L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 178)
Quel motif te porte à descendre ainsi vers le riche comme vers le pauvre, à courir à eux, même lorsqu'ils ne t'appellent pas ? d'où te vient ce SI grand amour de la nature humaine ? .
Quelle est cette charité que tu as si grande, que si l'on te
blasphème, tu ne t'enflammes pas; si l'on te menace, tu n'éclates pas ; si l'on agit cruellement avec toi, ton front ne s'empreint pas de colère ? C'est que ta charité est audessus de cette loi, en vertu de laquelle l'homme poursuivait son ennemi et vengeait son injure.
Honorons la Vierge-Mère, en lui présentant ces strophes consacrées à sa gloire j^ar saint Joseph l'Hymnographe, dans les Menées de l'Eglise Grecque :
jurgat, non succenseas, si minis terret, non trépides, si duriter tecum agit, frontem non contrahas ? Tua nimirum charitas antccellit legem illorum, qui suas persequebantur injurias et vindicabant.
HONORONS le divin palais du Roi, dans lequel il a habité selon son désir ; célébrons la Mère de Dieu, la Vierge, l'unique, par qui nous sommes élevés jusqu'à Dieu.
Pure avant l'enfantement, dans l'enfantement, après l'enfantement : ainsi tu as
Raru à nos regards, ô Viergelère ! c'est toi qui as enfanté le Dieu qu'annonce le Collège Apostolique.
Le très heureux chœur des Prophètes, inspiré de f'EspritSaint, t'appela divinement dans ses sacrés oracles, la Porte et la Montagne ombragée, ô très chaste F
Illumine, ô Vierge! les yeux de mon cœur, brille sur moi par un rayon de componction ; délivre-moi des ténèbres éternelles, Porte de la
DiviNUM Régis palatium honoremus, in quo, quemadmodum ipse voluit, habitavit : innuptam ac solam Deiparam, perquamdeificati sumus, coUaudemus.
Casta ante partum, in partu, et post partum, vere, O Virgo mater, apparuisti: Deum enim peperisti, quem Apostolorum collegium manifeste praedicavit.
Beatissimus olim Prophetarum chorus sacris vaticiniis in Spiritudivinitus te, castissima, Por^ tam et Montera umbrosum nominavit. .
Illumina, o Virgo, oculos cordis mei, effulge super me pœnitentiae radio; a tenebris perennibus libéra me : o Porta lucis.
Laudo te, o sola digna omni laude ; glorifico te. o semper a Deo glorificatissima ; et beatifico te. o Virgo, divina beatitudine felicissima, quam generationes generationum beatam appellant.
Expiatorium facta es, o purissima, eorum qui assidue délinquant, supra naturasordinem enixa Christum. qui tollit peccata mundi. ad quem clamamus : Dominus ac Deus patrum, benedictus es.
O miraculum. quod omnia miracula transcendit ; quomodo paris et perraanes virgo, o castissima sponsa Dei ? nimirum Verbum Patri coœternum genuisti, cui omnes psallimus : Laudate omnia opéra, et superexaltate Dominum in omnia sjecula.
Jubar fulgoris partus tui effulsit, atque universum terrarum orbem laetissimo lumine pertudit. ac tenebrarum principem perdidit. o Dei Genitrix castissima, Angelorum gloriatio. atque omnium hominum salus, qui incessantibus vocibus te concélébrant.
lumière, Refuge de tous les chrétiens qui chantent ta louange avec fidélité.
Je te loue, ô toi la seule digne de toute louange ; je te rends gloire, ô toi que Dieu lui-même glorifie; je te proclame heureuse, ô Vierge, de cette félicité divine que proclament les générations qui célèbrent ta béatitude.
O très pure ! tu es le propitiatoire de ceux qui pèchent souvent ; dépassant toutes les lois de la nature, tu as enfanté le Christ, qui ôte les péchés du monde, et vers qui nous
O prodige qui surpasse tous les prodiges ! tu enfantes et tu demeures vierge, très chaste épouse de Dieu 1 Tu as mis au jour le Verbe coéternel au Père, celui que nous célébrons dans ce cantique : Œuvres du Seigneur, louez et exaltez le Seigneur dans tous les siècles.
La splendeur de ton enfantement a éclaté avec gloire ; elle a inondé l'univers d'Une joyeuse lumière; elle a terrassé le prince des ténèbres, ô Mère de Dieu très pure, la gloire des Anges, le salut de tous les hommes qui te célèbrent, sans se lasser, par leurs concerts.
y ES Mages sont arrivés à Bethléhem ; l'humble L retraite du Roi des Juifs s'est ouverte pour eux. « Ils y trouvent, dit saint Luc, l'Enfant et Marie sa Mère. » Ils se proster' nent, et adorent le divin Roi qu'ils ont tan\. cherché, et que la terre désire.
En ce moment, l'Eglise chrétienne commence à apparaître. Oans cet humble réduit, le Fils de Dieu fait homme préside comme le Chef de son corps mystique ; Marie assiste comme la coopératrice du salut, et la Mère de grâce ; Juda est représenté par elle et par Joseph son époux ; la Gentilité adore, en la personne des Mages ; car leur foi a tout compris à la vue de cet Enfant. Ce n'est point un Prophète qu'ils honorent, ni un Roi terrestre à qui ils ouvrent leurs trésors ; c'est un Dieu devant qui ils s'abaissent et s'anéantissent. « Voyez, dit saint Bernard, dans son « deuxième Sermon sur l'Epiphanie, voyez « quelle est la pénétration des yeux de la foi! « La foi reconnaît le Fils de Dieu à la ma(( miellé, elle le reconnaît attaché au bois, (( elle le reconnaît jusque dans la mort. c( Le larron le reconnaît sur le gibet, les Mages « dans rétable : celui-là, malgré les clous qui
« l'attachent ; ceux-ci, à travers les langes qui « l'enveloppent. »
Tout est donc consommé. Bethléhem n'est plus seulement le lieu de la naissance du Rédempteur, elle est encore le berceau de l'Eglise ; et combien le Prophète avait raison de s'écrier : « O Bethléhem ! tu n'es pas la « moindre entre les villes de Juda ! » Comme il nous est aisé de comprendre l'attrait qui porta saint Jérôme à dérober sa vie aux honneurs et aux délices de Rome, aux applaudissements du monde et de l'Eglise, pour venir s'ensevelir dans cette grotte, témoin de tant et de si sublimes merveilles ! Qui ne désirerait aussi vivre et mourir dans cette retraite bénie du ciel, toute sanctifiée encore de la présence de l'Emmanuel, toute embaumée des parfums de la Reine des Anges, toute retentissante de l'écho des concerts célestes, toute remplie du souvenir des Mages, nos pieux ancêtres i
Rien n'étonne ces heureux Princes en entrant dans l'humble séjour. Ni la faiblesse de l'En-fant, ni la pauvreté de la Mère, ni le dénûment de l'habitation, rien ne les émeut. Loin de là, ils comprennent tout d'abord que le Dieu éternel, voulant visiter les hommes, et leur montrer son amour, devait descendre jusqu'à eux, et si bas, qu'il n'y eût aucun degré de la misère humaine qu'il n'eût sondé et connu par lui-même. Instruits par leur propre cœur de la profondeur de cette plaie d'orgueil qui nous ronge, ils ont senti que le remède devait être aussi extrême que le mal; et danscet abaissement inouï, ils ont reconnu tout d'abord la pensée et l'action d'un Dieu. Israël attend un Messie glorieux et tout éclaCinquième Jour dans VOct. de VEpiphan. 1 85
tant de gloire mondaine ; les Mages, au contraire, reconnaissent ce Messie à l'humilité, à la pauvreté qui l'entourent ; subjugués par la force de Dieu, ils se prosternent et adorent, dans l'admiration et l'amour.
Qui saurait rendre la douceur des conversations qu'ils eurent avec la très pure Marie ? car le Roi qu'ils étaient venus chercher ne sortit pas pour eux du silence de son enfance volontaire. Il accepta leurs hommages, il leur sourit avec tendresse, il les bénit ; mais Marie seule pouvait satisfaire, par ses célestes entretiens, la sainte curiosité des trois pèlerins de l'humanité. Comme elle récompensa leur foi et leur amour, en leur manifestant le mystère de ce virginal enfantement qui allait sauver le monde, les joies de son cœur maternel, les charmes du divin Enfant ! Eux-mêmes, avec quel tendre respect ils la considéraient et l'ecoutaient ! Avec quelles délices la grâce pénétrait dans leurs cœurs, à la parole de celle que Dieu même a choisie pour nous initier maternellement à sa vérité et à son amour ! L'étoile qui naguère brillait pour eux au ciel avait fait place à une autre Etoile, d'une lumière plus douce, et d'une force plus victorieuse encore ; cet astre si pur préparait leurs regards à contemfiler sans nuage celui qui s'appelle lui-même 'Etoile étincelante et matinale. Le monde entier n'était plus rien pour eux ; l'étable de Bethléhem contenait toutes les richesses du ciel et de la terre. Les nombreux siècles de l'attente qu'ils avaient partagée avec le genre humain, leur semblaient à peine un moment : tant était pleine et parfaite la joie d'avoir eni86 Le Temps de Noël.