L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 232)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Graecia Praebet colla, discit mysteria . Fides Christi proficit.

Sic exutus carnis molem Paulus, videt verum Solem Patris Unigenitutn.

Lumen videt inlumtne, Cujus vitemus numine Gehennalem gemitum. Amen.

Il prêche la doctrine de la croix; pour la croix il est tourmenté, il meurt de mille morts.

Mais il survit toujours comme une hostie vivante, et son invincible constance triomphe de tous les supplices.

Choisi pour leur Apôtre, il instruit les Gentils, il triomf>he des sages du monde par a sagesse cie Dieu.

Ravi au troisième ciel, il voit le Père et le Fils en une seule substance.

Rome la puissante et la savante Grèce courbent la tête, s'instruisent des mystères ; la foi du Christ se propage.

La croix triomphe, Néron sévit, et le glaive moissonne Paul, dont la parole a fait croître la foi.

Ainsi, déposant le fardeau de la chair, Paul contemple le vrai Soleil, le Fils unique du Père.

Dans la lumière, il voit cette lumière, dont la puissance daigne nous garder de l'infernal gémissement. A- men.

Les anciens Sacramentaires ne nous fournissent rien sur la Conversion de saint Paul; nous empruntons l'Oraison et la Préface suivantes au Missel Gallican donné par D. Mabillon, sous le titre de Missale Gothicum,

ODl£U, qui avez changé le cœur et le nom de votre Apôtre Paul, en ce jour de sa Vocation, et l'avez frappé de terreur par une voix céleste, au moment où il poursuivait à outrance la piété du nom Chrétien, en sorte que l'Eglise, qui d'abord redoutait en lui un persécuteur, se félicite, aujourd'hui, de l'avoir pour Docteur des commandements célestes ; vous qui l'avez aveuglé au dehors, pour le rendre voyant au dedans, et qui, après avoir dissipé en lui les ténèbres de la cruauté, lui avez conféré la science de la loi divine, pour la vocation des Gentils; vous qui, après trois naufrages, qu'il souffrit pour cette foi qu il avait combattue, avez conservé sa vie sous l'élément liquide qui devait l'anéantir : nous vous supplions, nous qui célébrons sa transformation et sa foi, de nous accorder, après nous avoir guéris de l'aveuglement de nos péchés, la grâce de vous voir dans les cieux, comme vous avez illuminé Paul sur la terre.

EUS, qui Apostolum tuum Paulum insolentem contra Christiani nominis pietatem, cœlesti voce cum terrore perculsum, hodierna die Vocationis ejus, mentem cumnominecommutasti : et quera prius persecutorem metuebat Ecclesia : nunc cœlestium mandatorum lastatur se habere Doctorem : quemque idée fcris caecasti, ut introrsus videntera faceres : cuique post tenebras crudelitatis ablatas, ad evocandas Gentes divinas legis scientiam contulisti : sed et tertio naufragantem pro fide quam expugnaverat, jam devotum in elemento liquido fecisti vita incolumem ; sic nobis, qusesumus, ejus et mutaiionem et fidem colentibus, post CJecitatem peccatorum, fac tevidere in cœlis, qui illuminasti Paulum in terris.

DIGNUM et justum est ; vere aequum el justum est : nos tibi gratias agere, I)omine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus : qui, ut ostenderes te omnium cupere indulgere peccatis : persecutorem Ecclesiae tuae, ad unum verbum tuae vocationis lucratus es, et statim fecisti nobis ex persecutore doctorem. Nam qui aliénas epistolas, ad destructionem Ecclesiarum acceperat, cœpit suas ad restaurat'onem earum scribere : et ut seipsum Paulum factum ex Saulo monstraret. repente architectus sapiens, fundamentum posuit, ut sancta Ecclesia tua Catholica. eo aedificante. gauderet. a quo fuerat ante vastata ; et tantus ejus defensor existeret, ut omnia supplicia corporis, et ipsam caedem corporis non timeret. Nam factus est caput Ecclesiae, qui membra Ecclesiae conquassaverat : caput terreni corporis tradidit, ut Christum caput in suis omnibus membrisacciperet, per quod etiam vas electionis esse meruit ;

IL est digne et juste, équitable et raisonnable, que nous vous rendions grâces, Seigneur saint, Père toutpuissant. Dieu éternel qui, voulant montrer votre désir de pardonner les péchés de tous, avez gagné le persécuteur de votre Eglise, par cette seule parole dont vous l'appeliez, et en avez fait, tout à coup, notre Docteur, de notre persécuteur qu'il était. Il avait reçu les lettres d'autrui pour marcher à la destruction des Eglises, et bientôt il s'est mis à écrire ses propres Lettres pour les rétablir. Afin de nous faire voir que de Saul il est devenu Paul, en architecte sage, il a tout aussitôt posé l'unique fondement ; en sorte que votre sainte Eglise Catholique se réjouissait de se voir édifiée par celui qui la dévastait auparavant, et de ce qu'il était devenu pour elle un si puissant défenseur, qu'il ne craignait plus ni les supplices, ni la mort du corps. Lui qui avait brisé les membres de l'Eglise, devenu l'un des chefs de cette Eglise, il a livré sa tête pour être uni, dans tous ses membres, au Christ Chef, par la miséricorde duquel il a mérité d'être un vase d'élection, et de reLa Conversion de Saint Paul. 46 j

cevoir, dans le sanctuaire de son cœur, ce même JésusChrist, votre Fils, notre Seigneur

qui eumdem Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum in sui pectoris habitationem suscepit.

Nous VOUS rendons grâces, ô Jésus, qui avez aujourd'hui terrassé votre ennemi par votre puissance, et l'avez relevé par votre miséricorde. Vous êtes véritablement le Dieu fort; et vous méritez que toute créature célèbre vos victoires. Qu'ils sont merveilleux, vos plans pour le salut du monde ! Vous associez des hommes à l'œuvre de la prédication de votre parole, à la dispensation de vos mystères ; et, pour rendre Paul digne d'un tel honneur, vous employez toutes les ressources de votre grâce. Vous vous plaisez à faire du meurtrier d'Etienne un Apôtre, afin que votre puissance souveraine éclate à tous les yeux, afin que votre amour pour les âmes apparaisse dans sa plus gratuite générosité, afin que la grâce surabonde où le péché avait abondé. Visitez-nous souvent, ô Emmanuel, par cette grâce qui change les cœurs ; car nous désirons une vie abondante, et nous sentons que son principe est souvent près de nous échapper. Convertissez-nous, comme vous avez converti l'Apôtre; après nous avoir convertis, assistez-nous ; car sans vous nous ne pouvons rien faire. Prévenez-nous , suivez-nous , accompagnez-nous, ne nous quittez jamais, et de même que vous nous avez donne le commencement, assurez-nous la persévérance jusqu'à la fin. Donnez-nous de reconnaître, avec crainte et avec amour, ce don mystérieux

de la grâce que nulle créature ne saurait mériter, et auquel cependant une volonté créée peut mettre obstacle. Nous sommes des captifs : vous seul possédez l'instrument à l'aide duquel nous pouvons briser nos chaînes; vous le placez dans nos mains, en nous engageant à en user : de sorte que notre délivrance est votre ouvrage et non le nôtre; et que notre captivité, si elle persévère, ne peut être attribuée qu'à notre négligence et à notre lâcheté. Donnez-nous, Seigneur, cette grâce; et daignez recevoir la promesse que nous vous faisons d'y joindre humblement notre coopération.

Aidez-nous, ô grand Paul, à répondre aux desseins de la miséricorde de Dieu sur nous; obtenez aue nous soyons subjugués par la douceur du Dieu enfant. Sa voix ne retentit pas; il n'éblouit pas nos yeux par sa lumière; mais il se plaint que trop souvent nous le persécutons. Inspirez à nos cœurs de lui dire comme vous : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Il nous répondra d'être simples et enfants comme lui, de reconnaître enfin son amour qui apparaît dans ce mystère, de rompre avec le péché, de combattre les mauvaises inclinations, d'avancer dans la sainteté en suivant ses exemples. Vous avez dit, ô Apôtre : « Que celui qui n'aime pas notre Seigneur Jésus-Christ soit anathème! » Faites-le-nous connaître de plus en plus, atin que nous l'aimions, et que de si aoux mystères ne deviennent pas, par notre ingratitude, la cause de notre réprobation.

Vase d'élection, convertissez les pécheurs qui ne pensent point à Dieu. Sur la terre,

vous vous êtes dépensé tout entier pour le salut des âmes; au ciel où vous régnez, continuez votre ministère, et demandez au Seigneur» pour ceux qui persécutent Jésus, ces traces oui triomphent des plus rebelles, .pôtre lies Gentils, jetez les yeux sur tant de peuples assis encore dans l'ombre de la mort. Autrefois vous étiez partagé entre deux ardents désirs : celui d'être avec Jésus-Christ, et celui de rester sur la terre pour travailler au salut des peuples. Maintenant, vous êtes pour jamais avec ce Sauveur que vous avez prêché ; n'oubliez pas ceux qui ne le connaissent point encore. Suscitez des hommes apostoliques pour continuer vos travaux. Rendez féconds leurs sueurs et leur sang. Veillez sur le Siège de Pierre, votre frère et votre chef; soutenez l'autorité de cette Eglise Romaine qui a hérité de vos pouvoirs, et qui vous regarde comme son second appui. Vengez-la partout où elle est méconnue; détruisez les schismes et les hérésies; remplissez tous les pasteurs de votre esprit, afin que, comme vous, ils ne se cherchent point eux-mêmes, mais uniquement et toujours les intérêts de Jésus-Christ.

AU milieu des douceurs qu'il goûte dans la . contemplation du Verbe fait chair, Jean le Bien-Aimé voit arriver son cher disciple Polycarpe, l'Ange de l'Eglise de Smyrne, tout resplendissant de la gloire du martyre. Ce sublime vieillard vient de répondre, dans l'amphithéâtre, au Proconsul qui l'exhortait à maudire le Christ : « 11 y a quatre-vingt« six ans que je le sers, et il ne m'a jamais tt fait de mal ; que dis-je ? Il m'a comblé de « biens. Comment pourrais-je maudire mon « Roi qui m'a sauve ? » Après avoir passé par le feu et par le glaive, il est arrivé aux pieds de ce Roi Sauveur, et va jouir éternellement du bonheur de sa présence, en retour des quatre-vingt-six ans qu'il l'a servi, des fatigues qu'il s'est données pour conserver dans son troupeau la foi et la charité, et de la mort sanglante qu'il a endurée.

Cornme son maître apostolique, il s'est opposé avec énergie aux efforts des hérétiques qui altéraient la foi. Fidèle aux ordres de cet angélique confident de l'Homme-Dieu, il n'a pas voulu que celui qui corrompt la foi du Christ reçût de sa bouche le salut ; il a dit à l'hérésiarque Marcion qu'il ne le reconnaissait que pour le premier-né de Satan.

Adversaire énergique de cette orgueilleuse secte qui rougissait de' l'Incarnation d'un Dieu, il nous a laissé cette admirable Epîtrc aux Philippiens, dans laquelle il dit: « Qui« conque ne confesse pas que Jésus-Christ « est venu dans la chair, est un Antéchrist. » Il convenait donc qu'un si courageux témoin fût appelé à l'honneur d'assister près du berceau dans lequel le Fils de Dieu se montre à nous dans toute sa tendresse, et revêtu d'une chair semblable à la nôtre. Honorons ce disciple de Jean, cet ami d'Ignace, cet Evêquc de l'âge apostolique, qui mérita les éloges de Jésus-Christ même, dans la révélation de Patmos. Le Sauveur lui avait dit par la bouche de Jean : « Sois fidèle jusq u'à la mort ; et « je te donnerai la couronne de vie. » {Apoc. II, lo.) Polycarpe a été fidèle jusqu'à la mort; c'est pourquoi il assiste couronné, en ces jours anniversaires de l'avènement de son Roi parmi nous.

L'Eglise, dans son Office, lit aujourd'hui, pour Légende, cette courte notice, empruntée au livre de saint Jérôme : De Scriptoribus ecclesiasiicis.

PLYCARPE, disciple de Jean, qui l'ordonna Evêque de Smyrne, fut le chef de l'Asie entière, parce qu'il avait connu et avait eu pour maîtres quelques-uns des A- pôtres et de ceux qui avaient vu le Seigneur. Sous l'empire d'Antonin le Pieux, alors qu'Anicet gouvernait l'E- glise, quelques difficultés sur fe jour de la Pàque le tirent

PLYCARPUS, Johannis Apostoli discipulus, et ab eo Smyrnœ Episcopus ordinatus, totius Asiae princeps fuit ; quippe qui nonnullos Apostolorum, et eorum qui viderant Dominum, magistros habuerit et viderit. Hic propter quasdam super die Paschœ quaestiones, sub Imperatore

Antonino Pio. Ecclesiam in Urbe régente Aniceto, . Romamvenit : ubi plurlmos credentium, Marcionis et Valentini persuasione deceptos, reduxit ad fidem. Cumque ei fortuite obviam fuisset Marcion, et diceret : Cognoscis nos ? respondit : Cognosco primogenitum diaboli. Postea vero régnante Marco Antonino et Lucio Aurelio Commodo, quarta post Neronem persecutione, Smyrnae sedente proconsule, et universo populo in amphithéâtre adversuseum personante, igni traditus est. Scripsit ad Philippenses valde utilem Epistolam, quaeusque hodie in Asiae conventu legitur.

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