutes les têtes; ceux-la mêmes qui veulent conserver quelque
504
chose de ce qui fut, sacrifient d'autre part à la manie du jour. L'école des nouveaux liturgistes, recrutée principalement jusqu'ici dans les rangs du jansénisme, se renforce de philosophes et d'incroyants. La Liturgie romaine est menacée dans toute la France, et comme la foi elle-même s'en va, on se met peu en peine que ses'antiques manifestations disparaissent avec elle. Traçons le rapide, mais lamentable tableau de cette effrayante dissolution.
Nous avons fait voir ailleurs comment l'innovation liturgique avait été une oeuvre presbytérienne dans ses instigateurs et ses agents, et comment même de simples acolytes se trouvèrent appelés à y prendre une part majeure. En attendant le jour où des laïques présenteraient à l'Assemblée constituante la Constitution civile du clergé, voici qu'un autre laïque, un disciple de Jansénius, un dévot du diacre Paris, un visionnaire apocalyptique, Laurent-Etienne Rondet, en un mot, se trouve placé à la tête du mouvement liturgique. Ce personnage est appelé, dans dix diocèses différents, pour diriger l'édition des nouveaux livres qu'on veut se donner. Les Bréviaires de Laon, du Mans,de Carcassonne,de Cahors,de Poitiers,de Noyon et de Toulouse ont l'honneur de passer sous sa direction. Les Missels de Soissons, du Mans, de Poitiers, de Noyon, de Toulouse et de Reims, le proclament leur infatigable patron; le Rituel de Soissons l'avoue pour son rédacteur, les Processionnaux de Poitiers et de Reims lui ont les plus grandes obligations, etc. (1). En un mot, cet homme est partout; les églises l'appellent à leur secours comme celui en qui s'est reposé l'esprit qui anima les Le Tourneux, les Le Brun des Marettes, et les Mésenguy. Les pasteurs des peuples à qui il appartient d'enseigner par la Liturgie, après avoir renoncé à l'antique tradition grégorienne,
(1) Feller et Biographie universelle, Article Rondet. Ami de la Religion. Tome XXVI.
505
s'inclinent devant un séculier, sectateur avoué de dogmes qu'ils réprouvent, et livrent plus ou moins à sa censure les prières de l'autel. Non, certes, il ne se vit jamais rien de pareil, et nous ne le croirions pas, s'il n'était attesté par des témoins oculaires et, du reste, pleins d'enthousiasme. Dirons-nous un mot des influences de Rondet sur les livres dont nous parlons ? Les détails n'appartiennent pas à cette rapide histoire liturgique; ils viendront assez tôt ailleurs. Toutefois, observons que tous les bréviaires et missels à la publication desquels Rondet prit part, présentent deux caractères particuliers qui les distinguent des livres parisiens de Vigier et Mésenguy. Le premier est l'affectation d'employer l'Écriture sainte d'après la Vulgate actuelle, en faisant disparaître les phrases, les mots, les syllabes même qui, provenant de l'Ancienne Italique, rappellent encore, quoique bien rarement, dans le parisien actuel, l'origine grégorienne de quelques répons ou antiennes. On sait que Rondet se piquait d'érudition biblique; mais il est fâcheux qu'il ait cru devoir en faire un usage si barbare. Au reste, la question de savoir si l'on devait conserver dans la Liturgie les paroles de l'Ancienne Italique, avait été agitée à Rome, dès le XVI° siècle. Mais de bonne heure, Clément VIII fixa toutes les incertitudes, en déclarant qu'on devait maintenir l'ancienne version dans toutes les pièces chantées. Le pontife censura même avec énergie la témérité et l'audace des novateurs, ne voulant pas qu'on pût dire qu'une atteinte, si légère qu'elle fût, aurait été portée à la tradition par les pontifes romains (1). On doit, après tout, savoir gré à
(1) Progressu temporis, sive typographorum, sive aliorum temeritas et audacia effecit ut multi in ea quae in his proximis annis excusa sunt Missalia errores irrepserint, quibus vetustissima illa sacrorum Bibliorum versio quae etiam ante S. Hieronymi tempora celebris habita est in Ecclesia, et ex qua omnes fere Missarum Introïtus et quœ dicuntur Gradualia et Offertoria accepta sunt, omnino sublata est. Clément VIII. Bref du 7 juillet 1604, pour la revision du Missel romain.
5o6
Rondet, qui n'avait pas les mêmes intérêts que l'Église romaine au maintien des traditions, de n'être pas allé jusqu'à remplacer le Venite exultemus du psautier italique, par celui du psautier gallican.
Le second caractère des livres liturgiques sortis de ses mains, est d'avoir un Commun des prêtres. Nous discuterons ailleurs les motifs et les avantages de cette nouvelle création. Il faut dire cependant que les livres publiés par Rondet ne sont pas les premiers qui la présentent ; mais, quoiqu'on l'eût déjà inaugurée au Bréviaire de Rouen, dès 1726, Vigier et Mésenguy n'avaient pas cru devoir imiter cet exemple. La congrégation des chanoines réguliers de Sainte-Geneviève,en adoptant leur bréviaire, y introduisit tout d'abord le nouveau Commun qui bientôt devait être accueilli en tous lieux, par acclamation, à cette époque où les pouvoirs du second ordre étaient proclamés si haut. La révolution était donc partout, et d'autant plus voisine de son explosion, que ceux-là mêmes qu'on avait trouvé moyen d'y intéresser, étaient ceux qu'elle devait atteindre les premiers. Quoi qu'il en soit, le nouveau partage des communs produisit encore un déplorable renversement des traditions liturgiques, dans les bréviaires modernes, savoir, la suppression absolue du titre de confesseur, sans lequel il est impossible cependant de rien entendre au système hagiologique de l'Église catholique. Aussi n'est-il pas rare de rencontrer des prêtres instruits d'ailleurs, qui ne donnent au titre de confesseur d'autre acception que de signifier un personnage qui a souffert l'exil, la prison, ou les tourments, pour la Foi.
L'année 1765 vit paraître un bréviaire, et Tannée 1766 un missel, qui dépassaient peut-être encore tout ce qu'on avait vu jusqu'alors. Ces deux livres, destinés au diocèse de Poitiers, avaient été rédigés par un lazariste nommé Jacob, et portaient en tête le nom et l'approbation de Martial-Louis de Beaupoil de Saint-Aulaire. D'abord,
507
tout ce que nous avons énuméré jusqu'ici de nouveautés étranges dans les livres de Paris et autres, s'y trouvait reproduit fidèlement ; mais avec quelle incroyable recherche l'auteur avait enchéri sur tant de singularités! Nous ne parlerons pas de l'usage inouï de placer, à certains jours, une légende de saint dans l'office des Laudes ; mais I peut-on voir quelque chose de plus étrange que de consacrer le dimanche, ce premier jour de l'opération divine, ce jour de la création de la lumière, de la résurrection du Christ, de la promulgation de la loi évangélique, de le consacrer, disons-nous, à célébrer le repos de Dieu achevant l'œuvre de la création (1) ? Pouvait-on démentir d'une manière plus énorme tous les siècles chrétiens, qui n'ont qu'une voix sur les mystères de la semaine, et qui jamais ne confondirent le jour de la lumière avec le Sabbat du Seigneur? A l'effet d'étayer ce beau système, Jacob n'avait eu rien de plus pressé que de débarrasser les vêpres du dimanche de ces belles et populaires antiennes, conservées cependant à Paris et partout ailleurs : Dixit Dominus — Fidelia, etc., pour amener, comme dans tout le reste de son psautier, de nouvelles antiennes plus ou moins décousues et tirées des divers livres de la Bible ; en quoi il avait rompu non seulement avec Rome, Milan, l'ancienne Église gallicane, l'Église gothique d'Espagne, mais même avec tous les nouveaux bréviaires, dont aucun n'avait encore été puiser hors des psaumes eux-mêmes les antiennes du psautier. Dans la voie des nouveautés, quand on a franchi un certain degré, on ne s'arrête plus. Nous nous bornerons, pour le moment, à ces traits du bréviaire de Jacob, en signalant toutefois les indignes gravures dont on avait prétendu l'orner.
(1) Dies Dominica Dei complentis opus creationis requiem celebrat, Christi resurgentis commemorat triumphum, varia describit pietatis officia quibus obligantur fidèles, et aeternae requiei desiderium excitât et accendit.
508
Le Missel pictavien était digne du bréviaire auquel il correspondait. La place nous manque pour une analyse qui sera suppléée ailleurs. Disons seulement que la rage de sacrifier les formules grégoriennes,au profit d'un misérable système individuel, avait amené la suppression de la plupart de ces introïts dont les premiers mots étaient pour nos pères le flambeau de l'année ecclésiastique et civile, et dont une partie, du moins, avait survécu aux violences de Vigier et Mésenguy. De tous ces introït, un surtout était resté dans la mémoire du peuple, celui de l'octave de Pâques : Quasi modo geniti. Jacob le biffa comme les autres, pour mettre en place Beata gens, etc., paroles du psaume XXXII ; car Jacob, qui, dans le psautier, ne souffrait pas d'antiennes tirées des psaumes, se fit une loi d'emprunter exclusivement au psautier les introït de son missel, à la condition, toutefois, d'expulser sans façon la plupart de ceux que saint Grégoire avait puisés à la même source. Aveugle novateur, qui ne savait probablement pas qu'aujourd'hui encore, dans l'Allemagne protestante, le peuple, après trois siècles de Luthéranisme, après trois siècles de langue vulgaire dans les offices, n'a encore oublié ni le dimanche Quasimodo, ni le dimanche Jubilate, ni le dimanche Vocem Jucunditatis, etc.
Certes, si un jour l'Église de saint Hilaire qui, plus qu'une autre, devrait être jalouse des traditions saintes, vient à replacer sur ses antiques autels les livres de saint Grégoire, et à reléguer sur les rayons des bibliothèques humaines les œuvres du lazariste Jacob, nous doutons qu'après trois siècles, la mémoire des Poitevins garde un souvenir aussi fidèle du dimanche Beata gens.
L'Église de Toulouse, en 1761, vint aussi abjurer les traditions romaines. Elle avait alors le malheur d'être gouvernée par son trop fameux archevêque Etienne-Charles de Loménie de Brienne, qui croyait en Dieu, peut-être, mais non en la révélation de Jésus-Christ. Il
509
mérita du moins, pour sa réforme liturgique, les éloges du gazetier janséniste : « On sait, dit-il, que M. l'archevêque de Toulouse et MM. les évêques de Montauban, Lombez, Saint-Papoul, Aleth, Bazas et Comminges, ont donné l'année dernière à leurs diocèses respectifs un nouveau bréviaire qui est le même que celui de Paris, à quelques changements près, qui n'intéressent point le fond de cet OUVRAGE IMMORTEL (1). » En effet, ce n'était pas un médiocre triomphe pour le parti, de voir un si grand nombre d'Églises venir chercher, sur la tombe de Vigier et de Mésenguy, les livres destinés à remplacer désormais, pour elles, les usages surannés de l'Eglise romaine. Il faut dire pourtant qu'à Toulouse on avait cherché, au moyen d'un très mauvais vers, à rendre catholique la fameuse strophe de Santeul, déjà remaniée diversement, comme on l'a vu, à Evreux et au Mans. Le bréviaire de Loménie disait donc :
Insculpta saxo lex vetus
NIL VIRIUM PER SE DABAT ;
Inscripta cordi lex nova
Quidquid jubet dat exequi.
C'était du moins avouer une fois de plus, que l'orthodoxie de l'hymnographe gallican et de ses œuvres n'avait rien de trop rassurant.
Mais les innovations dont nous venons de parler n'offraient rien d'aussi lamentable que celle qui, en 1776, désola la sainte Église de Lyon, premier siège des Gaules. Depuis lors, on peut dire qu'elle a perdu son antique beauté, veuve à la fois des cantiques apostoliques de son Irénée et des mélodies grégoriennes que Charlemagne lui imposa ; n'ayant plus rien à montrer au pèlerin qu’attire
(1) Nouvelles ecclésiastiques, 16 avril 1772.
510
encore le souvenir de sa gloire, hors le spectacle toujours imposant des rites célèbres qu'elle pratique dans la solennité du sacrifice. La splendeur orientale de ces rites suffirait, sans doute encore, à ravir le voyageur catholique, si, par le plus cruel contraste, il ne se trouvait tout à coup arraché à l'illusion par le bruit de ces paroles nouvelles, par le fracas de ces chants modernes, et inconnus aux voûtes de l'auguste primatiale des Gaules, jusqu'au jour où elle vit Antoine Malvin de Montazet s'asseoir, et avec lui l'hérésie, au centre de son abside. Le chapitre insigne de la primatiale, qui avait souffert, sans réclamation, que Charles de Rochebonne, en 1737, portât la main sur l'antique bréviaire, accepta, par acte capitulaire du 13 novembre 1776, la substitution de la Liturgie parisienne à celle de Lyon, dernier débris de nos saintes traditions gallicanes. Il humilia ainsi l'église de Lyon devant celle de Paris, comme celle de Paris s'était humiliée devant Vigier et Mésenguy. Les cérémonies restèrent, nous en convenons, mais la parole avait disparu, la parole qui devait rester, quand bien même les rites extérieurs eussent subi quelques altérations. Donc, les yeux du peuple n'y perdirent rien ; mais les chanoines y gagnèrent de réciter désormais un bréviaire plus court; les chantres ne furent pas contraints d'exécuter par cœur des mélodies séculaires ; tous leurs efforts tendirent désormais à déchiffrer les nouveaux chants, si pauvres, si vides d'expression. Ainsi fut changé la face de cette église qui se glorifiait autrefois de ne pas connaître les nouveautés. Mais il était écrit que la déviation serait universelle, parce que de toutes parts on avait dédaigné la règle de tradition.
Cependant, comme toujours, une opposition courageuse, quoique faible, se manifesta. Une minorité dans le chapitre primatial fit entendre ses réclamations. On vit même paraître un écrit intitulé : Motifs de ne point admettre la nouvelle Liturgie de M. l’Archevêque de
511
Lyon (1). Mais bientôt le Parlement de Paris, fier de ses succès dans l'affaire du Bréviaire de Vigier et Mésenguy, condamna le livre au feu, par un arrêt du 7 février 1777(2), et après la sentence de ce tribunal laïque, mais juge en dernier ressort sur les questions liturgiques dans l'Église de France, le silence se fit partout. On accepta sans réplique les bréviaires et missels de l'archevêque Montazet, lequel, pour compléter son œuvre, faisait élaborer, à l'usage de son séminaire, une théologie qui est restée au nombre des plus dangereuses productions de l'hérésie du XVIII° siècle.