L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 128)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Vierge fidèle, ô Geneviève ! nous vous rendons gloire pour les mérites que le divin Enfant s'est plu à réunir en vous. Vous avez apparu sur notre patrie, comme un Ange tutelaire ; vos prières ont été longtemps l'objet

de la confiance des Français; et vous vous êtes fait gloire, au ciel et sur la terre, de protéger la capitale du royaume de Clovis, de Cnarlemagne et de saint Louis. Des temps dignes d'exécration sont venus, durant lesquels ' votre culte a été sacrilègement abrogé, vos temples fermés, vos précieuses reliques profanées. Cependant, vous ne nous avez pas abandonnés; vous avez imploré pour nous des jours meilleurs , et nous pouvons reprendre quelque confiance, quand nous voyons votre culte refleurir parmi nous, maigre des profanations plus récentes ajoutées aux anciennes.

En cette époque de l'année qu'embellit et consacre votre nom, bénissez le peuple chrétien. Ouvrez nos cœurs à l'intelligence du mystère de la Crèche. Retrempez'cette nation qui vous est toujours chère, aux pures sources de la foi, et obtenez de l'Emmanuel que sa Naissance, renouvelée chaque année, devienne enfin une époque de salut et de vraie régénération. Nous sommes malades, nous périssons, parce que les vérités sont diminuées chez nous, selon la parole de David ; et la vérité s'est obscurcie, parce que l'orgueil a pris la place de la foi, l'indifférence celle de l'amour. Jésus connu et aimé dans le mystère de son ineffable Incarnation peut seul nous rendre la vie et la lumière. Vous qui l'avez reçu, qui l'avez aimé, durant votre longue vie si pure, menez-nous à son berceau.

Veillez, ô puissante bergère, sur la ville qui vous est confiée. Gardez-la des excès qui semblent quelquefois la rendre semblable à une grande cite païenne. Dissipez les tempêtes qui

se forment dans son sein ; d'apôtre de l'erreur, qu'elle consente enfin à devenir disciple de la vérité. Nourrissez encore son peuple qui meurt de faim ; mais soulagez surtout ses mi° sères morales Calmez ces fièvres ardentes qui brûlent les âmes, et sont plus terribles encore que ce mal dévorant qui ne brûlait que les corps. Près de votre sépulcre vide , du haut de la Montagne que domine le vaste temple qui s'élève sous votre nom et reste vôtre de par l'Eglise et nos Pères, en dépit des entreprises répétées de la force brutale, veillez sur cette jeunesse de France qui se presse autour des chaires de la science humaine, jeunesse si souvent trahie par les enseignements mêmes qui devraient la diriger, et assurer à la patrie des générations chrétiennes. La croix brille toujours, malgré l'enfer, sur la coupole de votre sanctuaire profané ; ne permettez pas qu'elle en soit descendue. Que bientôt cette croix immortelle règne de nouveau pleinement sur nous; qu'elle plane du sommet de votre temple, sur toutes les habitations de la cité maîtresse, rendue à son antique foi, à votre culte, à votre ancienne protection.

ous terminons aujourd'hui les huit jours consacrés à honorer la mémoire des bienheureux Enfants de Bethiéhem. Grâces soient rendues à Dieu, qui nous les a donnés pour intercesseurs et pour modèles ! Leur nom ne paraîtra plus sur le Cycle, jusqu'au retour des solennités de la Naissance de l'Emmanuel : rendons-leur donc aujourd'hui un dernier hommage.

La sainte Eglise, qui, au jour de leur fête, a revêtu, dans ses habits sacrés, une couleur de deuil, par égard pour les douleurs de Rachel, reprend, dans ce jour de l'Octave, la pourpre des Martyrs, dont elle veut honorer ceux qui ont la gloire d'en être comme les prémices. Mais l'Église ne cesse pas pour cela de s'attendrir sur la désolation des mères qui ont vu égorger entre leurs bras les enfants qu'elles allaitaient A l'Office des Matines, elle lit ce passage si dramatique d'un ancien Sermon attribué autrefois à saint Augustin

i A peine le Seigneur est-il né, qu'un deuil « commence, non au ciel, mais sur la terre. « Les mères se lamentent, les Anges triom« phent, les enfants sont enlevés" Un Dieu « est né ; il faut des victimes innocentes à n celui qui vient condamner la malice du

« monde. Il faut immoler des agneaux, puisce que l'Agneau est venu qui ôte le péché et « qui doit être crucifié. Mais les brebis, leurs « mères, poussent de grands cris ; car elles « perdent leurs agneaux, avant même qu'ils « puissent faire entendre le bêlement. Cruel « martyre ! le glaive est tiré, et sans motif; ' 3a jalousie seule est en fureur, et celui qui « est né ne fait violence à personne.

? Mais considérons les mères se lamentant « sur Jeurs agneaux Une voix a retenti dans « Rama, des pleurs et des hurlements : c'est « qu'on leur enlève un dépôt qu'elles n'ont « pas seulement reçu, mais enfanté. La nature, qui se refusait à leur martyre, en face « même du tyran, attestait assez sa puis« sance La mère souillait et arrachait les « cheveux de sa tête, parce qu'elle en avait « perdu l'ornement dans son fils ! Que d'ef« forts pour cacher ce*: enfant ! et l'enfant « lui-même se trahissait. N'ayant pas encore « appris à craindre, il ne savait pas retenir «■' sa voix. La mère et le bourreau luttaient « ensemble : celui-C' arrachait l'enfant , « celle-là le retenait La mère criait au b>our« reau : « Pourquoi sépares-tu de moi celui « qui est sorti de moi ? Mon sein l'a enfanté : ' aura-t-il donc en vain sucé mon lait ? Je « le portais avec tant de précautions, celui « que ta main cruelle enlève avec tant de « violence ! A peine mes entrailles l'ont-elles « produit, que tu l'écrases contre terre »

« Une autre mère s'écriait, parce que le « soldat se refusait à l'immoler avec son fils ; <* Pourquoi me laisses-tu privée de mon en « fant ? Si un crime a été commis, c'est

« qui en suis coupable : fais-moi mourir « aussi, et délivre une pauvre mère. » Une «( autre disait : « Qui cherchez-vous ? Vous « n'en voulez qu'à un seul, et vous en tuez a un grand nombre, sans pouvoir atteindre « le seul que vous cherchez. » Une autre « s'écriait : ce Venez, oh ! venez, Sauveur « du monde : jusqu'à quand vous laisserez« vous chercher ? Vous ne craignez perte sonne : que le soldat vous voie, et qu'il « laisse la vie à nos enfants. » Ainsi se « mêlaient les lamentations des mères ; et « le sacrifice des entants montait jusqu'au « ciel. »

Parmi les enfants si cruellement immolés depuis l'âge de deux ans et au-dessous, quelques-uns durent appartenir aux bergers de Bethléhem qui étaient venus, à la voix de l'Ange, reconnaître et adorer le nouveau-né dans la crèche. Ces premiers adorateurs du Verbe incarné, après Marie et Joseph, offrirent ainsi le sacrifice de ce qu'ils avaient de plus cher au Seigneur qui les avait choisis. Ils savaient à quel Enfant leurs enfants étaient sacrifiés, et ils étaient saintement fiers de cette nouvelle distinction qui venait les chercher au milieu de leur peuple.

Cependant, Hérode, comme tous les politiques qui font la guerre au Christ et à son Eglise, était déçu dans ses projets. Son édit de carnage embrassait Bethléhem et tous ses alentours ; il enveloppait tous les enfants de cette contrée, depuis la naissance jusqu'à l'âge de deux ans ; et malgré cette atroce précaution, l'Enfant tant recherché échappait au glaive et fuyait en Egypte. Le coup était

donc manqué comme toujours ; et de plus, contre le gré du tyran, l'Eglise du ciel ne tarderait pas à recevoir avec triomphe de nouveaux protecteurs pour celle de la terre.

Ce Roi des Juifs nouveau-né, que la jalousie d'Hérode poursuivait , n'était qu'un Enfant sans armées et sans soldats ; Herode cependant tremblait devant lui. Un secret instinct lui révélait, comme à tous les tyrans de l'Eglise, que cette faiblesse apparente cachait une force victorieuse ; mais il se trompait, comme tous ses successeurs, en essayant de lutter avec le glaive contre la puissance de l'Esprit. L'Enfant de Bethléhem n'est pas encore arrivé au terme de son apparente faiblesse: il fuit devant la face d'un tyran ; plus tard, quand il sera un homme, il restera sous les coups de ses ennemis : on l'attachera à une croix infâme, entre deux larrons ; mais c'est précisément ce jour-là qu'un gouverneur romain proclamera, dans une inscription écrite de sa propre main: Celui-ci est le Roi des Juifs. Pilate donnera au Christ, d'une manière officielle, ce titre qui fait pâlir Hérode ; et malgré les sollicitations des ennemis du Sauveur, il s'écriera : Ce que jai écrit est écrit. Jésus, sur l'arbre de la croix, associera à son propre triomphe un des compagnons de son supplice ; aujourd'hui, dans son berceau, il appelle des enfants à partager sa gloire.

Glorifions une dernière fois cette troupe innocente, en réunissant encore les chants que la Liturgie a consacrés à leur louange. Nous donnerons d'abord ces trois Répons des Matines au Bréviaire Romain :

_ s ri qui amicti "' 1 sunt stolis albis, qui sunt, et unde venerunt ? Et dixit mihi . * Hi sunt, qui vénérant de tribulatione magna, et laverunt stolas suas, et dealbavemnt eas in sanguine Agni.

f. Vidi sub altère Dei animas interfectorum propter Verbum Dei, et propter testimonium

Bpt. Isti sunt qui non inquinaverunt vestimenta sua; * Ambulabunt mecum in albis, quia digni sunt.

f. Hi sunt qui cum mulieribus non sunt coinquinati virgines

^. Cantabant Sancti canticum novum ante sedem Dei et Agni : * Et resonabat terra in voces eorum.

f. Hi empti sunt ex hominibus. primitiaeDeo et Agno, et in ore ipsorum non est inventum mendacium. * Et resonabat.

^' V_v revêtus de robes blanches, qui sont-ils ? D'où sont-ils venus ? Et il me fut répondu : " Ce sont ceux qui sont venus ici à travers une grande tribulation ; ils ont lavé leurs robes, et les ont blanchies dans le sang de l'Agneau.

f. Je vis, sous l'autel de Dieu, les âmes de ceux qui avaient été tués peur le Ver» be de Dieu, et pour le témoignage qu'ils avaient à rendre. * Ce sont ceux.

^. Ce sont ceux qui n'ont pas souillé leurs vêtements : " Ils marcheront avec moi, vêtus de blanc, parce qu'ils en sont dignes.

f. Ce sont ceux qui ne se sont point souillés avec les femmes ; car ils sont vierges. " Ils marcheront.

^. Ces saints chantaient un cantique nouveau devant le trône de Dieu et de l'A- gneau : * Et la terre retentissait de leurs voix.

f. Ils ont été achetés d'entre les hommes, pour être les prémices offertes à Dieu et à l'Agneau ; et le mensonge ne s'est point trouvé dans leur bouche. * Et la terre.

Les deux Oraisons qui suivent sont empruntées au Sacramentaire Léonien :

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