L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 186)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Prolem tuam laudamus, o benedicta, per quam ab antiqua damna= tione redempti sumus ; te

vero beatificamus, o divina fel'citate cumulatissima : quam solara dilexit ille qui est benedictus, ac supergloriosus.

Fluvium perennem nobis effundis recurren'ibus ad te, o casta ; cujus uberem gratiam delibantes. partum tuum laudamus, o inviolatissima, et superexaltamus in omnia saecula.

Lucis habitaculum venter tuus factus est, per quam sedentes in tenebrisviderunt lumen . unde te incessabili voce semper laudamus, o Dei Mater ; et cum afFectu veneramur te spem animarum nostrarum.

bienheureuse, ô toi ! qui es comblée des félicités divines, toi qu'a aimée uniquement celui qui est béni et glorieux par-dessus toutes choses.

Tu épanches sur nous, qui recourons à toi, un fleuve intaricsable, ô très chaste ! Nous nous y désaltérons dans les flots abondants de la grâce ; nous louons ton enfantement, ô immaculée ! nous l'exaltons dans tous les siècles.

Ton sein est devenu le séjour de la Lumière, qui est venue éclairer ceux qui étaient assis dans les ténèbres ; c'est pourquoi, d'une voix incessante, nous te louons à jamais, ô Mère de Dieu ! et nous te vénérons avec amour comme l'espoir de nos âmes.

L'Eglise fait aujourd'hui la mémoire de saint Hygin, Pape et Martyr. Ce saint Pontife occupa la chaire Apostolique sous le règne d'Antonin, et termina par le martyre un Pontificat de quatre années. La plupart de ses actions nous sont restées inconnues; mais nous vénérons en lui un des anneaux de cette sublime succession de Pontifes qui nous rattache, par saint Pierre, à Jésus-Christ. Plein, de fidélité et de force, il porta tout le poids de l'Eglise, à cet âge des persécutions durant lequel le Pontife suprême fut constamment une victime vouée a la mort. Il obtint de bonne heure la palme immortelle, et alla rejoindre, aux pieds de l'Emmanuel, les trois

Mages qui avaient annoncé le salut à la Grèce, sa patrie. Prions-le d'accompagner de ses vœu-s l'offrande que nous faisons au divin Enfant, dans ces jours où il ne nous demande pas notre sang par le martyre, mais nos cœurs par la charité.

» iO E saint a combat<«-* t u jusqu'à la mort pour la loi de son Dieu, et n'a point craint les menaces des impies ; car il était fondé sur la pierre ferme.

Dieu tout-puissant, regardez notre infirmité, et parce que nous sommes accablés sous le poids de nos péchés, faites que nous soyons fortifiés par la glorieuse intercession du bienheureux Hygin, votre Martyr et Pontife. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Aki-t T s te Sanctus ^^^- 1 pro lege De» sui certavit usque ad mortem, et a verbis impiorum non timuit : fundatus enim erat supra firmam petram.

Infirmitatem nostram respice, omnipotens Deus, et quia pondus propriae actionis gravât, beati Hygini Martyris tuiatque Pontificis iatercessio gloriosa nos protegat. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

AYANT déposé leurs offrandes aux pieds de rEmmanuel, comme le signe de l'alliance qu'ils contractent avec lui au nom du genre humain, comblés de ses plus chères bénédictions, les Mages prennent congé de ce divin Enfant y car telle est sa volonté. Ils s'éloignent enfin de Bethléhem ; mais désormais la terre entière leur paraît vide et déserte. Comme ils désireraient fixerleur séjour auprès du nouveau Roi, dans la compagnie de son ineffable Mère ! Mais le plan du salut du monde exige que tout ce qui sent l'éclat €t la gloire humaine soit loin de celui qui est venu chercher nos abaissements.

Il faut d'ailleurs qu'ils soient les premiers messagers de la parole évangélique; qu'ils aillent annoncer dansla Gentilité que leMystère du salut est commencé, que la terre possède son Sauveur, que le salut est à la porte. L'Etoile ne marche plus devant eux ; elle n'est plus nécessaire pour les conduire à Jésus ; ilsleportent maintenant et à jamais dans leur cœur. Ces trois hommes prédestinés sont donc déposés au sein de la Gentilité, comme ce levain mystérieux de l'Evangile, qui, malgré son léçer volume, procure la fermentation de la pâte tout entière. Dieu bénit à cause d'eux les n.iSeptième Jour dans l'Oct. de V Epiphanie. 2 1 3

lions de la terre ; à partir de ce jour, l'inîidé'lité diminue, insensiblement la foi monte ; et quand le sang de l'Agneau aura été versé, quand le baptême aura été promulgué, les Mages, inities aux derniers mystères, ne seront plus seulement hommes de désirs, mais chrétiens parfaits.

Une ancienne tradition chrétienne, que nous voyons déjà rappelée par l'auteur de YOuvrage imparfait sur saint Matthieu inséré dans toutes les éditions de saint Jean Chrysostome, et qui paraît avoir été écrit vers la fin du vr siècle ; cette tradition, disons-nous, porte que les trois Mages furent baptisés par l'Apôtre saint Thomas, et qu'ils se livrèrent à la prédication de l'Évangile. Quand bien même cette tradition n'existerait pas, il est aisé de comprendre que la vocation de ces trois Princes ne devait pas se borner à visiter, eux premiers des Gentils, le Roi éternel manifeste sur la terre une nouvelle mission, celle d^ l'apostolat, découlait tout naturellement de la première

De nombreux détails sur la vie et les actions des Mages devenus chrétiens sont arrivés jusqu'à nous ; nous nous abstenons cependant de les relater ici, attendu qu'ils ne sont ni assez anciens, ni assez graves, pour que l'Eglise ait cru devoir en faire usage dans sa Liturgie. Il en est de même de leu'rs noms, Melchior, Gaspar, Balthasar : l'usage en est trop récent; et s'il nous paraît téméraire de les attaquer directem.ent, il nous semblerait aussi trop difficile d'en soutenir la responsabilité.

adorateurs du Seigneur nouveau-né, ilsfurent transportés de Perse à Constantinople sous les premiers Empereurs Chrétiens, et reposèrent longtemps dans l'Eglise de Sainte-Sophie. Plus^ard, sous l'Evêque Eustorge, Milan les vit transférer dans ses murs; et ils y restèrent jusqu'au xii' siècle, où, avec le concours de Frédéric Barberousse, Reinold, archevèaue de Cologne, les plaça dans l'E- glise cathédrale de cette auguste Métropole. C'est là qu'ils reposent encore aujourd'hui dans une magnifique châsse, le plus beau monument, peut-être, de l'orfèvrerie du moyen âge, sous les voûtes de cette sublime Cathédrale qui, par sa vaste étendue, la hardiesse et le caractère de son architecture, est l'un des premiers temples de la chrétienté.

Ainsi, nous vous avons suivis, ô Pères des nations, du fond de l'Orient jusqu'en Bethléhem ; et nous vous avons reconduits dans votre patrie, et amenés enfin au lieu sacré de votre repos, sous le ciel glacé de notre Occident. Un amour filial nous attachait à vos pas ; et d'ailleurs ne cherchions-nous pas nous-mêmes, sur vos traces, ce Roi de gloire auprès duquel vous aviez à nous représenter? Bénie soit votre attente, bénie votre docilité à l'Etoile, bénie votre dévotion aux pieds du céleste Enfant, bénies vos pieuses offrandes qui nous donnent la mesure des nôtres! O Prophètes ! qui avez véritablement prophétisé les caractères du Messie par le choix de vos dons; ô Apôtres ! qui avez prêché, jusque dans Jérusalem, la Naissance du Christ sous les langes de son humilité, du Christ que les Disciples n'annoncèrent qu'aSeptième Jour dans COct. de V Epiphanie. 2 15

près le triomphe de sa Résurrection, ô fleurs de la Gentilité! qui avez produit de si nombreux et de si précieux fruits ; car vous avez produit pour le Roi de gloire des nations entières, des peuples innombrables : veillez sur nous, protégez les Eglises. Souvenez-vous de cet Orient du sein duquel vous êtes venus, comme la lumière.; bénissez l'Occident plongé encore dans de si épaisses ténèbres, au jour où vous partiez à la suite de l'Etoile, et de^'enu depuis l'objet de la prédilection du divin Soleil. Réchauffez-y la foi qui languit ; obtenez de la divine miséricorde que toujours, et de plus en plus, TOccident envoie des messagers du salut, et au midi, et au nord, et jusque dans cet Orient infidèle, jusque sous les tentes de Sem, qui a méconnu la lumière que vos mains lui apportèrent. Priez pour l'Eglise de Cologne, cette illustre sœur de nos plus saintes Eglises de l'Occident ; qu'elle garde la foi, qu'elle ne laisse point s'affaiblir la sainte liberté, qu'elle soit le boulevard de l'Allemagne catholique, toujours ap' puyée sur la protection de ses trois Rois, sur le patronage de la glorieuse Ursule et de sa légion virginale. Enfin, o favoris du grand Roi Jésus, mettez-nous à ses pieds, offrez-nous à Marie ; et donnez-nous d'achever dans l'amour du céleste Enfant, les quarante jours consacrés à sa Naissance, et notre vie tout entière.

Pour finir cette journée, nous chanterons le grand Mystère de l'Epiphanie, en empruntant, encore une foi?, la voix mélodieuse des Eglisesdu Christ Le grand Fulbert de Chartres nous fournira l'Hymne suivante.

NUNTiUM vobis fero de supernis : Natus est Christus, Dominatororbis. In Bethlehem Judae ; sic enim Propheta Dixerat ante.

Les deux Oraisons suivantes sont extraites du Bréviaire Mozarabe.

JE viens du ciel pour apprendre la nouvelle : « Le Christ, le Seigneur du (I monde est né en Beth« léhem ; ainsi le Prophète <i l'avait annoncé. »

Ainsi chante, dans sa joie, le chœur angélique. L'étoile, à son tour, annonce le nouveau-né ; les princes de 10- rient viennent lui rendre leur culte par des présents mystiques.

A la divinité ils consacrent l'encens, au sépulcre la myrrhe, l'or à la royauté ;en adorant celui qui est unique, les trois Mages voulurent offrir trois dons au Dieu triple en personnes.

Chantons d 'un cœur plein de foi gloire à la triple Monade, au Dieu Père, au Fils divin, à l'Esprit oui procède Fils. "

la \\t ous êtes, ô Seigneur, l'éa- I ' toile de vérité qui se

lève de Jacob, l'homme qui sort du peuple d'Israël ; par ce. nouvel astre vous apparaissez Dieu ; dans la crèche vous vous manifestez Dieu et homme ; et nous vous croyons un seul Christ. Par votre grande miséricorde, daign-ez donc nous proroger la grâce de votre vision ; que le signe radieux de voire lumière brille en nous, qu^il enchâsse toutes les ténèbres des vices, afin que nous qui soupirons du désir de vous voir, nous soyons consolés par la récompense de votre vision. Amen.

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