L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 234)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

LA noble et pieuse veuve qui s'arracha aux délices de Rome et aux caresses de ses enfants, pour venir cacher sa vie à Bethléhem, réclame aujourd'hui sa place auprès du berceau de l'Enfant divin. Un aimant invincible Ta attirée et Ta fixée à cette humble crèche, plus riche à ses yeux que tous les palais ; elle y a trouvé ce Dieu pauvre dont elle aimait tant à soulager les membres soutfrants, aux jours de son opulence. Par ses soins, de pieux monastères se sont élevés autour de cette glorieuse caverne où le Verbe apparut dans la chair. Elle a demandé au grand Docteur saint Jérôme l'intelligence des divines Ecritures ; et sa vie s'est écoulée dans la prière, dans les œuvres de la pénitence, et dans la méditation des saintes Lettres. Au milieu de la dégradation de la société romaine, c'est un grand spectacle de voir le courage chrétien de l'âge des Martyrs se réfugier au cœur de ces dames et de ces vierges de la capitale du monde, et les pousser vers les solitudes de l'Egypte, pour y contempler les vertus des Anacnorètes et des Cénobites, ou vers les saints lieux de Jérusalem, pour y reconnaître la trace des pas de l'Homme-Dieu. Paule marche à la tête de ces nobles chrétiennes; et nous regrettons vivement que le défaut d'espace nous empêche de donner ici le récit de

8es pieuses pérégrinations, racontées avec tant de charme et de sentiment par saint Jérôme, à" la fille même de Paule, l'illustre vierge Eustochium. Nous nous contenterons de quelques traits, empruntés à l'endroit même ou le saint Docteur raconte l'arrivée de la pieuse veuve à Bethléhem.

« Ayant distribué aux pauvres et à ceux qui la servaient, le peu qui lui restait d'argent, Paule, au sortir de Jérusalem, se dirigea sur Bethléhem; et, après s'être arrêtée au sépulcre de Rachel, qui est à droite sur la route, elle parvint à la ville qu'elle cherchait, et entra dans la caverne du Sauveur. Quand elle eut sous les yeux l'asile sacré de la Vierge, et Tétable où le bœuf reconnut son maître, tt Vâne la crèche de son Seigneur, je l'entendis m'assurer, dans son transport, qu'elle voyait, des yeux de la foi, l'Enfant enveloppé de langes, le Seigneur vagissant dans la crèche, les Mages en adoration, l'Etoile étincelant au-dessus de l'étable, la Vierge-Mère, le père-nourricier empressé de la servir, les bergers arrivant au milieu de la nuit, les enfants massacrés, Hérode se livrant à sa fureur, Joseph et Marie fuyant en Egypte. Inondée de larmes d'allégresse, elle disait: « Salut, 6 Bethléhem, Maison du pain , dans a laquelle est né ce Pain qui est descendu du « ciel ! Salut, 6 Ephrata ! région fertile, dont « Dieu même est la fertilité : c'est de toi que « Michée a prédit : « Bethléhem, maison « d'Ephrata, tu n'es pas la moindre des « mille cités de Juda. De ton sein sortira « celui qui sera Prince sur Israël, et sa sortie « est du commencement, dès les jours de

« l'éternité. » En effet, c'est en toi qu'est né « le Prince qui a été engendré avant l'étoile « du matin, et dont la" 'naissance au sein du « Père précède tous les âges. Moi misérable, « moi pécheresse, j'ai été trouvée digne « d'embrasser cette- crèche d'où le Seigneur « enfant a fait entendre ses premiers cris, « de prier dans cette caverne où la Vierge« Mère a enfanté le Seigneur. Ici désormais (( sera mon lieu de repos, car ce lieu est la a patrie de mon Maître. C'est ici que j'habi« terai, car le Seigneur a choisi cette demeure « pour lui-même. »

Nous donnerons maintenant la Légende de sainte Paule, composée en granaj partie des paroles de saint Jérôme, telle qu'elle se lit dans le Propre des Eglises d'Espagne.

PAULE, dame Romaine, de très noble race sénatoriale, mais beaucoup plus noble encore par la sainteté de sa vie, après la mort de Toxotius. son époux, qui était d'une égale naissance, et auquel elle avait donné cinq enfants, se livra entièrement au Seigneur. Alors, elle se mit à distribuer aux pauvres du Christ ses abondantes richesses, avec un tel amour qu'elle les recherchait par toute la ville, et qu'elle regardait comme une perte Îour elle (au rapport de saint érôme) que quelque pauvre débile et affamé fut sustenté par le pain d'un autre. Elle persévéra dans ce zèle jusPAULA matrona Romana e nobilissimorum senatorum génère, sed vitae sanctitate multo nobilior, mortuo Toxotio paris nobilitatis viro, cui quinque liberos ediderat, totam se ad Dominum convertit, et copiosas cœ- pit divitias in Christi pauperes tante affectu erogare, ut eos tota urbe perquireret, et damnum putaret (ut de ea sanctus riieronymus scribit), si quisquam debilis et esuriens cibo sustentaretur alterius : quo in studio usque ad mortem perseverans, dicebat interdum, se id voti habere,

ut mendicans moreretur, et in suo funere aliéna sindone involveretur Cum autem ob quasdam Ecclesiarura dissensiones, Orientis et Occidentis episcopi Romam , sancto Damaso Pontifice, convenissent, sanctum Epiphanium, Salaminae Cypri episcopum hospitio excepit, et Paulinum Antiochiae omnibus charitatis ofïiciis colère studuit; quorum accensa virtutibus, patriam deserere et ad eremum

Bergère gestiebat. Quare frbis frequentiam et ora laudantium fugere festinans, et parvulam Bethlehem Romae praeferre volens, tandem ad Portum Romanum navigatura descendit, fratre, propinquis , ac liberis persequentibus, et piam matrem materna charitate retinere cupientibus. Ilia vero, quamvis viscera ejus dolore torquerentur, siccos ad cœlum tendebat oculos, et pietatem in filios pietate in Deum superans, nesciebat se matrem, ul Christi probaret aacillam.

qu'à la mort, et elle disait quelquefois que son désir était de mourir en mendiant sa vie, et d'être ensevelie, à ses funérailles, dans un linceul étranger. Certaines dissensions des Eglises, sous le pontificat de saint Damasc, ayant amené à Rome plusieurs évêques d'Orient et d'Occident , elle reçut chez elle saint Epiphane , évêque de Salamine en Chypre, et prodigua tous les offices de la charité à Paulin d'Antioche. Leurs vertus l'enflammèrent tellement, qu'elle brûlait d'abandonner sa patrie, et de se retirer au désert. C'est pourquoi, se hâtant de fuir le tumulte de la ville et les louanges des hommes, et préférant à Rome l'humble Bethléhem, elle descendit à Porto pour s'y embarquer. Son frère, ses proches, ses enfants l'accompagnaient et s'efforçaient de retenir cette pieuse mère au nom de l'amour maternel. Mais, quoique ses entrailles fussent déchirées par la douleur, elle levait cependant ses yeux sans larmes vers le ciel, et surmontant son amour pour ses fils par son amour pour Dieu, elle oubliait qu'elle était mère, pour se montrer servante du Christ.

ETANT donc montée sur le vaisseau avec sa fille EusSainte Paule, Veuve.

tochie, qui s'était associée à son projet et à son voyage, portée sur les ailes de la foi, elle désirait avec une incroyable ardeur voir Jérusalem et les saints lieux. Après avoir abordé d'abord en Chypre , puis à Séleucie, elle vint en Syrie et en Palestine, dont elle visita tous les sanctuaires avec tant de zèle et de piété, que si elle n'eût eu hâte de vénérer ceux qui lui restaient à parcourir, elle n'eût pu s'arracher aux premiers. Enfin elle s'arrêta à Bethléhem pour y demeurer toujours. Après y avoir élevé quatre monastères, l'un d'hommes, dont saint Jérôme reçut la conduite, et les trois autres de vierges, elle y passa le reste de sa vie dans une admirable sainteté. La vertu d'humilité brilla principalement en elle. Rien n'égala sa bonté : nul ne fut plus tendre envers les pauvres. Elle souffrit avec une extrême patience et mansuétude les calomnies des envieux, et les diverses épreuves de ce monde. Lente à parler, elle était prompte à écouter. Elle savait par cœur les saintes Ecritures, et elle lisait assidûment l'Ancien et le Nouveau Testament. Elle voulut aussi apprendre l'Hébreu, et ce fut avec un tel succès, qu'elle put chanter les Psaumes en cette langue, et la parler comme

quae proposai et navigationis e)us cornes erat alis fidei sumptis , Hiero solymam. et sancta loca incredibili ardore videre cupiebat. Quare, cum Cyprura primum. deinde Seleuciam appulisset, in Syriam et ralaestinam venit, cujus cuncta sacra monumenta tanto studio ac pietate circumivit, ut niai ad reliqua festinaret, a primis non posset abduci. Denique Bethléhem substitit mansura perpétue ; ubi structis quatuor monasteriis , uno virorum, quod sanc tus Hieronymus guber naturus suscepit, aliis virginum, reliquum vitae iter admirabili sanctitate confecit. Humilitatis virtus in ea maxime enituit : nihil ea clementius ; nihil erga humiles blandius fuit. Invidorum calumnias, et saeculi varias tentationes summa patientia et mansuetudine toleravit. Tarda erat ad loquendum, et velox ad audiendum. Sa net as Scripturas tenebat memoriter, et Vêtus ac Novum Testamentum assidue perlegebat. Hebrsesm linguam discere voluit, et consecuta est ita, ut Psalmos hebraice caneret, et illam, quasi

nativam , personaret. Super durissimam humum, stratisciliciolis, quiescebat, si tamen quies dicenda est, quse jugibus pêne orationibus dies noctesque jungebat. Mollia, etiam in gravissima febre, lectuli strata non habuit. Tantae autem continentia; fuit, utprope mensuram excederet, et debilitatem corporis nimiis jejuniis, ac labore contraheret : exceptisque diebus festis, vix oleum in cibo caperet. Neque adduci uUo modo potuit, ut ad vires corporis reficiendas vino uteretur. ^grotantes miris obsequiis ac ministeriis confovebat : cumque aliis languentibus large prœberet omnia, si quando ipsa asgroiasset, sibinon induU gebat : et ineo inaequalis videbatur, quod in aliis clementiam, in se duritiam commutabat.

TANDEM cum in gravissimam valetudinem incidisset , ac mortem adesse sentiret, et frigente alia parte corporis, animae tepor in solo pectore palpitaret , quasi ad suos pergeret , alienoscelle de son pays. Elle prenait son repos' sur la terre couverte de cilices, si l'on peut appeler repos celui qui était interrompu jour et nuit par des prières presque continuelles. Au milieu même de la fièvre la plus brûlante, elle n'eut jamais de couche délicate. Son abstinence était si grande , qu'elle excédait presque la mesure. La rigueur du jeâne et du travail venait encore épuiser ce corps affaibli, et à l'exception des jours de JFête, à peine mêlait-elle un peu d'huile avec sa nourriture Jamais on ne put l'engager à prendre du vin pour rétablir les forces de son corps. Elle soulageait les malades par des soins et des offices admirables ; mais elle, qui se montrait si empressée envers les autres lorsqu'ils étaient infirmes, si elle venait à tomber malade, elle ne se permettait aucun soulagement ; on ne voyait de partialité dans sa conduite que par la dureté qu'elle avait pour elle-même, comparée à sa bonté envers les autres.

ENFIN étant tombée dans une grave maladie, elle comprit que la mort approchait. Déjà son corps était glacé, et il ne restait plus de vie et de chaleur que dans sa poitrine haletante. Alors, comme si elle eût senti qu'elle

allait vers sa patrie et quittait une demeure étrangère, elle répéta ce verset, jusqu'au dernier soupir de son âme : « Seigneur , j'ai aimé la beauté de votre maison, et le lieu où habite votre gloire, p Et encore : « Qu'ils sont aimables, vos tabernacles, Dieu des armées ! Mon àme souEire, elle tombe de défailmce sous les portiques du Seigneur. » Puis, imprimant du doigt sur ses lèvres le signe de la croix, elle rendit à Dieu sa très sainte âme, le sept des kalendes de février, en la cinquante-sixième année de son âge. Les Evêques la transportèrent, de leurs propres mains, à l'église de la Grotte sacrée. De toutes les villes de la Palestine, était accourue à ses funérailles une multitude de moines, de vierges, de veuves et de pauvres, qui, comme à la mort de Dorcas, montraient les vêtements qu'elle leur avait donnés. Enfin, après trois jours, on l'ensevelit dans l'église, près de la Grotte du Seigneur.

Vous avez aimé l'Emmanuel dans sa crèche, ô généreuse Paule ! vous avez préféré la nudité et l'obscurité de la grotte de Bethléhem à toutes les splendeurs de Rome; l'Emmanuel a reconnu tant d'amour; et, pour prix de votre renoncement, il vous a associée pour jamais à sa propre félicité. Que

que desereret, illos versiculos usque ad expirationem animœ repetebat : Domine, dilexi decorem domus tuae, et locum habitationis gloriae tuas ; et, Quam dilecta tabernacula tua, Domine virtutum : concupiscit et déficit anima mea in atria Domini ; digitoque cruels signum in labiis imprimens, sanctissimam animam Deo reddidil, septimo kalendas februarii, astatis suae anno quinquagesimo sexto. Translataque Episcoporum manibus in Ecclesiam Speluncae, tota ad funus ejus Palaestinarum urbium turba concurrente, monachorum, virginum, viduarum et pauperum, qui ad exemplum Dorcadis, vestes ab ea praebitas ostendebant : triduo post subter Ecclesiam juxta Specum Domini condita est.

votre exemple nous encourage à chercher Jésus enfant, à nous complaire dans les mystères de sa naissance. Que nul obstacle ne nous arrête, quand il s'agit d'aller à lui. Qu'il daigne nous révéler ses droits acquis au - prix de tant de sacrifices, afin que nous apprenions à ne lui rien refuser. Que votre ardeur à sacrifier vos plus chères affections pour voler à lui nous instruise à régler du moins les nôtres. Priez pour que nos cœurs soient fidèles à celui qui les a faits, et pour qu'ils soient toujours prêts à le suivre dans les voies auxquelles il les appelle. Combattez en eux cet esprit du monde, qui veut faire un pacte avec le Christianisme, pour anéantir les préceptes du Seigneur, en contestant la sagesse de ses conseils. Que la lumière de 1 Esprit-Saint luise sur nous, que l'amour de Jésus échauffe nos cœurs ; et aiors nous comprendrons les actions des Saints. Si elles confondent notre faiblesse, elles éclaireront notre esprit, et nous donneront courage pour remplir, sans nous flatter nous-mêmes, les devoirs que Dieu nous impose.

Priez, ô Paule, pour l'Eglise de Syrie, que vous avez sanctifiée par vos exemples. Qu'elle recouvre enfin la paix et l'unité. Veillez sur les sanctuaires de la Terre-Sainte, plus souillés par la présence et les sacrilèges des hérétiques que par les violences des Gentils. Affranchissez Jérusalem par vos prières ; sauvez l'honneur de Bethléhem; et que l'Hostie qui ôte les péchés du monde ne soit

f)lus offerte sur le heu où fut la crèche de 'Emmanuel, par des mains impures et schismatiques. Protégez les pèlerins qui visiSainte Paule, Veuve. 485

tent, comme vous, le théâtre des mystères de notre Rédemption. Ranimez, dans toute la chrétienté, l'amour de ces saints lieux, que nos pères reconquirent autrefois par leurs armes ; que notre piété régénérée aime à se réchauffer en suivant les traces divines que le Sauveur de nos âmes a laissées en passant sur cette terre.

AVANT l'arrivée de notre Emmanuel, les hommes étaient comme des brebis sans pasteur ; le troupeau était dispersé, et le genre humain courait à sa ruine. Jésus ne s'est cionc pas contenté d'être l'Agneau destiné à l'immolation pour nos péchés ; il a voulu revêtir le caractère de Pasteur, pour nous rallier tous dans le divin bercail. Mais, comme il devait remonter aux cieux, il a pourvu aux besoins de ses brebis en établissant une suite de pasteurs qui paissent, en son nom, le troupeau, jusqu'à la consommation des siècles. Or, les brebis du Seigneur ont principalement besoin de la doctrine, qui est la lumière de vie ; c'est pourquoi l'Emmanuel a voulu que les Pasteurs fussent aussi docteurs. La Parole divine et les Sacrements, telle est la dette des pasteurs envers leurs troupeaux. Ils doivent dispenser par euxmêmes, et sans cesse, cette double nourriture à leurs brebis, et donner leur vie, s'il le faut, pour l'accomplissement d'un devoir sur lequel repose l'œuvre tout entière du salut du monde.

Mais, comme le disciple n'est point audessus du Maître, les Pasteurs et Docteurs du peuple chrétien, s'ils sont fidèles, sont en

butte à la haine des ennemis de Dieu ; car ils ne peuvent étendre le royaume de JésusChnst qu'au détriment de la domination de Satan. Aussi l'histoire de l'Eglise n'est-elle, à chaque page, que le récit des persécutions qu'ont endurées les Pasteurs et Docteurs qui ont voulu continuer le ministère de zèle et de charité que le Christ a ouvert sur la terre. Trois sortes de combats leur ont été livrés dans la suite des siècles, et ont donné occasion à trois admirables victoires.

Les Pasteurs et Docteurs des Eglises ont eu à lutter contre l'erreur païenne, qui s'opposait par le carnage à la prédication de la loi suolime du Christ; c'est cette persécution qui a couronné et réuni autour du berceau de l'Emmanuel, dans les quarante jours consacrés à sa Naissance, les Polycarpe, les Ignace, les Fabien, les Marcel, lesHygin, lesTélesphore.

Après l'âge des persécutions, une nouvelle arène, non moins glorieuse, s'est ouverte pour lés Pasteurs et Docteurs du peuple chrétien. Les princes, devenus d'abord enfants de l'Eglise, ont voulu bientôt l'enchaîner. Ils ont cru dans l'intérêt de leur politique d'asservir cette parole qui doit librement parcourir le monde en tous sens, comme la lumière visible qui est son image. Ils ont voulu être prêtres et pontifes, comme aux jours du paganisme, et mettre arrêt sur ces sources de vie qui se tarissent dès qu'une main profane les a touchées. Une lutte incessante s'est établie entre les deux pouvoirs, spirituel et temporel : cette longue période a produit aussi ses athlètes et ses martyrs. En chaque siècle, Dieu a glorifié son Eglise par les combats et

les triomphes de plus d'un vaillant champion de la parole et du ministère. Thomas de Cantorbéry, Hilaire de Poitiers, représentent dignement ces chevaliers à la Cour du Roi nouveau-né.

Mais il est une autre série de combats pour les Pasteurs et Docteurs du peuple tiaèle : c'est la lutte contre le monde et ses vices. Elle dure depuis le commencement du Christianisme, elle occupera les forces de l'Eglise jusqu'au dernier jour; et c'est parce qu'ils l'ont soutenue avec courage, que tant de saints prélats ont été odieux pour le nom de Jésus-Christ. Ni la charité, ni les services de tout genre, ni l'humilité, ni la mansuétude, ne les ont garantis de l'ingratitude, de la haine, de la calomnie, des persécutions; parce qu'ils étaient fidèles à proclamer la doctrine de leur Maître, à venger la vertu, à s'opposer aux pécheurs. François de Sales n'a pas été plus exempt des effets de la malice des nommes que Jean Chrysostome lui-même, dont le triomphe réjouit aujourd'hui l'Eglise, et qui se présente au berceau de l'Emmanuel comme le plus illustre des martyrs du devoir pastoral.

Disciple du Sauveur des hommes jusque dans la pratique de ses conseils par la profession monastique, ce prédicateur à la bouche d'or n'a employé le don de son éloquence sublime qu à recommander les vertus apportées par le Christ sur la terre, qu'à reprendre toute sorte de pécheurs. Une impératrice, dont il avait dénoncé les vanités païennes; des hommes puissants, dont ii avait signalé les œuvres mauvaises; des

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