L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 217)
Qu'on se figure un jeune homme, s'arrachant à tous les liens qui le retenaient à Milan sa patrie, par le seul motif que la persécution n'y sévit pas avec assez de rigueur, tandis que la tempête, à Rome, est dans toute sa violence. Il tremble pour la constance des Chrétiens; mais il sait que, plus d'une fois, les soldats du Christ, couverts de l'armure des soldats de César, se sont introduits dans les prisons, et ont ranimé le courage des confesseurs. C'est la mission qu'il ambitionne, en attendant le jour où il pourra lui-même saisir la palme. Il vient donc soutenir ceux que les larmes de leurs parents avaient ébranlés; les geôliers même, cédant à l'empire de sa foi et de ses miracles, affrontent le martyre, et jusqu'à un magistrat romain demande à se faire instruire de la doctrine qui donne tant de puissance aux hommes. Comblé des marques de la faveur de Dioclétien et de Maximien-Hercule, Sébastien dispose dans Rome d'une influence si salutaire pour le Christianisme, que le saint pape Caïus le proclame le X>éfenseur de VEglise.
Après avoir envoyé au ciel d'innombrables martyrs, le héros obtient enfin la couronne pour lajquelle il soupirait. Par sa courageuse confession il encourt la disgrâce de Dioclétien, auquel il préfère l'Empereur céleste qu'il avait servi uniquement sous le casque et la chlamyde. Il est livré aux archers de Mauritanie qui le dépouillent, l'enchaînent et le percent de leurs flèches. Si les pieux soins d'Irène le rappellent à la vie, c'est pour expirer sous les coups, dans un hippodrome attenant au palais des Césars.
Tels sont les soldats de notre Roi nouveauné ; meis avec quelle recherche sa munificence les honore! Rome chrétienne, capitale de l'Eglise, s'élève sur sept Basiliques princif)ales, comme l'ancienne Rome sur sept colines; le nom et la tombe de Sébastien décorent l'un de ces sept sanctuaires. Hors les murs de la ville éternelle, sur la voie Appienne, la Basilique de Sébastien est assise dans la solitude ; elle garde le corps du pieux Martyr et Pontife Fabien; mais les premiers honneurs de ce temple sont pour l'illustre chef de la milice prétorienne, qui avait voulu être enseveli dans ce lieu, comme un fidèle serviteur, près du puits au fond duquel turent cachés plusieurs années les corps des saints Apôtres, quand il fallut les soustraire aux recherches des persécuteurs. En retour du zèle de saint Sebastien pour les âmes des fidèles, qu'il désira tant préserver de la contagion du paganisme, Dieu lui a donné d'être intercesseur du peuple chrétien contre le fléau de la peste. Ce pouvoir du saint Martyr a été éprouvé, dès l'art
Nous donnons maintenant la légende du glorieux Martyr tirée des Offices de l'E- glise.
SEBASTiANUS cx pâtre Narbonensi, matre Mediolanensi natus, ob generis nobilitatem et virtutem Diocleliano charus fuit. Dux primae cohortis, christianos, quorum fidem clam colebat, opéra et facultatibus adjuvabat : et qui ex eis tormentorum vim reformidare videbantur, cohortatioae sic confirmabat, ut pro Jesu Cbristo multi se ultro tortoribus offerrent. In illis fuere Marcus et Marcellianus fratres. qui Romae in custodia erant apud Nicostratum, cujus uxor Zoe vocem, quam amiserat, Sébastian! oratione recuperavit. Quibus Diocletiano delatis, Sebastianum accersit, et vehementius ob)urgatum, omnibus artificiis a Christi fide conatur avertere. Sed cum nihil nec pollicendo, nec terrendo proficeret, ad palum alligatum sagittis configi jubet.
SÉBASTIEN, dont le père était originaire de Narbonne, et la mère de Milan, fut aimé de Dioclécien, à cause de la noblesse de sa naissance et pour sa vertu. Etant chef de la première cohorte, il aidait de ses services et de ses biens les chrétiens dont il professait secrètement la foi ; et ceux qu'il voyait trembler devant la violence des tourments, il les relevait tellement par ses exhortations, qu'un grand nombre se livrèrent d'eux-mêmes aux bourreaux pour le nom de Jésus-Christ. De ce nombre furent deux frères, Marc et Marcellien, qui étaient prisonniers à Rome, chez Nicostrate, dont la femme, nommée Zoé. recouvra, par la prière de Sébastien, la parole qu'elle avait perdue. A cette nouvelle, Dioclétien manda Sébastien, et après l'avoir réprimandé fortement , il s'efforça, par tous les artifices, de le détourner de la foi du Christ. Mais, voyant l'inutilité de ses promesses et de ses menaces, il le condamna à être lié à un poteau et percé de flèches.
TOUT le monde le croyant mort, une sainte femme, nommée Irène, fit enlever son corps pendant la nuit pour lui donner la sépulture ; mais elle le trouva vivant encore, et le cacha dans sa maison pour le guérir. Quelque temps après, comme il avait recouvré la santé, il rencontra Dioclétien, auquel il reprocha plus librement encore son impiété. A sa vue. l'Empereur fut d'abord frappé d'étonnement, car il le croyait mort ; mais bientôt la nouveauté de ce prodige et les reproches sévères que lui faisait Sébastien enflammèrent tellement sa colère, ^u'il le fit battre de verges jusqu'à ce qu'il rendît son âme à Dieu. Son corps fut jeté dans un cloaque ; mais Lucine fut avertie en songe, par Sébastien lui-même, du lieu où était son corps, et de l'endroit où il voulait être inhumé. Lucine l'ensevelit donc aux Catacombes, où Ion éleva depuis une célèbre Eglise sous le nom de SaintSébastien.
noctu sancta mulier Irène sepeliendi gratia jussit auferri : sed vivum repertum, domi suae curavit. Itaque paulo post confirmata valetudine, Diocletiano obviam factus, ejus impietatem liberius accusavit. Cujus aspectu cum ille priraum obstupuisset, quod mortuum crederet, rei novitate, et acri Sebastiani reprehensione excandescens, eum tamdiu virgis caedi imperavit, donecanimam Deo redderet. Ejus corpus incloacam dejectum, Lucina a Sebastiano in somnis admonita, ubi esset, et quo loco humari vellet, ad Catacumbas sepelivit, ubi sancti Sebastiani nomine celebris Ecclesia est aedificata.
Les anciens livres liturgiques contiennent de nombreuses pièces en l'honneur de saint Sébastien ; nous donnerons seulement THymne suivante, qui appartient au Bréviaire Ambrosien :
SEBASTIANI Martyris, Concivis almi, supplices Diem sacratam vocibus Canamus omnes debitis.
Athleta Christi nobilis, Ardensamore praelii, Linquit tepentem patriam, Pugnamque Romae festinat.
Loris revinctus plurimis, Qua stipes ingens tollitur, Vibrata tela suscipit Umbone nudo pectoris.
Fitsilva corpus ferrea; Sed àere mens constantior Ut molle ferrum despicit : Ferrum precatur, sasviat.
Manantis unda sanguinis Exsangue corpus nuntiat ; Sed casta nocte femina Plagas tumentcs recréât.
EN ce jour dédié à l'honneur de Sébastien Martyr, notre concitoyen illustre, rendons-lui gloire dans nos chants unanimes.
Ce nobleathlète du Christ, plein de lardeur du combat, abandonne sa patrie, qui pour lui a moins de dangers et vient dans Rome affronter, la lutte.
C'est là que, sectateur d'une doctrine sublime, repoussant l'idolâtrie, il aspire aux trophées d'un glorieux martyre.
Des nœuds multipliés l'enchaînent au tronc d'un arbre; c'est là que sa poitrine, comme un bouclier suspendu, sert de but aux traits des archers.
Les flèches se réunissent sur son corps comme une forêt ; mais son âme, plus ferme que l'airain, insulte à la mollesse du fer. et demande à ce fer d'être plus meurtrier.
A voir le sang qui baigne le corps du Martyr, on croirait qu'il a expire ; mais une chaste femme est venue panser ces plaies enflammées.
Ces blessures profondes inspirent un courage céleste au soldat du Christ ; il va provoquer encore le tyran, et tientôt il expire sous les coups meurtriers.
Maintenant, assis dans Tes hauteurs du ciel, vaillant guerrier 1 éloignez la peste. et gardez même les corps de vos concitoyens.
Au Père, au Fils , et à vous, Esprit-Saint , comme toujours, soit à jamais gloire dans tous les siècles. Amen.
Cœleste robur militi Adacta praebent vulnera; Rursum tyrannum provocans, Exspirat inter vulnera.
Nunc cœli in arce considens, Bellator o fortissime, Luem fugando, civium Tuere clemens corpora.
Patri, simulque Filio, Tibique, Sancte Spiritus, Sicut fuit, sitjugiter Saeclum per omne gloria. Amen.
(~\ Dieu qui, par votre très ^-^ heureux Martyr Sébastien, avez fortifié les cœurs de vos fidèles, et sous la chlamyde d'un empire terrestre, l'avez rendu un soldat parfait de votre Nom ; accordez-nous de militer constamment pour votre gloire ; armez notre bouche des enseignements de votre justice, éclairez notre cœur par le charme de votre amour, et, arrachant notre chair aux passions, fixez-la par les clous de votre croix. Amen.
DEUS, qui per beatissimum Sebastianum Martyrem tuum, tuorum fidelium animos roborasti : dum tibi illum latentem sub chlamyde terrena imperii, militem perfectum exhibuisti, fac nos semper in tuîs laudibus militare : os nostrura arma documento justitias: cor illustra tuae dilectionis amore, atque carnem nostram erutam libidine clavis tuae crucis adhge. Amen.
reposez maintenant à ses pieds. \"os blessures sont guéries, et vos palmes sont toujours verdoyantes. Du haut du ciel, jetez les regards sur la chrétienté qui applaudit à vos triomphes. A cette époque ae l'année, vous nous apparaissez comme le gardien fidèle du berceau de l'Enfant divin ; l'emploi que vous remplissiez à la cour des princes de la terre, vous l'exercez maintenant dans le palais du Roi des rois. Daignez y introduire et y protéger nos vœux et nos prières.
Avec quelle faveur l'Emmanuel écoutera vos requêtes, lui que vous avez aimé d'un si invincible amour; Dans Tardeur déverser votre sang pour son service, un théâtre vulgaire ne vous suffisait pas; il vous fallait Rome, cette Babylone enivrée du sang des Martyrs, comme parle saint Jean. Mais vous ne vouliez pas cueillir seulement une palme, et monter en hâte dans les cieux ; votre zèle pour vos frères vous rendait inquiet sur leur constance. Vous aimiez à pénétrer dans les cachots où ils rentraient tout brisés par les tortures ; et vous veniez ratîermir entre leurs mains la palme chancelante. On eût dit que vous aviez reçu l'ordre de former la milice prétorienne du Roi céleste, et que vous ne deviez entrer au ciel que dans la société des guerriers choisis par vous pour la garde de sa personne.