L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 204)
« aidés à prêcher le Christ, à faire passer « presque toutes les nations du culte des ido« les à celui de Dieu ? Obtenaient-ils quelques « dignités de la cour, eux qui chantaient « des hymnes à Dieu dans les prisons , sous « les chaînes, et après avoir été flagellés ? « Etait-ce par les edits du prince, que Paul
rassemblait l'Eglise du Christ ? Sans doute u'il agissait sous le patronage d'un Néron, 'un Vespasien, ou d'un Décius, de ces « princes dont la haine a fait fleurir la prédi« cation divine ! Ces apôtres, qui vivaient du « travail de leurs mains, qui tenaient leurs « assemblées dans des lieux secrets, qui par« couraient les villages, les villes, les nations, « par terre et par mer, en dépit des Sénatus« Consultes et des Edits royaux, ils n'avaient « sans doute pas les clefs du Royaume des (( Cieux ! Ou bien encore, ce n'est pas la « vertu de Dieu qui triomphait des passions « humaines, dans ces temps où la prédica« tion du Christ s'étendait en proportion « des défenses dont elle était l'objet ! »
Mais quand le moment est arrivé de s'adresser à l'Empereur lui-même, et de protester en face contre la servitude de l'Eglise, Hilaire, le plus doux des hommes, revêt cette indignation divine dont le Christ luimême parut animé contre les violateurs du Temple , et son zèle apostolique brave tous les dangers pour signaler les périls du système que Constance a inventé pour étouffer l'Eglise du Christ, après l'avoir flétrie.
« Le temps de parler est venu ; car le temps « de se taire est passé. Il nous faut attendre
« le Christ ; car le règne de l'Antéchrist a a commencé. Que les pasteurs poussent des « cris ; car les mercenaires ont pris la fuite. « Donnons nos vies pour nos brebis ; car les « voleurs sont entrés, et le lion furieux tourne « autour de nous. Allons au-devant du mar« tyre ; car l'ange de Satan est transformé « en ange de lumière.
« Pourquoi, Dieu tout-puissant, ne mavez« vous pas fait naître, et remplir mon minis« tère au temps des Néron et des Décius ? (( Plein du feu de l'Esprit-Saint, je n'eusse « pas craint le chevalet, au souvenir d'Isaie « scié en deux; le feu ne m'eût pas épou" vanté, à la pensée des Enfants Hébreux cnanc( tant au milieu des flammes ; ni la croix, ni (' le brisement des membres ne m'eussent « effrayé, en me rappelant le larron trans« féré dans le Paradis, après un semblable « supplice ; les abîmes de la mer, la fureur H des vagues n'eussent point affaibli mon « courage ; car l'exemple de Jonas et de Paul « aurait été là pour m'apprendre que vos fidè« les peuvent vivre sous les flots.
c( Contre vos ennemis avoués, j'aurais com« battu avec bonheur ; car je n'aurais pas eu « de doute qu'ils ne fussent de vrais persé« cuteurs, ceux qui m'auraient voulu con« traindre par les supplices, le fer et le feu, « à renier votre nom ; pour vous rendre té« moignage, notre mort seule aurait sufli, « Nous eussions combattu ouvertement et avec a confiance contre ceux qui vous renient, « contre des bourreaux, contre des meur« triers ; et nos peuples, avertis par la publi« cité de la persécution, nous eussent suivis
u comme leurs chefs, dans le sacrifice qui « vous rend témoignage.
« Mais aujourd'hui nous avons à combattre « contre un persécuteur déguisé, contre un « ennemi qui nous flatte, contre Constance ft l'Antéchrist, qui a pour nous, non des « coups, mais des caresses , qui ne proscrit « pas ses victimes pour leur donner la vie « véritable, mais les comble de richesses <( pour leur donner la mort, qui ne leur oc« troie pas la liberté des cachots, mais leur « donne une servitude d'honneurs dans ses (( palais ; qui ne déchire pas les flancs, mais « envahit les cœurs ; qui ne tranche pas la tète (( avec je glaive, mais tue l'âme avec son or ; <( qui ne publie pas d'édits pour condamner au « feu, mais allume, pour chacun, le feu de l'en« fer. Une dispute pas, dans la crainte d'être « vaincu ; mais il flatte pour dominer , il con« fesse le Christ, pour le renier , il procure « une fausse unité, afin qu'il n'y ait pas de « paix ; il sévit contre certaines erreurs, « pour mieux détruire la doctrine du Christ; « il honore les Evèques, afin qu'ils cessent « d'être Evêques , il bâtit des églises, tout « en ruinant la foi.
« Qu'on cesse de m'accuser de médisance, « de calomnie ; le devoir des ministres de la '( vérité est de ne dire que des choses vérita« blés. Si nous disons des choses fausses, nous « consentons à ce que nos paroles soient ré« putées infâmes ; mais si nous faisons voir « que tout ce que nous disons est manifeste, « nous n'avons pas dépassé la liberté et la moc( destie des Apôtres, nous qui n'accusons u qu'après un long silence.
« Je te dis hautement, Constance, ce que « j'aurais dit à Néron, ce que Décius et Maxi« mien auraient entendu de ma bouche : « Tu combats contre Dieu, tu sévis contre « l'Eglise, tu persécutes les saints, tu hais les « prédicateurs du Christ, tu enlèves la reli« gion ; tu es un tyran, sinon dans les choses « humaines, du moins dans les choses divines. (( Voilà ce que j'aurais dit en commun, à toi et (( à eux ; maintenant écoute ce qui t'est pro« pre. Sous le masque d'un chrétien, tu es « un nouvel ennemi du Christ ; précurseur X de l'Antéchrist, tu opères déjà ses odieux « mystères. \'ivant contre la foi, tu t'ingères « à en dresser des formules ; tu distribues les « évêchés à tes créatures ; tu remplaces les « bons par des méchants. Par un nouveau « triomphe de la politique, tu trouves le « moyen de persécuter sans faire de martyrs.
« Combien plus nous fûmes redevables à « votre cruauté, Néron, Décius, Maximien ! Par « vous, nous avons vaincu le diable. La piété « a recueilli en tous lieux le sang des mar« tyrs ; et leurs ossements vénérés rendent « témoignage de toutes parts. Mais toi, plus (( cruel que tous les tyrans, tu nous attaques « avec un plus grand' péril pour nous, et tu « nous laisses moins d'espoir pour le pardon. «( A ceux qui auraient eu le malheur d'être « faibles, il ne reste même pas l'excuse de « pouvoir montrer à l'éternel Juge la trace « des tortures et les cicatrices de leurs « corps déchirés, pour se faire pardonner « la faiblesse, en considération de la né« cessité. O le plus scélérat des hommes ! « tu tempères les maux de la persécution
« de telle sorte que tu enlèves l'indulgence « à la faute, et le martyre à la confession.
« Nous te reconnaissons sous tes vêtements « de brebis, loup ravissant ! Avec l'or de « l'Etat, tu décores le sanctuaire de Dieu: « tu lui offres ce que tu enlèves aux tem« pies des Gentils, ceque tu extorques par tes « édits et tes exactions. Tu reçois les Evè« ^ues par le même baiser dont le Christ a « été trahi. Tu abaisses ta tête sous la bé« nédiction, et tu foules aux pieds la foi, « tu fais remise des impôts aux clercs, pour « en faire des chrétiens renégats, tu re0 lâches de tes droits, dans le but de faire « perdre à Dieu les siens. »
Telle était la vigueur du saint évêque en face d'un prince qui finit par faire des martyrs, mais Hilaire n'eut pas seulement à lutter contre César. A toutes les époques, l'Eglise a renfermé dans son sein des demifidèles que l'éducation, une certaine bienséance, (Quelques succès d'influence et de talent, retiennent parmi les catholiques, mais que l'esprit du monde a pervertis. Ils se sont fait une Eglise humaine, parce que le naturalisme ayant faussé leur esprit, ils sont devenus incapables de saisir l'essence surnaturelle de la véritable Eglise. Accoutumés aux variations de la politique, aux tours habiles à l'aide desquels les hommes d'Etat arrivent à maintenir un équilibre passager à travers les crises, il leur semble que l'Eglise, dans la déclaration même des dogmes, doit compter avec ses ennemis, qu'elle pourrait se méprendre sur l'opportunité de ses résolutions, en un mot que sa précipitation peut
attirer sur elle, et sur ceux qu'elle compromettra avec elle, une défaveur funeste. Arbres déracinés^ dit un apôtre ; car en effet leurs racines ne plongent plus dans le sol qui les eût nourris et rendus féconds. Les promesses formelles de Jésus-Christ, la direction immédiate de l'Esprit-Saint sur l'E- glise, l'aspiration du vrai tidèle à entendre proclamer dans son complément la vérité qui nourrit la foi, en attendant la vision, la soumission passive due préalablement à toute détinition qui émane et émanera de l'Eglise jusqu'à la consommation du monde : tout cela pour eux n'appartient point à l'ordre pratique. Dans l'enivrement de leur politique mondaine et des encouragements qu'elle leur vaut de la part de ceux qui haïssent l'Eglise, ils se compromettent devant Dieu et devant l'histoire par les efforts désespérés qu'ils osent faire pour arrêter la promulgation de la vérité révélée.
Hilaire devait aussi les rencontrer sur son chemm, ces hommes qu'effrayait le consiibstantiel, comme d'autres se sont effarouchés de la transsubstantiation et de V infaillibilité Il s'opposa comme un mur d'airain à leurs
Pusillanimités et à leurs vulgaires calculs coutons-le lui-même commenté par le plus éloquent de ses successeurs « La paix, me « dites-vous ? n'allez-vous pas troubler la raix, « troubler l'union ?» — « C'est un beau « nom que celui de la paix ; c'est aussi o une belle chose que l'idée d'unité ; mais a qui donc ignore que , pour l'Eglise et « pour l'Evangile , il n'y a pas d'autre « unité et d'autre paix que 1 unité et la
« paix de Jésus-Christ ?» — « Mais, lui « objectait-on encore, ne savez-vous pas avec « qui vous vous mesurez, et n'avez-vous pas « peur ? » — « Oui, vraiment j'ai peur ■ j'ai « peur des dangers que court le monde , j'ai « peur de la terrible responsabilité qui pèse« rait sur moi par la connivence, par la « complicité de mon silence= J'ai peur enfin « du jugement de Dieu, j'en ai peur pour 0 mes frères sortis de la voie de la vérité, « j'en ai peur pour moi, dont c'est le devoir « de les y ramener » On ajoutait : « Mais « n'y a-t-il pas des réticences permises, des « ménagements nécessaires ? » Hilaire répondait que l'Eglise n'a vraiment pas besoin qu'on lui fasse la leçon, et qu'elle ne peut oublier sa mission essentielle. Or , cette mission, la voici ; « Ministres de la vérité, il {( nous appartient de déclarer ce qui estvrai. « Ministres veritatis decet ver a proferre ', » C'était donc avec raison, glorieux Hilaire, que l'Eglise de Poitiers vous adressait, dès les temps anciens, ce magnifique éloge que l'Eglise Romaine consacre à votre illustre disciple Martin : « O bienheureux Pontife ! « qui aimait de toutes ses entrailles le Christ « Roi, et qui ne ployait pas sous le faix du « commandement ! O âme très sainte ! que « le glaive du persécuteur n'a point séparée c( du corps, et qui cependant n'a pas perdu ce la palme du martyre ! » Si la palme vous a manqué, du moins n'avez-vous pas manI. Œuvres du Cardinal Pie, évêque de Poitiers, tome VI. Discours prononcé à Rome, dans l'Eglise de Saint-André délia Valle, le 14 janvier 1870.
que à la palme ; et la couronne dé Martyr, qui ceint le front de votre illustre frère Eusebe, ne convient pas moins à votre tète sacrée qu'entoure déjà l'auréole de Docteur Tant de gloire est due à votre courage dans la confession de ce Verbe divin dont nous honorons, en ces jours, les abaissements et l'ineffable enfance. Comme les Mages, vous n'avez point tremblé en présence d'Hérode ; et si les ordres de César vous exilèrent sur la terre étrangère, votre cœur se consola en songeant à l'exil de Jésus enfant, dans la terre d'Egypte. Obtenez-nous la grâce de comprendre, à notre tour, ces divins mystères Veillez aussi sur la foi des Eglises , et par votre suffrage puissant, conservez-y la connaissance et l'amour du divin Emmanuel. Souvenez-vous de celle que vous avez gouvernée, et qui se glorifie encore d'être votre fille , mais puisque l'ardeur de votre zèle embrassait la Gaule lout entière dont vous fûtes l'invincible boulevard, protégez aujourd'hui la France chrétienne. Qu'elle garde toujours le don de la foi ; que ses Evoques soient les athlètes courageux de la liberté ecclésiastique ; formez dans son sein des prélats puissants en œuvres et en paroles, comme Martin et comme vous, profonds dans la doctrine, et fidèles dans la garde du dépôt.
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Aux splendeurs radieuses de son Epiphanie l'Emmanuel associe en ce jour, avec Hilaire de Poitiers, un humble amant des vertus de la crèche. Soustrait par Dieu même à la rage des persécuteurs, Félix n'en a pas moins obtenu le titre de martyr pour son courage invincible dans des tourments et une captivité qui devaient naturellement aboutir à la mort. Déjà inscrit au ciel dans la blanche armée des athlètes du Seigneur, il devait encore longtemps réjouir et ^fortifier l'Eglise par l'exemple de cette pauvreté admirable, de cette humilité, de cette charité ardente qui lui donnent place, sur le cycle sacre, près de l'humble berceau du. Koi pacifique.
Il a aimé, il a suivi l'Enfant-Dieu dans son obscurité volontaire; et voilà qu'aujourd'hui ce Roi des anges et des hommes, manifesté au monde, adoré par les rois, partage avec lui la gloirede satriomphanteEpiphanie. .^« vainqueur je donnerai de s'asseoir avec moi dans mon trône, dit le Seigneur. (Apoc. m, 2 1 .) En qui plus qu'en Félix de Noie s'est réalisée sur terre la promesse bénie du divin chef à ses membres ? Un pauvre tombeau venait de recevoir la dépouille mortelle de l'humble prêtre de Campanie, qui semblait devoir y attendre, dans le silence et l'obscurité qu'il
avait tant aimée, le signal de la trompette de l'Ange au jour de la Résurrection. Soudain des miracles éclatants et nombreux illustrent cette tombe; le nom de Félix, porté en tous lieux, opère en tous lieux les mêmes prodiges de grâce ; à peine la paix est-elle rendue à l'EÎglise et au monde par l'avènement de Constantin à l'empire, que de toutes parts les peuples s'ébranlent ; des foules sans nombre affluent au tombeau du martyr ; Rome elle-même se dépeuple à certains jours, et l'antique voie Appienne, dont le sol disparaît sous les pas pressés des pèlerins, semble n'avoir jamais eu d'autre destination que de porter aux pieds de Félix les hommages, la reconnaissance et l'amour du monde entier. Cinq basiliques ne suffisent pas à l'immense concours ; une sixième s'élève, et une ville nouvelle couvre le champ solitaire où furent autrefois déposés les restes précieux du martyr. Pendant tout le quatrième siècle,
3ui à tant d'autres grandeurs joignit celle de onner son extension entière au grand mouvement des pèlerinages, la ville'de Noie en Campanie demeure pour l'Occident le principal centre, après Rome, de ces manifestations si catholiques de la foi chrétienne. « Heureuse ville de Noie », s'écrie un contemporain, témoin oculaire de ces merveilles, « heureuse ville, qui, par le bienheureux « Félix, est devenue la seconde après Rome « même, Rome la première autrefois par son 0 empire et ses armes victorieuses, la pre« mière encore aujourd'hui par les tombeaux « des Apôtres! » (PAVLiî^iy De S. Felice nata'itium Carmen II.)
Nous venons de citer Paulin, l'illustre consulaire dont le nom est à jamais inséparable de celui de Félix, Paulin que nous retrouverons, au Temps après la Pentecôte, donnant lui aussi au monde, sous le souffle du divin Esprit, d'admirables exemples de renoncement. Dans la fleur de sa brillante jeunesse, prévenu déjà par les honneurs et la gloire, Paulin, un jour, s'est rencontré près du tombeau de Félix; il a compris à ce tombeau la vraie grandeur et pénétré le néant des gloires humaines: le sénateur romain, le consul, le descendant des PaulEmile et des Scipion se voue à son vainqueur ; il sacrifiera tout, richesses, honneurs, patrie, à l'ambition d'habiter près de cette tombe; doué d'un talent poétique admiré dans Rome, il n'aura plus d'inspiration que pour chanter chaque année, au jour de sa tête, la gloire du bienheureux Félix, et se proclamer l'esclave, l'humble portier du serviteur du Christ. Tel est en ses saints le triomphe de l'Emmanuel; telle est la gloire des membres, en ces jours où le divin chef ne semble se manifester lui-même que pour les montrer, selon sa promesse, assis dans un même trône et recevant comme lui les hommages des peuples et des rois
Lisons maintenant le récit abrégé de la vie de saint Félix, que l'Eglise met aujourd'hui sous nos yeux :
FÉLIX, prêtre de Noie, s'élevant avec force contre les idoles, fut soumis à divers tourments par les infidèles, et jeté en prison. Délivré la
FELIX Nolanus Presbyter cum in idola vehementius inveheretur, ab infidelibus varie vexatus, in carcerem conji3o4
citur. Unde ab Angelo nocte eductus, quasrere jussus est Maximianum S'olae Episcopum . qa CLim senio confectus des peraret se ferre posse supplicia perscquentium se abdiderat in silvam Quo cum Félix, Deo duce, pervenisset. sanc tum Episcopum humi ja centem pêne mortuum videt quem recreatum, acsublatumin humeros, apud fidelem viduam reficiendum curavit. Sed cum is iterum idolorum cultores impietatisargueret, facto in ipsum impetu, fugiens in angusto duorum parietum intervalle se occultavit. Qui aditus cum repente aranearum telis pertextus visus esseï, nemini recentis latebras suspicionem reliquit. Inde igitur evadens Félix, in œ- dibus piœ mulieris très menses latuit. Cum vero Dei Ecclesia requiescere cœpisset, Nolam rediens, multisque ibi vitae exemplis, et doctrinae praeceptis, miraculisque ad Christi fidem conversis, constanter etiam recusato ejus urbis Episcopatu, obdormivit in Domino, sepultusque est prope Nolam, in loco quem in Pincis appellabant.