L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 182)
Tu es la consolation des affliges. Le soulagement des faibles, Purifiant les souillures, Affermissant les coeurs.
Proie fœcunda, Gignis Dei Filium ; Virg<»que munda Tu pcst .puerperium.
Tu spes, et refujgium Lapsorum humilium : Tu medela criminum, Salus pœnitentium.
Tu, solamen tristium, Levamen debilium ; Tu purgatrix sordium, Confirmatrix cordium.
O pia Maria, Lapsis advocata, Tu cunctis miseris Dulcis spes et grata.
Quo vere gaudere Per te possimus, Cum Natoque tuo. Régnantes simus. Amen.
De ceux qui en toi se confient, La récompense pleine de vie Pour ceux qui servent sous tes lois.
Miséricordieuse Marie, Avocate des criminels, A tous les malheureux Douce et gracieuse espérance'.
Elève et dirige Les cœurs de tes esclaves Vers les saintes joies Du céleste royaume.
Où goûter la vraie joie Par toi nous pourrons, Et, avec ton Fils, Régner à jamais. Amen.
LES Mages ne se contentèrent pas d'adorer le grand Roi que Marie présentait à leurs hommages. A l'exemple de la Reine de Saba qui vint honorer le Roi pacifique, en la personne du sage et opulent fils de David, les trois Rois de l'Orient ouvrirent leurs trésors et en tirèrent de riches offrandes. L'Emmanuel daigna agréer ces dons mystérieux ; mais, à l'exemple de Salomon son aïeul, il ne laissa point partir les Princes sans les combler luimême de présents qui dépassaient infiniment en richesse ceux qu'il avait daigné agréer. Les Mages lui présentaient les offrancîes de la terre ; et Jésus les comblait des dons célestes. Il confirmait en eux la foi, l'espérance et la charité; il enrichissait, en leurs personnes, son Eglise tout entière qu'ils représentaient ; et les paroles du divin Cantique de Marie recevaient leur accomplissement sur eux, et aussi sur la Synagogue qui les avait laissés seuls marcher à la recherche du Roi d'Israël : « Ceux qui avaient faim, il les a remplis de « biens; et ceux qui étaient opulents, il les a « renvoyés dans la disette. »
Mais considérons ces présents des Mages, et reconnaissons, avec l'Eglise et les Pères, les Mystères qu'ils exprimaient. Ces dons
étaient au nombre de trois, afin d'honorer le nombre sacré des Personnes dans l'Essence divine ; mais le nombre inspiré trouvait une nouvelle application d&ns le triple caractère de l'Emmanuel. Ce Fils de Dieu venait régner sur le monde : il convenait de lui offrir l'Or qui marque la puissance suprême. Il venait exercer le souverain Sacerdoce, et réconcilier, par sa médiation, le ciel et la terre : il convenait de lui présenter l'Encens qui doit fumer dans les mains du Prêtre. Sa mort pourait àeule le mettre en possession du trône préparé à son humanité glorieuse , cette mort devait inaugurer le Sacrifice éternel de l'A- gneau divin : la Myrrhe était là pour attester la mort et la sépulture d'une victime immortelle. L'Esprit-Saint qui inspira les Prophètes avait donc dirigé les Mages dans le choix de ces mystérieuses offrandes; et c'est ce que nous dit éloquemment saint Léon, dans un de ses Sermons sur l'Epiphanie : c( O admirable « foi qui mène à la science parfaite, et qui n'a « point été instruite à l'école d'une sagesse « terrestre, mais éclairée par l'Esprit-^aint « lui-même ! Car où avaient-ils découverl la « nature inspirée de ces présents, ces hommes (' qui sortaient de leur patrie, sans avoir en<( core vu Jésus, sans avoir puisé dans ses « regards la lumière qui dirigea si sûrement' <( le choix de leurs offrandes ! Tandis que l'E- « toile frappait les yeux de leur corps, plus « pénétrant encore, le rayon de la vérité ins« truisait leurs cœurs. Avant d'entreprendre « les fatigues d'une longue route, ils avaient « dé)à connu celui à qui étaient dus, par « l'Or, les honneurs de Roi ; par l'Encens, le
Si ces présents représentent merveilleusement les caractères de l'Homme-Dieu, ils ne sont pas moins remplis d'enseignements par les vertus qu'ils signifient, et que le divin Enfant reconnaissait et confirmait dans l'âme des Mages. L'Or signifie pour nous, comme pour eux, la charité qui unit à Dieu ; l'Encens, la prière qui appelle et conserve Dieu dans le cœur de l'homme ; la Myrrh, le renoncement, la souffrance, la mortification, par lesquels nous sommes arrachés à l'esclavage de la nature corrompue. Trouvez un coeur qui aime Dieu, qui s'élève à lui par la prière, qui comprenne et goûte la vertu de la croix : vous aurez en ce cœur l'offrande la plus digne de Dieu, celle qu'il agréera toujours.
Nous ouvrons donc aussi notre trésor , 6 Jésus ! et nous mettons à vos pieds nos présents. Après avoir confessé votre triple gloire de Dieu, de Prêtre et d'Homme, nous vous supplions d'agréer le désir que nous avons de répondre par l'amour à l'amour que vous nous témoignez ; nous osons même vous dire que nous vous aimons, ô Dieu! 6 Prêtre ! 6 Homme ! Augmentez cet amour que votre grâce a fait naître. Recevez aussi notre prière, tiède et imparfaite, mais cependant unie à celle de votre Eglise. Enseignez-nous à la rendre digne de vous, et proportionnée aux effets que vous voulez qu'elle produise; formez-la en nous, et qu'elle s'élève isans cesse de notre cœur, comme un nuage de parfums. Recevez enfin l'hommage de nos cœurs contrits et pé2 00 Le Temps de Noël.
nitents, la volonté que nous avons d'imposer à nos sens le frein qui les règle, l'expiation qui les puritîe.
Illuminés par les hauts mystères qui nous révèlent la profondeur de notre misère et l'immensité de votre amour, nous sentons qu'il nous faut, plus que jamais, nous éloigner du monde et de ses convoitises, et nous attacher à vous. L'Etoile n'aura pas lui en vain sur nous; elle ne nous aura pas en vain conduits jusqu'à Bethléhem, où vous régnez sur les cœurs. Quand vous vous donnez vousmême, ô Emmanuel ! quelstrésors pourrionsnous avoir que nous ne devions être prêts à déposer à vos pieds?
Protégez notre offrande, ô Marie ! Celle des Mages, accompagnée de votre médiation, fut agréable à votre Fils ; la notre, présentée par vous, trouvera grâce, malgré son imperfection. Aidez notre amour par le vôtre ; soutenez notre prière par l'intervention de votre Cœur maternel ; fortifiez-nous dans la lutte avec le monde et la chair. Pour assurer notre persévérance, obtenez-nous de ne jamais oublier les doux mystères qui nous occupent présentement ; qu'à votre exemple, nous les gardions toujours gravés dans notre cœur. Qui oserait offenser Jésus dans Bethléhem? qui pourrait refuser quelque chose à son amour, en ce moment où, sur vos genoux maternels, il attend notre offrande ? O Marie ! ne nous laissez jamais oublier que nous sommes les enfants des Mages, et que Bethléhem nous est toujours ouverte.
Pour épancher les sentiments de joie et d'admiration que nous causent de si inefSixième Jour dans l'Oct. de V Epiphanie. 201
fables merveilles, empruntons la voix de la Liturgie; et chantons d'abord cette Hymne de la naissance que nous a laissée le saint Evêque de Poitiers, Venance Fortunat :
QUE le monde entier se réjouisse en apprenant l'arrivée de celui qui est la récompense de vie ; après le joug d'un ennemi farouche, la rédemption nous apparaît.
Ce qu'avait chanté Isaïe, s'accomplit dans la Vierge ; l'Ange lui a annoncé le mystère ; l'Esprit-Saint l'a remplie de sa vertu.
Marie conçoit dans ses entrailles ; sa foi dans la parole a été féconde ; celui que le monde entier ne peut contenir est contenu au sein d'une "Vierge.
La tige de Jéssé a fleuri, la branche a porté son fruit ; la Mère féconde a mis au jour son Fils, et la Vierge a gardé son intégrité.
Il s'est laissé placer dans une crèche, celui qui est l'auteur de la lumière ; avec son Père il a créé les deux ; la main de sa Mère l'a enveloppé de langes.
AGNOSCAT omne saeculum Venisse vitœ praemium ; Post hostis asperi jugum Apparuit redemptio.
Esaias quae cecinit Compléta sunt in Virgine : Annuntiavit Angélus, Sanctus replevit Spiritus.
Maria ventre concipit Verbi fidelis semine : Quem totus orbis non
Radix Jesse floruit, Et virga fructum edidit ; Fœcunda partum protulit. Et virgo mater permanet.
Praesepe poni pertulit Qui lucis auctorexstitit, Cum Pâtre cœlos condidit, Sub Matre pannos induitLe Temps de Noél,