L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 233)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

venir à Rome, où il ramena à la foi plusieurs fidèles, qui s'étaient laissé séduire parles artifices de Marcion et de Valentin. Ayant un jour rencontré Marcion, cet hérésiarque lui dit : « Me connaistu ? » Polycarpe lui répondit : (I Je te reconnais pour le premier-né de Satan. » Quelque temps après, sous le règne de Marc-Antonin et de Lucius Aurélius Commode, dans la quatrième persécution depuis celle de Néron, il fut condamné devant le tribunal du Proconsul de Smyrne, et livré au feu, avec les clameurs de tout le peuple assemblé dans l'amphithéâtre. Il écrivit aux Philippiens une Epître fort utile,

L'Eglise Grecque célèbre la gloire de saint Polycarpe dans ses Menées, auxquels nous empruntons les traits suivants :

OUANDO fructus ille Virginis , et semen germinans vitae principium, in terrara cecidit. tune te Polycarpum spicam produxit , fidèles nutrientem pietatis verbo et documentis, et eos sanctificantem divino

OUAND le fruit de la \'ierge, semence féconde destinée à produire le principe de vie , est tombé sur la terre, c'est alors qu'il t'a produit, comme un épi, ô Polycarpe ! pour nourrir les fidèles par la parole et les enseignements de la piété, et

pour les sanctifier par le sang divin du combat et par le parfum de la sainteté.

Quand le Christ, la vraie Vigne, eut été élevé sur le bois, c'est alors qu'il t'a développé sur la treille, comme une de ses branches fertiles, taillée par la faucille du martyre sacré, et foulée sous la pression des tourments , et dont nous buvons avec foi le calice d'allégresse, en glorifiant, ô Père, tes illustres combats.

Tu as vraiment cultivé , dans ton âme, le raisin de la charité, ô Père sage ! et tu as répandu , comme le vin, la

f)arole de la foi, réjouissant es âmes de tous les fidèles ; tu as semblé une vaste mer de miracles, quand tu as paru, toi l'honneur des martyrs, purifié par le feu, gratifié de la lumière éternelle, ô Polycarpe! Prie donc le ChristDieu de nous donner le pardon de nos péchés, à nous qui célébrons avec amour ta sainte mémoire.

Marchant dans la droiture, et apparaissant comme le fils delà lumière et de la paix, tu as démasqué Marcion le premier-né de la nuit.

Par la fermeté de ton âme, tu as surmonté la flamme qui devait te consumer, ô homme plein de gloire ! Comme

Quando in iigno crucis vitis vera suspensa elevata est, tune te fructuosum palmitem extendit, falce incisum venerandi martyrii-, et tormentorum torculari agitatum, cujus laetitiae calicem cum fide libantes, o Pater , veneranda tua certamina glorificamus.

Charitatis uvam in anima vere coluisti, ô Pater sapiens , et tamquam vinum effudisti fidei verbum ; laetificans omnium fidelium mentes, et miraculorum demonstratus es immensum mare ; unde martyrum déçus apparuisti, igné purificatus et lumine digna-- tus aeterno, o Polycarpe : deprecare Christum Deum dare veniam peccatorum, nobis celebrantibus cum amore tuam -anctam commemorationem.

Honeste ambulans et filium lucis pacisque denuntians, noctis primogenitum revelasti Mafcionem.

Firma ratione combureotem flammam supergressus es, o gloriose, quasi très pueri qui forLe Temps de Noél.

nacis ignem rore sedarunt, et in medio ignis incombustus permansisti damans : Benedictus es, Deus patrum nostrorum.

Pie coluisti Christi mysticam culturam, et rationabilis victima ipse oblatus es Deo sacrificium acceptabile et optimum, omnino fructuosa victima , Polycarpe ter béate.

Supra crucem visas, et hierarchico ornamento digne indutus. Pater, in templum Dei introisti proprio sanguine.

Archipastori Christo praesentandus, a Christo signalas quasi aries insignis. Hiérophantes, imitator demonstratus es passionum ejus. et gloriae effectus particeps, et regni ipsius cohasres.

Commemoratio tua ignifera exorta, o Pater, illuminât animas eorum qui illam pie perficiunt, o divine, et omnes participes tuae divinae illuminationis efficit, quam digne, o sapiens, in hymnis magnificamus.

les trois enfants qui ont éteint, p^r une douce rosée, le feu de la fournaise, tu es demeuré incombustible au milieu des flammes, chantant : Vous êtes béni, Dieu de nos pères 1

Tu as cultivé avec piété le champ mystique du Christ, et victime raisonnable, tu as été offert à Dieu comme un sacrifice agréable et excellent, comme une hostie abondante en fruits , ainsi que porte ton nom, ô Polycarpe trois fois heureux !

Toi qui as paru sur la croix , tu es entré par ton propre sang dans le temple de Dieu, ô Père ! toi qui es revêtu dignement de Tornemenl hiérarchique.

Pour être présenté au Christ le Chef des pasteurs, tu as été marqué par le Christ comme le bélier du sacrifice ; tu t'es montré imitateur de ses souffrances, et tu as été fait participant de sa gloire, cohéritier de son royaume, ô Hiérophante !

Ta fête éclatante de mille feux , ô Père, illumine les âmes de ceux qui la célèbrent avec piété, ô homme divin ! Elle les rend tous participants de ta divine splendeur que nous glorifions dignement dans nos hymnes , ô sage !

nom, ô Polycarpe ! car vous avez produit beaucoup de fruits pour le Sauveur, durant les quatre-vingt-six ans que vous avez passés à son service. Ces fruits ont été les âmes nombreuses que vous avez gagnées au Christ, les vertus qui ont orné votre vie, enfin votre vie elle-même que vous avez rendue comme un fruit mûr à ce Sauveur. Quel bonheur a été le vôtre, d'avoir reçu les leçons du disciple qui se reposa sur la poitrine de Jésus ! Après une séparation de plus de soixante années, vous allez le rejoindre aujourd'hui ; et cet ineffable maître vous salue avec transport. Vous adorez ensemble ce divin Enfant dont vous avez imité la simplicité, et que vous aimiez uniquement ; demandez-lui pour nous de lui être comme vous « fidèles jusqu'à la mort ».

Cultivez encore du haut du ciel, ô Polycarpe, ce champ de l'Eglise, que vous avez fécondé par vos labeur's et arrosé de votre sang. Rétablissez la foi et l'unité au sein des Eglises de l'Asie qui furent édifiées par vos mains vénérables. Hâtez, par vos prières, la dissolution de l'Islamisme, qui n'a dû ses succès et sa durée qu'aux tristes effets du schisme byzantin. Souvenez-vous de la France à qui vous avez envoyé d'illustres Apôtres, martyrs comme vous. Bénissez paternellement l'E- glise de Lyon qui vous révère comme son fondateur par le ministère de votre disciple Pothin, et qui prend elle-même une part si glorieuse dans l'Apostolat des Gentils, Dar son Œuvre de la Propagation de la Foi,

Veillez sur la conservation de la foi dans sa pureté ; gardez-nous du contact des séduc47 0 Le Temps de Noël.

teurs. L'erreur que vous avez combattue, et li ne veut voir dans les mystères du Fils de ieu incarné que des symboles stériles, s'est

aui ne veut voir dans les mystères du Fils de • ieu incarné que des symboles stériles, s'est ranimée de nos jours. Marcion a reparu avec

SCS mythes orgueilleux; soufflez sur ces derniers débris d un système suranné qui égare encore quelques âmes. Rendant hommage à la Chaire Apostolique, vous aussi vous avez voulu voir Pierre ; et Rome vous a vu venir conférer avec son Pontife des intérêts de votre Eglise de Smyrne. Vengez les droits de ce Siège auguste, d'où découle, pour nos Pasteurs, la seule mission légitime, et pour tous, les enseignements souverains de la foi. Obtenez-nous de passer les derniers jours de cette pieuse quarantaine dans un recueillement profond et dans l'amour de notre Roi nouveau-né. Que cet amour, joint à la pureté de nos cœurs, nous obtienne faveur et miséricorde ; et, pour consommer notre carrière, demandez pour nous la couronne de vie.

Tous les livres