L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 203)
DEPUIS le jour où l'Eglise, mère féconde de tant d'hommes iljustres, réunit les Gaulois à son immense troupeau, quel homme parmi eux a été comparable à Hilaire ? Quel docteur a vengé avec plus de courage le Fils engendré par le Père ?
Célèbre, ô peuple fidèle, les titres de gloire qui le recommandent, la dignité de son élocution, les qualités nombreuses qui brillèrent en lui ; mais son suprême honEx quo Relligio, tôt procerum parens , Gallos addiderit Christiadum gregi, Quis par Hilario ? quis generosius Natum de Pâtre vindicat?
Si non tincta fuit sanguine profluo Clara fronte micans infula nobilis, Curis mille litat : martyrii decus Supplet continuas labor.
Hoc Nicasna fides vindice nititur ; Frustra tartareus concutit hanc furor ; Hic oris gladio fulgurat aureo, Vastantes abigens lupos.
Quo vultu reducem grex pius excipit ! Quas post longa metit
praelia laureas ! le, Martine, docet quam pede strenuo Virtutum rapias viam.
Pater in sinu, jEquum Principio, nuraine comparem : Sacro maximaFiaraini. Amen
neur, c'est la foi, par laquelle il proclame hautement le Fils de Dieu.
La mitre qui brille sur son auguste front n'a pas été teinte de son sang ; mais sa vie a été en proie à mille épreuves ; ses fatigues incessantes ont compensé pour lui 1 honneur du martyre.
La foi de Nicée resplendit par les efforts d'un tel vengeur ; en vain la fureur des enfers s'efforce d'en renverser le Symbole ; Hilaire lance les éclairs de sa parole semblable à un glaive d'or ; il chasse les loups dévastateurs.
Avec quel transport le fidèle troupeau reçoit, à son retour, le Pontife exilé ! A- près ses longs combats, que de lauriers Hilaire moissonne ! O Martin ! c'est alors qu'il t'enseigne à marcher d'un pas ferme dans le sentier des vertus.
Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l'Esprit divin 1
vTi la fraude, ni la faveur IM des princes, ni lenrs menaces, n'ébranlent l'athlète magnanime ; Pasteur, il est contraint par un ordre tyrannique de quitter son troupeau. Qui désormais repoussera la fureur des loups ?
Tu pars, ô Pontife ! Mais tandis que ton grand cœur se soumet à l'exil, la Gaule est baignée dans les larmes ; et la terre de Phrygie qui reçoit en toi un père, va se réjouir de posséder en toi le vengeur du 'Verbe.
Puissant Docteur, il illumine du flambeau d'une lumière nouvelle les ténèbres sous lesquelles se cachait l'erreur : ses eaux vives nettoient les pâturages souillés d'un impur limon ; il éclaire des nations que l'infidélité rendait encore féroces.
Il confirme dans la foi des pasteurs chancelants ; on voit revenir vers leurs troupeaux les gardiens timides que l'audace de l'hérésie en avait éloignés ; la voix d'Hilaire est pour eux la voix d'un père.
Sublime Pontife, qui. au plus haut des cieux, contemNON fraus magnanimum, nonfavoraut mina£, Athletam quatiunt : jussa
tyrannidis Explens, Pastor oves linquere cogitur ', Quis jam contineat lupos ?
lacrymas Fundat : terra Phrygum suscipiens patrem, Verbi vindice gaudeat.
Erroris latebras Doctor Hilarius Spargit luce nova, fonteque vivido Expurgat nocuis pascua faecibus : Gentes erudit efferas.
ad ovilia, Quos error timidos abstulerat procul, Et vocem patris audiunt.
Pater in sinu, iEquum Principio, numine comparem : Sacro maximaFlamini. Amen.
pies de près le Soleil de justice, obtiens qu'il daigne nous éclairer, ce Verbe dont tu nous as fait connaître l'essence.
Qu'ils tremblent en présence du prince de ce monde ceux qui ne goûtent que les choses terrestres ; pour Hilaire, il dédaigne les fureurs d'un César irrité ; il n'affirme qu'avec plus de liberté la pure foi du Christ.
Louange suprême au Père; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l'Esprit divin.
Ainsi a mérité d'être glorifié le saint Pontife Hilaire pour avoir conservé, par ses courageux efforts, et jusqu'à exposer sa tête, la foi dans le premier des mystères. Une autre gloire que Dieu lui a donnée est d'avoir fécondé, par sa vigueur, le grand principe de la liberté de l'EÎglise, principe sans lequel l'Epouse de Jésus-Christ est menacée de perdre, du même coup, la fécondité et la vie. Naguère, nous avons honoré la mémoire du saint martyr de Cantorbéry ; aujourd'hui, nous célébrons la fête d'un des plus illustres Confesseurs dont l'exemple l'éclaira et l'encouragea dans la lutte. L'un et l'autre s'inspiraient des leçons qu'avaient données
aux ministres du Christ les Apôtres euxmêmes, lorsqu'ils parurent pour la première fois devant les tribunaux de ce monde et prononcèrent cette grande parole, qu'zV vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. (Act. v, 29.) Mais les uns et les autres n'étaient si forts contre la chair et lé sang, que parce qu'ils étaient détachés|des biens terrestres, et avaient compris q^ue la vraie richesse du chrétien et du Pontite est dans l'humilité et le dénûment de la crèche, la seule force victorieuse dans la simplicité et la faiblesse de l'Enfant qui nous est né. Ils avaient tous goûté les leçons de l'école de Bethléhem, et voilà pourquoi aucune promesse d'honneurs, de richesses, de paix même, ne put les séduire. Avec quelle dignité cette nouvelle famille de héros du Christ se lève au sein de l'E- glise ! Si la politique des tyrans qui veulent paraître chrétiens, malgré le christianisme, leur refuse avec obstination la gloire du martyre, de quelle voix tonnante ne proclamentils pas la liberté due à l'Emmanuel et à ses ministres ! D'abord, il& savent dire aux princes, avec notre grand Evêque de Poitiers, dans son premier Mémoire à Constance : « Glorieux Auguste, votre sagesse singulière '( comprend qu'il ne convient pas, qu'il n'est (i pas possible de contraindre violemment des « nommes qui y répugnent de toutes leurs for« ces, à se soumettre, et à s'unir à ceux qui ne « cessent de répandre les semences corrom« pues d'une doctrine adultère. L'unique but « de vos travaux, de vos desseins, de votre « gouvernement, de vos veilles, doit être de « faire jouir des douceurs de la liberté tous
i> ceux à qui vous commandez. Pas d'autre « moyen d'apaiser les troubles, de réunir « ce qui a été disjoint avec violence, que de « rendre chacun exempt de la servitude, « et maître de sa vie. Laissez donc parvenir « aux oreilles de votre mansuétude toutes « ces voix qui crient : Je suis Catholique, « je ne veux pas être hérétique ; je suis Cnré(( tien, je ne suis pas Arien : je préfère mou'. rir en ce monde, plutôt que de laisser cor« rompre par la domination d'un homme la <( pureté virginale de la vérité. »
Et lorsque Ton faisait retentir aux oreilles d'Hilaire le nom profané de la Loi pour justifier la trahison dont l'Eglise était l'objet de la part de ceux qui pré^raient les bonnes grâces de César au service de Jésus-Christ, le saint Pontife, dans son Livre contre Auxence, rappelait avec courage à ses collègues l'origine de l'Eglise, qui n'a pu s'établir qu'à ï'encontre des lois humaines, et qui se fait gloire d'enfreindre toutes celles qui entraveraient sa conservation, ses développements et son action.
« Quelle pitié nous inspire toute cette peine « qu'on se donne de notre temps, et com« bien il nous faut gémir en considérant les « folles opinions de ce siècle, quand on ren« contre des hommes qui pensent que les tf choses humaines peuvent protéger Dieu, n et qui travaillent à défendre l'Eglise du « Christ par les movens de l'ambition sécu« lière ! Je vous le d^emande, à vous, Evêques, u de quel appui les Apôtres se sont-ils « servis dans la publication de l'Evan0 gile ? Quelles sont les puissances qui les ont