L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 107)
Oh ! qu'il est suave, ce mystère qui change la chair, cette herbe fragile, en divin froment pour les fidèles!
Ceux que, dans cette vie, tu nourris, ô Jésus ! sous les voiles de ton Sacrement, rassasie-les un jour de l'éclat de ta face.
Coéternelle splendeur du Père, enlève-nous de ce séjour jusqu'aux joies des clartés paternelles. Amen.
L'Eglise Syrienne, ayant pour chantre saint Ephrem, nous offre cette Hymne du saint Diacre d'Edesse, à laquelle nous empruntons les strophes suivantes :
Ouel mortel saura jamais le nom qu'il faut donner. Seigneur, à celle qui fut ta Mère ? Vierge ? Son fils était sous les yeux de tous. Epouse? Nul ne célébra jamais les noces charnelles avec Marie.
L'intelligence ne peut atteindre jusqu'à ta Mcre : qui donc pourrait te comprendre toi-même ? Si je considère Marie seule en ce monde, elle est ta Mère : si je la confonds avec le reste des femmes, elle est ta sœur.
Oui,' elle est vraiment ta Mère, et parmi les chœurs des saintes femmes, elle est ta Sœur et ton Epouse ; tu l'as honorée en toutes manière?, toi, la gloire de celle qui t'enfanta.
Elle te fut donnée pour épouse avant ta venue en ce monde ; tu vins, et elle te conçut ; tout surpasse, en ce mystère, les forces de la nature : et son enfantement, et la permanence de son titre virginal.
Marie connut toutes les prérogatives de l'épouse. Sans le secours de l'homme, son fils s'anima dans son sein; le lait de.c mères abonui sciret quonam tuam, Domine. Genitricem nomine appellare deberet, nemo fuit : Virginemne diceret ? at ejus in oculis omnium prostabat natus : Nuptamne affirmaret ? at ad ejus nuptias neminem pervenisse certum erat.
Jam si Matrem tuam mente intelligentiaque assequi nemopotest, quis te attingere se posse credat ? Mater tua Maria sola est, si solam cogito, alioquin soror , si cum reliquis confundo feminis.
Facta tibi Mater est, et in communi sanctarum feminarum choro soror quoque et sponsa : video, ut omnibus illam decorasti modis , o matris tua? decus.
Sponsa tibi data est, antequam venires ; venisti. teque concepit, et hoc supra naturam, sicut et illud, quod te peperit et Virgo permansit.
Omnium nuptarum praerogativas habuit Maria : citra viri opefam viscera proie, lacté implevit ubera ; te jubente,
Aspectu illo tuo magno recreata Mater te gestat. nec tamen ipso gravatur onere ; cibum ministrat esurire volenti, porrigit poculum tibi ipsi ultro scienti sitim. Si illi amplexari te licuit, tua istud prœstitit benignitas. prunam ardentem, m pectus ejus exureret, attemperans.
da dans ses mamelles. Tu dis, et aussitôt cette blanche fontaine jaillit, comme une source, du sein d'une terre altérée.
Soutenue par ta présence au milieu d'elle-même, ta Mère trouva des forces pour te porter, et ce fardeau ne l'écrasa jamais; elle t'offrit la nourriture, à toi qui voulais avoir faim ; elle te présenta le breuvage, à toi qui, volontairement, connaissais la soif. Désirait-elle te presser contre son cœur ? Ta tendresse lui accordait cette faveur. Tu daignais alors tempérer l'ardeur de tes feux, pour ne pas consumer sa poitrine.
usqu'ici, nous avons contemplé les Martyrs auprès du berceau de l'Emmanuel. Etienne,
Îui a succombé sous les cailloux du torrent ; ean, Martyr de désir, qui a passé par le feu : les Innocents immolés par le glaive ; Thomas!, égorgé sur le pavé de sa cathédrale : tels sont^les champions qui font la garde auprès du nouveau Roi. Cependant, si nombreuse que soit la troupe des Martyrs, tous les fidèles du Christ ne sont pas appelés à faire partie de ce bataillon d'élite ; le corps de l'armée céleste se compose aussi des Confesseurs qui ont vaincu le monde, mais dans une victoire non sanglante. Si la place d'honneur n'est pas pour eux, ils ne doivent pas cependant être déshérités de l'avantage de servir leur Roi. La palme, il est vrai, n'est pas dans leurs mains ; mais la couronne de justice ceint leurs tètes. Celui qui les a couronnés se glorifie aussi de les voir à ses côtés.
Il était donc juste que la sainte Eglise, pour réunir, dans cette triomphante Octave, toutes les gloires du ciel et de la terre, inscrivît, en ces jours, sur le Cycle le nom d'un saint Confesseur qui dût représenter tous les autres. Ce Confesseur est Silvestre, Epoux de la sainte Eglise romaine, et par elle de l'Eglise universelle, un Pontife au règne long et pacifique, un serviteur du Christ orné de
toutes les vertus, et donné au monde le lendemain de ces combats furieux qui avaient duré trois siècles, dans lesquels avaient triomphé, par le martyre, des millions de chrétiens, sous la conduite de nombreux Papes Martyrs, prédécesseurs de Silvestre.
Silvestre annonce aussi la Paix que le Christ est venu apporter au monde, et que les Anges ont chantée en Bethléhem. Il est l'ami de Constantin, il confirme le Concile de Nicie, il organise la discipline ecclésiastique pour l'ère de la Paix. Ses prédécesseurs ont représenté le Christ souffrant : il figure le Christ dans son triomphe. Il complète, dans cette Octave, le caractère du divin Enfant qui vient dans l'humilité des langes, exposé à la
Î persécution d'Hérode, et cependant Prince de a Paix, et Père du siècle futur. (Isai. ix, 6.) Lisons l'histoire de son tranquille Pontificat, dans le récit de la sainte Eglise. La nature de cet ouvrage exclut les discussions critiques ; c'est pourquoi nous ne dirons rien des difficultés qu'on a élevées sur le fait du Baptême de Constantin, à Rome, par saint Silvestre. Il suffira de rappeler que la tradition romaine, à ce sujet, est adoptée par de savants hommes, tels que Baronius, Schelestrate, Bianchini, Marangoni, Vignoli, etc.
Silvester Romanus , pâtre Rufino, a prima state operam dédit Cyrino presbytero, cujus doctrinam et mores egregie imitatus est. Hic, saeviente persecutione, in Soracte monte latitaSilvestre, Romain, fils de Rufin, fut placé, dès son bas âge, sous la discipline du prêtre Cyrinus, dont il imita parfaitement la doctrine et les mœurs. Pendant que sévissait la persécution, il vécut caché =.urle mont Soracttt
Agé de trente ans, il fut créé prêtre de la sainte Eglise Romaine par le Pape Marcellin. S'étant acquitté de cet emploi d'une manière digne de louange, et surpassant en mérite les autres clercs, il succéda au Pape Melchiade, sous l'empire de Constantin. Cet empereur avait auparavant, par une loi publique, donné la paix à l'Eglise de Jésus-Christ. Déjà marqué par le ciel du signe de la Croix, et vainqueur de Maxence, il se fit le défenseur et le propagateur de la religion chrétienne ; l'encourager dans cette voie fut la grande œuvre à laquelle s'adonna le nouveau Pontife. Selon que le porte l'antique tradition de l'Eglise Romaine, il fit reconnaître les portraits des ApôIres à l'empereur, le lava , dans le bain du saint baptême, et le guérit de la lèpre de l'infidélité.
Aussi, d'après les conseils de Silvestre. le pieux empereur confirma par son exemple le droit qu'il avait accordé aux chrétiens de bâtir publiquement leurs temples ; car il éleva un grand nombre de Basiliques, à savoir celle du Latran au Christ Sauveur, celle du Vatican à saint Pierre, celle de la voie d'Ostie à saint Paul, celles de saint Laurent dans l'Agro Verano,
verat, et trigesimum annum agens, Presbyter sanctae Romanae Ecclesiae a Marcellino Pontifice creatur. Quo inmunere cum omni laude cleriois aliis antecelleret, in Melchiadis postea lo» cum successit, imperatore Constantino, qui antea pacem Ecclesiae Christi lege publica dederat. Vix Ecclesiae gubernacula tractanda susceperat, Constantinum jam Crucis signo cœlitus illustratum, et de hoste Maxentiovictorem, ad tuendam propagandamque christianam religionem impense fovit. Quem etiam, uti vêtus Ecclesiae Romanae refert traditio, Apostolorum imagines recognoscere fecit, sacro baptismate tinxit, et ab infidelitatis lepra mundavit.
Itaque, auctore Silvestro, pius imperator quam Christi fidelibus publiée templa exstruendi tribuerat fa^ultate^i, eam exemplo suo confirmavit ", multas enim erexit Basilicas, scilicet Lateranensem Christo Servatori, Vaticanam sancto Petro, Ostiensem sancto Paulo, sancto Laurentio in Agro Verano, sanctae Cruci in
atrio Sessoriano, sancto Petro et Marcellino ac sanctas Agnetî in viis Lavicana et Nonientana, et alias, quas sacris imaginibus splendide exornavit, et. muneribus prœ- dii^que attributis, magnificenti>sime locupletavit. Hoc Pontifice habitum est Concilium Nicaenum primum ubi praesidentibus ejus legatis, praesent*que Constantino, et trecentis decem et octo Episcopis, sancta et catholica Fides explicata est, Ario ejusque sectatoribus condemnatis ; quod etiam Concilium. petentibus Patribus. confirmavit in Svnodo Romae habita, ubi iterum Arius condemnatus est. Multa item décréta fecit Ecclesiae Dei utilia, qua; sub ejus nomine recensentur ; id est : Ut a :-olo Episcopo Chrisma conficeretur ; Ut presbyter Chrismate baptizati summum liniret verticem -, Ut Diaconi dalmaticis in Ecclesia. et palla linostima ad laevam uterentur ; Ut in lineo tantum velu Sacrificium altaris conficeretur. dem praescripsisse traditur tempus omnibus qui Ordinibus initiati essent. ezercendj
de Sainte-Croix au palais de Sessorius, des saints Pierre et Marcellin et de sainte Agnès sur les voies Lavicane et Nomentane. d'autres encore, qu'il orna splendidement d'images
saintes et dota magnifiquement en possessions et privilèges. Ce fut pendant son pontificat que se tint le premier Concile de Nicée, dans lequel, sous la présidence de ses légats, en présence de Constantin et de trois cent dix-huit Evéques, la sainte et catholique Foi fut expliquée, Arius et ses sectateurs condamnés ; et ce Concile fut confirmé par Silvestre, à la demanda des Pères, dans un Synode tenu à Rome, où Arius fut condamné denouveau. Silvestre fit aussi plusieurs décrets avantageux à l'Eglise de Dieu qui sont rapportés sous son nom ; savoir . que le Chrême serait fait par l'Evêque seul ; que le prêtre oindrait du Chrême le sommet de la tête du baptisé ; que les diacres se serviraient de la dalmatique dans l'Eglise, et porteraient sur le bras gauche un ornement de lin ; que le Sacrifice de l'autel se célébrerait sur un voile de lin. L prescrivit également , dit-on , à tous ceux