Institutions liturgiques (page 81)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

(1779). Jean-Baptiste Graser, docte professeur allemand, a composé une savante dissertation : De Presbyterio et in eo sedendi jure. Trente, 1779, in-4°.

(1779). Dom Nicolas Jamin, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, auteur de plusieurs ouvrages estimés, paraît être l'auteur du livre intitulé : Histoire des Fêtes de l'Église (in-12), dont la plus ancienne édition, venue à notre connaissance, est de 1779. Il a été traduit en allemand et publié à Bamberg, en 1784.

(1779). Ferdinand Tetamo, prêtre sicilien, est justement célèbre par le bel ouvrage de Liturgie pratique qu'il a intitulé : Diarium liturgico-theologico-morale, sive sacri Ritus, Institutiones ecclesiasticœ, morumque disciplina, notanda singulis temporibus atque diebus anni ecclesiastici

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et civilis. Venise, 1779-1784, huit volumes in-4° en deux séries.

(1779). François-Xavier Holl, jésuite allemand, illustre professeur de droit canonique dans l'Université d'Heidelberg, a publié le premier volume d'un ouvrage remarquable intitulé : Statistica Ecclesiœ Germanicœ, 1779, in-8°. Ce volume, le seul qui ait paru, renferme une dissertation infiniment précieuse : De Liturgiis Ecclesiœ Germanicœ.

(1781). Joseph-Marie Mansi, clerc régulier des Écoles pies, fit paraître cette année, à Lucques, un opuscule rempli d'érudition, sous ce titre: Lettera ad un Ecclesiastico, nella quale si dimostra, che non e lecito ad ogni Sacerdote celebrare la Messa privata nella notte del santo  Natale, 1779.

(1784). Jean Sianda, cistercien de Mont-Réal, a laissé un ouvrage trop superficiel et trop abrégé pour le sujet qu'il traite. Il porte ce titre : Onomasticum sacrum : opusculum triparlitum. Rome, 1774, in-8°.

(1786). Faustin Arevalo, illustre jésuite espagnol, si digne de toute la reconnaissance des amis de la science ecclésiastique par ses excellentes éditions de Prudence et de saint Isidore de Séville, a publié, sous le titre d'Hymnodia Hispanica, un ouvrage remarquable surtout par la célèbre dissertation de Hymnis ecclesiasticis, que nous regardons comme un des plus précieux monuments de la science liturgique. Le livre a paru à Rome ,  1786, in-4°.

(1786). Joseph Cuppini, cérémoniaire delà cathédrale de Bologne, a laissé, sur plusieurs questions de Liturgie pratique, des Instructiones Liturgicœ, qui présentent un grand intérêt. Bologne, 1786, in-4°.

(1786). François Cancellieri, savant prélat romain, est l'écrivain le plus important sur les matières liturgiques qui ait paru à la fin du XVIII° siècle. Il débuta par son magnifique ouvrage de Secretariis Basilicœ Vaticanœ

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veteris ac novœ. Rome, 1786 et années suivantes, quatre volumes in-4°. Il donna ensuite successivement : 1° Descrizione della Basilica Vaticana. Rome, 1788, in-12.— 2° Notifie intorno alla Novena, Vigilia, Notte e Festa di Natale. Rome, 1788, in-12. — 3° Descrizione delle Pontificali che si celebrano nella Basilica Vaticana, per le feste di Natale,di Pasqua et di san Pietro. Rome, 1788, in-12. — 4° Descrizione delle funzioni della Settimana santa nella Cappella pontificia. Rome,   1789,  in-12. — 5° Descrizione delle   Capelle   pontificie   e cardinalice   di tutto l'anno. Rome, 1790, quatre volumes in-12. —6° Storia de solenni possessi de sommi Pontefici, detti anticamente Processi 0 Processioni, dopo la loro coronazione, nella Basilica   Vaticana  alla Lateranese,   da   Leone   III  a Pio  VII Rome, 1802, in-4°. — 7° Memorie delle sacre Teste dei santi Apostoli Pietro e Paolo e della loro solenne   recognizione   nella   Basilica   Lateranese.  Rome, 1806, in-4°. —8° Le due Nuove Campane di Campidoglio benedette dalla Santita di N. S. Pio VIL P. O.  M. e descritte, con varie Notifie sopra i Campanili,  Rome, 1806, in-4°.— 9° Dissertazione Epistolare sopra le Iscrizioni delle Martiri Simplicia madre di Orsa, et di un altra Orsa. Rome,  1819, in-12.  —  10° Notifie  sopra l'origine e l'uso dell' Anello Pescatorio, e degli Anelli ecclesiastici. Rome, 1823, in-8°.

(1787). François-Antoine Mondelli, ecclésiastique romain, a publié une excellente dissertation intitulée : Della legitima disciplina da osservarsi nella pronuncia del Canone della Messa. Rome, 1787, in-8°.

(1786). Augustin Kraser, docteur allemand, a laissé un ouvrage remarquable sous ce titre : De Apostolicis necnon antiquis Ecclesiarum Occidentalium Liturgiis, illarum origine, progressu, ordine, die, hora et lingua, cœterisque rebus ad Liturgiam antiquam pertinentibus, liber singularis. Augsbourg, 1786, in-8°.

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(1787). Jacques-Denys Cochin, curé de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, à Paris, composa des Prônes ou Instructions familières sur toutes les parties du saint Sacrifice de la Messe, qui n'augmentent pas beaucoup la somme des notions scientifiques de la Liturgie, mais que nous citons cependant comme ouvrage français de cette époque.

(1788). Etienne-Antoine Morcelli, jésuite si connu par ses travaux archéologiques, a laissé : 1° Kalendarium Ecclesiœ Constantinopolitanœ mille annorum vetustate insigne, primitus e Bibliotheca Romana Albanorum in lucem editum, et veterum monumentorum comparatione diurnisque commentariis illustratum. Rome, 1788, deux volumes in-4°. — 2° Agapea Michaelia et tesserœ Vaschales, 1816, 1818. Ces opuscules, d'un style trop classique peut-être, ont été réimprimés ensemble, à Bologne, 1822, in-8°.

(1790). Il Breviario Romano difeso,egiustificato contro il libro intitolato : Lettera risponsiva di un parroco Fiorentino alla Lettera di un parroco Pistoiese. — Cet ouvrage anonyme, publié en 1790, sans lieu d'impression, est dirigé contre le curé Scaramucci, l'un des fauteurs du synode de Pistoie.

(1797). Jean Marchetti, savant prélat romain, si connu par son excellente critique de Fleury, a laissé l'ouvrage suivant : Del Breviario Romano, 0 sia dell' Officio divino e del modo di recitarlo. Rome, 1797, in-12.

(1798). Jean Gonzalès Villar, chanoine de la cathédrale de Léon, a donné le livre intitulé : Tratado de la sagrada luminaria, en forma de disertacion, en el que se demuestra la antiguedad, y piedad de las vêlas, y lamparas encendidas a honra de Dios, y en obsequio de las santas Imagenes, y Reliquias.  1798, in-8°.

Tirons maintenant les faciles conclusions des faits contenus au présent chapitre.

Il est clair, en premier lieu, qu'une conjuration a été

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formée au sein même des pays catholiques, dans le but d'insinuer l'esprit du protestantisme, à la faveur des innovations liturgiques.

Il est clair, en second lieu, que le parti antiliturgiste a constamment procédé en affaiblissant l'autorité du Saint-Siège, en opérant la destruction de la Liturgie romaine, en procurant à ses adeptes, par toutes sortes d'intrigues, l'honneur de rédiger les livres destinés à remplacer ceux que la tradition catholique avait formés dans le cours des siècles.

Il est clair, en troisième lieu, que si tous nos liturgistes français n'ont pas été aussi loin dans leur audace que les Ricci, les Grégoire, etc., ceux-ci les ont hautement avoués et recommandés comme des hommes qui possédaient leurs sympathies.

Il est clair, en quatrième lieu, que l'abolition de l'ancienne Liturgie a été une œuvre à laquelle ont pris part les hommes qui ont eu le plus à cœur de répandre le jansénisme, le protestantisme, le philosophisme et les maximes anarchiques.

Il est clair,enfin, qu'au moment où finissait le XVIII° siècle, l'Église gallicane avait laissé périr une des branches de la science ecclésiastique ; qu'en se séparant de la Liturgie ancienne, elle s'était séparée dans le culte divin non seulement de l'Église de Rome, mais de toutes les autres Églises latines, et cela sans pouvoir rétablir dans son propre sein cette unité qu'elle avait sacrifiée à un vain désir de perfectionnement, en renonçant avec une facilité sans exemple à cette glorieuse immutabilité qui est la gloire de la Liturgie, et qui a inspiré cet axiome de tous les siècles : Legem credendi statuat lex supplicandi. Gloire et actions de grâces soient donc rendues au Seigneur, qui n'a point abandonné cette Église au jour de la tribulation.

II - CHAPITRE XXIV

CHAPITRE XXIV : DE LA LITURGIE AU XIX° SIÈCLE. — EN FRANCE, RÉTABLISSEMENT DU CULTE CATHOLIQUE. PROJET D'UNE LITURGIE NATIONALE. ACTES DU LÉGAT CAPRARA. SACRE DE NAPOLEON. PIE VII DANS LES ÉGLISES DE PARIS. SITUATION GÉNÉRALE DE LA LITURGIE SOUS L'EMPIRE. — CARACTERE DES ŒUVRES LITURGIQUES SOUS LA RESTAURATION ET DEPUIS. DESTRUCTION PRESQUE TOTALE DE LA LITURGIE ROMAINE. MOUVEMENT INVERSE ET FAVORABLE AUX USAGES ROMAINS. NOUVELLE MODIFICATION DU PARISIEN EN l822. EFFORTS DIVERS DANS LE MÊME SENS. DIFFICULTÉS DE LA SITUATION, ET SON REMÈDE. — EN ALLEMAGNE, SCANDALES DES ANTI-LITURGISTES.    ORDONNANCE  DE   L'ÉVÊQUE  DE   ROTTENBOURG. AFFAIRE    DE    COLOGNE. —   EN    ANGLETERRE, TENDANCES FAVORABLES AUX FORMES CATHOLIQUES, ET AU BRÉVIAIRE ROMAIN EN PARTICULIER. — EN RUSSIE, INFLUENCE DÉSASTREUSE DE LA LITURGIE GRECQUE. — A ROME, TRAVAUX DES PAPES SUR LA LITURGIE ROMAINE. — BIBLIOTHEQUE DES  AUTEURS  LITURGISTES  DU   XIX°   SIÈCLE.

NOTES  DU CHAPITRE XXIV

NOTE A

NOTE B

NOTE C

Le XVIII° siècle, en finissant, voyait s'éteindre la cruelle persécution dont l'Église de France avait eu à supporter les rigueurs pendant dix années. Dès l'année 1799, des oratoires publics, des églises même se rouvraient de toutes parts. Les prêtresse montraient avec plus de sécurité, les autels dépouillés revoyaient comme une ombre des anciennes pompes. On osait enfin exposer au jour ces quelques vases sacrés, ces ornements, ces reliquaires, derniers et rares débris de l'opulence catholique, soustraits

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à la cupidité des persécuteurs, par le mâle courage de quelque chrétien qui jouait sa tête. Rien n'était sublime comme ces premières apparitions des symboles de la foi de nos pères, comme ces messes célébrées au sein de nos grandes villes, dans ces églises dévastées, violées, mais toujours chastes, et tressaillant de revoir encore le doux sacrifice de l'Agneau, après les orgies des fêtes de la Raison et les paroles de la théophilanthropie.

Dans Paris même, il advint que, tandis que les restes de l'Église constitutionnelle s'agitaient encore dans la métropole de Notre-Dame, l'étroite, mais à jamais vénérable église des Carmes de la rue de Vaugirard s'ouvrait à la piété des fidèles catholiques. Le sang des pontifes, des prêtres et des religieux martyrs, épanché si abondamment dans son enceinte et ses alentours, l'avait marquée pour le rendez-vous sublime des pasteurs décimés par l'échafaud et les misères de l'exil. A Lyon, dès 1801, la procession de la Fête-Dieu traversait les rues, aux acclamations des peuples enivrés de joie. « Quelle est, écrivait à ce sujet, dans le Mercure de France,celui qui s'apprêtait à raconter le Génie du Christianisme, quelle est cette puissance extraordinaire qui promène ces cent mille chrétiens sur ces ruines? Par quel prodige la croix reparaît-elle en triomphe dans cette même cité où naguère une dérision horrible la traînait dans la fange ou le sang? D'où renaît cette solennité proscrite? Quel chant de miséricorde a remplacé si soudainement le bruit du canon et les cris des chrétiens foudroyés ? Sont-ce les pères, les mères, les frères, les sœurs, les enfants de ces victimes qui prient pour les ennemis de la foi, et que vous voyez à genoux de toutes parts aux fenêtres de ces maisons délabrées, et sur les monceaux de pierres où le sang des martyrs fume encore? Ces collines chargées de monastères, non moins religieux parce qu'ils sont déserts; ces deux fleuves où la cendre des

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confesseurs de Jésus-Christ a si souvent été jetée : tous ces lieux consacrés par les premiers pas du christianisme dans les Gaules; cette grotte de saint Pothin, ces catacombes d'Irénée, n'ont point vu de plus grand miracle que celui qui s'opère aujourd'hui. »

C'est que l'amour des pompes sacrées est profondément enraciné au cœur des Français, et que l'alliance de la foi et de la poésie, qui constitue le fond de la Liturgie catholique, a pour eux un si grand charme, qu'il n'est ni souffrances ni intérêts politiques qu'ils n'oublieraient dans les moments où de si nobles et si profondes émotions traversent leurs âmes. Combien donc avaient été coupables ou imprudents ceux qui avaient eu le triste courage, durant un siècle entier, de travailler par tous les moyens à dépopulariser les chants religieux, à ruiner les pieuses traditions qui sont la vie des peuples croyants! C'était, certes, un triste contraste que celui qui s'était offert mille fois dans le cours de la persécution, lorsqu'au fond de quelque antre ignoré, à la faveur des ombres de la nuit et du mystère, les fidèles, réunis à travers mille périls, entouraient l'autel rustique, et qu'alors le prêtre, confesseur et peut-être martyr dans quelques heures, plaçait sur cet autel non le missel des âges de foi, mais ce moderne missel rédigé par les mains impures d'un sectaire, et promulgué avec le concours des parlements, aux beaux temps de la Régence ou de madame de Pompadour, alors qu'on travaillait de toutes mains à préparer l'affreuse catastrophe qui avait enfin éclaté. Et n'était-ce pas aussi un pitoyable spectacle que celui qui s'était offert dans la rade de Roche-fort, en 1798, lorsque les neuf cents prêtres, confesseurs de la foi, réunis dans la même fidélité et dans les mêmes souffrances, ne pouvaient s'unir dans une même psalmodie, parce que le petit nombre des bréviaires qu'on avait pu introduire dans ces prisons flottantes représentaient, pour   ainsi dire, autant de diocèses différents qu'ils formaient

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d'exemplaires (1). Certes, si la persécution qui faillit dévorer l'Église de France, eût été avancée d'un siècle, on eût du moins entendu s'élever  du fond  des cachots  la prière uniforme  des confesseurs,  la  prière romaine que l'univers catholique tout entier fait monter vers le ciel sept fois le jour. Il est vrai que le sang des martyrs suppléait à tout. L'Église de France puisa dans ce bain glorieux une nouvelle naissance. Mais il fallut que tout entière elle fût offerte en holocauste : la charité pastorale, fécondée par l'obéissance au pontife romain, immola ceux que le glaive avait épargnés. Le concordat de 1801 fut conclu et bientôt ratifié par Pie VII. La bulle pour la nouvelle circonscription des diocèses fut donnée à Rome : la nouvelle Église de France devait donc tout au Siège apostolique. Les antiques préjugés ne pouvaient tout au plus que se débattre en expirant.

Le concordat de 1801 avait une grande portée liturgique. Il garantissait l'exercice du culte catholique; aussi fut-il accepté comme un immense bienfait, par une nation qui avait tressailli de joie au retour de ses prêtres. Rien ne   pourrait   dépeindre   l'enthousiasme   des   Parisiens, lorsqu'enfin, le 18 avril 1802, le concordat fut promulgué, au milieu d'une cérémonie religieuse et civique. C'était le jour même de Pâques ; en sorte que les fidèles avaient à solenniser en même temps le passage du Seigneur quand les Israélites sortirent de l'Egypte, la résurrection triomphante du Christ, et la restauration miraculeuse de cette religion que, neuf ans auparavant, un  décret sacrilège

(1) Nous devons ce détail, qu'il était du reste bien facile de pressentir, au vénérable abbé Ménochet, chanoine de Saint-Julien du Mans, et vicaire général, décédé en 1834. Il était du petit nombre de ces glorieux confesseurs que la mort épargna, afin qu'ils pussent rendre témoignage des scènes sublimes de Rochefort. La mémoire de ce saint prêtre est précieuse à Solesmes : nous ne saurions jamais oublier qu'il eut la bonté de venir présider à l'installation de ce monastère en 1833, alors qu'une pareille démarche était un acte de courage.

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avait déclarée abolie, comme si le sang pouvait autre chose que fertiliser le champ de l'Église. Le bourdon de Notre-Dame, muet depuis douze ans, ébranlait encore la cité; et, comme enivrés du bruit de cet airain sacré dont la seule destination semblait être désormais de donner le signal du carnage, les citoyens s'embrassaient dans les rues sans se connaître. Les consuls se rendirent en pompe à Notre-Dame, et l'on vit les étendards français se balancer encore une fois autour du sanctuaire. Jean-Baptiste Caprara, cardinal de la sainte Église romaine, légat apostolique, célébra pontificalement sous ces voûtes réconciliées qu'ébranlaient par moments le mouvement triomphal des tambours et des fanfares belliqueuses. La France retrouvait son antique amour pour la foi catholique, et le premier consul pouvait s'applaudir d'avoir deviné les instincts de la nation : heureux s'il eût su toujours y attacher sa fortune !

Un livre d'une haute portée, publié à cette époque, avait grandement servi à préparer les esprits à un retour si merveilleux. Toute la France s'était émue à l'apparition de l'épisode fameux d'un poème américain, et dans lequel l'auteur faisait valoir, avec un talent inouï, l'harmonie des cérémonies religieuses avec les grands aspects de la nature. L'ouvrage annoncé dans la préface de cet opuscule, le Génie du Christianisme parut enfin, au mois d'avril 1802, et ce livre, qui s'attachait à prouver que le christianisme est vrai parce qu'il est beau, avança plus la réconciliation des Français avec l'ancien culte, que cent réfutations de l’Emile ou du Dictionnaire philosophique. Sans doute, la poétique nouvelle révélée par Chateaubriand n'était pas à la portée de tous les lecteurs de ce livre; on peut même dire (surtout aujourd'hui que nous voilà pour jamais délivrés des grecs et des  romains) qu'elle laisse quelque peu à désirer ; mais la partie liturgique du Génie du Christianisme, c'est-à-dire la description des fêtes, des

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cérémonies, les riches peintures des cathédrales et des cloîtres du moyen âge, tout cela formait la partie populaire de l'ouvrage. Certes, si, quarante ans après, il est vrai de dire que notre littérature, nos arts et notre poésie sont la réfraction plus ou moins riche de l'éclat que jeta alors ce merveilleux météore; quel ne dut pas être l'empressement de la nation, fatiguée des courses desséchantes qu'elle avait été contrainte de faire dans les champs du matérialisme, lorsqu'une main bienfaisante vint ouvrir pour elle une source intarissable de poésie, là même où d'invincibles instincts lui révélaient qu'était toujours pour elle la véritable vie ? Et n'y avait-il pas aussi toute une réaction féconde dans cette promulgation solennelle du christianisme comme la religion éminemment poétique, un siècle et demi après Boileau, qui, digne écho des anti-liturgistes de son Port-Royal, ne voyait dans la foi du chrétien que des mystères terribles, et dans la poésie que des ornements égayés? C'était bien en leur qualité de littérateurs classiques, que les Foinard et les Grancolas avaient donné les belles théories que nous avons vues, faisant une chasse impitoyable à tous ces répons et antiennes surannés, composés dans un latin si différent de celui de Cicéron, et fourrant toute leur œuvre nouvelle de pastiches à la façon d'Horace, comme pour faire pardonner le cliquetis peu agréable de leurs centons, pillés dans la Bible à tort et à travers, d'après tout autre système que celui de l'harmonie. Le Génie du Christianisme, en posant comme fait la poétique du Christianisme considéré en lui-même (1), a donc exercé une action vaste, et ce sera un jour une longue histoire que celle des résultats sortis de ce livre,

(1) Les Martyrs vinrent plus tard, et fournirent, malgré quelques défauts, l'irrécusable preuve d'un fait que la postérité s'étonnera qu'on ait pu contester une minute. Elle aura peine à comprendre le XVIII° siècle, siècle prosaïque qui se mêla de tout refaire, parce qu'avant lui la poésie était partout.

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qui, entre beaucoup d'avantages, a celui d'être venu en son temps. L'œil d'aigle de Napoléon en vit dès l'abord toute la portée, et il chercha à s'attacher l'auteur; Pie VII témoigna sa satisfaction de la manière la plus éclatante; Dussault, de Fontanes, le grand philosophe de Bonald, s'unirent à l'abbé de Boulogne pour célébrer l'importance de cette victoire remportée sur les ennemis de la forme religieuse.

Mais au fort même de ce triomphe, comme il est de nécessité en ce monde que les tribulations accompagnent toujours fidèlement les succès de l'Eglise, des obstacles inattendus vinrent tempérer la joie du Pontife romain et de l'Église de France. Sans doute, le concordat avait été publié à Notre-Dame; mais quelques jours auparavant, le 8 avril 1802 (18 germinal an X), jour même où ce traité avait été porté au Corps législatif, et inauguré comme loi de la République, on avait décrété en même temps, sous le nom d’ Articles organiques, soixante-dix-sept articles dont le plus grand nombre avait été conçu et rédigé dans le but d'amortir l'influence du catholicisme, et d'arrêter le développement de ses institutions renaissantes. Il n'est point de notre sujet de développer ici toute la série des dispositions de ce décret tyrannique, contre lequel le Siège apostolique ne tarda pas à faire entendre les plus explicites réclamations. Nous nous bornerons à relever quelques-unes des dispositions du titre III, intitulé : Du Culte.

La première avait une portée immense, malgré sa brièveté, et elle était ainsi conçue : Il n'y aura qu'une Liturgie et un catéchisme pour toutes les églises catholiques de France. Laissant de côté le catéchisme, bornons-nous à ce qui tient à la Liturgie. On conçoit aisément que, par suite de la nouvelle circonscription des diocèses, l'Église de France devait se trouver dans une déplorable confusion sous le rapport de la Liturgie. Le

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nombre des diocèses ayant été réduit de plus de moitié, 1 et par conséquent les nouveaux évêchés se trouvant formés, en tout ou en partie, du territoire de trois ou quatre et quelquefois jusqu'à sept des anciens diocèses, il arrivait, par suite des changements survenus au dix-huitième siècle, que la Liturgie de l'église cathédrale, loin de réunir les autres églises du diocèse dans l'unité de ses formes, se voyait disputer le terrain par cinq ou six autres Liturgies rivales. Certes, un si étrange spectacle était inouï dans l'Eglise; jamais en aucun temps, en aucun pays, la communion des prières publiques n'avait présenté l'aspect d'une si étrange anarchie; bien plus, pour qu'elle fût devenue possible par suite d'un remaniement des diocèses, il avait fallu qu'il existât déjà, dans un seul pays qui ne compte pas trois cents lieues d'étendue, plus de diverses formes d'office divin qu'il n'en existe dans le monde entier, sans oublier même les églises d'Orient.

Les conciliabules de 1797 et de 1801 avaient senti l'inconvénient de cette situation; car, bien que l'Église constitutionnelle comptât un évêché par département, la division de la France en départements avait déjà grandement bouleversé la circonscription des diocèses. Mais les évêques réunis, comme ils le disent fort bien, trouvaient surtout dans le projet d'une Liturgie uniforme pour la France (idée qui leur appartient en propre), un moyen efficace de perpétuer leur secte, si elle fût née viable, en rattachant cette organisation liturgique au système de nivellement et de centralisation sur lequel avait été fondée la république (1). On conçoit parfaitement cette idée dans une Église schismatique repoussée par toutes les autres églises, et qui ne peut avoir de vie qu'en se nationalisant; mais quel machiavélisme impie

(1) Voyez ci-dessus, page 558.

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que celui de ces législateurs qui, dans le moment où la France venait de rentrer dans l'unité catholique, décrétaient que le moment était venu de travailler sérieusement à élever pour jamais un mur de séparation entre l'Église de France et toutes les autres ? Telle n'avait pas été la politique de Charlemagne, ni celle de saint Grégoire VII, ni celle d'Alphonse VI de Castille,   ces  grands  civilisateurs qui voyaient le salut et la gloire des États européens dans l'unité générale de la chrétienté, et qui brisaient  de si grand cœur   tout   retranchement    derrière lequel la religion universelle eût tendu à devenir chose nationale.  Et cependant nous  avons entendu des  gens honorables, mais d'une insigne imprudence, former encore ce souhait d'une Liturgie nationale ; ne pas sentir  quelle honte c'eût été pour la France, de se retrouver, après mille ans, dans l'état où elle était lorsqu'elle préludait à ses destinées de nation très chrétienne,   ayant perdu et l'antiquité vénérable de la Liturgie gallicane, et l'autorité souveraine de la Liturgie romaine, sans autre compensation que des traditions qui eussent daté du XIX°, ou du XVIII° siècle.

Dieu ne permit pas que cette œuvre anticatholique reçût son accomplissement. Une commission fut nommée : pour la rédaction des nouveaux livres de l'Église de France ; mais le résultat de ses travaux ne fut même pas  rendu public. On sait seulement que plusieurs des membres cherchèrent à faire prévaloir, l'un la Liturgie parisienne, l'autre celle de tel ou tel diocèse, un autre enfin un amalgame formé de toutes ensemble. Personne n'osa proposer de revenir à l'ancien rite gallican, seul projet pourtant qui eût été sensé, le principe étant admis ; mais projet impraticable, puisque les monuments de ce rite ont péri pour la plupart. Il en fut donc de ce projet de Liturgie nationale, comme de la réédification du temple de Jérusalem au  ive siècle; ou  si  l'on   veut remonter

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plus haut, comme de la tour de Babel; et le grand homme qui parlait de son prédécesseur Charlemagne, fut atteint et convaincu de n'avoir pu s'élever à la hauteur des vues de cet illustre fondateur de la société européenne. Au reste, qu'on y regarde bien, on verra que toutes les fautes de Napoléon étaient là. Il n'est tombé de si haut que pour avoir voulu faire de l'Église et du Pape une chose française. Est-ce Terreur de son esprit? est-ce le crime de son cœur ? Dieu seul le sait bien.

Le reste des Articles organiques du titre III est employé à détailler maintes servitudes auxquelles l'Église sera soumise en France. Nous citerons le XLVe article, si tyrannique, que les protestants eux-mêmes ont plusieurs fois réclamé contre : Aucune cérémonie religieuse n'aura lieu hors des édifices consacrés au culte catholique, dans les villes où il y a des temples destinés à différents cultes. Ainsi avait-on cherché à atténuer la victoire du catholicisme, en prolongeant le règne de cette intolérance qui n'était plus sanglante, il est vrai, comme celle de la Convention, mais qui allait chercher ses traditions dans les annales des parlements et dans les fastes antiliturgistes de Joseph II et de Léopold.

Pendant ce temps, d'importantes opérations liturgiques , s'exécutaient à Paris, par le ministère du légat Caprara, qu'une délégation apostolique avait investi de tous les droits nécessaires pour agir avec plénitude d'autorité dans les circonstances solennelles où se trouvait l'Église de France. La réduction des fêtes aux seules solennités de Noël, de l'Ascension et de la Toussaint; la translation au dimanche de la solennité des fêtes de l'Epiphanie, du Saint Sacrement, de saint Pierre et de saint Paul, des saints patrons du diocèse et de la paroisse; l'institution d'une commémoration de tous les saints Apôtres au jour de la fête de saint Pierre et de saint Paul, et de tous les saints Martyrs, au jour de saint Etienne; enfin, la fixation de la fête de la

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Dédicace de l'Église au dimanche qui suit l'octave de la Toussaint; ce furent là de grands événements dans Tordre liturgique, et nous aurons ailleurs l'occasion d'en peser toute la valeur. L'induit du légat, exprimant sur ce sujet les volontés apostoliques, parut le 9 avril 1802, et fut interprété par le légat lui-même, dans un décret rendu à la sollicitation du vicaire général de l'archevêque de Malines, sous la date du 21 juin 1804. Nous donnerons ces diverses pièces en leur lieu.

Les dures nécessités qui contraignaient le Siège apostolique à sacrifier un si grand nombre de fêtes célèbres dans l'Église, au risque de contrister la piété des fidèles catholiques, ne permirent pas d'assigner un jour spécial à la fête longtemps projetée du Rétablissement de la religion catholique en France, non plus qu'à celle de saint Napoléon, dont l'institution devenait indispensable, du moment que le général Bonaparte échangeait les faisceaux du consulat avec le sceptre impérial. On pensa donc à joindre la célébration de ces deux fêtes nouvelles avec la solennité même de l'Assomption de la sainte Vierge, patronne de la France. Le 15 août était aussi le jour de la naissance de l'Empereur; il eût donc été difficile de trouver un jour plus convenable pour cette triple solennité nationale. Le légat rendit sur cette matière un décret solennel qui commence par ces mots : Eximium Catholicœ Religionis, mais dont nous n'avons pu nous procurer la teneur; et, le 21 mai 1806, il adressa à tous les évêques de l'Empire une instruction détaillée sur la manière de célébrer la fonction du 15 août.

Cette curieuse instruction, que nous reproduisons dans les notes du présent chapitre (1), était divisée en trois parties. Dans la première, il était enjoint aux évêques d'annoncer par mandement ou autrement, le premier dimanche

(1) Vid. Note A.

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d'août de chaque année, la fête de saint Napoléon, martyr, laquelle est en même temps la fête du Rétablissement de la Religion catholique, comme devant être célébrée concurremment avec la solennité de l'Assomption de la sainte Vierge. Ils devaient semblablement annoncer la procession de l'action de grâces qu'on aurait à célébrer, conformément au rite usité dans l'Église : Juxta receptum Ecclesiae ritum ; et enfin publier une indulgence plénière attachée à la bénédiction papale que Sa Sainteté leur accordait de pouvoir donner ledit jour de l'Assomption, après la messe pontificale.

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