Institutions liturgiques (page 97)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

(1)  Commentaire historique sur le Bréviaire romain, tom. I,  pag. 3o.

(2) Historiarum, lib. CXXXVI, anno 1606.

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en second lieu, parce qu'il était nécessaire plus que jamais, au moment où un prince hérétique se disposait à mettre la main sur la couronne de France, de garantir les prières sacrées de tout danger de souillure et de profanation. Nous sommes même très persuadé que si Henri de Navarre fût parvenu à s'emparer de Paris, avant son abjuration, et fût demeuré hérétique relaps, M. l'abbé Prompsault, quoique peu disposé, ce nous semble, à s'enrôler dans la Ligue, eût senti l'inconvénient du Rege nostro Henrico, et n'eût pas été le dernier à rendre justice à la rédaction du Missel selon saint Pie V. Nous terminons ici ces explications sur la querelle qui nous a été suscitée par un ecclésiastique distingué, dont les opinions et le langage nous ont semblé parfois trop hardis, mais dont nous reconnaissons volontiers le mérite réel en d'autres matières.

Il nous reste maintenant à donner des explications sur une imputation dont on nous a gratuitement chargé, et dont, par conséquent, nous ne devrions pas répondre. Dans notre troisième Lettre à Mgr Fayet, nous avions écrit ses paroles : « Les évêques sont les vicaires de Pierre, comme Pierre l'est de Jésus-Christ (1). » Il nous avait semblé parler le langage de l'antiquité, et loin de penser qu'on pût nous imputer de déprimer la dignité épiscopale dans cette proposition, nous avions cru, au contraire, que les termes dans lesquels elle est conçue n'étaient propres qu'à la relever, puisque tout le monde sait que les Souverains Pontifes eux-mêmes, dans divers passages de la tradition, se sont fait honneur de s'avouer Vicaires du bienheureux Pierre (2).

(1)  Page 17.

(2)  Voir entre autres saint Léon. Serm. IV in assumptione sua; saint Symmaque, Epist. III, et Epist. X; saint Hormisdas, Epist. CXVII; saint Grégoire II, dans le serment d'obéissance qu'il prescrit à saint Boniface de Mayence, à son sacre; saint Nicolas Ier, Epist. VIII; Adrien II, dans sa lettre à Charles le Chauve.

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Il n'en a pas été ainsi. M. l'abbé Bernier a cru devoir s'élever contre notre assertion, et le premier usage qu'il en a fait a été de la dénaturer complètement, en la produisant de cette manière, entre guillemets : « Les évêques sont vicaires du pape, comme le pape l'est de Jésus-Christ (1). » Cette version peu loyale a fait son chemin, et il nous est revenu que des prélats pour lesquels nous sommes rempli d'une profonde vénération, et dont nous ne croyons pas avoir démérité, avaient été choqués, et avec raison, d'une doctrine qui, heureusement, n'est pas la nôtre.

Avant donc d'aller plus loin, nous commencerons par protester que nous n'avons jamais ni dit, ni écrit, et que nous ne pensons pas non plus, que les évêques institués canoniquement à un siège ne soit que de simples vicaires du pape. Nous jugeons cette proposition fausse, et on n'a pu nous l'attribuer qu'en altérant nos paroles, et en nous faisant dire ce que nous n'avons pas dit, et ce à quoi nous ne pensions pas.

Nous avons dit, il est vrai, et nous le répétons pour l'honneur de l'épiscopat : Les évêques sont les vicaires de Pierre; nous allons prouver la légitimité de cette assertion par les témoignages les plus imposants de la tradition, sans oublier la tradition spéciale des Églises de France.

Mais avant tout, nous croyons utile, en faveur de ceux de nos adversaires qui ne voient rien au-dessus de l'autorité de Bossuet, de leur rappeler que l'éloquent prélat, dans le magnifique Sermon sur l'unité de l'Église, s'est exprimé comme nous, dans un passage où il voulait précisément relever la gloire de l'épiscopat. Voici ses paroles : « Nos prédécesseurs ont dit dans un autre concile, comme ont fait les papes à Châlons, à Vienne et ailleurs,

(1) Humble Remontrance, page 35.

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qu'ils agissaient au nom de Pierre, VICE PETRI: par l'autorité donnée à tous les évêques en la personne de saint Pierre, AUCTORITATE EPISCOPIS PER BEATUM PETRUM COLLATA ; comme vicaires de Pierre, vicarii » Pétri, et l'ont dit lors même qu'ils agissaient par leur autorité ordinaire et subordonnée (1).

Nous ne sommes pas si novateur qu'on a bien voulu le dire ; mais après avoir entendu la grande parole de Bossuet, il est bon d'écouter maintenant l'antiquité catholique, et de voir si les anciens ont vu, comme M. l'abbé Bernier, une injure à l'épiscopat dans cette noble appellation de vicaires de Pierre.

Nous commencerons par entendre saint Cyprien. Notre-Seigneur, dit-il, en établissant l'honneur de l'épiscopat et la forme de son Église, dit à saint Pierre, dans l'Evangile : Tu es Pierre, et je te donnerai les clefs du   royaume des deux, etc., et tout ce que tu lieras, etc. ; c'est de là que, par la suite des temps et des successions, découle l'ordination des évêques et la forme de l'Église, afin qu'elle soit établie sur les évêques (2). » Il est difficile assurément de dire avec plus de clarté que l'ordre épiscopal a été constitué en la personne de saint Pierre à qui ces paroles de Jésus-Christ furent adressées.

Saint Éphrem, parlant de saint Basile, nous le donne aussi comme un vicaire de Pierre sur le siège de Césarée. Basile, dit-il, occupant la place de Pierre, et participant à sa liberté comme à son autorité, combattit l'audace de Valens (3). »

(1) Sermon sur l'unité de l'Eglise. Premier point.

(2)   Dominus noster cujus praecepta metuere et observare debemus, episcopi honorera, et Ecclesiae suae rationem disponens, in Evangelio loquitur, et dicit Petro : Ego tibi dico, etc., et tibi dabo claves, etc.; et quae ligaveris, etc. Inde per temporum et successionum vices, episcoporum ordinatio et Ecclesiae ratio decurrit, ut Ecclesia super episcopos constituatur. Epist. XXXIII.

(3)  Basilius, locum Petri obtinens, ejusque pariter auctoritatem libertatemque adeptus... Valentem redarguit. Encomium magnum Basilii. Opp., tom. II, pag. 295.

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Saint Augustin, dans le Sermon CCXCVI, dit expressément : « Le Seigneur nous a confié ses brebis, parce qu'il les a confiées à Pierre (1). »

Nous pourrions multiplier les passages des pères; mais ceux-ci suffiront pour le moment (2); il nous tarde de montrer la tradition des Églises de France.

Hincmar de Reims, dans ses Capitulaires, donnés en 877, s'exprime comme toute l'antiquité : « Le bienheureux Pierre apôtre, dit-il, dont les évêques sont les vicaires dans l'Église, ainsi que les ministres qui servent sous leurs ordres, reçoivent cet avertissement qu'il leur donne : Seniores qui in vobis sunt, etc., (3).

Avant Hincmar, les pères du vie concile de Paris avaient parlé de même : « Le Seigneur a dit au bienheureux Pierre dont nous sommes les vicaires indignes : «  Tout ce que tu lieras, etc. (4). »

Dans le même temps, Jonas, évêque d'Orléans, dans son livre de l’Institution d'un roi, disait : « Il est facile

(1)  Commendavit nobis Dominus oves suas, quia Petro commendavit. Opp., tom. V, col. 1202.

(2) Nous renvoyons en note un passage de Gildas le Sage que nous avions seulement indiqué ailleurs, et qu'un illustre adversaire, après longue recherche, déclare n'avoir pu découvrir. Le voici, avec l'indication du tome et de la page : « Sedem Petri Apostoli immundis pedibus usurpantes, Judam quodammodo in Petri cathedra Domini traditorem statuunt. » Biblioth. PP., tom. VIII, pag. 715. Le même nous a reproché pareillement de nous être appuyé d'un texte du vie concile de Paris, auquel il ne croit pas, attendu qu'il faudrait trop de temps pour le chercher dans les Actes qui ont, dit-il, soixante-dix-sept pages in-folio, et en latin. Nous donnons ci-dessus le texte lui-même, aussi avec le tome et la page.

(3) Beatus Petrus apostolus cujus vice in Ecclesia funguntur episcopi, et sub eorum dispositione comministri, in Epistola sua commonet illos dicens : Seniores qui in vobis sunt. Labb., tom. VIII, col. 591.

(4) Dominus beato Petro cujus vicem indigni gerimus, ait : Quodcumque ligaveris, etc. Labb., tom. VII, col. 1661.

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de comprendre quelle est la puissance et l'autorité des évêques, d'après les paroles du Seigneur, quand il a dit au bienheureux Pierre dont nous sommes les vicaires indignes :  Tout ce que tu lieras, etc., (1). »

Au XI° siècle, Ives de Chartres, dans son beau sermon sur la Chaire de saint Pierre à Antioche, s'adresse ainsi aux évêques : « Pontifes qui êtes assis à la place du bienheureux Pierre, vous que la dignité épiscopale a honorés, considérez celui que vous devez imiter (2). »

Au XII° siècle, Pierre de Celles, aussi évêque de Chartres, écrivant à Guillaume, archevêque de Reims, pour le féliciter de son heureuse influence sur l'élection des évêques de Troyes et de Meaux, lui dit : « On écrira, très aimé père, avec le fer et le diamant, sur votre rational et sur votre surnuméral, que, dans l'élection des vicaires de Pierre, vous ne vous laissez influencer ni par l'humaine complaisance, ni par affection charnelle, ni par l'amour du gain (3). »

A côté de ces précieux témoignages des Églises de France, nous en placerons ici d'autres qui appartiennent à l'Angleterre catholique : Pierre de Blois et le concile de Chester de 1157.

Le pieux archidiacre de Bath écrit à son évêque : « Souvenez-vous, père, que vous êtes vicaire du bienheureux

(1)  Qualis igitur sit potestas et auctoritas sacerdotalis ex verbis Domini facile animadvertitur, quibus beato Petro cujus vicem indigne gerimus, ait : Quœcumque ligaveris super terram erunt ligata et in caelo. D'Achery, Spicileg., tom. V, pag. 68.

(2) Agite ergo pontifices, qui beati Petri residetis in loco, quos episcopalis sublimavit praepositio, considerate quem imitamini. Sermo de Cathedra sancti Petri Antiochiœ.

(3)  Certe hoc in rationali et superhumerali tuo, pater amantissime, stylo ferreo, ungue adamantino scribetur quod in vicariis Petri eligendis nulla te movet humana gratia, nullus favor, nullus carnalis affectus, nulla pecuniae avaritia. Bibl, Pat., tom. XXIII, pag. 886.

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Pierre (1); » et, dans le concile de Chester, l'évêque de cette ville, parlant au roi d'Angleterre, s'exprime ainsi : « Comme votre charité le sait, c'est la coutume dans l'Église de Dieu que les pasteurs de cette sainte Église étant les vicaires du bienheureux Pierre, Prince des Apôtres, remplissent dignement la charge de régir et de présider qui leur est confiée (2). »

En voilà assez, ce nous semble, pour montrer qu'en donnant aux évêques le titre de vicaires de Pierre, nous n'avons été ni un novateur, ni un détracteur de l'épiscopat, mais que nous nous sommes servi d'une expression acceptée par Bossuet, employée par des évêques et même par des conciles, dans l'intention de rehausser cette dignité sacrée. Mais, aujourd'hui, on a si peu le temps de lire et de réfléchir, qu'un homme qui ose se hasarder à répéter ce que tout le monde savait, il y a seulement un siècle, est toujours à la veille de s'entendre accuser de l'avoir rêvé.

Cette réflexion nous oblige d'ajouter ici quelques mots de complément à la doctrine que nous venons d'exposer. Il pourrait se faire que quelques personnes peu familières avec le langage de la tradition, craignissent que cette qualité de vicaires de Pierre attribuée aux évêques ne dérogeât à la principauté de saint Pierre, et par conséquent du Pontife romain.

Nous nous empresserons de les rassurer en leur rappelant que, selon la doctrine de la tradition, la puissance de l'épiscopat a d'abord été placée dans saint Pierre qui l'a reçue immédiatement de Jésus-Christ, afin que de cet

(1) Recolite, pater, quia beati Petri vicarius estis. Opp. Epist. CXLVIII, pag; 233.

(2)  Episcopus Cicestrensis ait : Ut charitas vestra novit, in Ecclesia Dei mos inolevit quatenus pastores Ecclesise sanctae ejusdem beati Apostolorum principis Petri vicarii existentes, Ecclesias Dei sancte digna gubernatione presiderent. Labb., tom. X. col. 1182.

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apôtre elle descendit dans les évêques qui, pour cette raison, sont appelés ses vicaires, Petri vicarii, Petri vicem gerentes, etc. Pierre puise à la source divine; il représente Jésus-Christ : les évêques, dans leur autorité, dérivent de Pierre; ils le représentent. C'est ainsi que, dès l'origine de l'Église, la hiérarchie sacrée a été comprise et proclamée; c'est ainsi que l'Église se maintient et se perpétue, qu'elle continue jusqu'à la consommation des siècles cette chaîne merveilleuse de la succession des pasteurs, chaîne dont les anneaux, pour être légitimes, se rattachent à saint Pierre qui les relie tous à Jésus-Christ.

Veut-on entendre sur ce grand et sublime mystère la voix des pères et des conciles ? Écoutons d'abord les Pontifes romains, et, afin que personne n'ose dire que leur témoignage ne doit pas être reçu dans leur propre cause, parce qu'ils seraient partie intéressée, qu'on nous permette de citer ici la réponse de Bossuet à cette misérable défaite : « On ne devrait donc pas non plus s'en rapporter aux évêques et aux prêtres, quand ils parlent de leur dignité ; nous devons dire tout le contraire; car Dieu inspire à ceux qu'il place dans les rangs les plus sublimes de son Église des sentiments de leur puissance conformes à la vérité; afin que, s'en servant dans le Seigneur avec une sainte liberté et une pleine confiance, quand l'occasion le demande, ils vérifient cette parole de l'Apôtre : Nous avons reçu l'Esprit de Dieu, par lequel nous connaissons les dons qu'il nous a accordés. (I, Cor. 12.) J'ai cru devoir faire au moins une fois cette observation pour confondre la réponse téméraire et détestable qu'on nous oppose, et je déclare que sur ce qui concerne la dignité du Siège Apostolique, je m'en tiens à la tradition et à la doctrine des Pontifes romains (1). »

(1) Audio quid  dicant : romanis  Pontificibu, sedis suae   dignitatem commendantibus, in  propria videlicet causa non esse   credendum. Sed absit; pari enim jure dixerint, ne episcopis quidem, aut presbyteris esse adhibendam fidem, cum sacerdotii sui honorem praedicant ; quod contra est. Nam quibus Deus singularem honoris dignitatisque prœrogativam contulit, iisdem inspirat verum de sua potestate sensum; ut ea in Domino, cum res poposcerit, libere et confidenter utantur, fiatque illud quod ait Paulus : Accepimus spiritum qui ex Deo est, ut sciamus quee a Deo donata sunt nobis. Quod quidem hic semel dicere placuit, ut temerariam ac pessimam responsionem confutarem; profiteorque me de Sedis Apostolicas majestate, romanorum Pontificum doctrinœ et traditioni crediturum. Defens. Declarat. Part. II., lib. X., cap. VI.

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Or, voici maintenant ce que nous enseignent les Pontifes romains, dès la plus haute et la plus solennelle antiquité. Saint Sirice, dans sa lettre aux évêques d'Afrique, en 386, débute en cette manière : « Nous nous sommes réunis, plusieurs des frères, près du tombeau du bienheureux apôtre Pierre, par lequel ont pris commencement en   Jésus-Christ   l'apostolat  et   l'épiscopat (1). »

Saint Innocent Ier, écrivant aux évêques du concile de Carthage, en 417, leur dit : « Fidèles aux exemples de la tradition antique, exacts observateurs de la discipline ecclésiastique, après avoir témoigné la vigueur de votre religion en prononçant (dans la cause des Pélagiens), vous ne la manifestez pas avec moins d'éclat par votre consultation, en remettant l'affaire à notre jugement; car vous savez ce qui est dû au Siège Apostolique, puisque nous tous qui sommes placés sur ce degré nous désirons suivre cet apôtre duquel dérive l'épiscopat lui-même et toute l'autorité de ce grand nom (2). »

(1)  Cum in unum plurimi fratres convenissemus ad sancti apostoli Petri reliquias, per quem et apostolatus et episcopatus in Christo cœpit exordium, placuitque, etc. Siricii Epist.  V. D. Coustant, col, 651.

(2)  Antiquae traditionis exempla servantes, et ecclesiasticae memores disciplina;, vestras Religionis vigorem non minus nunc in consulendo, quam antea cum pronuntiaretis, vera ratione firmastis, qui ad nostrum referendum approbastis esse judicium, scientes quid Apostolica; Sedi, cum omnes hoc loco positi ipsum sequi desideremus apostolum, debeatur, a quo ipse episcopatus et tota auctoritas nominis hujus emersit. Innocenta Epist. XXIX. Ibid., col. 888.

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La même année, le pontife écrit aux pères du concile de Milève : « Quand il s'élève des questions sur la foi, notre sentiment est que tous nos frères et coévêques n'en doivent référer qu'à Pierre, c'est-à-dire à celui qui est l’auteur de leur nom et de leur dignité (1). »

Dans sa lettre à saint Victrice, évêque de Rouen, en 404, le même pontife s'exprime ainsi, dans les mêmes termes que saint Sirice : « Commençons donc par le secours du saint apôtre Pierre, dans lequel ont pris commencement en Jésus-Christ l'Apostolat et l'Épiscopat(2). »

Saint Léon est plus abondant encore sur cette doctrine ; on se contentera de ce seul trait qui renferme tout ce qu'on peut désirer : « La bonté divine, nous dit le saint docteur, dans un de ses plus magnifiques Sermons, a daigné accorder à cet homme (saint Pierre) une grande et admirable participation de sa propre puissance, et, si elle a voulu qu'il eût quelque chose de commun avec les autres princes (les évêques), c'est par lui seul qu'elle a donné à ceux-ci tout ce qu'elle n'a pas jugé à propos de leur refuser (3). »

Les  pères ne sont pas moins précis que les anciens papes sur cette  doctrine de   l'épiscopat renfermé tout : entier dans Pierre et émané de lui. Dès le III° siècle, c'est, Tertullien qui nous apprend que l'Église de son temps

(1) Prœsertim quoties fidei ratio ventilatur, arbitro omnes fratres et coepiscopos nostros nonnisi ad Petrum, id est sui nominis et honoris auctorem referre debere, velut nunc retulit vestra dilectio. Epist. XXX Ibid., col. 896.

(2) Incipiamus igitur, adjuvante sancto apostolo Petro, per quem et apostolatus et episcopatus in Christo cœpit exordium, ut quoniam, etc. Epist. II. Ibid., col. 747.

(3) Magnum et mirabile, dilectissimi, huic viro consortium potentiae suae tribuit divina dignatio : et si quid cum eo commune caeteris voluit esse principibus, numquam nisi per ipsum dedit quidquid aliis non negavit. In assumptionis suae, sermo IV. Opp. tom. I, col. 16.

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croyait que « le Seigneur a donné les clefs à Pierre, et, par lui, à l'Église (1) ». Saint Grégoire de Nysse, au IV° siècle, parle ainsi : « l'Evangile ne renferme rien de faux ni de mensonger; la prédication du Christ n'a pas été sans résultat; c'est par Pierre qu'il a donné aux évêques les clefs de leur céleste prérogative (2). » Au même siècle, saint Optat de Milève tient le même langage : « Pour le bien de l'unité, dit-il, Pierre a été préféré aux autres apôtres, et a reçu seul les clefs du royaume   des   cieux,    pour  les   communiquer    aux autres (3). »

Veut-on entendre le témoignage des Églises des Gaules ? Voici saint Césaire d'Arles qui s'exprime comme les Souverains Pontifes et comme, les pères. Dans un mémoire au pape saint Symmaque, il déclare ainsi sa croyance : « Puisque l'épiscopat prend son origine dans la personne de l'apôtre saint Pierre, il faut que Votre Sainteté, en faisant les règlements convenables, apprenne clairement aux Églises particulières, les règles qu'elles doivent observer (4). »

Plus tard, un concile de France, celui de Reims, tenu en 900, dans la sentence qu'il prononce contre les assassins de l'archevêque Foulques, s'honore détenir le même langage : « Au nom du Seigneur, disent les pères, et par

(1) Si adhuc clausum putas cœlum, memento claves ejus hic Dominum Petro, et per eum Ecclesiae reliquisse. Scorpiac, cap. X.

(2) Nihil falsi aut mendacii scriptum est in Evangeliis; necque Christi praedicatio exitum fallacem habet : per Petrum episcopis dedit claves cœlestium honorum. Oratio adversvs eos qui castigationes aegre ferunt. Opp., tom. III, pag. 314.

(3)  Bono unitatis, beatus Petrus, et praeferri apostolis omnibus meruit, et claves regni cœlorum, communicandes caeteris, solus accepit. Contra Parmenianum., lib. VII, n° 3.

(4)   Sicut a persona beati Petri apostfofï «piseopatus sumit tnitium, ïta necesse est ut disciplinis competentibus Sanctitas Vestra singulïs Eeclesïis quid observare debeant evidenter ostendat. Labb., tom. IV, col.   1294.

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la vertu du Saint-Esprit, et aussi par l'autorité divinement conférée aux évêques par le bienheureux Pierre, prince des apôtres, nous les séparons du giron de la sainte mère Église (1) ».

Les évêques ont donc tout reçu par Pierre et dans la personne de Pierre; la source, l'origine de l'épiscopat est donc dans le prince des apôtres, quoi de plus glorieux pour les évêques, et ne doit-on pas voir une triste preuve de l'oubli dans lequel tombent de jour en jour le langage et les sentiments de l'antiquité, dans les incroyables réclamations dont nous avons été l'objet, pour avoir donné la qualité de Vicaires de Pierre aux évêques qui régissent l'Église de Dieu? Mais, comme on vient de le voir, le Sermon de Bossuet sur l'unité de l'Église est tout aussi oublié que   les   sentences des  pères  et les décrets des

conciles.

M. l'abbé Bernier a osé se montrer étonné et scandalisé que nous ayons rapproché la qualité de Vicaires de Pierre dans les évêques, de celle de  Vicaires de Jésus-Christ dans le pape.  Nous serions en droit de lui demander où il veut aller. Comment n'a-t-il pas vu que, si Pierre peut avoir plusieurs vicaires, Jésus-Christ ne peut en avoir qu'un seul, puisque autrement l'Église ne serait plus une? Notre adversaire nous dit que « le concile de Trente a qualifié  le Pontife romain  de  Vicaire de Jésus-Christ,  et que cette expression n'était pas nouvelle (2). » — Cette expression n'était pas nouvelle! non assurément,  car l'Église catholique,  dès le  concile de Florence, l'a promulguée    dans   un  solennel décret de foi, que M. l'abbé Bernier doit connaître : «Definimus...

(1) In nomine Domini, et in virtute sancti Spiritus, nec non auctoritate episcopis per beatum Petrum principem apostolorum. divinitus conlata,  ipsos  a sanctae  matris  Ecclesias  gremio segregamus. Labb.,  tom.   IX, col. 481.

(2) Humble Remontrance, pag. 34.

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romanum Pontificem successorem esse beati Petri principis apostolorum, et VERUM CHRISTI VICARIUM (1). » Le concile de Trente n'a donc point été chercher une expression, soit nouvelle, soit ancienne, quand il a qualifié le pape de Vicaire de Jésus-Christ ; il a tout simplement employé les termes d'une confession de foi signée par les deux Eglises latine et grecque, dans un concile œcuménique, et qui fixe à jamais le langage catholique sur l'emploi de cette expression, Vicaire de Jésus-Christ.

Qu'importe donc que, dans un sens éloigné ou imparfait, elle ait été, antérieurement au concile de Florence, appliquée, une fois ou deux, à de simples évêques ; personne n'ignore que, dans ces occasions, le sens des termes se détermine par les circonstances du discours. Tous les théologiens ne disent-ils pas que le prêtre au tribunal de la Pénitence tient la place de Jésus-Christ, vices agit Christi? Saint Augustin n'enseigne-t-il pas, dans un texte fameux, que dans l'administration du baptême, qui que ce soit qui confère ce sacrement, c'est toujours Jésus-Christ qui baptise, Christus baptisat? d'où il suit que le ministre de ce sacrement, fut-il même laïque, est en ce moment-là Vicaire de Jésus-Christ.

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