L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 121)
[votre culte; et que le Seigneur, touché par votre entremise, daigne nous purifier de nos péchés et nous réunir aux habitants du ciel.
Gloire et honneur à Dieu, qui vous a couronné de roses, et vous a placé sur un trône dans les cieux; qu'il daigne sauver les pécheurs, en les délivrant de l'aiguillon de la mort. Amen.
Pour terminer par une Séquence, nous emprunterons celle-ci au recueil de SaintGall ; elle est de la composition de Notker.
Paulus tuis precibus , Stéphane, te quondam persecutus, Christo crédit,
Et tecum tripudiat in regno, cui nullus persécuter nppropinquat.
Recueillons l'exemple de charité que nous donne celui que nous fêtons,
O Etienne ! porte-étendard suprême du Roi de bonté, exaucez-nous :
Par vos prières, o Etienne ! Paul , d'abord votre persécuteur , a cru dans le Christ ;
Et avec vous il gaudit, au royaume céleste, duquel n'approche aucun persécuteur.
Que votre très sainte prière nous réconcilie toujours à notre Dieu.
Pierre vous établit ministre du Christ ; vous découvrez à Pierre lui-même un nouveau fondement de la foi, en montrant à la droite du Père souverain celui qu'un peuple a crucifié.
C'est vous que le Christ s'est choisi, ô Etienne ! vous par qui il fortifie ses fidèles: vous qu'il vient consoler par sa vue à travers le choc des pierres qui pleuvent sur vous.
Aujourd'hui, au milieu des bataillons empourprés des martyrs, vous resplendissez couronné. Amen.
Grâces vous soient rendues, ô glorieux Etienne ' pour le secours que vous nous avez apporté dans la célébration de la Naissance de notre Sauveur, Il vous appartenait de nous initier à ce haut et touchant mystère d'un Homme-Dieu. Le céleste Enfant nous apparaissait dans votre compagnie, et l'Eglise vous chargeait de le révéler aux fidèles, comme autrefois vc as le révélâtes aux Juifs. Votre mission est remplie : nous l'adorons, cet Enfant, comme le Verbe de Dieu ; nous le saluons comme notre Roi ; nous nous offrons à lui pour le servir comme vous, et nous reconnaissons que cet engagement va jusqu'à lui donner notre sang, s'il le demande. Faites donc, ô Diacre fidèle ! que nous lui abanet precibus te puisantes,
Te Petrus Christi ministrum statuit : Tu Petro normam credendi adstruis, ad dextram summi Patris ostendendo, quem plebs furens crucifixit.
Tesibi Christuseligit, Stéphane, perquern fidèles suos corroboret, se tibi inter rotatus saxorum solatio manifestans.
Nunc inter inclytas Martyrum purpuras coruscas coronatus. Amen.
donnions, dès aujourd'hui, notre cœur ; que nous cherchions tous les moyens de lui plaire, et de mettre toute notre vie et toutes nos affections en harmonie avec ses volontés. Par là, nous mériterons de combattre son combat, sinon dans l'arène sanglante, du moins dans la lutte avec nos passions. Nous sommes les fils des Martyrs, et les Martyrs ont vaincu le monde, comme l'Enfant de Bethléhem ; que le monde ne remporte donc plus la victoire sur nous. Obtenez pour notre cœur cette charité fraternelle qui pardonne tout, qui prie pour les ennemis, qui obtient la conversion des âmes les plus rebelles. Veillez sur nous, Martyr de Dieu, à l'heure de notre trépas ; assistez-nous quand notre vie sera au moment de s'éteindre ; montrez-nous alors ce Jésus que vous nous avez fait voir Enfant ; montrez-le-nous glorieux, triomphant, et surtout miséricordieux, tenant en ses mains divines la couronne qui nous est destinée ; et que nos dernières paroles, à cette heure suprême, soient les vôtres : Seigneur Jésus, recevez mon esprit.
T 'Octave de saint Jean achève aujourd'hui ^ son cours : nous avons un dernier tribut d'hommages à rendre au Disciple bien-aimé. Le Cycle sacré nous ramènera encore sa glorieuse mémoire, au six du mois de Mai, lorsque, parmi les joies de la Résurrection de son Maître, nous célébrerons sa courageuse Confession dans Rome, au milieu des feux de la Porte Latine ; aujourd'hui, acquittons notre reconnaissance envers lui pour les faveurs qu'il nous a obtenues de la miséricorde du divin Enfant , en repassant encore quelques-unes des faveurs qu'il a reçues de l'Emmanuel,
L'Apostolat de Jean fut fécond en œuvres de salut pour les peuples vers lesquels il fut envoyé. La nation des Parthes reçut de lui l'Evangile, et il fonda la plupart des Eglises de l'Asie-Mineure : entre lesquelles sept ont été choisies avec leurs Anges par le Christ lui-même dans la divine Apocalypse, pour figurer les diverses classes de pasteurs, et peut-être, comme plusieurs l'ont pensé, les sept âges de l'Eglise elle-même. Nous ne devons pas oublier que ces Eglises de l'AsieMineure, encore toutes remplies de la doctrine de saint Jean, députèrent des Apôtres
dans les Gaules, et que l'illustre Eglise de Lyon est une des conquêtes de cette pacifique expédition. Bientôt, dans ce saint Temps de Noël lui-même, nous honorerons l'héroïque Polycarpe, l'Ange de Smyrne, disciple de saint Jean, et dont fut disciple lui-même saint Pothin, qui fut le premier évêque de Lyon.
Mais les travaux apostoliques de saint Jean ne le détournèrent pas des soins que sa tendresse filiale et la confiance du Sauveur lui imposaient à l'égard de la très pure Marie. Aussi longtemps que le Christ la jugea nécessaire à l'affermissement de son Eglise, Jean eut l'insigne faveur de jouir de sa société, de pouvoir l'environner des marques de sa tendresse, jusqu'à ce que, après avoir habité Ephèse avec lui, elle retourna dans sa compagnie à Jérusalem, d'où elle s'éleva du désert Je ce m on Je jusqu'au ciel, comme chante l'Eglise, semblable à iin léger nuage de myrrhe et d'encens. Jean eut encore à survivre à cette seconde séparation, et attendit, dans les labeurs de l'apostolat, le jour où il lui serait donné à lui-même de monter vers cette région fortunée où son divin Ami et son incomparable Mère l'attendaient.
Les Apôtres, ces vives lumières établies sur le chandelier par la main du Christ luimême, s'éteignaient successivement par la mort du martyre ; et lui, restait seul debout dans l'Eglise de Dieu. Ses cheveux blancs, comme nous l'apprennent les anciens, étaient ceints d'une lame d'or pour marquer sa qualité de Pontife ; les Eglises recueillaient les paroles de sa bouche inspirée comme la règle
de leur foi ; et sa prophétie de Pathmos montrait que les secrets de l'avenir de l'Eglise étaient dévoilés à ses yeux. Au milieu de tant de gloire, Jean était humble et simple comme l'Enfant de Bethléhem, et l'on se sent attendri par ces antiques récits qui nous le mon= trent pressant dans ses mains sacrées un oiseau qu'il caressait avec tendresse.
Ce vieillard qui, dans ses jeunes années, avait reposé sur la poitrine de celui dont les délices sont d'être avec les enfants des hommes; lui, le seul des Apôtres qui l'avait suivi jusqu'à la Croix, et qui avait vu ouvrir par la lance ce Cœur qui a tant aimé le monde, se plaisait surtout a parler de la charité fraternelle. Sa miséricorde pour les pécheurs était digne de l'ami du Rédempteur, et l'on connaît cette poursuite évangélique qu'il entreprit contre ur jeune homme dont il avait aimé l'âme d'un amour de père, et qui s'était livré, pendant l'absence du saint Apôtre, à tous les désordres. Malgré son grand âge, Jean l'atteignit dans les montagnes, et le ramena pénitent au bercail
Mais cet homme si merveilleux dans la charité, était inflexible contre l'hérésie qui anéantit la charité dans sa source, en ruinant la foi C'est de lui que l'Eglise a reçu sa maxime de fuir l'hérétique comme la peste : Ne lui donner pas même le salut, dit cet ami du Christ dans sa seconde Epître , car celui aui le salue communique à ses œuvres de malice Un jour, étant entré dans un bain public, il sut que l'hérésiarque Cérinthe s'y trouvait aAcc lui, et il en sortit à l'instant comme d'un lieu maudit. Aussi les disciples de Cérinthe
tentèrent-ils de l'empoisonner dans une coupe dont il se servait; mais le saint Apôtre ayant fait le signe de la croix sur le breuvage, il en sortit un serpent qui témoigna de la malice des sectaires et de la sainteté du disciple du Christ. Cette fermeté apostolique dans la garde du dépôt de la foi le rendit la terreur des hérétiques de l'Asie, et, par là, il justifia ce nom prophétique de Fils au Tonnerre que le Sauveur lui avait donné, ainsi qu'à son frère Jacques le Majeur, l'Apôtre du royaume Catholique.
En mémoire du miracle que nous venons de rapporter, la tradition des arts catholiques a donné pour emblème à saint Jean un calice duquel sort un serpent ; et, dans plusieurs provinces de la chrétienté, en Allemagne principalement, le jour de la fête de cet Apôtre, on bénit solennellement du vin avec une prière qui rappelle cet événement. On a aussi, dans ces contrées, l'usage de boire, à la fin du repas, un dernier coup qu'on appelle le coup de saint Jean, comme pour mettre sous sa protection la réfection qu'on vient de prendre.
La place nous manque pour raconter en détail diverses traditions sur notre Apôtre, auxquelles il est fait allusion dans plusieurs des pièces liturgiques du moyen âge que nous avons citées : on peut les voir dans les légendaires ; nous nous bornerons à dire ici quelque chose au sujet de sa mort.
Le passage de l'Evangile qu'on lit à la Messe de saint Jean a été souvent interprète dans ce sens, que le Disciple bien-aimé ne devait pas mourir ; cependant il faut bien