Institutions liturgiques (page 90)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Les protestants d'Allemagne ne jugèrent pas à propos de rentrer dans l'orthodoxie, et firent peu de cas de l'avantage qui leur était proposé de se servir du Bréviaire parisien de François de Harlay, ou même de celui que Nicolas Letourneux avait rédigé pour Cluny; en revanche, les généreuses et savantes recrues de l'Église catholique en Angleterre, les Spencer, les Newman et tous les autres, récitent et goûtent le bréviaire romain. La génération des livres liturgiques que Bossuet traite avec tant de complaisance n'a même pas joui un siècle de l'honneur d'avoir été vantée par ce grand homme. A l'exception du Bréviaire d'Orléans, ils ont tous disparu avant le temps. Dès 1736,. le parisien de Harlay, malgré sa rédaction si remarquable et tous les soins qu'il avait coûtés, disparut devant l'œuvre de Vigier et de Mésenguy ; les autres s'éteignirent successivement : quant au Missel et au Bréviaire de Cluny, dès longtemps, il n'y a plus personne pour en faire usage.

Nous ne doutons pas au reste que Bossuet, s'il eût vu la suite de ces changements, et reconnu le coup mortel qu'ils portaient à la tradition, n'eût fini par réagir de tout le poids de son autorité contre la fatale méprise qui bientôt mit aux mains des sectaires ce que lui-même a appelé le principal instrument de la tradition dans l'Église. On trouvera peut-être quelques preuves à l'appui de cette conjecture, dans la suite de notre récit.

C'est un fait remarquable que Bossuet fût arrivé jusqu à l'année 1702, sans avoir pris une part directe aux opérations liturgiques qui paraissent avoir eu ses sympathies, d'après le passage que nous venons de citer. C'est en cette année que l'abbé Ledieu commence à parler

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de la nouvelle Liturgie de Meaux. Nous allons transcrire les articles de son journal qui intéressent cette question, nous réservant d'y joindre de temps en temps quelques additions explicatives.

« 1702. Août, vendredi 4. Couché à Germigny, où M. l'abbé Chastelain est aussi venu, étant parti avec nous de Paris. C'est pour travailler au nouveau bréviaire, et prendre avec lui (Bossuet) de bonnes mesures pour avancer l'exécution de ce dessein. »

On se rappelle que l'abbé Chastelain avait été l'un des membres les plus influents de la commission du Bréviaire et du Missel de Harlay. Il exerça une sorte de dictature sur la Liturgie dans toutes les Églises qui, de son temps, prirent part à la première phase de l'innovation.

« Dimanche 6. Séjour à Germigny pendant toute cette semaine. Nous avons tous les jours travaillé au calendrier, M. l'abbé Chastelain et moi, et j'ai écrit sous lui plusieurs remarques pour servir à la disposition générale de l'office et des fêtes, et au rite. Puis, ce jeudi soir, le nouveau calendrier .a été communiqué à M. de Meaux, M. Treuvé, théologal, seul présent. Et ce vendredi soir, tout le calendrier a été achevé et fort approuvé par notre prélat qui a fait très peu de changements à tout ce qu'on avait projeté. Ce fait, M. l'abbé Chastelain a pris congé de M. de Meaux qui l'a fait conduire en calèche jusqu'à Claye. »

« Octobre. Germigny. M. de Meaux travaille gaiement et assiduement. Je remarque même qu'il a toujours sur son bureau son portefeuille avec ses psaumes en vers, auxquels il travaille le matin en s'éveillant ou aux autres heures; ou pour se délasser, ou pour se mettre en état de travailler. Plein du psaume 118 qu'il retouchait ces jours derniers, il me dit lorsque je lui parlai de la division des psaumes qui conviendrait le mieux au bréviaire  qu'il

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voulait faire: qu'il fallait de nécessité mettre tous les jours le psaume 118 aux petites Heures, et qu'il y était tout à fait résolu; tant il le jugeait nécessaire pour entretenir la piété. Ce qui est aussi certainement mon avis. »

La seconde phase de l'innovation ne tint pas compte de ce scrupule du grand évêque, et si le Bréviaire de Harlay avait conservé pour chaque jour le psaume 118, avec toute la division romaine du psautier, le parisien de 1736 effaça jusqu'aux dernières traces de l'antiquité, en attribuant au seul dimanche ce psaume que Bossuet avait voulu conserver à tous les jours. Certains aveux de l'abbé Ledieu nous feront voir bientôt que le sens catholique de Bossuet, égaré un moment, se retrouva tout entier, lorsqu'il s'agit de conclure la grande opération qu'on paraît lui avoir imposée, et il y a peut-être lieu de croire que si ce prélat eût vécu dix ans encore, l'œuvre du nouveau bréviaire n'eût pas été plus avancée après ce terme qu'elle ne l'était en 1702.

(1703).  Février. Versailles. Mardi 27... Le soir, M. de Meaux a voulu entendre  la lecture du nouveau calendrier de Meaux et du mémoire que j'ai fait contenant les raisons du changement. Nous en avons vu Janvier, Février et Mars, sur lesquels M. de Meaux semble avoir pris une dernière résolution. »

« 28 février. Ce soir, nous avons repris la révision du calendrier. M. l'abbé Bossuet nous arrête à chaque pas, et propose toujours de nouveaux changements. M. de Meaux l'écoute, et je vois le moment que tous les premiers projets vont être renversés. »

« Mars. Jeudi Ier . Au soir, nous avons continué la révision du calendrier jusqu'à la fin de Juillet, avec les mêmes vétilleries de M. l'abbé Bossuet. »

« Paris. Mars. Mardi 6. M. de Meaux a encore entendu ce matin la révision du calendrier et sans contradiction; M. l'abbé Bossuet, contradicteur perpétuel de tout bien et n'en voulant faire aucun par lui-même, n'y étant pas. »

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L'influence de l'abbé Ledieu se dessine de plus en plus, et en même temps il est curieux de voir comment il fait les honneurs du neveu de Bossuet, auquel le journal n'était probablement pas destiné.

« Paris, Vendredi 15. Ce soir, j'ai relu à M. de Meaux six mois du calendrier, M. l'abbé Bossuet et M. Phe-lippeaux présents. On est demeuré ferme dans les premières résolutions, retranchant même encore quelque saint douteux, ou peu connu, plutôt qu'en ajoutant. J'espère qu'à la fin il y prendra goût et que nous pourrons finir. »

Ces dernières paroles de l'abbé Ledieu sont précieuses. Elles nous apprennent que, après sept mois de travail, on n'était pas encore parvenu à faire agréer pleinement à Bossuet la réforme liturgique dont l'Église de Meaux devait être plus tard redevable à Chastelain et à Ledieu. Si déjà le calendrier causait tant d'anxiété au prélat, il est permis de penser que la réforme du corps du bréviaire eût suscité en lui bien d'autres répugnances, et qu'il eût disputé le terrain pied à pied. Au reste, l'histoire entière de l'innovation, dans ses différentes périodes, est là pour prouver que tout a été l'œuvre de quelques prêtres audacieux qui ont su forcer la main aux évêques.

« Mardi, 20. Ce soir, M. de Meaux a achevé d'entendre la révision du calendrier jusqu'à la fin, et l'on a même repassé dans les endroits qui faisaient quelque peine. Au reste, M. de Meaux prend peu de plaisir à toute cette réformation. »

Ce sont là les derniers mots du journal de l'abbé Ledieu sur la part que Bossuet a pu prendre à l'innovation liturgique; ils sont, comme l'on voit, assez significatifs. L'instigateur de la mesure est réduit à confesser que, malgré tous les moyens employés pour le circonvenir, Bossuet, au moment de conclure une des opérations préliminaires de la nouvelle Liturgie, hésitait encore, en un mot, n'entrait pas  de bon  coeur dans la voie qu'on lui

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ouvrait. Mais, ce qui est plus remarquable, c'est que le savant évêque qui vécut encore un an après la date que nous donne ici l'abbé Ledieu, ne paraît plus s'être occupé du nouveau bréviaire; du moins, le journal de son secrétaire n'en fait plus mention. Il est même fort probable, après les demi-mots qui échappent à ce dernier, que Bossuet aura fini par se désister d'une entreprise qui lui souriait si peu, et dans laquelle, d'ailleurs, il était visiblement l'instrument d'autrui. On s'expliquerait difficilement par une autre raison le silence de l'abbé Ledieu durant toute cette dernière année de la vie de Bossuet, surtout quand on se rappelle que ce prélat a travaillé jusque sur son lit de mort.

Il s'éteignit le 12 avril 1704, et eut pour successeur Henri de Thiard de Bissy qui ne prit possession qu'au mois de mai 1705. A peine assis sur le siège de Meaux, Henri de Bissy sévit aussitôt circonvenu par l'abbé Ledieu, organe de l'abbé Chastelain, et l'on sait quels désagréments lui procura son imprudente confiance envers le dangereux secrétaire de son prédécesseur (1). Mais l'abbé Ledieu avait modifié ses plans, et le calendrier une fois approuvé par l'évêque de Meaux, il s'agissait non plus de la publication du bréviaire, mais de celle du missel, sur lequel on avait résolu de faire un essai. Le bréviaire ne viendrait qu'après. Voici en quelle manière l'abbé Ledieu rend compte de son premier entretien avec Henri de Bissy sur la réforme liturgique du diocèse de Meaux.

« (1705). Mai. Samedi 23. L'entretien a passé sur la réformation du missel et du bréviaire. L'abbé Bossuet a pris la parole et a fort vanté le travail que j'ai fait pour cela, dont feu Monseigneur l'évêque de Meaux s'était fait rendre compte, lui présent, et sur quoi j'avais pris ses avis que j'ai par écrit dans mes mémoires sur chaque article

(1) Institutions liturgiques, tome II, page 136.

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en particulier. J'ai ajouté un mot en général sur l'état de tout ce travail, sur le calendrier et les légendes des saints, et particulièrement sur le missel dont la réformation et l'édition pressent le plus. Le prélat en a paru content et a dit qu'on en parlerait à loisir, et m'a remis à lundi pour m'entretenir plus amplement. »

On doit faire ici deux remarques : d'abord, l'abbé Ledieu parlant de Bossuet n'ose articuler autre chose, si ce n'est que ce prélat s'était fait rendre compte des plans pour la réforme liturgique. S'il eût approuvé, s'il eût donné un consentement définitif, assurément Ledieu eût bien su s'en prévaloir auprès du successeur de Bossuet. En second lieu, l'union de l'abbé Bossuet avec Ledieu, les éloges qu'il fait du travail de ce dernier, présentent aussi quelque chose d'assez piquant, lorsqu'on a lu certaines lignes citées plus haut. Mais l'amour des nouveautés, et un intérêt de parti avaient pour le moment réuni ces deux hommes. Voyons la suite.

« 4 juin. L'on m'a demandé la clef du magasin des bréviaires et missels pour le visiter. Je l'ai aussitôt portée à M. l'évêque qui m'a ordonné de la garder pour m'en parler à loisir, aussi bien que du Missel et du Bréviaire de Meaux qu'il faut réformer, me disant : «  nous en parlerons à loisir, » Et moi, lui répliquant : «  J'avais sur cela, Monseigneur, vos ordres à recevoir, et je vous supplie de me dispenser de communiquer mon travail à qui que ce soit, qu'auparavant vous n'en ayez entendu parler, et pris sur cela votre résolution. Pour moi, tout ce que j'ai à dire à MM, du Chapitre est que ma commission étant finie par la mort de feu Monseigneur l'évêque, je n'ai plus qu'à me tenir en repos sur tout cela, n'estimant pas mon travail digne d'être seulement vu, et laissant à des personnes habiles le soin de ce grand ouvrage. »

L'important était, en effet, de s'emparer de l'évêque, et de se faire autoriser par lui à reprendre la conduite de la

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réforme liturgique dans le diocèse de Meaux. Ledieu s'attendait à certaines oppositions au sein du Chapitre; l'investiture solennelle de l'évêque lui était devenue nécessaire pour continuer son œuvre. Il fit tout ce qu'il put pour l'obtenir, et en vint à bout auprès d'un prélat vertueux et zélé, mais que sa complète ignorance dans les matières liturgiques lui avait livré sans défense.

« Mercredi, 9 juin. Depuis dimanche, on nous avait avertis que M. l'évêque avait dessein d'aller voir chacun de MM. du Chapitre; il est venu à ma chambre, accompagné de M. l'abbé de Bissy. L'entretien a été fort aisé sur plusieurs choses pendant un bon quart d'heure. Il m'a encore parlé du missel, et m'a prié de communiquer mon travail au bureau. Je lui en ai fait voir un ou deux articles. Cela sera fort bien, dit-il; que pourront-ils dire? Demeurons-en à ce que nous avons dit, que vous ne leur parliez pas du calendrier, mais seulement du missel. » Du reste bien des amitiés et de grandes protestations de service ; compliments, et autant en emporte le vent. »

« Juillet. Il y a huit jours, mardi 7, que M. le doyen nous a assemblés chez lui, au sujet de la réformation du missel. M. Pidoux, chantre, s'y trouva avec MM. Morin et Filère. Je leur fis rapport de l'état de ce travail, et leur dis : «  Que feu M. l'évêque de Meaux se voyant malade l'avait arrêté; disant qu'il voulait être présent à Meaux, quand on en parlerait, afin de finir tout d'un coup, sans contestation; que cependant il lui suffisait de voir tout en état d'être bientôt et très aisément conduit à sa fin. C'est ainsi qu'il fut sursis à ce travail; mais la mort de ce prélat, arrivée depuis, m'a fait quitter entièrement le missel, en attendant un nouvel évêque, qui déclarât sur cela ses intentions. » Puis j'entrai en matière sur la réformation même et la manière d'y procéder, et j'ai commencé par leur lire les messes de l'Avent. On vit bien qu'on avait besoin de mes livres, que j'ai sur ces matières.

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« Ainsi il fut convenu que l'on s'assemblerait dans ma chambre le jeudi suivant, deux heures de relevée. »

« Mardi 14 et jeudi 16. On a continué le même travail, et M. Treuvé, théologal, aussi député, y a assisté, et promet de s'y rendre assidu. M. Phelippeaux, trésorier, pareillement député, se trouvant à Meaux, n'est pas venu à l'assemblée; mais il en a parlé comme y devant venir. Il est depuis parti pour Paris : ainsi nous ne l'y verrons pas de sitôt. Cette assemblée est donc composée de MM. le doyen, le chantre, le trésorier, Morin, Fouquet, Treuvé, théologal, Filère et moi. Tous ne s'y trouveront pas à la fois; mais on ne laissera pas d'aller son train, et d'avancer le travail en présence de ceux qui y viendront. »

« Dimanche, 26. M. de Meaux, alors fort occupé de ses visites épiscopales, est venu coucher à Meaux, où il est demeuré tout le reste de la semaine. Ayant eu occasion de le voir, il m'a fort pressé d'avancer le missel, puisque nous étions tous d'accord et que pour lui il n'y connaissait rien. Nous avons continué nos séances à l'ordinaire. M. le chantre qui était à Meaux n'y est pas venu. M. Phelippeaux est toujours absent. MM. Morin, Fouquet, le théologal, et Filère, y sont venus assiduement. Nous avançons à l'ordinaire avec un grand concert. »

« Août. Vendredi 14. En abordant le prélat avant que d'aller à vêpres, il m'a dit : «  J'ai appris de M. le doyen que l'on a fini tout le Propre du Temps : cela va bien. » — « Il est vrai, lui dis-je, Monseigneur, et ces Messieurs se sont portés avec un grand zèle et une grande patience pour entendre tous ces projets-là. C'est à Votre Grandeur à y donner la forme. » Ce discours finit là, parce qu'on marchait en procession pour aller à l'église. Après vêpres, M. le doyen me dit qu'il avait demandé audience pour le missel, et que le Prélat avait répondu que cela était impossible, parce qu'il partirait dès demain sur le soir pour aller coucher à Lisy, et que nous pourrions travaillera

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autre chose, comme au Commun. « Il y faudra aviser, lui dis-je : mais, au  reste,  vous  voyez  que cela est sérieux. »

« J'ai envie de surseoir pour quelque temps; et de faire dans cet intervalle mes visites de Torcy, du Pont et de Soissons ; ce que je veux faire agréer à ces Messieurs même, pour leur marquer plus de considération. »

« 21 octobre. M. l'évêque m'a fait de grands compliments sur le missel dont M. le doyen lui avait dit que mon travail avait été approuvé presque en tout; je lui ai répondu qu'il en fallait attribuer le succès à la patience de ces Messieurs, dont l'assiduité avait été très grande, et qu'au surplus tout cela n'était rien, si lui, M. l'évêque, n'y donnait son approbation; mais que comme le fonds de ce travail était le nouveau missel de Paris, auquel tant de savants hommes avaient travaillé trente ans durant, il y avait lieu d'espérer que S. G. n'y trouverait pas de grandes difficultés. « Vous avez raison, m'a-t-il dit, nous ne pouvons mieux faire. »

« Mercredi 4 novembre. M. de Meaux m'a dit qu'il souhaitait que nous nous assemblions lundi prochain, deux heures après midi, pour le missel, afin, allant à Paris, d'être en état de prendre des mesures avec un imprimeur. Je lui demandai la permission d'aller moi-même à Paris, croyant qu'il remettrait l'affaire du missel à son retour de cette ville. » — « Non, dit-il, j'ai ici des remèdes à faire encore la semaine prochaine ; et la semaine d'après j'irai, et je veux vous y mener, car j'irai dans mon grand carrosse. » — Il ne faut pas, Monseigneur, vous incommoder; je vous suis très obligé. » Il m'a témoigné qu'il voulait s'en rapporter entièrement à moi de la correction et de l'impression du missel; et qu'il fallait expédier promptement. — « Une seule séance suffira-t-elle ? m'a-t-il dit. » — « Cela dépendra de vous, Monseigneur, et du temps que vous aurez à y donner. » — « Je vous donnerai

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quatre heures d'audience. » — « Nous sommes tous d'accord, Monseigneur, si Ton ne fait pas des difficultés, cela ira vite, et il ne sera pas nécessaire d'entrer  dans tous les détails. »

« Dimanche 8 novembre. J'ai vu M. de Meaux, pour savoir de lui si l'assemblée du missel était toujours pour lundi. Et en même temps je lui ai mis en main les noms des députés qu'il s'est chargé de faire avertir de sa part pour lundi. — « Agréez-vous, lui dis-je, Monseigneur, que j'ouvre la séance par un mot de rapport qui exposera le fait et les règles qu'on a suivies ; et voudrez-vous bien vous faire parler de vous-mêmes? » — « Oui, m'a-t-il répondu, et je dirai que je vous ai chargé de tout. »

« 9 novembre. Donc lundi, deux heures de relevée, se sont rendus à l'évêché MM. le doyen, le chantre, le trésorier, Fouquet, Treuvé, théologal, Filère et moi. M. le doyen a pris la parole, et il a fait un discours plein de barbouillage, auquel l'on n'a rien compris. Et, quand il a cessé de parler, M. de Meaux m'a convié de faire mon rapport. J'avais mis sur le papier le cas de cette affaire : 1° le dessein de prendre, autant qu'il sera possible, le Missel de Paris, comme le mieux fait de tous; et parce que les paroisses de la campagne pourraient profiter des graduels imprimés pour Paris, et les peuples jouiraient de la traduction française de ce missel; 2° qu'en prenant le missel de Paris, l'intention était de garder les usages de Meaux; et je fis un grand détail des anciens usages de notre Église, jusqu'à 1640 et autres années par M. Séguier, disant ce que j'avais trouvé de singulier en chacun d'eux ; quels rites déjà abrogés ne devaient plus être rétablis ; quels au contraire encore en vigueur, devaient être maintenus; et quels, omis mal à propos, méritaient d'être repris. Je vins ensuite aux règles proposées pour la correction du  missel, dont la première fondamentale est qu'il

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n'y entrera que la pure parole de Dieu ; que le texte sacré y sera partout rétabli dans son entier, sans omissions, sans lacunes, sans transpositions. Je donnai des exemples de chacune de ces sortes de correction : et je laissai à juger les autres par là. Je passai aux collectes où je fis les mêmes remarques. Je parcourus l’Ordo Missae tout entier dont je remarquai les parties les plus anciennes, et ainsi du reste. Et sur tout cela, on passa par l'avis que j'avais proposé sur chaque chose. Ainsi finit cette première séance, indiquant une pareille séance à demain mardi pareille heure. »

« Après que chacun se fut retiré, M. de Meaux m'arrêta pour me dire la satisfaction qu'il avait de mon travail, et qu'il voulait que je fusse chargé tout seul de cette correction. Il parla de même en mon absence à l'abbé de Laloubère et autres de sa maison, qui, le jour suivant, avant l'ouverture de la séance, m'en firent tous compliment. »

Ainsi, l'excellent prélat était séduit, et le triomphe de Ledieu ne pouvait être plus complet. Nous venons de prendre sur le fait le nouveau liturgiste, avec toute sa suffisance et son audace. Le passé de l'Eglise n'est rien pour lui. Il fait les règles, il les applique, et comme l'on voit, il mène de front tous les principes des novateurs sur la matière. Il lui faut la pure parole de Dieu; il lui faut des traductions françaises pour faire pénétrer chez le peuple toute la lumière dont il va inonder l'Église de Meaux. Saint Grégoire n'y connaissait rien; la tradition est comme si elle n'existait pas; l'Église de Meaux a le bonheur de posséder l'abbé Ledieu : de quoi se plaindrait-elle? On est effrayé, sans doute, de cet esprit révolutionnaire appliqué à la Liturgie, de ce dédain du passé dans les choses de l'Église, et cependant nous ne sommes encore qu'en 1705.

« Mardi 10, deux heures de relevée, les mêmes députés qu'hier présents, j'ouvris la séance sur le sujet du Commun,

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à prendre tout entier de Paris; et ainsi du reste qui suit le Commun : messes de vierge, messes votives, messes des morts, Orationes ad diversa, etc., sur quoi l'on convint de tout, comme je l'avais proposé, sans aucune difficulté, et l'on remit à un autre temps l'examen du calendrier, sur lequel doit être composé le Propre du Temps. Je lus seulement des mémoires sur les saints et saintes du diocèse dont il est nécessaire de visiter les reliques, pour chercher dans leurs châsses quelques nouvelles instructions, s'il y en a. Je priai M. l'évêque de charger M. le doyen d'aller faire cette visite, comme ayant plus d'autorité que moi et tout autre. Mais MM. du bureau prièrent unanimement que je fusse chargé de cette commission : et, comme je faisais tous mes efforts pour m'en défendre, M. de Meaux m'y engagea par ses prières. »

« Novembre,17, à Paris. J'ai vu beaucoup de mes amis qui m'ont très bien reçu ; comme l'abbé Chastelain à qui j'ai rendu compte de notre missel, qui m'a assuré qu'il avait dit à M. de Meaux d'aujourd'hui de se reposer entièrement sur moi de cette édition, et qu'il voulait encore lui en parler. Je lui ai dit la bonne intention de ce prélat et les facilités qu'il apportait pour faire une belle réforme. Il est vrai, dit l'abbé Chastelain, que je l'ai trouvé d'un esprit propre pour cela, et même avec plus de facilité que ne l'aurait été feu M. de Meaux. »

Voici encore une parole précieuse. Au jugement de l'abbé Chastelain, de cet homme qui a eu, sans contredit, la plus grande part à l'innovation liturgique, Bossuet n'aurait pas eu un esprit propre pour cela, comme l'avait au contraire le faible et imprudent Henry de Bissy. On nous reproche, à nous qui préférons les doctrines romaines aux doctrines nationales, de ne pas faire de Bossuet un Père de l'Église; du moins, nous pensons qu'il y a lieu de se défier, toutes les fois que ce grand homme repousse une mesure comme contraire à la tradition de l'Église.

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