L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 172)
Les Chérubins sont saisis d'étonnement, toute la nature céleste est émue de respect. Le Fils que tu enfantas d'une manière incompréhensible, ô immaculée 1 il est devenu semblable à nous par son ineffable miséricorde ; il a été baptisé selon la chair, et nous célébrons tous aujourd'hui avec transport sa divine Epiphanie.
Divinis verbis tuis hominum generationes inhaerentes, beatam te dicunt, o semper beatissima, suaviter concinentes : Benedicite, omnia opéra Dominum.
O Virgo bonorum amatrix, bonam effice animam meam, peccati malitia depravatam : tu enim bonum Deum ac Dominum peperisti.
Horrescunt Cherubim atque universa cœlestis natura ob reverentiam venerandas Prolis tuse incomprehensibilis, o immaculatissima, quae similis facta est nobis propter ineffabilem misericordiam suam. et secundum carnem baptizata est, cujus divinam Apparitionem nunc omnes exsultantes celebramus.
LE grand Mystère de l'Alliance du Fils de Dieu avec sonEglise universelle, représentée dans l'Epiphanie par les trois Mages, fut pressenti dans tous les siècles qui précédèrent la venue de l'Emmanuel. La voix des Patriarches et des Prophètes le fit retentir par avance; et la gentilité elle-même y répondit souvent par un écho fidèle.
Dès le jardin des délices, Adam innocent s'écriait à l'aspect de la mère des vivants sortie de son côté : <r C'est ici l'os de mes os, « la chair de ma chair; Thomme quittera son « père et sa mère, et s'attachera à son épouse; « et ils seront deux dans une même cnair. » La lumière de TEsprit-Saint pénétrait alors rame de notre premier père ; et, selon les plus proionds mterprètes des mystères de l'Ecriture, Tertullien, saint Augustin, saint Jérôme, il célébrait l'Alliance du Fils de Dieu avec l'Eglise, sortie par l'eau et le sang de son côte ouvert sur la croix ; avec l'Eglise, pour l'amour de laquelle il descendit de la droite de son Père, et s'anéantissant jusqu'à la iorme de serviteur, semblait avoir quitté la Jérusalem céleste, pour habiter parmi nous dans ce séjour terrestre.
après avoir vu l'arc de la miséricorde annonçant au ciel le retour des faveurs de Jéhovah, prophétisa sur ses trois fils l'avenir du monde. Cham avait mérité la disgrâce de son père ; Sem parut un moment le préféré ; il était destine à l'honneur de voir sortir de sa race le Sauveur de la terre ; cepend ant, le Patriarche, lisant dans l'avenir, s'écria : « Dieu « dilatera l'héritage deJaphet; et il habitera « sous les tentes de Sem. » Et nous voyons peu à peu dans le cours des siècles l'ancienne alliance avec le peuple d'Israël s'affaiblir, puis se rompre; les races sémitiques chanceler, et bientôt tomber dans l'infidélité ; enfin le Seigneur embrasser toujours plus étroitement la famille de Japhet, la gentilité occidentale, si longtemps délaissée, placera jamais dans son sein le Siège de le religion, l'établir à la tête de l'espèce humaine tout entière.
Plus tard, c'est Jéhovah lui-même qui s'adresse à Abraham, et lui prédit l'innombrable génération qui doit sortir de lui. « Re« garde le ciel, lui dit-il ; compte les étoiles, « si tu peux : tel sera le nombre de tes en« fants. » En effet, comme nous l'enseigne l'Apôtre, plus nombreuse devait être la famille issue de la foi du Père des croyants, que celle dont il était la source par Sara; et tous ceux qui ont reçu la foi du Médiateur, tous ceux qui, avertis par l'Etoile, sont venus à lui comme à leur Seigneur, tous ceux-là sont les enfants d'Abraham.
Le Mystère reparaît de nouveau dans le sein même de l'épouse d'Isaac. Elle sent avec effroi deux fils se combattre dans ses entrailles. Rébecca s'adresse au Seigneur, et
il lui est répondu : « Deux peuples sont dans a ton sein; ils s'attaqueront l'un l'autre ; le « second surmontera le premier, et l'aîné ser« vira le plus jeune. » Or, ce plus jeune, cet enfant indompté, quel est-il, selon l'enseignement de saint Léon et de l'Evêque d'HipÎione, sinon ce peuple gentil qui lutte avec uda pour avoir la lumière, et qui, simple fils de la promesse, finit par l'emporter sur le fils selon la chair ?
C'est maintenant Jacob, sur sa couche funèbre, ayant autour de lui ses douze fils, pères des douze tribus d'Israël, assignant d'une manière prophétique le rôle à chacun dans l'avenir. Le préféré est Juda ; car il sera le roi de ses frères, et de son sang glorieux sortira le Messie. Mais l'oracle finit par être aussi effrayant pour Israël, qu'il est consolant pour le genre humain tout entier. <r Juda, tu garce deras le sceptre ; ta race sera une race de « rois , mais seulement jusqu'au jour où vien« dra celui qui doit être envoyé, celui qui « sera Vattente des Nations. *
Après la sortie d'Egypte, quand le peuple d'Israël entra en possession de la terre promise, Balaam s'écriait, la face tournée vers le désert tout couvert des tentes et des pavillons de Jacob : a Je le verrai, mais non encore; « je le contemplerai, mais plus tard. Une a Etoile sortira de Jacob ; une royauté s'élèa vera au milieu d'Israël. » Interrogé encore par le roi infidèle, Balaam ajouta : a Oh ! qui « vivra encore quand Dieu fera ces choses ? <r Ils viendront d'Italie sur des galères ; ils « soumettront les Assyriens; ils dévasteront les a Hébreux, et enfin ils périront eux-mêmes. *
Mais quel empire remplacera cet empire de fer et de carnage ? celui du Christ qui est rEtoile, et qui seul est Roi à jamais.
David est inondé des pressentiments de ce grand jour. A chaque page, il célèbre la royauté de son fils selon la chair ; il nous le montre armé du sceptre, ceint de l'épée, sacré par le Père des siècles, étendant sa domination d'une mer à l'autre , puis il amène à ses pieds les Rois de Tharsis et des îles lointaines, les Rois d'Arabie et de Saba , les Princes d'Ethiopie. Il célèbre leurs offrandes d'or et leurs adorations.
Dans son merveilleux épithalame, Salomon vient ensuite décrire les délices de l'union céleste de l'Epoux divin avec l'Eglise ; et cette Epouse fortunée n'est point la Synagogue. Le Christ l'appelle avec tendresse pour la couronner ; mais sa voix s'adresse à celle qui habitait au delà des confins de la terre du peuple de Die.u. « Viens, dit-il, ma fian« cee, viens du Liban ; descends des sommets « d'Amana, des hauteurs de Sanir et d'Her« mon ; sors des retraites impures des dragons, ft quitte les montagnes qu'habitent les léo« pards. » Et cette fille de Pharaon ne se trouble pas de dire : a Je suis noire » ; car elle peut ajouter qu'elle a été rendue belle par la grâce de son Epoux.
Le Prophète Osée se lève ensuite, et il dit au nom du Seigneur : « J'ai choisi un homme, <( et il ne m'apelleraplusBaal désorm.ais. J'ô« terai de sa bouche ce nom de Baal, et il ne Cl s'en souviendra plus. Je m'unirai à toi « pour jamais, homme nouveau ! Je sèmerai ta « race par toute la terre; j'aurai pitié de celui
a qui n'avait point connu la miséricorde ; à « celui qui n'était pas mon peuple, je dirai: « mon peuple ! Et il me répondra : mon Dieu ! j>
A son tour, le vieux Tobie, du sein de la captivité, prophétisa avec magnificence ; mais la Jérusalem qui doit recevoir les Juifs délivrés par Cyrus, disparaît à ses yeux, à l'aspect d'une autre Jérusalem plus brillante et plus belle. « Nos frères qui sont dispersés, « dit-il, reviendront dans la terre d'Israël ; « la maison de Dieu se rebâtira. Tous ceux (( qui craignent Dieu viendront s'y retirer ; c les Gentils même laisseront leurs idoles, et « viendront en Jérusalem, et ils y habiteront, « et tous les rois de la terre y fixeront leur (f séjour avec joie, accourus pour adorer le « Roi d'Israël. »
Et si les nations doivent être broyées, dans la justice de Dieu, pour leurs crimes, c'est pour arriver ensuite au bonheur d'une alliance éternelle avec Jéhovah. Car voici ce qu'il dit lui-même, par son Prophète Sophonie • « Ma justice est de rassembler les « nations, de réunir en faisceau les royaumes, « et je répandrai sur elles mon indignation, « et tout le feu de ma colère ; la terre entière « en sera dévorée. Mais ensuite je donnerai 0 aux peuples une langue choisie, atîn qu'ils « invoquent tous le nom du Seigneur, et « qu'ils portent tous ensemble mon joug. « Jusqu'au delà des fleuves de l'Ethiopie, ils « m'invoqueront ; les fils de mes races disper« sées viendront m'apporter des présents. »
Le Seigneur avait déjà dénoncé ses oracles de miséricorde par la bouche d Ezéchiel : « Un seul Roi commandera à tous, dit JéhoTroisième Jour dans VOct. de VEpiphan. ibj
« vah ; il n'y aura plus deux nations, ni deux « royaumes. Ils ne se souilleront plus avec « leurs idoles ; dans les lieux mêmes où ils « ont péché, je les sauverai , ils seront mon « peuple, et )e serai leur Dieu II n'y aura « qu'un Pasteur pour eux tous. Je ferai avec « eux une alliance de" paix, un pacte éter« nel ; je les multiplierai, et mon sanctuaire « sera au milieu d'eux à jamais. »
C'est pourquoi Daniel, après avoir prédit les Empires que devait remplacer l'Empire Romain, ajoute : « Mais le Dieu du ciel « suscitera à son tour un Empire qui « jamais ne sera détruit, et dont le sceptre « ne passera point à un autre peuple. Cet « Empire envahira tous ceux qui l'ont pré« cède; et lui, il durera éternellement »
Quant aux ébranlements qui doivent précéder l'établissement du Pasteur unique, et de ce sanctuaire éternel q^ui doit s'élever au centre de la Gentilité, Aggee les prédit en ces. termes : « Encore un peu de temps, et j'é« branlerai le ciel, la terre et la mer ; je « mêlerai toutes les nations ; et alors vien« dra le Désiré de toutes les nations, o
Il faudrait citer tous les Prophètes pour donner tous les traits du grand spectacle promis au monde par le Seigneur au jour où, se ressouvenant des peuples, il devait les appeler aux pieds de son Emmanuel, L'Eglise nous a fait entendre Isaïe dans l'Epitre de la Fête, et le fils d'Amos a surpassé ses frères.
Si maintenant nous prêtons l'oreille aux voix cjui montent vers nous du sein de la Gentilité, nous entendons ce cri d'attente,
l'expression de ce désir universel qu'avaient annoncé les Prophètes hébreux. La voix des Sibylles réveilla l'espérance au cœur des peuples ; iusqu'au sein de Rome même, le cygne de Mantoue consacre ses plus beaux vers à reproduire leurs consolants oracles : (( Le dernier âge, dit-il, l'âge prédit par la « Vierge de Cumes est arrivé ; une nouvelle « série des temps va s'ouvrir ; une race nou« velle descend du ciel. A la naissance de cet « Enfant, l'âge de fer suspend son cours , un « peuple d'or s'apprête à couvrir la terre. « Les traces de nos crimes seront effacées ; et <( les terreurs qui assiégaient le monde se « dissiperont. »
Et comme pour répondre aux vains scrupules de ceux qui craignent de reconnaître, avec saint Augustin et tant d'autres saints Docteurs, la voix des traditions antiques s'énonçant par la bouche des Sibylles . Cicéron. Tacite, Suétone, philosopheset historiens gentils, viennent nous attester que le genre humain, dans leurs temps, attendait un Libérateur ; que ce Libérateur devait sortir, non seulement de l'Orient, mais de la Judée ; que les destinées d'un Empire qui devait renfermer le monde entier étaient sur le point de se déclarer.
Ils partageaient cette universelle attente de votre arrivée, ô Emmanuel, ces Mages aux yeux desquels vous fîtes apparaître l'Etoile, et c'est pour cela qu'ils ne perdirent pas un instant, et se mirent tout aussitôt en route vers le Roi des Juifs dont la naissance leur était annoncée. Tant d'oracles s'accomplissaient en eux ; mais s'ils en recevaient les
Erémices, nous en possédons le plein effet, 'alliance est conclue, et nos âmes, pour l'amour desquelles vous êtes descendu du ciel, sont à vous; l'Eglise est sortie de votre flanc divin, avec le sang et l'eau; et tout ce que vous faites pour cette Epouse prédestinée, vous l'accomplissez en chacun de ses enfants fidèles. Fils de Japhet, nous avons dépossédé la race de Sem qui nous fermait ses tentes; le droit d'aînesse dont jouissait Juda nous a été déféré. Notre nombre, de siècle en siècle, tend à égaler le nombre des étoiles. Nous ne sommes plus dans les anxiétés de l'attente ; l'astre s'est levé, et la Royauté qu'il annonçait ne cessera jamais de répandre sur nous ses bienfaits. Les Rois de Tnarsis et des îles, les Rois d'Arabie et de Saba, les Princes de l'Ethiopie sont venus, portant des présents; mais toutes les générations les ont suivis. L'Epouse, établie dans tous ses honneurs, ne se souvient plus des sommets d'Amana, ni des hauteurs de Sanir et d'Hermon, où elle gémissait dans la compagnie des léopards; elle n'est plus noire, mais elle est belle, sans taches, ni rides, et digne de l'Epoux divin. Elle a oublié Baal pour jamais ; elle parle avec amour la langue que Jéhovah lui a donnée. L'unique Pasteur paît l'unique troupeau; le dernier Empire poursuit ses destinées jusqu'à l'éternité.
C'est vous, ô divin Enfant, qui venez nous apporter tous ces biens et recevoir tous ces hommages. Croissez, Roi des rois, sortez bientôt de votre silence. Quand nous aurons goûté les leçons de votre humilité, parlez