Institutions liturgiques (page 91)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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« Novembre, vendredi 27. Étant à Paris, j'ai trouvé M. de Meaux. Nous sommes convenus des propositions -sur le missel. Je les ai données à M. Josse, libraire, qui doit en aller parler an prélat... Le prélat m'a parlé des proses et surtout de celle des morts, qu'il craint de retrancher à cause du peuple qui en pourrait murmurer. Je lui ai répété ce que l'on avait conclu, qui est de la laisser aller in desuetudinem, sans rien ordonner ; mais, en l'ôtant du missel nouveau, laisser la liberté de la lire dans l'ancien missel, et dans les vieux graduels. Nous verrons le parti qu'il prendra, après les consultations qu'il veut faire, m'a-t-il dit, à ce sujet. »

On voit ici une première trace de l'opposition de l'abbé Ledieu contre les proses ; il les repoussait, parce qu'elles ne sont pas composées de paroles de l'Écriture sainte. On doit se demander pourquoi il conservait le canon de la messe, les préfaces, les collectes et autres oraisons. Au reste, nous avons montré ailleurs comment l'innovation tout entière ne fut qu'une suite d'inconséquences. On ne voulait qu'une seule chose : refaire à neuf, et refaire à son gré. Ainsi, à Paris, où le même principe d'emprunter tout à l'Écriture sainte était pareillement mis en avant, non seulement on conserva les quatre proses romaines, mais on en composa quantité de nouvelles qui ne sont aucunement tirées de la Bible.

Il est à remarquer aussi comment Ledieu fait bon marché des réclamations du peuple catholique sur la suppression du Dies irœ ; mais les fidèles de Meaux n'auront-ils pas un nouveau missel, avec la traduction française ? Que pourraient-ils désirer de plus ? il est triste de penser que la conservation ou la destruction des usages les plus vénérés ont été ainsi, pendant plus de cent cinquante ans, dans un grand nombre de diocèses, laissées au caprice d'un subalterne qui n'était pas .même responsable, et se retranchait derrière le nom de son évêque.

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Le journal de l'abbé Ledieu garde ensuite le silence sur le missel de Meaux, jusqu'à la fin de l'année suivante.

« (1706). Mardi matin, 28 décembre. J'ai joint M. de Meaux, pour le préparer au rapport de ce soir; afin qu'instruit de tout il appuie les délibérations communes de nos assemblées. J'y menai M. Treuvé, théologal, qui marche d'un bon pied en cette affaire, et qui, ayant la mémoire plus fraîche de ces détails infinis, relève à propos ou appuie davantage les choses où j'oublie quelques circonstances. M. de Meaux est entré dans toutes nos décisions; sur le retranchement des fêtes même chômées, sur la nouvelle addition des saints du diocèse, et sur le retranchement de tant de saints martyrs de Rome, principalement des mois de Juin, Juillet et Août. Je l'ai assuré que tous nos députés étaient avertis, et ne manqueraient pas de venir; M. Pidoux même et M. Phelippeaux, à qui j'avais donné part de la lettre, et qui dirent qu'il ne fallait pas rompre avec M. de Meaux. »

En effet, si M. de Meaux eût tout à coup ouvert les yeux, et compris où on voulait le mener, MM. les commissaires se fussent trouvés fort embarrassés-. Il importait donc de ne pas troubler son sommeil, et il faut convenir que Ledieu et ses amis étaient gens de grande prudence, et qui s'entendaient à faire le moins de bruit possible. On ne saurait, d'ailleurs, qu'être édifié de la bienveillance avec laquelle Ledieu parle de l'abbé Treuvé, à l'époque du missel; plus tard, lorsque Ledieu aura encouru la disgrâce de son évêque, et que l'abbé Treuvé lui sera substitué pour la rédaction du bréviaire, ce dernier ne sera plus qu'un ignorant et un homme sans considération.

« Ce mardi donc, 28 décembre, deux heures de relevée, j'ai fait à M. de Meaux le rapport du calendrier, en présence de MM. Pidoux, chantre, nouveau doyen; Phelippeaux, trésorier; Treuvé, théologal; Fouquet et Filère ; et même M. Chevalier, grand vicaire du prélat, que j'y

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avais invité exprès, à cause des fêtes à retrancher. J'avais minuté mon rapport, pour être plus précis et plus court. M. de Meaux a approuvé tous les principes posés sur la diminution des fêtes (chômées), et il est convenu d'abord d'ôter saint Sébastien, saint Joseph, sainte Anne, sainte Madeleine et saint Nicolas. Il a demandé du temps pour délibérer sur saint Laurent et sur saint Louis : il est demeuré d'accord de ne pas rétablir  saint Mathias, saint Barthélémy et saint Thomas. La nouvelle addition des saints locaux a passé sans aucune difficulté. De même le retranchement des martyrs de Rome, et des saints douteux ou inconnus: comme saint Maur, 15 janvier; saint Alexis, 17 juillet; sainte Marguerite, 20 juillet ; et des translations qui chargeaient inutilement le calendrier; comme celles de saint Benoît, de saint Denys et de saint Nicolas; et ainsi du reste expliqué dans mon rapport. Cette séance a duré jusqu'à 6 heures 1/2 du soir. »

Notre but n'étant pas de relever toutes les assertions de Ledieu, nous en laissons passer un grand nombre sans réclamation; néanmoins, on nous permettra de nous étonner de le voir placer saint Maur parmi les saints douteux ou inconnus, après l'excellente dissertation qu'avait publiée Dom Ruinart sur cet apôtre de la Règle bénédictine en France, et qui obtint le suffrage de l'abbé Duguet lui-même.

« Mercredi, 29 décembre. Encore deux heures de relevée, l'assemblée indiquée d'hier a recommencé. J'ai exposé ce qui restait du calendrier; ces deux nouveaux choix des saints illustres qu'on a mis; comme saint Cyrille d'Alexandrie, saint Justin martyr, saint Pothin, sainte Blandine, saint Irénée, saint Césaire, saint Mamert, sainte Radégonde, sainte Clotilde, saint Claude, et peu d'autres, qui tous ont été approuvés sans aucune difficulté: parce que j'avais eu grand soin de faire voir combien nous avions été sobres dans ce choix : plus que Cluny qui

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avait pris tous les moines; plus que Paris qui avait pris - tous les saints de France; plus que Sens qui n'avait rien voulu laisser des saints illustres dans tous les ordres, pour faire un bréviaire savant : au lieu que nous nous étions contentés de faire un triage simple et petit de tout cela. Ce qui a réussi et a été approuvé. »

« On a passé ensuite aux grandes solennités des fêtes; et notre projet a été unanimement approuvé; dont je ne dirai rien davantage, parce que tout est expliqué dans mon rapport, dont je garde la minute. Je dirai seulement qu'ayant extrêmement insisté pour élever le dimanche au-dessus des fêtes chômées, en ayant exposé avec soin toutes les raisons prises des anciens canons, des capitulaires, des constitutions des Papes, et des auteurs des rites ecclésiastiques, j'ai gagné le point principal et le plus essentiel, d'établir un nouveau grade qui sera le quatrième sous le nom de festivum, comprenant toutes les fêtes chômées, et nommément le saint dimanche à la tête de tout, et qui aura aussi la préférence sur toutes ces fêtes sans exception, hors sur celles qui sont dans les degrés supérieurs d'annuels ou de solennels : et c'est ce qu'il y avait ici de plus important. »

« Tout étant ainsi décidé, il ne nous reste, dit M. de Meaux, qu'à tenir la copie prête pour l’imprimeur. » — « Je n'attends pour cela, lui dis-je, Monseigneur, que la nouvelle édition du Missel de Paris, dont la plus grande partie doit entrer dans cette nouvelle réforme. » — En même temps le prélat a donné ordre qu'on me le fît venir dans huitaine. — « Cependant je vais, lui dis-je encore, Monseigneur, vous préparer deux mémoires à consulter sur les proses et sur les fêtes chômées pour consulter à Paris; et j'aurai l'honneur de vous les rapporter au premier jour, vous priant de m accorder votre audience. » — Vous serez le bienvenu, a-t-il  dit; adieu.  »

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« 1707. Lundi, 3 janvier, sur le soir, j'ai été voir M. de Meaux, et lui dire que les mémoires qu'il m'avait demandés étaient prêts, il m'a donné heure à demain mardi, issue de la grand'messe. Pour appuyer toujours davantage ce que je dis, j'ai été, ce soir même, faire lecture de mes mémoires à M. le théologal, qui les a fort approuvés. Dans celui sur les proses, je fais voir quel est l'abus des proses ; qu'il n'y a rien qui leur soit favorable : et qu'au contraire, il y a un statut dans les premiers Us de Cîteaux, et dès sa naissance, qui défend d'en jamais dire à la messe; et un autre statut de 1687, par lequel les quatre proses de Pâques, Pentecôte, Fête-Dieu et des Morts, mises à la fin du missel de Cîteaux, imprimé à Paris, cette année-là, chez Léonard, pour être dites par les particuliers à dévotion, ont été ôtées de cette dernière édition, avec défense de les dire jamais dans l'Ordre de Cîteaux; que, tout étant contre les proses, c'est la seule chose importante à réformer dans le missel, digne du zèle d'un prélat appliqué à ôter tous les abus, et à rétablir la pureté des usages de son Église, comme celle de Meaux, dans laquelle la prose des morts n'a point été dite avant l'an 1642, et ne se trouve pas encore dans nos anciens missels; ayant été fourrée contre nos usages dans la dernière édition de 1642; cet espace si court né pouvant prévaloir sur toute l'antiquité. »

Il est curieux d'entendre l'abbé Ledieu prétendre que tout est contre les proses, parce que les Us de Cîteaux leur sont contraires. C'est quelque chose que l'ordre de Cîteaux; mais ce n'est pas tout dans l'Église. Une telle importance donnée, pour cette unique fois, aux traditions d'un ordre religieux rappelle tout naturellement le zèle avec lequel les Lettres Pastorales, placées en tête de tous les nouveaux bréviaires, ayant à justifier la nouvelle division du psautier, allèguent la règle de saint Benoît, dans laquelle ce saint Patriarche permet de diviser en deux quelques-uns

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des plus longs psaumes. Il fallait bien chercher des autorités quelque part, et à défaut d'autres, on alléguait les usages monastiques. Mais on se gardait bien d'ajouter que malgré ce privilège des bénédictins, l'office des Matines, dans cet ordre, est beaucoup plus long, durant la majeure partie de Tannée, que dans le Bréviaire romain lui-même.

« Paris, juillet. Dom Jean Mabillon et M. l'abbé Chas-telain ont été consultés par M. Chevalier, de la part de M. de Meaux, sur les proses. Ils ont répondu qu'ils étaient d'avis que l'on gardât ces quatre de Pâques, Pentecôte, Fête-Dieu, et des morts. J'ai été bien aise de le savoir d'eux-mêmes, afin que je sache aussi comment parler à M. de Meaux. »

L'autorité de Dom Mabillon, en matière de Liturgie, n'était rien pour l'abbé Ledieu; celle même de l'abbé Chastelain ne l'arrêtait pas. Tout ce qu'il avait retiré de ses entretiens avec eux était de se préparer à répondre aux objections de son évêque contre une suppression si scandaleuse. On ne sait qui l'emporte ici de l'outrecuidance ou de l'aveuglement. Ledieu tint bon cependant, et le missel parut sans les proses.

« Ce mardi soir, 6 décembre, nous nous sommes donc rassemblés chez M. Morin, chantre, MM. Fouquet,Treuvé, théologal, Filère et moi. Et ces messieurs ont approuvé la manière dont sont conçues toutes les rubriques, que l'on était convenu de faire pour les Cendres, les Rameaux, le Jeudi Saint et jours suivants, et nommément ces trois choses que M. de Meaux a demandées comme plus courtes : que les vêpres du Jeudi et Vendredi Saint seraient jointes à la messe, par la post-communion, seule collecte pour conclure ces deux offices, comme on fait au Samedi Saint; que le Vendredi Saint l'on dira une seule fois, Ecce lignum crucis; et que le Samedi Saint l'on ôtera Lumen Christi, inconnu dans notre usage et dans nos précédents missels; et que les litanies en allant, se diront à deux

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chœurs seulement et non à trois. C'est-à-dire que l'on se contentera de répéter une seule fois, par tout le chœur ensemble, ce que le chantre et le sous-chantre auront dit d'abord une seule fois. Et ainsi du reste des rubriques que je n'explique pas ici. Convenu que rapport sera fait au Chapitre de ceci seulement, sans parler des rubriques. »

« Ce dimanche 18. Je viens de voir M. de Meaux après vêpres. Il m'a très bien reçu ; et a été bien aise d'apprendre que j'étais en état d'aller à Paris, quand il voudra, pour l'impression du missel. Il m'a tranché sur les proses, que, suivant mon projet, on les ôterait toutes de la messe; que, comme Victimœ se dit à vêpres, pendant l'octave de Pâques, on dira de même Veni, Sancte Spiritus, à vêpres, pendant l'octave de la Pentecôte, et Lauda Sion, au salut et à la procession du Saint Sacrement, et non plus à la messe ; que Dies irœ se pourra dire ad libitum aux messes des sépultures, quand il y aura oblatio populi, après l'Évangile. »

« Ce vendredi 23 décembre, au Chapitre, j'ai fait rapport des trois ou quatre articles ci-dessus approuvés et demandés par M. de Meaux : ajoutant que ce prélat voulait que j'allasse à Paris exprès veiller à l'édition, et que je laissais à MM. à juger, si c'était une cause raisonnable et légitime de s'absenter de l'église, et d'y être tenu présent. M. Phelipeaux, trésorier, a grondé, disant qu'il fallait communiquer tout l'ouvrage à chacun dans les maisons, notamment les rubriques. Personne ne l'a suivi. MM. les commissaires ont dit, que tout avait été examiné en détail et approuvé unanimement, et que M. le trésorier nommément avait été invité à se trouver aux assemblées. Pas un de ces messieurs n'a suivi son avis, et le doyen n'a pas osé souffler.

« M. de Meaux a été très content de la manière que cela s'est passé, et il m'en a fait grands remerciements,

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quand je lui en ai rendu compte, me priant toujours d'aller au plus tôt à Paris : ce que je lui ai promis de faire aussitôt après les Rois, ayant encore besoin de ce temps pour déménager et ranger ma maison; ce qu'il a approuvé »

« (1708). Samedi 4 février. Conférence avec M. l'abbé Chastelain, qui approuve toutes nos vues sur le missel et sur les principales dispositions du bréviaire. J'ai encore appris de lui quelques reformations pour le calendrier; il veut bien m'en tendre encore une autre fois. »

« Mardi 21... Pendant les longueurs de nos imprimeurs, je vais régulièrement toutes ces semaines encore chez M. l'abbé Chastelain sur nos corrections; il m'écoute avec une grande douceur, et me promet un homme pour corriger nos épreuves en mon absence.

« Ce 23 juin... Nous avons recommencé nos conférences avec ces Messieurs dès le mardi 19 de juin. Ils continuent à s'assembler chez moi, où sont tous les livres; et mon cabinet, avec mon grand bureau, mes chaises et fauteuils de maroquin, sont tout propres pour ce sujet. Les assemblées se sont faites tous les jours après vêpres. MM. Morin, chantre, Treuvé, théologal, Fouquet et Filère s'y sont toujours trouvés, et n'y ont jamais manqué. J'avais tout disposé en me servant de tout ce qui est dans Paris, et ajoutant du mien tout ce qui nous est particulier. Tout a passé sans contradiction. L'on a fort abrégé les nouvelles collectes de Paris, et poussé plus loin que l'on n'a fait à Paris la réformation de plusieurs choses singulières. Tout ce travail fini ce 27 juin 1708.

« Ce samedi matin, 6 octobre. M. l'abbé Bossuet me priant de corriger en son absence les épreuves de la Politique sacrée : «  Je suis bien fâché, dis-je, de ne le pouvoir faire. Outre mes épreuves du missel, au nombre de trois par semaine, j'ai encore à consulter tous les jours M. l'abbé Chastelain sur ce travail. J'ai aussi à choisir

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les estampes qu'on doit mettre au missel : excusez-moi, Monsieur; je n'aurai point le temps de faire ce que vous souhaitez ... Je m'en suis ainsi débarrassé. »

« Ce samedi, 6 octobre, de relevée, j'ai eu une longue conférence avec M. l'abbé Chastelain sur notre Propre des Saints. Il l'a entendu jusqu'au dernier juin, et il loua extrêmement le choix des épîtres et évangiles et le reste, et la justesse de l'application aux saints qu'on prie dans notre calendrier, et s'est trouvé en tout et partout de mon avis, remettant une seconde conférence à samedi prochain pour le reste.

« Samedi, 13 octobre. De même tout le Propre des Saints revu avec M. l'abbé Chastelain, qui approuve tout, et notamment l'application des messes de saint Marcel pour saint Faron; de la vigile des apôtres, Sicut oliva, pour saint Fiacre; de la collecte, Illumina, pour saint Augustin; de celle d'une pénitente, pour sainte Pélagie et autres ; aussi bien que le choix des évangiles, même différents de ceux de Paris.

« Dimanche, 21 octobre. Conférence avec M. l'abbé Chastelain, n'ayant pu y aller le samedi, à cause d'une pluie continuelle. Il approuve le R/ avant tous les Amen du canon, même aux deux endroits de la consécration et de la communion ; le pietatis more; le Gabrielis Angeli; l’ In igneis linguis; d'éviter le submissa voce dans la prononciation du canon, mais de mettre seulement dicit, comme nous l'avons ; et il m'a encore enhardi à toutes ces choses qui ont un goût d'antiquité. J'ai été bien aise qu'il en fût averti, afin que, dans l'occasion, il en pût parler à M. de Meaux, pour le confirmer davantage dans l'aveu qu'il m'a donné de faire ces sortes de réformes. Cependant notre impression avance, et nous voici arrivés à saint Autère, qui est le 26 avril; et la dernière messe de ce mois. »

L'abbé Ledieu touche ici le point le plus délicat de son missel. Les changements de pietatis rore en pietatis more,

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de Michaelis Archangeli en Gabrielis Angeli, de l’innumeris linguis en igneis linguis, sont des témérités condamnables; mais voici qui passe tout le reste. Afin de forcer le prêtre à réciter le canon à haute voix, Ledieu, de concert avec Chastelain, songe à supprimer les mots sub-missa voce que toute l'Église maintient religieusement dans la rubrique qui précède l'oraison Te igitur : il veut insérer des R/ avant l’Amen qui termine les formules sacrées de la plus mystérieuse prière que la terre adresse au ciel, afin que désormais cette prière perde ce solennel caractère qui, en isolant le prêtre du reste des fidèles, apprend à ceux-ci que le prêtre seul, par sa puissance divine, opère le changement des dons sacrés au corps et au sang de Jésus-Christ. Le calvinisme est au fond de cette pensée, comme nous l'avons montré ailleurs, à propos de l'hérésie antiliturgique. On voit que Ledieu dont les sympathies cachées étaient pour le jansénisme, avait déjà sondé l'évêque de Meaux, et que le prélat, dans son extrême confiance, s'était laissé aller à une sorte de consentement. Ledieu sentit le besoin d'avoir pour lui l'abbé Chastelain; ce dernier approuva tout. Il n'eût pas osé proposer de semblables nouveautés pour le missel de Paris; mais il n'était pas fâché d'en voir faire l'essai dans un diocèse voisin.

« Samedi, 27 octobre. Dernière conférence avec M. l'abbé Chastelain. Il est d'avis que l'on garde pour le peuple la messe entière Requiem œternam, et convient néanmoins que ce V/ est tiré du quatrième livre apocryphe d'Esdras, d'où sont tirés les V/V/ Lœtitia sempiterna et autres du temps pascal. Il est aussi d'avis de laisser dans les rubriques l'article des dispositions du corps et de l'âme, qui sont reçues partout. Il m'a confirmé dans le dessein d'en ôter le dernier article touchant l'absoute qui se fait sur la sépulture des morts. Nous l'avons déjà au rituel, livre commode à porter à la main, au lieu que le missel

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ne l'est point. Nous sommes aussi d'accord que l'inhumation des corps, et la manière de les placer à l'église, doit être la même pour les laïcs et les ecclésiastiques, à savoir les pieds tournés vers l'autel et la tête vers la porte de l'église; en sorte que dans le convoi, dans la manière de placer le corps, et dans le tombeau, le mort ait toujours le visage tourné vers l'orient et vers l'autel, et non vers le peuple ; ce que les nouveaux rubriquaires avaient établi pour les prêtres, comme pour donner encore après leur mort la bénédiction au peuple : ce qui est ridicule, puisque la mort rend tous les hommes égaux. Nous sommes aussi convenus de bien d'autres points que je ne rapporte pas ici. »

Notre but n'est pas ici de relever l'une après l'autre toutes les réformes liturgiques que Ledieu introduisit dans son missel, et qui d'ailleurs pour la plupart ont été appliquées successivement à tous les missels de l'innovation. Nous les discuterons en temps et lieu, et nous montrerons que la convenance aussi bien que l'autorité sont constamment du côté des usages romains. La plus grave est celle qui est relative au secret du canon; elle succomba devant le sentiment catholique; les autres furent admises par l'effet de ce vertige inexplicable qui avait alors saisi tous les esprits. Reprenons la suite du journal, au même article.

« M. l'abbé Chastelain m'a fait beaucoup d'amitié et veut voir M. l'évêque de Meaux à Paris, pour le confirmer dans ses bons desseins.

« Vendredi, 2 novembre. J'ai rendu compte au prélat de l'état du missel, de la satisfaction et approbation de l'abbé Chastelain. »

Ces dernières paroles diront assez tout le crédit dont jouissaient les nouveaux liturgistes. Henri de Bissy que nous verrons tout à l'heure se relever et se ressouvenir enfin qu'il est évêque, subit sans appel le joug d'un

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chanoine de Paris, et se met en opposition avec la Liturgie universelle pour lui obéir, comme si la satisfaction et l'approbation de cet homme pouvaient balancer en quelque chose la sagesse et les usages de l'Église.

« Ce 28 novembre, veille de saint André, j'ai été saluer le prélat qui me parle toujours du bréviaire, désirant fort que l'édition suive celle du missel. Je lui dis qu'il faut se donner au moins un an de repos et d'intervalle, afin de voir le succès du missel; et j'insiste que, pour la perfection de la Liturgie et rendre le missel utile au peuple, il faut nécessairement faire imprimer un graduel dont la cathédrale même et toutes les paroisses ont besoin, n'étant plus possible de faire de nouvelles additions et corrections par des ratures, et en collant des papiers sur les feuilles des anciens graduels manuscrits, parce que ces anciens livres en sont déjà tout défigurés, et ne peuvent plus servir à cause des changements faits dans le nouveau missel. Ce prélat craint la dépense; mais il faut insister pour le graduel, parce que, sans graduel, le missel est inutile. »

On voit ici le principe des exactions auxquelles les nouvelles Liturgies condamnèrent les diocèses. Après le missel, il faut le graduel; comme après le bréviaire, il faudra l'antiphonaire. Et toutes ces impositions inouïes procédaient de la fantaisie d'un novateur qui avait eu le crédit de surprendre la simplicité d'un évêque.

« (1709). Vendredi, 26 juillet. J'ai été à Germigny voir M. l'évêque de Meaux. Il est demeuré d'accord de tout ce que je lui ai proposé, et il a approuvé nommément qu'il y sera fait des rubriques pour répondre amen par le diacre, par l'enfant et par chaque fidèle, aux paroles de la consécration du Corps et du Sang de Notre-Seigneur, et à celles de la communion, soit du prêtre, soit des assistants, et ainsi des autres choses moins importantes. Au reste, notre calendrier est achevé d'imprimer. »

Ledieu avait été adroit dans l'affaire de ses amen. Il avait

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caché au Chapitre cet énorme et scandaleuse innovation ; mais il avait l'espoir de surprendre le consentement de _ l'évêque. Déjà nous avons vu qu'il avait reçu de bonnes paroles; aujourd'hui, il obtient l'objet de ses désirs. Henri de Bissy, malheureusement peu ferme sur la science liturgique, approuve la mesure que Ledieu lui propose, sans se douter qu'il se livre aux jansénistes, et qu'il se prépare à lui-même une pénible humiliation.

« Ce dimanche 28, et 3o juillet. J'ai communiqué les rubriques à nos commissaires qui ont tout passé. »

« (Paris). Septembre, mardi 10. Je communique ma Lettre pastorale du missel à M. Billet qui la trouve bien; mercredi à M. l'abbé Bossuet qui l'approuve aussi. »

« Jeudi 12.... J'ai été voir M. l'abbé de Beaufort, à qui j'ai laissé mon adresse et lui ai fait lecture de ma Lettre pastorale latine pour le missel, qu'il a fort approuvée. »

« Ce 15, j'ai vu M. l'abbé Fleury qui m'a reçu avec amitié, et a entendu avec plaisir ma Lettre latine pour le missel, qu'il a approuvée en tous points. »

L'abbé Ledieu se délecte en disant ma Lettre pastorale; mais on ne saurait trop plaindre Henri de Bissy dont elle porte en tête le nom, et qui devra en répondre devant l'Église. Il est curieux de voir le nom de l'abbé Fleury mêlé dans cette affaire ; toutefois, nous persistons à croire que Ledieu n'eût pas eu si bon marché de Bossuet. Il eut cependant l'audace de compromettre ce grand nom dans sa Lettre pastorale, en disant que Bossuet ayant projeté de donner à l'Église de Meaux une Liturgie pure, avait été enlevé de ce monde, après avoir appliqué à ce travail des prêtres, élevés dans cette Église, et formés par lui (1). C'était associer assez clairement Bossuet, et fort gratuitement

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