L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 194)
Pour lui tu devins féconde, sans le secours humain, o Marie !
E troisième Mystère de l'Epiphanie nous montre la consommation des plans de la divine miséricorde sur le monde, en _^ même temps qu'il nous maniZ^ feste une troisième fois la gloire de l'Emmanuel. L'Etoile a conduit l'âme à la foi, l'Eau sanctifiée du Jourdain lui a conféré la pureté, le Festin Nuptial l'unit à son Dieu, Nous avons chanté l'Epoux sortant radieux au-devant de l'Epouse ; nous l'avons entendu l'appeler des sommets du Liban ; maintenant qu'il l'a éclairée et purifiée, il veut l'enivrer du vin de son amour. Un festin est préparé, un festin nuptial ; la Mère de Jésus y assiste ; car, après avoir coopéré au mystère de l'Incarnation du Verbe, il convient qu'elle soit associée à toutes les œuvres de son Fils, à toutes les faveurs
qu'il prodigue à ses élus. Mais, au milieu de ce festin, le vin vient à manquer. Jusqu'alors la Gentilité n'avait point connu le doux vin de la Charité ; la Synagogue n'avait produit que des raisins sauvages. Le Christ est la vraie Vigne, comme il le dit lui-même. Lui seul pouvait donner ce vin qui réjouit le cœur de rhomme (Psalm. cm), et nous présenter à boire de ce calice enivrant qu'avait chanté David. (PsALM.. xxii.)
Marie dit au Sauveur : « Ils n'ont point de vin ». C'est à la Mère de Dieu de lui représenter les besoins des hommes, dont elle est aussi la mère. Cependant, Jésus lui répond avec une apparente sécheresse : a Femme, qu'importe a moi et à vous ? Mon heure n'est pas encore venue ». C'est que, dans ce grand Mystère, il allait agir, non plus comme Fils de Marie, mais comme Fils de Dieu. Plus tard, à une heure qui doit venir, il apparaîtra aux yeux de cette même Mère, expirant sur la croix, selon cette humanité qu'il avait reçue d'elle. Marie a compris tout d'abord l'intention divine de son Fils, et elle profère ces paroles qu'elle répète sans cesse à tous ses enfants : Faites ce qu'il vous dira.
Or, il y avait làsixgrands vases de pierre, et ils étaient vides. Le monde , en effet, était parvenu à son sixième âge, comme l'enseignent saint Augustin et les autres docteurs après lui. Durant ces six âges, la terre attendait son Sauveur, qui devait l'instruire et la sauver. Jésus commande de remplir d'eau ces vases ; mais l'eau ne convient pas pour le festin de l'Epoux. Les figures, les prophéties de l'ancien monde étaient cette
eau ; et nul homme, jusqu'à l'ouverture du septième âge, où le Christ, qui est la Vigne, devait se communiauer, n'avait contracté l'alliance avec le Verbe divin.
Mais lorsque l'Emmanuel est venu, il n'a qu'une parole à dire ra Puisez maintenant ». Le vin de la nouvelle Alliance, ce vin qui avait été réservé pour la fin, remplit seul maintenant les vases. En prenant notre nature humaine, nature faible comme l'eau, il en a ménagé la transformation ; il l'a élevée jusqu'à lui, nous rendant participants de la nature divine (11 Petr. IV, i) ; il nous a rendus capables de contracter l'union avec lui, de former ce seul corps dont il est le Chef, cette Eglise dont il est l'Epoux, et qu'il aimait de toute éternité d'un si ardent amour, qu'il est descendu du ciel pour célébrer ces noces avec elle.
O sort admirable que le nôtre ! Dieu a daigné, comme dit l'Apôtre, « montrer les richesses de sa gloire sur des vases de miséricorde » (Rom. IX, 2'i). Les urnes de Cana, figures de nos âmes, étaient insensibles, et nullement destinées â tant d'honneur. Jésus ordonne à ses ministres d'y verser l'eau ; et déjà par cette eau, il les purifie ; mais il pense n'avoir rien fait encore tant qu'il ne lésa pas remplies jusqu'au haut de ce vin céleste et nouveau, qui ne devait se boire qu'au royaume de son Père. Ainsi la divine charité, qui réside dans le Sacrement d'amour, nous est-elle communiquée ; et, pour ne pas déroger à sa gloire, l'Emmanuel, qui veut épouser nos âmes, les élève jusqti'à lui. Préparons-les donc pour cette union , et selon le conseil de l'Apôtre, rendons-les sem» blables à cette Vier^;e pure qui est des25 0 Le Temps de Noël.
tinée à un Epoux sans tache. (II Cor. xi.^- Saint Matthieu, Evangéliste de l'humanité du Sauveur, a reçu de TÉsprit-Saint la charge de nous annoncer le Mystère de la foi par l'Etoile ; saint Luc, Evangéliste du Sacerdoce, acte choisi pour nous instruire du mystère de la Purification par les Eaux ; il appartenait au Disciple bien-aimé de nous révéler le mystère des Noces divines. C'est pourquoi, suggérant à la sainte Eglise l'intention de ce troisième mystère, il se sert de cette expression : Ce fut le premier des miracles de Jésus, et il y MANIFESTA sa gloire. A Bethléhem, l'Or et l'Encens des Mages prophétisèrent la divinité et la royauté cachées de l'Enfant ; sur le Jourdain, la descente de l'Esprit-Saint, la voix du Père, proclamèrent Fils de Dieu l'artisan de Nazareth ; à Cana, Jésus agit luimême et il agit en Dieu : « car, dit samt Au« gustin, celui qui transforma Teau en vin « dans les vases ne pouvait être que celui-là « même qui, chaque année, opère un prodige « semblable dans la vigne ». Aussi , de ce moment, comme le remarque saint Jean, « ses Disciples crurent en lui », et le collège apostolique commença à se former.
Nous ne devons donc pas nous étonner que, dans ces derniers temps, l'Eglise, enivrée des douceurs du festin de l'Emmanuel, et voulant accroître la joie et la solennité de ce jour, l'ait choisi de préférence atout autre pour recevoir la glorieuse mémoire du très saint Nom de Jésus. C'est au jour nuptial que le nom de l'Epoux devient propre à l'Epouse : ce nom désormais témoignera qu'elle est à lui. Elle a donc voulu l'honorer d'un culte spécial, et
L'ancienne alliance avait environné le Nom de Dieu d'une terreur profonde : ce nom était pour elle aussi formidable que saint, et l'honneur de le proférer n'appartenait pas à tous les enfants d'Jsraël. Dieu n'avait pas encore été vu sur la terre, conversant avec les hommes ; il ne s'était pas encore fait homme lui-même pour s'unir à notre faible nature : nous ne pouvions donc lui donner ce Nom d'amour et de tendresse que l'Epouse donne à l'Epoux,
Mais quand la plénitude des temps est arrivée, quand le mystère d'amour est sur lepoint d'apparaître, le Nom de Jésus descend d'abord du ciel, comme un avant-goût de la présence du Seigneur qui doit le porter. L'Archange dit à Marie : « Vous lui donnerez le Nom de Jésus » ; or, Jésus veut dire Sauveur. Que ce Nom sera doux à prononcer à l'homme qui était perdu ! Combien ce seul Nom rapproche déjà le ciel de la terre ? En est-il un plus aimable, un plus puissant ? Si, à ce Nom divin, tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers, est-il un cœur qui ne s'émeuve d'amour à l'entendre
grononcer ? Mais laissons raconter à saint ernard la puissance et la douceur de ce Nom béni. Voici comme il s'exprime, à ce sujet, dans son XV* Sermon sur les Cantiques i :
I. Nous empruntons la traduction de ce beau fragment, dont l'Eglise a inséré une partie dans l'Office du saint Nom de Jésus, aux Méditations sur la Vie de Noire-Seigneur, par saint Bonaventure, traduites par le R. P. Dom François Le Bannier.
« Le Nom de l'Epoux est une lumière, une « nourriture, un remède. Il éclaire, quand on « le publie ; il nourrit quand on y pense à part « soi ; et quand on l'invoque dedans la tribu« lation, il procure l'adoucissement et Tonc« tion. Parcourons, s'il vous plaît, chacune de (( ces qualités. D'où pensez-vous qu'ait pu se « répandre, par tout l'univers, cette si grande « et si soudaine lumière de la Foi, si ce n'est « de la prédication du Nom de Jésus ? N'est-ce « pas par la lumière de ce Nom béni, que Dieu (( nous a appelés en son admirable lumière? « De laquelle étant illuminés, et voyant en V cette lumière une autre lumière, nous oyons « saint Paul nousdircàbon droit: Vous ave^ « été jadis ténèbres; mais maintenant vous êtes « lumière dans le Seigneur.
« Or, le Nom de Jésus n'est pas seulement (( lumière ; ains encore, il est nourriture. « N'ëtes-vous donc pas confortés, toutes fois « et quantes que vous rappelez à votre coeur « ce doux Nom ? Qu'est-il au monde qui « nourrisse autant l'esprit de celui qui pense '< à lui ? Qu'est-ce qui, de la même sorte, « répare les sens affaiblis, donne de l'éner« gie aux vertus, fait florir les bonnes mœurs, « et entretient les honnêtes et chastes affec« tions? Toute nourriture de l'âme est sèche, « si elle n'est détrempée de cette huile; « elle est insipide, si elle n'est assaisonnée « de ce sel.
« Quand vous m'écrivez, votre récit n'a « Dour moi nulle saveur, si je n'y lis le « Nom de Jésus. Lorsque vous disputez ou (( conférez avec moi, le conteste n'a pour moi « aucun intérêt, si je n'y entends résonner le
« Nom de Jésus, Jésus est un miel à ma « bouche, une mélodie à mon oreille, une « jubilation à mon cœur ; oui même, outre (( ce, une médecine bienfaisante. L'un de « vous est-il triste ? Que Jésus vienne en son « cœur ; que de là il passe en sa bouche, et « incontinent, à la venue de ce divin Nom « qui est une vraie lumière, tout nuage s'en« fuit, la sérénité revient. Quelqu'un tombe« t-il dans le crime ; voire même, court-il, eh « se désespérant, au lacs de la mort ? S'il « invoque le nom de Jésus, ne recommen« cera-t-il f)as de suite à respirer et à vivre? « Qui jamais oncques demeura dedans Ten« durcissement du cœur, comme font tant « d'autres, ou bien de dans la torpeur de la « fétardie, la rancune ou la langueur de « l'ennui ? Quel est celui qui, par'aventure, « ayant à sec la source des larmes, ne l'ait « sentie soudainement couler plus abondante « et plus suave, sitôt que Jésus a été invoqué ? « Quel est l'homme qui, palpitant et s'alar« mant, au fort des périls, puis venant à invo« quer ce Nom de vaillance, n'a pas senti a tout aussitôt naître en soi la confiance et « fuir la crainte ? Quel est celui, je vous le « demande, qui, ballotté et flottant à la merci « des doutes, n'a pas, sur-le-champ, je le dis a sans balancer, vu reluire la certitude, à « l'invocation d'un Nom si éclatant ? Qui est« ce qui, durant l'adversité, écoutant la méc fiance, n'a pas repris courage, au seul son de « ce Nom de bon secours ? Par effet, ce sont ** là les maladies et langueurs de l'âme, et il « en est le remède « Certes, et je puis vous le prouver par
« ces paroles : Invoque-moi, dit le Seigneur, « au jour de la tribulation, et je fen tirerai, « et tu yn honoreras. Rien au monde n'arrête f( si bien l'impétuosité de la colère, et n'ac-- '( coise pareillement l'enflure de la superbe. « Rien aussi parfaitement ne guérit les plaies '( de la tristesse, comprime les débordements « de la paillardise, éteint la flamme de la « convoitise, étanche la soif de l'avarice, et « bannit toutes les démangeaisons des pas'( sions déshonnêtes. De vrai, auand je nomme
Jésus, je me propose un nomme débon< naire et humble de cœur, béni, sobre, -( chaste, miséricordieux, et, en un mot, bril■( lant de toute pureté et sainteté. C'est Dieu ('. lui-même tout-puissant qui me guarit par '< son exemple, et me renforce par son assis'( tance. Toutes ces choses retentissent à mon «. cœur, lorsque j'entends sonner le Nom de « Jésus. Ainsi, en tant qu'il est homme, j'en « tire des" exemples, pour les imiter; et en « tant qu'il est le Tout-Puissant, j'en tire un « secours assuré. Je me sers desdits exem« pies comme d'herbes médicinales, et du « secours comme d'un instrument pour les « broyer, et j'en fais une mixtion telle que (( nul médecin n'en saurait faire de semblable.
« O mon âme ! tu as un antidote excellent « caché comme en un vase, dans ce nom de « Jésus! Jésus, pour le certain, est un Nom « salutaire et un remède qui jamais oncques « ne se trouvera ineflicace pour aucune malais die. Qu'il soit toujoursen votre sein, toujours « à votre main : si bien que tous vos sentice mentsetvos actes soient dirigés vers Jésus. »
très saint Nom de Jésus, qui fut imposé à l'Emmanuel, le jour de sa Circoncision; mais, comme le jour de l'Octave de Noël est déjà consacré à célébrer la divine Maternité, et que le mystère du Nom de l'Agneau demandait à lui seul une solennité propre, la fête d'aujourd'hui a été • instituée. Son premier promoteur fut, au xv* siècle, saint Bernardin de Sienne, qui établit et propagea l'usage de représenter, entouré de rayons, le saint Nom de Jésus, réduit à ses trois premières lettres IHS, réunies en monogramme. Cette dévotion se répandit rapidement en Italie, et fut encouragée par l'illustre saint Jean de Capistran, de l'Ordre des Frères Mineurs, comme saint Bernardin de Sienne. Le Siège Apostolique approuva solennellement cet hommage au Nom du Sauveur des hommes ; et, dans les premières années du xvi« siècle. Clément VII, après de longues instances, accorda à tout l'Ordre de sain^t François le privilège de célébrer une fête spéciale en l'honneur du très saint Nom de Jésus,
Rome étendit successivement cette faveur à diverses Eglises; mais le moment devait venir où le Cycle universel en serait enrichi lui-même. Ce fut en 1721, sur la demande de Charles M, Empereur d'Allemagne, que le Pape Innocent XIII décréta que la Fête du très saint Nom de Jésus serait célébrée dans l'Eglise entière, et il la fixa au deuxième Dimanche après l'Epiphanie, dont elle complète si merveilleusement les mystères.
Nous donnons maintenant les diverses partics de l'Office de cette fête auxquelles les fidèles prennent part plus généralement.
L'Hymne et les trois Psaumes dont se compose l'Office de Tierce se trouvent cidessus, page 5i.
Ant Ç achez que le SeiO gneur, c'est Dieu lui-même ; celui dont le Nom est à jamais !
SciTOTE quia D om in us îpse est Deus, cujus Nomen in aeternum.
FRATRES, Christus humiliavit semetipsum, factus obediens usque ad mortem, mortem autem Crucis : propter quod et Deus exaltavit illum, et donavit illi Nomen quod est super omne nomen : ut in Nomine Jesu omne genu flectatur.
^. br. Sit Nomen Domini benedictum. ' Alléluia, alléluia. Sit Nomen.
MES Frères, le Christ s'est humilié lui-même, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix ; c'est pourquoi Dieu l'a exalté, et lui a donné un Nom qui est au-dessus de tout nom, afin que, au Nom de Jésus, tout genou fléchisse.