L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 227)
l'un des principaux auteurs de leur liberté. Lisons, avec l'Eglise, le récit des actions d'un homme dont la vie a été si pleine et les mérites si grands.
Te bienheureux Raymond, ■L> né à Barcelone, de la noble maison de Pegnafort, fut instruit des éléments de la religion chrétienne ; et, dès son enfance, l'heureux naturel de son esprit et de son corps sembla présager quelque chose de grand. Jeune encore, il professa les humanités dans sa patrie ; puis il se rendit à Bologne, où il s'adonna avec ardeur aux exercices de la piété et à l'étude du droit canonique et civil ; il y fut honoré du bonnet de Docteur, et il y expliqua les sacrés Canons avec l'admiration de ses auditeurs. Le bruit de ses vertus se répandant au loin, Bérenger, Evèque de Barcelone, à son retour de Rome à son Eglise, passa par Bologne pour le voir, et enfin, à force de prières, il l'engagea à revenir avec lui dans sa patrie. Bientôt Raymond devint Chanoine et Prévôt de l'Eglise de cette ville, où il brilla au milieu du clergé et du peuple par son intégrité, sa modestie, sa doctrine et la suavité de ses mœurs. La Vierge Mère de Dieu était pour lui l'objet d'une piété et d'une
BEATUS Raymundus Barcinonensis , ex nobili familia de Pennafort, christianae religionis rudimentis imbutus, adhuc parvulus, eximia animi et corporis indole magnum aliquid portendere visus est. Nam adolescens humaniores litteras in patria professus, Bononiam se contulit , ubi pietatis officiis, ac Pontificio, civilique juri sedulo incumbens , et Doctoris laurea insignitus, ibidem sacros canones magna cum hominum admiratione est interpretatus. Ejus virtutum fama percrebrescente, Berengarius Barcinonensis E- piscopus, cum Roma suam ad Ecclesiam rediret, eum convenièndi causa Bononiam iter instituit, et tandem summis precibus, ut secum in patriam reverteretur, obtinuit. Mox ejusdem Ecclesiae Canonicatu, et Praepositura ornatus , universo clero , et populo, integritate , modestia , doctrina, et morum suavitate praefulsit, ac DeiLe Temps de Noël.
parae Virginis, quam singulari piotatis aftectu venerabatur, honoretn, et cultum semper pro viribus auxit.
ANNUM circiter quintum supra quadragesimum agens, in Ordine Fratrum Praedicatorum solemni emissa professione, ut novus miles, in omnî virtutum génère, sed pr«cipue in charitate erga egenos, et maxime captivos ab infîdelibus détentes se exerçait. Unde cum ejus hortatu sanctus Petrus Nolascus (cujus ipse confessiones audiebat) suas opes piissimo huic operi conferret, tum eidem, tum beato Ravmundo , et Jacobo Primo Arragoniae Régi apparens beatissima Virgo, gratissimum sibi, et unigenito Filio suc fore dixit, si in suum honorem institueretur Ordo Religiosorum , quibus captivos ex infidelium tyrannide liberandi cura incumberet. Quare collatis inter se consiliis , Ordinem beataî Marire de Mercede Redemptionis captivorum fundaverunt ; cui beatus Raymundus certas vivendi legespraescripsit ad ejusdem Ordinis vocationem
affection particulières ; et toujours, autant quil le put, il augmenta son culte et son honneur.
A l'âge d'environ quarantecinq ans, il fit profession solennelle dans l'Ordre des Frères Prêcheurs. Alors, comme un nouveau soldat, il s'exerça dans tous les genres de vertus , principalement dans la charité envers les indigents, et surtout envers ceux que les infidèles retenaient captifs. Ce furent ses exhortations qui engagèrent saint Pierre Nolasque, dont il était le confesseur, à sacrifier son bien à cette œuvre de piété. La bienheureuse Vierge apparut à Pierre, ainsi qu'au bienheureux Raymond et à Jacques !«'■. Roi d'Aragon, et leur dit qu'elle aurait pour agréable, ainsi que son Fils unique, qu'on instituât en son honneur un Ordre de Religieux, dont le soin serait de délivrer les captifs de la tyrannie des infidèles. C'est f)Ourquoi, après en avoir conéré entre eux, ils fondèrent l'Ordre de Notre-Dame de la Merci de la Rédemption des Captifs , pour lequel Raymond statua certaines règles de vie, appropriées à la vocation de cet institut. Il en obtint l'approbation He Grégoire IX, quelques années
après, et il créa premier Général de cet Ordre, saint Pierre Nolasque, auquel il en donna l'habit de sa propre main.
IL fut appelé à Rome par le même Grégoire ; et ce Pontife en fit son Chapelain, son Pénitencier et son Confesseur. Ce fut par son ordre que Raymond rédigea, dans le volume appelé Décrétales, les statuts des Pontifes Romains , épars dans divers Conciles et diverses Epîtres Il refusa toujours, avec fermeté, l'Archevêché de Tarragone que lui offrait le même Pape, et il se démit lui-même du Généralat de son Ordre, après avoir rempli très saintement cette charge durant l'espace de deux ans. Il détermina Jacques, Roi d'Ai"agon, à établir dans ses Etats le Saint-Office de l'Inquisition. Il fit u.: grand nombre de miracles ; mais le plus éclatant fut lorsque, revenant de l'île Majorque, il étendit son manteau sur les eaux, fit cent soixante milles de chemin en six heures, et entra dans son monastère, lorsque les portes en étaient fermées Enfin, âgé de près de cent ans, comblé de vertus et de
accommodatissimas quarum approbationem aliquot post annos a Gregorio Nono impetravit. et dictum sanctum Petrum primum Generalem Ordinis Magistrum suis ipse manibus habitu eodem indutum creavit.
AB eodem Gregorio Romam accersitus, et Capellani, ac Poenitentiarii, et Confessarii sui munere decoratus , ejusdem jussu, Romanorum Pontificum Décréta, in diversis Conciliis et Epistolis sparsa, in unum Decretalium yolumen redegit. Archiepiscopatum Tarracbnensem ab ipso Pontifice sibi oblatum constantissime recusavit. et totius Ordinis Praedicatorum générale Magisterium, quod per biennium sanctissime administraverat, sponte dimisit. Jacobo Arragoniae Régi sacras Inquisitionis Officii suis in regnisinstituendi auctor fuit. Multa patravit miracula ; inter quœ illud clarissimum, quod ex insula Baleari Majori Barcinonem reversurus, strate super aquas paIlio,centum sexaginta milliaria sex horis confecerit, et suum cœ- nobium januis clausis
Tanmérites, il s'endormit dans le Seigneur, l'an du salut mil deux cent soixante-quinze. Clément VIII l'a inséré au nombre des Saints.
ingressus. dem prope centenarius, virtutibus et meritis cumulatus obdormivit in Domino , anno salutis mille^imo ducentesimo sepiuagesimo quinto ; quem Clemens Octavus in Sanctorum numerum retulit.
Nous empruntons l'Hymne suivante au Bréviaire des Frères Prêcheurs.
(^RANDE Raymundi ce^^ lebrate nomen, Praesules, Reges, populique terrae. Cujus asternae fuit universis
Quidquid est alta pietate mirum Exhibet purus, niveusque morum : Omne virtutum rutilare cernis
arte : Quaeque sunt prisci sacra digna cedro Dogmata juris.
Drélats, Princes, peuples * de la terre , célébrez le nom illustre de Raymond, de cet homme qui eut à cœur le salut éternel de tous.
Ce qu'offre de plus admirable une piété profonde apparaît dans la pureté sans tache de ses moeurs : la lumière de toutes les verlui. éclate en sa personne.
D'une main habile et studieuse, il recueille les Décrets épars des Souverains Pontifes, et les sentences du Droit antique dignes d'être conservées.
il parcourt, sans navire, un espace immense : son man.teau et son bâton sont la barque sur laquelle il traverse la mer.
Donnez-nous, ô Dieu, la pureté des mœurs ; donneznous de passer, sans désastre, le cours de notre vie ; donnez-nous de toucher le port de la vie éternelle. Amen.
patenti : Veste componens, baculoque cymbam, .fequora calcat.
Da, Deus, nobis sine labe mores, Da, vit3E tutum sine clade
Dispensateur fidèle du Mystère de la réconciliation, vous avez puisé, au sein du Dieu incarné, cette charité qui a fait de votre coeur l'asile des pécheurs. Vous avez aimé les hommes; et les besoins de leurs corps, aussi bien que ceux de leurs âmes, orK été l'objet de votre sollicitude. Eclairé des rayons du Soleil de justice, vous nous avez aidés à discerner le bien du mal, en nous donnant des règles pour apprécier les plaies de nos âmes. Rome a admiré votre science des lois ; elle se fait gloire d'avoir reçu de vos mains le Code sacré qui régit les Eglises.
Réveillez dans nos cœurs, ô Raymond, cette componction sincère qui est la condition du pardon dans le Sacrement de Pénitence. Faites-nous comprendre la gravité du péché mortel qui sépare de Dieu pour l'éternité, et les dangers du péché véniel qui dispose l'âme tiède au péché mortel. Ootenez-nous des hommes pleins de charité et de science pour exercer ce sublime ministère qui guérit les âmes. Défendez-les du double écueil d'un
rigorisme désespérant et d'une mollesse perfide. Ranimez chez nous la vraie science du Droit ecclésiastique, sans laquelle la maison du Seigneur deviendrait bientôt le séjour du désordre et de l'anarchie. Vous dont le cœur fut si tendre envers les captifs, consolez tous ceux qui languissent dans les chaînes ou dans l'exil ; préparez leur délivrance ; mais affranchissez-nous tous des liens du péché, qui retiennent trop souvent les âmes de ceux-là mêmes dont le corps est libre.
Vous avez été, 6 Raymond, le confident du cœur de notre miséricordieuse Reine Marie ; elle vous a associé à son œuvre du rachat des captifs. Vous êtes puissant sur ce Cœur qui est notre espérance, après celui de Jésus. Présentez-lui nos hommages. Demandez pour nous à cette incomparable Mère de Dieu la grâce d'aimer toujours le céleste Enfant qu'elle tient dans ses bras. Qu'elle daigne aussi, par vos prières, être notre étoile "sur cette mer du monde, plus orageuse que celle dont vous avez bravé les fiots sur votre manteau miraculeux.
Souvenez-vous aussi de l'Espagne, votre patrie, au sein de laquelle vous avez opéré tant d'œuvres saintes. Longtemps son illustre Eglise fut dans le deuil d'avoir perdu les Ordres religieux qui faisaient sa force et sa splendeur , une hospitalité généreuse a commencé de réparer ces maux . que toute cntravedisparaissc enfin. Protégez l'Ordre des Frères Prêcheurs, dont vous avez honoré l'habit et la règle. Vous l'avez gouverné avec sagesse sur la terre , aimez-le toujours paternellement dans le ciel. Qu'il répare ses pertes; qu'il refleurisse dans
toute l'Eglise, et qu'il produise, comme aux jours anciens, ces fruits de sainteté et. de science qui en ont fait une des principales gloires de l'Eglise de Jésus-Christ.