L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 206)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

angoisses, ils furent la providence des peuples par le charitable usage de leurs grandes propriétés, et l'honneur de la science par leurs immenses travaux sur l'antiquité ecclésiastique et sur l'hist' ire nationale.

Le monastère de Glanfeuil communiqua sa législation à tous nos principaux centres d'influence monastique : Saint-Germain de Paris, Saint-Denis en France, Marmoutiers, Saint-Victor de Marseille, LuxeuH, Jumièfes, Fleury, Corbie, Saint- Vannes, Moyenloutier, Saint-Wandrille, Saint-Vaast, la Chaise-Dieu, Tiron, Chezal-Benoît, le Bec, et mille autres Abbayes de France, se glorifièrent d'être filles du Mont-Cassin par le disciple chéri du grand Patriarche. Cluny, qui donna, entre autres, au Siège Apostol'ique, saint Grégoire VU et Urbain 11, se reconnut redevable à saint Maur de la Règle qui fit sa gloire et sa puissance. Que l'on compte les Apôtres, les Martyrs, les Ponti fes, les Docteurs, les Ascètes, les Vierges, qui s'abritèrent sous les cloîtres bénédictins de la France, pendant douze siècles; que l'on suppute les services rendus par les moines à notre patrie, dans l'ordre de la vie présente et dans l'ordre de la vie future, durant cette longue période : on aura alors quelque idée des résultats qu'opéra la mission de saint Maur, résultats dont la gloire revient tout entière au Sauveur des hommes, et aux mystères de son humilité, qui sont le principe de l'institution monastique. C'est donc glorifier l'Emmanuel que de reconnaître la fécondité de ses Saints, et de cclé'orer les merveilles qu'il a opérées par leur ministère.

Nous lirons maintenant le récit abrégé de la vie de saint Maur, dans les Leçons que lui consacre le Bréviaire monastique.

MAUR, Romain de naissance, eut pour père Eutychius, de l'ordre des Sénateurs. Encore enfant, il fut offert à Dieu par son père, pour vivre sous la discipline de saint Benoît. Formé à l'école d'un si grand et si habile maître, il atteignit le sublime degré de la perfection monastique avant même les premières années de l'adolescence, en sorte que Benoît lui-même admirait et recommandait ses vertus, ayant coutume de le proposer à l'imitation des autres, comme le modèle de l'observance régulière. Il macérait sa chair par le cilice, par les veilles et par un jeûne continuel, tandis qu'il récréait son esprit par une oraison assidue, par de pieuses larmes et par la lecture des saintes lettres. Durant le carême, il ne mangeait que deux fois la semaine, et en si petite quantité, qu'il semblait plutôt goiiter les mets que s'en nourrir. Il se tenait debout pour prendre son sommeil, et, lorsqu'une trop grande fatigue ly contraignait, il dormait assis. D'autres fois, il reposait sur un monceau de chaux et de sable

ALRLS Romanus a pâtre Eutychio, Senatorii ordinis, Deo, sub sancti Benedicti disciplina, puer oblatus. et in schola talis ac tanti morum magistri institutus, prius sublimem raonasticas perfectionis gradum, quam primos adolescentias annos, attigit ; adeo ut suarum virtutum admiratorem simul et prasconem ipsummet Benedictumhabuerit, qui eum velut observantiae regularis exemplar, caeteris ad imitandum proponere consueverat. Cilicio, vigiliis, jejuniis que carnem continuis atterebat, assidua intérim oratione, piis lacrymis, sacrarumque litterarum lectione recreatus- Per quadragesimambis tantum inhebdomada cibo ita parce utebatur, ut hune praegustare potius quam sumere videretur ; somnum quoque stando, vel cum nimia eum lassitudo compulisset , sedendo, alio autem tempore super aggestum calcis et sabuli strato cilicio recumbens, capiebat : sed ita modi3jh

cum, ut nocturnas lonfioribus semper precias, toîo etiam sœpe Î>salterio recitato, vigiias praeveniret.

ADMiRABlLis obedientiae spécimen dédit, cura périclitante in aquis Placido, ipse sancti Patris jussu super undas sicco vestigio ambulavit : et apprehensum caEillis adolescentulum, ostiam cruento gladio divinitus reservatam, ex aquis incolumem extraxit. Hinc eumobeximias virtutes beatus idem Pater sibi curarum consortem assumpsit : quem jam inde ab ipsis monasticae vitas tirociniis socium miraculorum adsciverat. Ad sacrum Levitarum ordinem ex ejusdem sancti Patris imperio promotus, stola quam lerebat, rauto puero vocem, eidemque claudo gressum impertivit.

M ISSUS in Galliam ab eodem sancto Benedicto, vix eam ingressus erat , cum triumphalem beatissimi Patris in cœlos ingressumsuspexit. Gravissimis subinde laboribus curisque perfunctus. Regulam ejusdem Legisque recouvrait un cilice. Le temps de son repos était si court, que toujours il faisait précéder l'office de la nuit par de longues prières, souvent même par l'entière récitation du psautier.

IL donna l'exemple d'une admirable obéissance, lorsque, par l'ordre du bienheureux Père, courant au lac dans les eaux duquel Placide était en péril, il marcha à pied sec sur les flots ; puis, saisissant l'enfant par les cheveux, il retira saine et sauve des eaux cette victime que Dieu réservait pour le tranchant du glaive. Ce furent ces excellentes vertus qui portèrent le bienheureux Père à l'associer à ses sollicitudes, comme déjà il l'avait associé à ses miracles dès son entrée dans la vie monastique. Elevé au degré sacré du Diaconat par le commandement du saint Patriarche, il rendit la parole et l'agilité à un enfant muet et boiteux, par le simple attouchement de son étole.

ENVOYÉ dans les Gaules par le même saint Benoit, à peine y était-il arrivé, qu'il eut révélation de l'entrée triomphante de son bienheureux Père dans les cieux. Après bien des sollicitudes et de pénibles travaux, il promulgua la Règle que le saint

Législateur lui avait donnée écrite de sa main. Il construisit à Glanfeuil, en Anjou, un célèbre monastère qu'il gouverna durant quarante ans ; et la renommée de son nom et de ses actions y brilla d'un tel éclat, que les plus nobles seigneurs de la cour du roi Théodebert volèrent sous ses étendards, pour servir dans une milice plus sainte.

DEUX ans avant sa mort, il abdiqua la conduite du monastère, et se retira dans une cellule proche d'un oratoire de Saint-Martin. Là, il s'exerça aux œuvres de la plus rigoureuse pénitence, et descendit dans l'arène pour combattre l'ennemi du genre humain qui menaçait de faire périr ses moines. Dans cette lutte, il eut pour consolateur un Ange de lumière, qui lui découvrit les ruses de l'esprit de malice, et aussi la volonté divine, et qui l'invita à conÎuérir la couronne avec ses lisciples. Ayant donc envoyé au ciel, comme les avant-coureurs de son triomphe, plus de cent de ces valeureux soldats qu'il devait suivre bientôt lui-même, il se fit porter dans l'oratoire, où, s'étant muni du sacrement de vie, étendu sur le cilice, semblable à une victime présentée à l'autel, il expira d'une mort précieuse, âgé de plus de

latoris manu exaratam datamque promulgavit . extructoque celebri monasterio, cui quadraginta annos praefuit, fama nominis sui factorumque adeo inclaruit, ut nobilissimi proceres ex aula Theodeoerti régis, in sanctiore militia merituri, ad ejus signa convolariat.

BIENNIO ante obitum abdicans se Monasterii regimine, in cellam sancti Martini sacello proximara secessit : ubi se in arctioris pœnitentiae operibus exercens, cum humani generis hoste, internecionem

monachis minitante, pugnaturus in arenam descendit. Qua in lucta solatorem Angelum bonum habuit qui, mali astus, divinumque illidecretum aperiens, eum una cum discipulis ad coronam evocavit. Quare cum emeritos milites supra centum dux ipse brevi secuturus, veluti totidem triumphi sui antecessores, in coelum praemisisset : in Oratorium deferri voluit, ubi vitas sacramento munitus, substratoque cilicio recubans, ad aram ipse victima, pretiosa morte procubuit

soixante-dix ans, ayant pro[)agé merveilleusement dans es Gaules la discipline monastique, et étant devenu célèbre par d'innombrables miracles avant et après sa mort.

Nous donnons ici un choix d'Antiennes extraites de l'Office Monastique de saint Maur.

septuagenano major, postquam in Galliis monasticam disciplinam mirifice propagasset, innumeris ante et post obitum clarus miraculis.

BEATUS Maurus patricio génère illustris, a puero majores divitias aestimavit thesauris mundi. improperium Christi Domini.

Induit eum Dominus stola sancta Levitarura, qua claudos fecit ambulare, et mutos loqui.

In Franciam missus, doctrinam Regulae quasi antelucanura illuminavit omnibus, et enarravit eam usque ad longinquum.

Floro, primariisque Regni proceribus decorata exsultabat. et florebat quasi lilium novi cœnobii solitude.

Quos in Christo genuerat filios. morti proximus in cœlum prasmisit. et inter preces corpus ad aras, animam cœlo deposuit. Alléluia.

LE bienheureux Maur, illustre par son origine patricienne, ostima, dès son enlance, les humiliations du Seigneur Christ un plus grand irésor que toutes les richesses du monde.

Le Seigneur le revêtit de l'étole sainte des Lévites, par Taîtoucheraent de laquelle il tit marcher les boiteux et parler les muets.

Envoyé en France, il y fit briller la doctrine de la Règle comme l'aurore d'un nouveau soleil, et il la propagea jusqu'en de lointaines contrées.

La solitude du nouveau monastère, embellie par la présence de Florus et des premiers seigneurs du royaume, tressaillait d'allégresse, et fleurissait comme un lis.

Près de mourir, il envoya devant lui dans les cieux les fils qu'il avait engendrés en Jésus-Christ ; et, au milieu des prières, laissant son corps au pied des autels, son àme s'envola au ciel. Alléluia

O très digne disciple du Père Benoît! qu'il a laissé pour héritier de son esprit, afin qu'il fût. dans les Gaules, le premier Apôtre de la sainte Règle, et l'admirable propagateur de l'Ordre Monastique. Alléluia.

O l'heureux homme 1 qui, méprisant le siècle, porta avec amour le joug de la sainte Règle, et obéissant jusqu'à la mort, se renonça lui-même pour s'attacher tout entier au Christ ! Alléluia.

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