L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 208)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Hic gentilitiis major honoribus, Spretis laetus adit claustra palatiis,

Ç^ AULE, consacre tes chants ^-*^ à la gloire de Maur ; c'est lui qui t'enrichit d'une nouvelle famille ; gardien de ton illustre empire, il protège, par sa tombe sacrée, les lis de tes rois.

Plus grand que les honneurs de sa naissance, il méprise les palais, et s'enfuit joyeux sous l'ombre du cloître;

les délices, les héritages, la pourpre, il foule tout aux pieds, pour porter le joug du Christ.

Plein de zèle, il exprime dans ses actions les traits du bienheureux Père ; dans " la vie merveilleuse d'un enfant, brille la règle de la vie monastique.

Dur à lui-même, îI se couvre d'un cilice ; pour toujours il s'enchaîne sous la loi du silence; la nuit, il veille dans la prière, et le jeûne remplit ses journées.

A Tordre du Père, il vole, intrépide, et d'un pied sec, il foule les eaux ; il arrache et sauve Placide de l'abîme, et revient, comme Pierre autrefoisQue l'éternel honneur de la louange à vous soit rendu, ô Trinité, qui rassasiez les habitants du ciel de la lumière de votre visage ; accordez à vos serviteurs d'arriver à la récompense de Maur, par le sentier de la Règle sainte. Amen.

Sancti propositam Patris imaginera Gestis comparibus sedulus exprimit ; Spectaidis pueri lucet in

Dum jussis patriis excitus advolat, Sicco calcat aquas impavidus pede, Educit Placidum gurgite

Laudum jugis honor sit tibi Tnnitas, Quae vultus satias lumine cœlites : Da sanctœ famulis tramite Regulae Mauri praemia consequi. Amen.

Qu'il kit fécond votre Apostolat, ô sublime disciple du grand Benoît! Qu'elle est innombrable l'armée des saints qui sont sortis de

vous et de votre illustre Père î La Règle que vous avez promulguée a été véritablement le salut des peuples de notre patrie , et les sueurs que vous avez versées sur l'héritage du Seigneur n'ont pas été stériles Mais quand, du séjour de la gloire, vous considérez la France jadis couverte de cette multitude innombrable de monastères, du sein desquels la louange divine montait sans cesse vers le ciel, et que vous n'apercevez plus que les ruines des derniers de ces sacrés asiles, ne vous tournez-vous pas vers le Seigneur, pour lui demander que la solitude refleurisse entin ? Où sont ces cloîtres où s'élevaient les Apôtres des nations, les Pontifes éclatants de doctrine, ces défenseurs intrépides de la liberté de l'Eglise, ces Docteurs de toute science, ces héros de la sainteté qui vous appelaient leur second père ? Qui nous rendra ces fortes maximes de la pauvreté, de l'obéissance, du travail et de la pénitence, qui ravirent d'admiration et d'amour tant de générations, et poussaient vers la vie monastique tous les ordres dé la société à la fois ? En place de cet enthousiasme divin, nous n'avons plus que la timidité du cœur, l'amour d'une vie terrestre, la recherche de jouissances, l'horreur de la croix, et tout au plus les habitudes d'une piété molle et stérile. Priez, ô grand Maur, pour que ces jours soient abrégés , obtenez que les mœurs chrétiennes de notre temps se retrempent à l'étude de la sainteté ; qu'un peu de force renaisse dans nos cœurs attiédis. Les destinées de l'Eglise, qui n'attendent que des hommes courageux, redeviendront

alors aussi grandes, aussi belles que nous les espérons dans nos rêves impuissants. Que, par vos prières, le Seigneur daigne nous rendre l'élément monastique dans sa pureté et sa vigueur, et nous serons sauvés; et la décadence morale qui -nous désole, au milieu même des progrès de la foi, s'arrêtera dans son cours. Faites-nous connaître, ô Maur, le divin Enfant ; initiez-nous à sa doctrine et à ses exemples; alors nous comprendrons que nous sommes la race des saints, et qu'il nous faut marcher, comme le Chef de tous les saints, à la conquête du monde par les moyens qu'il a employés lui-même.

u glorieux Pape et Martyr Hygin, vient P^ s'adjoindre sur le Cycle son vaillant successeur Marcel ; tous deux viennent faire hommage de leurs clefs au Chef invisible de l'Eglise ; leur frère Fabien les suivra de près. Tous trois, émules des Mages, ils ont offert leur vie en don à l'Em.manuel.

Marcel a gouverné l'Eglise à la veille des jours de paix qui bientôt allaient se lever. Encore quelques mois, et le tyran Maxence tombait sous les coups de Constantin, et la croix triomphante brillait sur le Labarum des légions. Les moments étaient courts pour le martyre ; mais Marcel sera ferme

Jusqu'au sang, et méritera d'être associé à ^tienne, et de porter comme lui la palme près du berceau de l'Enfant divin. Il soutiendra la majesté du Pontificat suprême en face du tyran, au milieu de cette Rome qui verra bientôt les Césars s'enfuir à Byzance, et laisser la place au Christ, dans la personne de son Vicaire. Trois siècles se sont écoulés depuis le jour où les édits de César Auguste ordonnaient le dénombrement universel qui amena Marie en Bethléhem, où elle mit au monde un humble enfant; aujourd'hui, l'empire de cet enfant a dépasse les limites de celui des Césars, et sa victoire va éclater.

Après Marcel va venir Eusèbe ; après Eusèbe, Melchiade qui verra le triomphe de l'Eglise.

Les Actes de saint Marcel se lisent ainsi dans les Leçons de son Office.

•» M.RCEL, Romain de naisJVl sance, exerça le Pontificat depuis Constance et Galérius jusqu'à Maxence. Ce fut par ses exhortations que Lucine, Dame Romaine, institua l'Eglise de Dieu héritière de ses biens. Le nombre des fidèles s'étant accru dans Rome, il établit pour leur utilité de nouveaux Titres; c'étaient comme autant de districts nouveaux, destinés également à faciliter la sépulture des Martyrs et l'administration du baptême et de la pénitence aux récents convertis. Maxence, irrité, menace Marcel des plus rigoureux supplices, s il ne dépose le Pontificat et s'il ne sacrifie aux idoles.

CMME Marcel méprisait les paroles insensées d'un homme, le tyran l'envoya au lieu où étaient renfermées les bêtes qu'on nourrissait aux dépens du public, et lui en donna la charge. Marcel y passa neuf mois, en jeûnes et en prières continuels, visitant par ses lettres les Eglises qu'il ne pouvait visiter en personne. Ayant été tiré de

■jy *ARCELLUS,Romanus, 1»1 a Constantio et Galerio usque ad Maxentium Pontificatum gessit. Cujus hortatu, Lucina, matrona romana, bonorum suorum Dei Ecclesiam fecit hasredera. Aucto in Urbefidelium numéro, ad eorum utilitatem, ad baptismum pœnitentiamque dandam iis qui Christianam religionem susciperent, et ad Martyrum sepulturam, novos Titulos instituit, et quasi altéras diœceses distribuit. Quibus rébus ira incensus Maxentius, Marcello gravia supplicia minatur, nisi, deposito Pontificatu,idolis immolaret.

cum insanas homiis voces negligeret, misTl eum in catabulum, ut bestiarum, quae publice alebantur, curam sustineret. Ubi Marcellus assiduis jejuniis et precibus novem menses vitam duxit, parochias, quas praesens non poterat, visitans per epistolas. Inde ereptus a clericis, hospiLe Temps de Noél.

tio recipitur a beata Lucina : in cujus aedibus Ecclesiam dedicavit. quae hodie Titulo sancti Marcelli nominatur : in qua et Christian! orabant, et ipse beatus Marcellus prxdicabat.

OUIBUS cognitis, Maxentius in eam Ecclesiam catabuli bestias transferri, et a Marcello custodiri jubet : ubi loci fœditate, multisque aerumnis afflictus, abdormivit in Domino. Cujus corpus in cœmeterioPriscillae, via Salaria, a beata Lucina sepultum est decimoseptimo kalendas februarii. Sedit annos quinque, mensem unum, dies viginti quinque. Scripsit epistolam ad E- piscoposAntiochenae provinciae de Primatu Romana? Ecclesiae , quam Caput Ecclesiarum aprellandam demonstrat. Ubi etiam illud scriptum est, nullum concilium jure celebrari, nisi ex auctoritate Romani Pontificis. Ordinavit mense decembri Romae Presbytères viginti quinque, Diacono3 duos, Episcopos per diversa loca viginti unum.

là par quelques clercs, et la bienheureuse Lucine l'ayant reçu chez elle, il dédia, dans la maison de cette sainte femme, une Eglise qui est aujourd'hui le Titre de SaintMarcel, où les Chrétiens allaient faire leurs prières, et on le saint Pape prêchait luimême.

MAXENCE, ayant appris ces choses, fait amener dans cette Eglise les bêtes des écuries publiques, et commande qu'elles soient gardées par Marcel, qui, étant incommodé de l'infection du lieu, et accablé de tribulations, s'endormit dans le Seigneur. Son corps fut enseveli parla bienheureuse Lucine, au cimetière de Pris.cille, sur la voie Salaria, le dix-sept des halendes de février. Il siégea cinq ans, un mois et vingtcinq jours. Il écrivit une lettre aux Evêques de la province d'Antioche, sur la primauté de l'Eglise Romaine, qu'il démontre devoir être appelée le Chef des Eglises. Il y est aussi écrit qu on ne peut, de droit, célébrer aucun Concile sans l'autorité du Pontife Romain. Il ordonna à Rome, au mois de décembre, vingt-cinq Prêtres, deux Diacres, et vingt et un Evêques pour divers lieux.

Quelles furent vos pensées, ô glorieux Marcel, lorsque l'impie dérision d'un tyran vous enferma en la compagnie de vils animaux ? Vous songeâtes au Christ, votre maître, naissant dans une étable, et étendu dans la crèche à laquelle étaient attachés aussi des animaux sans raison. Bethléhem vous apparut avec toutes ses humiliations, et vous reconnûtes avec joie que le disciple n'est pas au-dessus du maître. Mais de l'ignoble séjour où le tyran avait cru renfermer la majesté du Siège Apostolique, elle allait bientôt sortir affranchie et glorifiée, aux yeux de la terre entière. Rome chrétienne, abaissée en vous, allait être reconnue comme la mère de tous les peuples, et Dieu n'attendait plus qu'un moment pour livrer à vos successeurs les palais de cette fière cité qui n'avait pas encore le secret de sa destinée. Comme l'Enfant de Bethléhem, ô Marcel, vous avez triomphé par vos abaissements. Souvenez-vous de l'Eglise qui vous est toujours chère; bénissez Rome qui visite avec tant d'amour le lieu sacré de vos combats. Bénissez tous les fidèles du Christ qui vous demandent, dans ces saints jours, de leur obtenir la grâce d'être admis à faire leur cour au Roi nouveau-né. Demandez-lui pour eux la soumission à ses exemples, la victoire sur l'orgueil, l'amour de la croix, et le courage de demeurer fidèles dans toutes les épreuves.

Aujourd'hui , l'Ox'-ient et l'Occident s'unissent pour célébrer le Patriarche des Cénobites , le grand Antoine, Avant lui , la profession monastique existait déjà, comme le démontrent d'irrécusables monuments ; mais il apparaît comme le premier des Abbés, parce que le premier il a établi sous une forme permanente les familles de moines, livrés au service de Dieu, sous la houhette d'un pasteur.

D'abord hôte sublime de la solitude, et fameux par ses combats avec les démons , il a laissé se réunir autour de lui les disciples que ses œuvres merveilleuses et l'attrait de la perfection lui avaient conquis ; et le désert a vu, par lui , commencer les monastères. L'âge des Martyrs touche à sa lin ; la persécution de Dioctétien sera la dernière ; il est temps pour la Providence , qui veille sur l'Eglise, d'maugurer une milice nouvelle. Il est temps que le caractère du moine se révèle puoliquement dans la société chrétienne ; les Ascètes, même consacrés, ne suffisent plus. Les monastères vont s'élever de toutes parts, dans les solitudes et jusque dans les cités , et les fidèles auront désormais sous les yeux , comme un encouragement à garder les préceptes du Christ, la pratique fervente et littérale de ses conseils.

Les traditions apostoliques de la prière continuelle et de la pénitence ne s'éteindront pas, la doctrine sacrée sera cultivée avec amour, et l'Eglise ne tardera pas à aller chercher, dans'ces citadelles spirituelles, ses plus vaillants défenseurs, ses plus saints Pontifes , ses plus généreux Apôtres.

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