L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 105)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

La marche des récits du saint Evangile contraint l'Eglise à nous présenter déjà" le divin Enfant entre les bras de Siméon, qui prophétise à Marie les destinées de l'homme qu'elle a mis au jour. Ce cœur de mère, tout inondé des joies d'un si merveilleux enfantement, sent déjà le glaive annoncé par le vieillard du temple. Le fils de ses entrailles ne sera donc, sur la terre, qu'un signe de contradiction ; et le mystère de l'adoption du genre humain ne devra s'accomplir que par l'immolation de cet Enfant devenu un homme. Pour nous, rachetés par ce sang, n'anticipons pas trop sur l'avenir. Nous aurons le temps de le considérer, cet Emmanuel, dans ses labeurs et dans ses souffrances ; aujourd'hui, il nous est permis de ne voir encore que l'Enfant qui nous est né, et de nous réjouir dans sa venue. Ecoutons Anne, qui nous parlera de la rédemption d'Israël. Voyons la terre régénérée par l'enfantement de 'son Sauveur; admirons et étudions, dans un humble amour, ce Jésus plein de sagesse et de grâce qui vient de naître sous nos yeux.

Pendant l'Offrande, l'Eglise célèbre le renouvellement merveilleux qui s'opère en ce

monde et qui l'arrache à sa ruine ; elle exalte le grand Dieu qui est descendu dans l'étable, sans quitter son trône éternel.

,IEU a affermi la terre ; elle ne sera point ébranlée ; votre trône, ô Dieu ! est préparé dès l'éternité ; vous étiez avant les siècles.

movebitur ; parata sedes tua, Deus, ex tune : a saeculo tu es.

Concède , quaesumus omnipotens Deus : ut oculis tuae majestatis munus oblatum, et gratiam nobis pia? devotionis obtineat, et effectum beatœ perennitatis acquirat. Per Dominura nostrum.

Faites, s'il vous plaît, ô Dieu tout-puissant l que cette offrande que nous mettons sous les yeux de votre majesté, nous obtienne la grâce d'une pieuse dévotion, et nous acquière la récompense d'une éternité heureuse. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Pendant qu'elle distribue la nourriture sacrée aux fidèles, l'Eglise chante les paroles de l'Ange à Joseph. Elle leur donne cet Enfant, afin qu'ils l'emportent dans leurs cœurs, et leur recommande de le sauver des embûches que lui tendent ses ennemis. Que le chrétien prenne donc garde qu'il ne lui soit ravi ; par sa vigilance, par ses bonnes œuvres, qu'il anéantisse de plus en plus le péché qui voudrait faire mourir Jésus dans son. âme. C'est pourquoi, dans l'Oraison qui vient après, l'Eglise demande l'extinction de nos vices et l'accomplissement de nos désirs de vertu.

Tollé puerum, et ma- D * trem ejus, et vade in terram Israël ; defuncti sunt enim qui quaerebant animam pueri.

rends lenfant et sa mère, et va dans la terre d'Israël ; car ils sont morts, ceux qui poursuivaient la vie de l'enfant.

PER hujus , Domine , operationem mysterii, et vitia nostra purgentur, et justa desideria compleantur. Per Dominum nostrum.

Faites, Seigneur, par l'opération de ce mystère, que nos vices soient effacés, et nos justes désirs accomplis. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

(~\n chante d'abord les Antiennes et les v~^ Psaumes du jour de Noël, pages 292- 3oo; après quoi l'Office du Dimanche reprend son cours.

Cratres, quanto tem* pore haeres parvulus est, nihil differt a servo, cum sit dominus omnium; sed sub tutoribus et actoribus est usquead praehnitum tempus a pâtre.

ES Frères, tant que l'héritier est encore enfant, il n'est pas différent du serviteur, quoiqu'il soit le maître de tout ; mais il est sous la puissance des tuteurs et des curateurs, jusqu'au temps marqué par son père.

Vient ensuite l'Hymne du jour de Noël : JesUj Redemptor omnium, ci-dessus, page 3oi.

croissait en âge et en sagesse, devant Dieu et devant les hommes.

Dieu tout-puissant et éternel, dirigez nos actions selon la règle de votre bon plaisir, afin que nous méritions de produire les bonnes œuvres avec abondance, par le nom de votre Fils bienaimé, qui vit et règne avec vous.

Omnipotens sempiterne Deus . dirige actus nostros in beneplacito tuo : ut in nomine dilecti Filii tui mereamur bonis operibus abundare. Qui tecum vivit et régnât.

On fait enfin les Commémorations des Octaves de Noël, de saint Etienne, de saint Jean et des Innocents, ci-dessus, aux Vêpres des saints Innocents, page 400.

Considérons, dans ce sixième jour de la Nais- sance de notre Emmanuel, le divin Enfant étendu dans la crèche d'une étable, et réchauffé par l'haleine de deux animaux. Isaïe l'avait annoncé : Le bœuf avait-il dit, connaîtra son maître, ei Vâne la crèche de son seigneur ; Israël ne me connaîtra pas. (1, 3.) Telle est l'entrée en ce monde du grand Dieu qui a fait ce monde. L'habitation des hommes lui est fermée par leur dureté et leur mépris : une étable lui offre seule un

i Sri hospitalier, et il vient au jour dans la compagnie des êtres dépourvus de raison.

Mais ces animaux sont son ouvrage. Il les avait assujettis à l'homme innocent. Cette création inférieure devait être vivifiée et ennoblie par l'homme ; et le péché est venu briser cette harmonie. Toutefois, comme nous l'enseigne l'Apôtre, elle n'est point restée insensible à la dégradation forcée que le pécheur lui fait subir. Elle ne se soumet à lui qu'avec résistance (Rom. viii, 20) ; elle le châtie souvent avec justice ; et au jour du jugement, elle s'unira à Dieu pour tirer vengeance de l'iniquité à laquelle trop longtemps elle est demeurée asservie. (Sap. v, 21.)

Aujourd'hui, le Fils de Dieu visite cette partie de son œuvre ; les hommes ne l'ayant pas reçu, il se confie à ces êtres sans raison ; c'est de leur demeure qu'il partira pour commencer sa course ; et les premiers hommes qu'il appelle à le reconnaître et à l'adorer, sont des pasteurs de troupeaux, des cœurs simples qui ne se sont point souillés à respirer l'air des cités.

Le bœuf, symbole prophétique qui figure auprès du trône de Dieu dans le ciel, comme nous l'apprennent à ia fois Ezéchiel et saint Jean, est ici l'emblème des sacrifices de la Loi. Sur l'autel du Temple, le sang des taureaux a coulé par torrents : hostie incomplète et grossière, que le monde offrait dans l'attente de la vraie victime. Dans la crèche, Jésus s'adresse à son Père et dit : Les holocaustes des taureaux et des agneaux ne vous ont point apaisé ; me voici. (Hebr. x, 6.)

pacifique du Roi plein de douceur, le montrait faisant son entrée dans Sion sur l'âne et le fils de l'ânesse. (Zachar. ïx, 9.) Un jour cet oracle s'accomplira comme les autres; en attendant, le Père céleste place son Fils entre l'instrument de son pacifique triomphe et le symbole de son sacrifice sanglant.

Telle a donc été, ô Jésus ! créateur du ciel et de la terre, votre entrée dans ce monde que vous avez formé. La création tout entière, qui eût dû venir à votre rencontre, ne s'est pas ébranlée ; aucune porte ne vous a été ouverte ; les hommes ont pris leur sommeil avec indifférence, et lorsque Marie vous eut déposé dans une crèche, vos premiers regards y rencontrèrent les animaux, esclaves de l'homme. Toutefois, cette vue ne blessa point votre cœur ; vous ne méprisez point l'ouvrage de vos mains; mais ce qui afflige ce cœur, c'est la présence du pèche dans nos âmes, c'est la vue de votre ennemi qui tant de fois est venu y troubler votre repos. Nous serons fidèles, 6 Emmanuel, à suivre l'exemple de ces êtres insensibles que nous recommande votre Prophète : nous voulons toujours vous reconnaître comme notre Maître et notre Seigneur. C'est à nous qu'il appartient de donner une voix à toute la nature, de l'animer, de la sanctifier, de la diriger vers vous ; nous ne laisserons plus le concert de vos créatures monter vers vous, sans y joindre désormais l'hommage de nos adorations et de nos actions de grâces.

Pour rendre nos hommages au divin Enfant, insérons ici cette Séquence qui est d'Adam de Saint- Victor,, et l'une des plus

mystérieuses que l'on rencontre dans les Missels du moyen âge.

Splendor Patris et figura, Se conformans ^omiPotestate, non natura, Partum dédit virgini.

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