L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 218)
Enfin, le moment est venu où vous devez songer à votre propre couronne ; l'heure de la confession a sonné. Mais, pour un athlète comme vous, 6 Sébastien, un martjre unique ne suffit pas. En vain les archers ont épuisé leurs carquois sur vos membres : la vie est restée
en vous tout entière; et la victime demeure aussi tout entière pour une seconde immolation. Tels furent les chrétiens du premier âge, et nous sommes leurs tîls.
Donc, 6 guerrier du Seigneur, considérez Textrème faiblesse de nos cœurs où languit l'amour du Christ ; prenez pitié de vos derniers descendants. Tout nous etfraie, tout nous abat, et trop souvent nous sommes même, à notre insu, les ennemis de la croix. Nous cmblions trop souvent que nous ne pouvons habiter avec les Martyrs, si nos cœurs ne sont pas généreux comme le fut le cœur des Martyrs.^Nous sommes lâches dans la lutte avec le monde et ses pompes, avec les penchants de notre cœur et l'attrait des sens ; et quand nous avons fait avec Dieu une paix facile, scellée du gage de son amour, nous croyons qu'il ne nous reste plus qu'à cheminer doucement vers le ciel, sans épreuves et sans sacrifices volontaires. Arrachez-nous à de telles illusions, 6 Sébastien ! réveillez-nous de notre sommeil , et pour cela ranimez l'amour qui dort dans nos cœurs.
Défendez-nous de la contagion de l'exemple, et de l'envahissement des maximes mondaines qui se glissent sous un faux air de christianisme. Rendez-nous ardents pournotre sanctification, vigilants sur nos inclinations, zélé pour le salut de nos frères, amis de la croix, et détachés de notre corps. Par ces flèches qui ont percé vos membres généreux, éloignez de nous les traits que l'ennemi nous lance dans l'ombre.
Armez-nous, ô soldat du Christ, de l'armure céleste que nous décrit le grand Apô3g 2 Le Temps de Noël.
tre dans sa Lettre aux Erhésiens; placez sur notre cœur la cuirasse de la justice, qui le défendra contre le péché ; couvrez notre tête du casque du salut, c'est-à-dire de l'espérance des biens futurs, espérance éloignée également de l'inquiétude et de la présomption; placez à notre bras le bouclier de la foi, dur comme le diamant, et contre lequel viendront se briser tous les traits de l'ennemi qui voudrait égarer notre esprit pour séduire notre cœur ; enfin, mettez à notre main le glaive de la parole de Dieu, par lequel nous dissiperons toutes les erreurs et renverserons tous les vices ; car le ciel et la terre passent, et la Parole de Dieu reste, comme notre règle et notre espérance.
Défenseur de l'Eglise, ainsi appelé par la bouche d'un saint Pape Martyr, levez votre épée pour la défendre encore. Abattez ses ennemis, dissipez leurs plans perfides; donnez-nous cette paix que l'Eglise goûte si rarement, et durant laquelle elle se prépare à de nouveaux combats. Bénissez les armes chrétiennes, au jour où nous aurions à lutter contre les ennemis extérieurs. Protégez Rome qui honore votre tombeau; sauvez la France, qui se glorifia longtemps de posséder une partie de vos sacrés ossements. Eloignez de nous les fiéaux de la peste et les maladies contagieuses; écoutez la voix de ceux qui, chaque année, vous implorent pour la conservation des animaux que le Seigneur a donnés à l'homme pour l'aider dans ses labeurs. Enfin, par vos prières, assurez-nous le repos de la vie présente, mais surtout les biens de réternite.
Nous n'avons pas épuisé encore la splendide constellation de Martyrs qui se rencontre en ces jours sur le Cycle. Hier, Sébastien; demain , Vincent, qui porte la victoire jusque dans son nom. Entre ces deux fortes palmes, apparaît aujourd'hui, tressée de lis et de roses, la gracieuse couronne d'Agnès. C'est à une enfant de treize ans que l'Emmanuel a donné ce mâle courage du martyre, qui l'a fait marcher dans l'arène d'un pas aussi ferme que le vaillant chef de la conorte prétorienne et que l'intrépide Diacre de Sarragosse. S'ils sont les soldats du Christ, elle en est la chaste amante. Tels sont les triomjphes du Fils de Marie. A , peine s'est-il manifesté au monde , que tous les nobles cœurs volent vers lui , selon la parole qu'il a dite : « Où sera le corps , les aigles se rassembleront, » (Matth. xxiv, 28.)
Fruit admirable de la virginité de sa Mère, qui a mis en honneur la fécondité de l'âme, bien au-dessus de la fécondité des corps , et ouvert une voie ineffable par laquelle les âmes choisies s'élancent rapidement jusqu'au divin Soleil, dont leur regard épuré contemple, sans nuage, les rayons ; car il a dit aussi : « Heureux ceux qui ont le cœur pur , parce qu'ils verront Dieu. » (Matth. v, 8.)
qui, seule, possède en son sein le don de la virginité, principe de tous les dévouements, parce que la virginité procède uniquement de l'amour ! Honneur sublime pour Rome chrétienne d'avoir produit Agnès, cet ange de la terre , devant laquelle pâlissent ces anciennes Vestales, dont la virginité comblée de faveurs et de richesses ne fut jamais éprouvée par le fer ni le feu !
Quelle gloire est comparable à celle de cette enfant de treize ans, dont le nom retentira jusqu'à la fin des siècles dans le Canon sacre du Sacrifice universel ! La trace de ses pas innocents , après tant de siècles , est empreinte encore dans la ville sainte. Ici, sur l'ancien Cirque Agonal , un temple somptueux s'élève avec sa riche coupole, et donne entrée sous ces voûtes jadis souillées par la prostitution , maintenant tout embaumées des parfums de la virginité d'Agnès. Plus loin, sur la voie Nomentane, hors des remparts de Rome, une élégante Basilique, bâtie par Constantin , garde, sous un autel revêtu de pierres précieuses, le chaste corps de la vierge. Sous terre, autour de la Basilique, commencent et s'étendent de vastes cryptes, au centre desquelles Agnès reposa jusqu'au jour de la paix, et où dormirent , comme sa garde d'honneur, des milliers de Martyrs.
Nous ne devons pas taire non plus îe plus gracieux hommage que rend, chaque année, la sainte Eglise Romaine à notre illustre Vierge, au jour de sa fête. Deux agneaux sont placés sur l'autel de la Basilique Nomentane , rappelant à la fois la mansuétude du divin Agneau et la douceur d'Agnès. Après qu'ils
ont été bénis par l'Abbé des Chanoines réguliers qui desservent cette église, ils sont conduits ensuite dans un monastère de vierges consacrées au Seigneur , qui les élèvent avec soin ; et leur laine sert à tisser les Pallium que le Pontife' suprême doit envoyer, comme signe essentiel de leur juridiction , à tous les Patriarches et Métropolitains du monde catholique. Ainsi le simple ornement de laine que ces Prélats doivent porter sur leurs épaules comme symbole de la brebis du bon Pasteur , et que le Pontife Romain prend sur le tombeau même de saint Pierre pour le leur adresser, va porter jusqu'aux extrémités de l'Eglise, dans une union sublime, le double sentiment de la vigueur du Prince des Apôtres et de la douceur virginale d'Agnès.
Nous donnerons maintenant les admirables pages que saint Ambroise, dans son livre des Vierges, a consacrées à la louange de sainte Agnès. L'Eglise en lit la plus grande partie dans l'Office d'aujourd'hui ; et la vierge du Christ ne pouvait désirer un plus aimable panégyriste que le grand évêque de Milan, le plus éloquent des Pères sur la virginité, et le plus persuasif ; car l'histoire nous apprend que, dans les villes où il prêchait, les mères renfermaient leurs filles, dans la crainte que les attrayantes paroles du prélat n'allumassent en elles un si ardent amour du Christ, qu'on les vît renoncer à tout hymen terrestre.
« Ayant à écrire un livre de la Virginité, « dit le grand évêciue, je m'estime heureux « de l'ouvrir par l'eloge de la Vierge dont la « solennité nous réunit. C'est aujourd'hui la
« fête d'une vierge : recherchons la pureté. « C'est aujourd'hui la fête d'une Martyre, im« molons des victimes. C'est aujourd'hui la « fête de sainte Agnès : que les hommes (( soient dans l'admiraticn, que les enfants ne V perdent pas courage, que les épouses consi« dèrent avec étonnement , que les vierges « imitent. Mais comment pourrons-nous par« 1er dignement de celle dont le nom même « renferme l'éloge ? Son zèle a été au-dessus « de son âge, sa vertu au-dessus de la nature; « en sorte que son nom ne semble pas un « nom humain, mais plutôt un oracle qui « présageait son martyre. » Le saint Docteur fait ici allusion au mot agneau^ dont on peut dév\\ev\&non\d' Agnès. Il le considère ensuite comme formé du mot grec agnos, qui signitie pur, et continue ainsi son discours :
« Le nom de cette vierge est aussi un titre « de pureté : j'ai donc à la célébrer et comme « Martyre et comme Vierge. C'est une louange « abondante que celle que l'on n'a pas (( besoin de chercher, et qui existe déjà par (( elle-même. Que le rhéteur se retire , que « l'éloquence se taise ; un seul mot, son nom « seul , loue Agnès. Que les vieillards , que « les jeunes gens, que les enfants la chan« tent. Tous les hommes célèbrent cette Mar(( tyre ; car ils ne peuvent dire son nom sans « la louer.
« On rapporte qu'elle avait treize ans « quand elle souffrit le martyre. Cruauté détes<( table du tyran, qui n'épargne pas un âge si « tendre ; mais, plus encore , merveilleuse u puissance de la toi, qui trouve des témoins :< de cet âge ! Y avait-il place en un si petit
« corps pour les blessures ? A peine le glaive « trouvait-il sur cette enfant un lieu où frap« per ; et cependant Agnès avait en elle de « quoi vaincre le glaive.
a A cet âge , la jeune fille tremble au « regard irrité de sa nîère ; une piqûre d'ai« guille lui arrache dès larmes, comme ferait « une blessure. Intrépide entre les mains « sanglantes des bourreaux, Agnès se tient « immobile sous le fracas des lourdes chaînes « qui l'écrasent ; ignorante encore de la « mort , mais prête à mourir , elle présente « tout son corps à la pointe du glaive d'un « soldat furieux. La traîne-t-on, malgré elle, « aux autels ; elle tend les bras au Christ, à « travers les feux du sacrifice ; et sa main « formé, jusque sur les flammes sacrilèges, « ce signe qui est le trophée du Seigneur vic« torieux. Son cou, ses deux mains, elle les « passe dans les fers qu'on lui présente ; « mais on n'en trouve pas qui puissent ser« rer des membres si petits.
« Nouveau genre de martyre ! La Vierge « n'a pas encore l'âge du supplice , et déjà « elle est mûre pour la victoire; elle n'est « pas mûre pour le combat, et déjà elle est « capable de la couronne ; elle avait contre « elle le préjugé de son âge, et déjà elle est « maîtresse en fait de vertu. L'épouse ne n marche pas vers le lit nuptial avec autant « d3 vitesse que cette Vierge qui s'avance , « pleine de joie , d'un pas dé2;agé , vers le « lieu de son supplice; parée, non d'une « chevelure artificieusement disposée , mais « du Christ ; couronnée, non de fleurs, nmais « de pureté,^
« Tous étaient en larmes; elle seule ne pleure <x pas; on s'étonne qu'elle prodigue si faci« îement une vie qu'elle n'a pas encore « goûtée ; qu'elle la sacrifie, comme si elle « l'eût épuisée. Tous admirent qu'elle soit « déjà le témoin de la divinité, à un âge où « elle ne pourrait encore disposer d'elle« même. Sa parole n'aurait pas valeur dans « la cause d'un mortel : on la croit aujour« d'hui dans le témoignage qu'elle rend à « Dieu. Et en etïet, une force qui est au« dessus de la nature ne saurait venir que « de l'auteur de la nature.
« Quelles terreurs n'employa pas le juge « pour l'intimider! que de caresses pourra (( gagner! Combien d'hommes la deman« dèrent pour épouse! Elle s'écrie : « La a fiancée fait injure à l'époux, si elle se fait « attendre. Celui-là m'aura seul, qui, le pre« mier, m'a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? « Périsse ce corps que peuvent aimer des yeux « que je n'agrée pas. »
« Elle se présente, elle prie, elle courbe la « tète. Vous eussiez vu trembler le bourreau, « comme si lui-même eût été condamné. Sa « main était agitée, son visage était pâle sur « le danger d'un autre, pendant que la jeune « fille voyait, sans crainte, son propre péril. « Voici donc, dans une seule victime, un « double martyre : l'un de chasteté, l'autre de « religion. Agnès demeura vierge, et elle « obtint le martyre. »
L'Eglise Romaine chante aujourd'hui ces mélodieux Répons, dans lesquels Agnes exprime avec tant de charmes son naïf amour, et le bonheur Qu'elle éprouve d'être
fiancée au Christ. Ils sont formés de paroles, tirées des anciens Actes de la martyre, longtemps attribués à saint Ambroise.
fl \A ON époux a orné de ^' iVl pierres précieuses et mon cou et ma main ; il a mis à mes oreilles des perles inestimables : * Et il m"a toute parée de pierres fines et éclatantes, j^. Il a imprimé sa marque sur mon visage, afin que je n'admette pas d'autre amant que lui. " Et il m'a toute parée.
^. J'aime le Christ, je serai l'épouse de celui dont la Mère est vierge, de celui que son Père a engendré spirituellement, de celui qui déjà fait retentir à mes oreilles ses harmonieux accords. * Si je l'aime, je suis chaste : si je le touche, je suis pure ; si je le possède, je suis vierge, j^. Il m'a donné un anneau pour gage de sa foi, et m'a parée d'un riche collier. * Si je l'aime.
%. J'ai aspiré le miel et le lait sur ses lèvres, * Et son sang colore mes joues. ^. Il m'a montré des trésors incomparables, dont il m'a promis la possession. * Et son sang.
am et collum meum cinxit lapidibus pretiosis ; tradidit auribus meis inaestimabiles margaritas : * Et circumdedit me vernantibus atque coruscantibus gemmis. f. Posuit signum in faciem meam, ut nuUum praster eum . amaiorem admittam. * Et circumdedit me.