L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 235)
femmes influentes, aux oreilles desquelles sa voix importune tonnait trop souvent; un évèque d'Alexandrie, des prélats de cour, plus jaloux encore de sa réputation que de sa vertu : telles sont les -forces que l'enfer réunit contre Jean. L'amour de son peuple ne le garantira pas plus que la sainteté de sa vie; et l'on verra cet illustre pontife qui avait ravi par le charme de sa parole les habitants d'Antioche, et autour duquel Constantinople tout entière se réunissait dans un enthousiasme qui ne se ralentit pas un seul jour, après s'être vu déposé dans un indigne conciliabule, après avoir vu son nom effacé des diptyques de l'autel, malgré la protestation énergique du Pontife romain, s'en aller mourir de fatigue, entre les mains des soldats, sur la route de l'exil.
Mais ce Pasteur,ce Docteur n'était pas vaincu. Il répétait, avec le grand Paul • « Malheur à moi, sije ne prêche pas l'Evangile !» (l Cor. IX, 16. j Et encore: « La parole ae Dieu ne s'enchaîne pas. » (II Tim. 11, 9.) L'Eglise triomphait en lui, plus glorifiée et plus consolidée par la constance de Chrysostome mené en captivité pour avoir prêché la doctrine de Jésus-Christ, que par les succès de cette éloquence que Libanius avait enviée pour le paganisme. Ecoutons les fortes paroles de Chrysostome, à la veille de partir pour son dernier exil. Déjà il a été enlevé une fois; mais un affreux tremblement de terre,
Ê résage de la colère du ciel, a contraint .udoxie elle-même à demander avec larmes son rappela l'Empereur. De nouveaux orages se forment contre Jean; mais il sent que
toute la force de l'Eglise est en lui, et il défie la tempête. Apprenons ce que c'est qu'un Evèque formé a l'école de Jésus-Christ, le Pasteur et VEvéque de nos âmes (I Petr. ii, 25), comme parle saint Pierre :
« Les flots et la tourmente s'avancent contre <( nous ; cependant nous ne craignons pas d'en « être submergés ; car nous sommes assis a sur la pierre. Que la mer s'élance dans « tout son courroux, elle ne dissoudra pas « la pierre; que les flots montent, ils ne « submergeront pas le vaisseau de Jésus. « Je vous le demande, que craindrions-nous? . « La mort ? Mais le Christ est ma vie, et mou« rir m'est un gain. (Philip, i, 21.) L'exil, me a direz-vous ? Mais la terre est au Seigneur, « avec tout ce gu' elle renferme. (Psalm. xxxiii, « I.) La confiscation des biens? Mais nous « n'avons rien apporté en venant en ce monde, « et nous nen pouvons rien emporter, [l Tim. « VI, 7.) Les terreurs de ce monde me sont à « mépris, et ses biens n'excitent que ma risée. « Je ne crains pas la pauvreté, je ne convoite « pas les richesses, je ne redoute pas la « mort ; et si je désire vivre, c'est unique« ment pour votre avantage. Votre intérêt « est même le seul motif" qui me porte à « faire allusion à la circonstance présente.
« Voici la prière que je fais à votre cha« rite : Ayez confiance. Nul ne pourra nous « séparer, ce que Dieu a joint, ce n'est pas « à l'homme de le désunir. Dieu l'a dit à « propos de l'union de l'homme et de la « femme. Tu ne peux, ô homme ! briser le " lien d'un seul mariage ; comment pourrais« tu diviser l'Eglise de Dieu? C'est donc elle
(( que tu attaques, parce que tu ne peux at(( teindre celui que tu poursuis. Le moyen de (( rendre ma gloire plus éclatante, d'épuiser « plus sûrement encore tes forces, c'est de « me combattre ; car.i7 te sera dur deregim<( ber contre V aiguillon. (Act. ix, 5.) Tu n'en (( émousseras pas la pointe, et tes piede en « seront ensanglantés. Les flots n'entament (( pas le rocher ; ils retombent sur eux« mêmes, écume impuissante.
(L O homme ! rien n'est comparable à la « force de l'Eglise. Cesse la guerre, si tu ne « veux pas sentir épuiser tes forces; ne fais « pas la guerre au ciel. Si tu déclares la « guerre à l'homme, tu peux vaincre, ou c succomber; mais quand tu attaques l'E- (( glise, l'espoir de vaincre t'est interdit; car « Dieu est plus fort que tout. 5er2o«5-«OM5<ioHC V. jaloux du Seigneur? Serions-nous plus « ^puissants que lui ? Dieu a fondé, il a affermi ; «qui essaiera d'ébranler? Tu ne connais « donc pas sa force ? // regarde la terre, et il « la fait trembler ; il commande, et ce qui (' était ébranlé devient solide. Si naguère il a « raffermi votre ville agitée par un tremblece ment de terre, combien plus pourra-t-il (( rasseoir l'Eglise! Mais elle est plus solide « que le ciel même. Le ciel et la terre passe(( ront, dit le Seigneur; mais mes paroles ne « passeront point. Et quelles paroles.'' Tu es « Pierre, et sur cette pierre qui est à moi, <i je bâtirai mon Eglise, et les portes de Ven« fer ne prévaudront pas contre elle.
« Si tu ne crois pas à cette parole, crois aux « faits. Combien de tyrans ont essayé d'écra« ser l'Eglise ? Que de bûchers, que de bêtes
« féroces, que de glaives! Et tout cela pour « ne rien produire. Où sont maintenant ces « redoutables ennemis? Le silence et l'oubli « en ont fait justice. Et l'Eglise, où est-elle? « Sous nos yeux, plus resplendissante ^^ue le « soleil. Mais si, lorsque les chrétiens étaient « en petit nombre, ils n'ont pas été vaincus ; « aujourd'hui que l'univers entier est plein <( de cette religion sainte, comment les pour« rais-tu vaincre ?Le ciel et la terre passeront, « dit le Christ, mais mes paroles ne passeront * pas. Et il en doit être amsi ; car l'Eglise est « plus aimée de Dieu que le ciel même. Ce (( n'est pas du ciel qu'il a pris un corps; la (1 chair qu'il a prise appartient à l'Eglise. «^ Le ciel est pour l'Eglise, et non pas l'Eglise « pour le ciel.
(' Ne vous troublez pas de ce qui est arrivé. « Faites-moi cette grâce, d'être immobi0 les dans la foi. N'avez-vous pas vu Pierre, a lorsqu'il marchait sur les eaux, pour avoir « douté un instant, courir le riscjue d'être « submergé, non par l'impétuosité des flots, « mais à cause de la faiblesse de sa foi ? « Sommes-nous donc monté sur ce siège par « les calculs humains? L'homme nous a-t-il « élevé, pour que l'homme nous puisse ren« verser .'' Je ne le dis pas par arrogance, ni « par une vaine jactance: à Dieu ne plaise! a )e veux seulement affermir ce qui en vous « serait flottant.
« La ville était rassise sur ses bases ; le « diable a voulu ébranler l'Eglise. O esprit de « scélératesse et d'infamie ! tu n'as pas su ren« verser des murailles, et tu espères ébran« 1er l'Eglise I Consiste-t-elle donc dans des
« murailles, l'Eglise ? Non; l'Eglise, c'est la « multitude des fidèles; ils sont ses fermes « colonnes, non liées avec le fer, mais serrées « par la foi. Je ne dis pas seulement qu'une « telle multitude a plus de force que le feu; « ta rage ne saurait triompher même d'un « seul chrétien. Rappelle-toi quelles blessures « t'ont infligées les martyrs. N'a-t-on pas vu « souvent comparaître une jeune fille délicate, M amenée devant le juge, avant l'âge nubile? « elle était plus tendre que la cire, et cepen« dant plus ferme que la pierre. Tu déchirais « ses flancs ; tu ne lui enlevais pas la foi. La « chair cédait sous l'instrument de torture, « la constance dans la foi ne cédait pas. Tu « n'as pu vaincre même une femme, et tu « espères surmonter tout un peuple ?Tu n'as « donc pas entendu le Seigneur qui disait : « Là où deux ou trois sont rassemblés en mon « nom^ j'y suis au milieu d'eux? (Matth, « XVIII, 20.) Et il ne serait pas présent au « milieu d'un peuple nombreux, enchaîné par « les liens de la charité ! '
« J'ai en mes mains le gage, je possède sa (. promesse écrite ; c'est là le bâton sur lequel « )e m'appuie, c'est là ma sécurité, c'est « là mon port tranquille. Que l'univers « entier s'agite ; je me contente de relire <' ces caractères sacrés ; c'est là mon « mur, c'est là ma forteresse. Mais quels * caractères ? Ceux-ci : Je suis avec vous tous « les jours, jusqu'à la consommation des « siècles. Le Christ est avec moi ! qu'ai-je à « craindre? Quand les flots s'élèveraient « contre moi, quand les mers, quand la « fureur des princes; pour moi, tout cela
'(( est moins qu'une toile d'araignée. Si votre « charité ne m'eût retenu, j'étais prêt à <( partir pour l'exil, dès aujourd'hui même. « Voici ma prière : Seigyieur, que votre vo« îonté se fasse; non telle ou telle volonté, « mais la vôtre. Qu'il arrive ce que Dieu (( voudra; s'il veut que je reste ici, je l'en «. remercie ; en quelque lieu au'il veuille que i( je sois transporté, je lui renas grâces. »
Tel est le cœur du ministre de JésusChrist, humble et invincible. Et Dieu donne de ces hommes dans tous les siècles; et guand ils deviennent rares, tout languit et s'éteint. Quatre Docteurs de ce caractère ont été donnés à l'Eglise Orientale : Athanase, Grégoire de Nazianze, Basile et Chrysostome; et le siècle qui les a produits conserva la foi, malgré les plus redoutables périls. Les deux premiers brillent au Cycle, à l'époque où l'Eglise est toute radieuse de l'éclat cle son Epoux ressuscité; le troisième signale le temps où les dons de l'Esprit d'amour ont fécondé l'Eglise ; Chrysostome nous réjouit par sa présence, en ce jour où le Verbe de Dieu , nous apparaît sous les livrées de l'infirmité et , de l'enfance. Nous, heureux fils de l'Eglise i latine qui seule a eu le bonheur de conserver I la foi primitive, parce que Pierre est avec elle, honorons ces quatre fortes colonnes de l'édifice de la Tradition ; mais rendons aujourd'hui nos hommages à Chrysostome, le Docteur de toutes les Èclises, le vainqueur du monde, le Pasteur inébranlable, le successeur des Martyrs, le prédicateur par excellence, l'admirateur de Paul, l'imitateur du Christ.
L'Eglise Romaine lui consacre l'éloge suivant, dans les Leçons de l'Office de ce jour.
JEAN, que les flots d'or de son éloquence firent surnommer Chrysostome, était né à Antioche. Il passa des travaux du barreau et des soins du siècle à l'étude des saintes Lettres, dans laquelle il s'acquit une grande réputation par son génie et sa science. Ayant été initié aux choses saintes, puis fait Prêtre de l'Eglise d'Antioche, il fut préposé, malgré lui, à l'Eglise de Constantinople, par les soins de l'Empereur Arcadius, après la mort de Nectaire. Ayant donc reçu la charge pastorale , il commença à reprendre avec force la corruption des mœurs et la vie licencieuse des grands. Cette liberté lui fit beaucoup d'ennemis. Il offensa grièvement l'Impératrice Eudoxie, parce qu'il l'avait reprise de s'être emparée de l'argent de la veuve Callitrope, et du champ d'une autre veuve.
C'est pourquoi elle fit rassembler quelques Evêques à Chalcédoine, où Jean, ayant été cité, ne voulut pas se rendre, disant que ce Concile n'était ni public, ni légitime. Il fut donc envoyé en exil, principalement par les efforts d'Eudoxie ; mais, peu
JOHANNES Antiochenus, propter aureum eloquentiae flumen cognomento Chrysostomus, a forensibus et saecularibus studiis ad divinas Litterassumma cum ingenii et industrie laude se contulit. Itaque sacris initiatus, ac Presbyter Antiochenae Ecclesiae factus, mortuo Nectario. Arcadii Imperatoris opéra, invitus Constantinopolitanas Ecclesiae praeficitur : quo suscepto pastorali munere, depravatos mores, et nobiliorum hominum vivendi licentiam vehemenlius objurgare cœpit. Qua ex libertate magnam multorumsubiit invidiam. Apud Eudoxiam etiam, quod eam propter Callitropœ viduae pecuniam. et alterius viduae agrum reprehendisset, graviter offendit.
QUARE aliquot Episcoporum acto Chalcedone conventu , quo ipse vocatus ire noluit, quod nec legitimum concilium, nec publicum esse diceret, nitente in primis ipsa contra ChrysostomumEudoxia, ejici4g6
tur in exsilium : sed paulo post, propter ejus desiderium seditione
populi facta, admirabili civitatis plausu abexsilio revocatur. Verum cum perditos mores increpare non desisteret, et ad argenteara Eudoxiœ statuaminforo Sanctae Sophiae ludos fieri prohiberet : conspiratione inimicorum episcoporum iterum exsulare cogitur, viduis et egentibus communi's parentis ejectionem lugentibus. In exsilio Chrysostomus incredibile est, et quanta mala perpessus sit, et quam multos ad Jesu Christi fidem converterit.
VERUM dum Concilie Romajhabito, decreto Innocentii Primi Pontificis restituitur, a militibus, qui eum custodiebant , rairis in itinere malis et calamitatibus afÇcitur. Cumque per Armeniam duceretur , saactus Basiliscus Martyr, in cujus templo antea oraverat, noctu sic eum affatus est : Johannes frater, crastinus dies nos loco conjunget, Quare postridie , sumpto Eucharistiae sacramento, saque crucis signo mude temps après, le regret de son absence excita une sédition dans le peuple, et il fut rappelé, aux grands applaudissements de la ville. Mais comme il ne cessait de crier contre les vices, et qu'il s'opposa à des jeux qui se célébraient devant la statue d'argent d'Eudoxie, sur la place de Sainte-Sophie, une nouvelle conspiration des évêques ses ennemis le fil encore condamner à l'exil, malgré les larmes des veuves et des pauvres qui pleuraient le bannissement de leur père commun. On ne saurait concevoir la grandeur des maux que Chrysostome souffrit dans son exil, ni le nombre de ceux qu'il convertit à la foi de Jésus-Christ.
MAIS tandis que le Pape Innocent l" ordonnait son rétablissement par un décret porté dans un Concile tenu à Rome, les soldats qui le gardaient l'accablèrent, durant la route , de maux et de souffrances incrovables. Comme on le conduisait par l'Arménie, le Martyr saint Basilisque, dans l'église duquel il venait de faire sa prière, lui dit durant la nuit ■ « Jean, mon frère, nous serons demain en un même lieu. > Il prit donc, le lendemain, le sacrement de l'Eucharistie, et s'étant muni du
signe de la croix, il rendit son âme à Dieu, le dix-huit des kalendes d'octobre. Après sa mort, une effroyable gréle tomba sur Conslantinople, et, quatre jours après, l'Impératrice mourut. Théodose, fils d'Arcadius, fit apporter le corps du saint à Constantinople , avec une pompe magnifique et une grande affluence de peuple, et, le fit ensevelir honorablement le six des kalendes de février ; puis, ayant vénéré ses reliques, il demanda pardon pour ses parents. Dans la suite, ce saint corps fut transféré à Rome et enseveli dans la Basilique Vaticane. Tout le monde admire le nombre, la piété, la beauté de ses sermons et de ses autres écrits, sa manière d'interpréter l'Ecriture, en s'attachant au sens littéral des Livres sacrés ; et on le juge digne de ce qu'on a cru de lui, que l'Apôtre saint Paul, pour qui il avait une vénération sinfulière, lui a dicté beaucoup e choses de ce qu'il a écrit et de ce qu'il a prêché. Pie X, Souverain Pontife, a déclaré et établi patron des orateurs sacrés cet illustre Docteur de l'Eglise universelle. Pontifex maximus, cœlestem oratorum patronum declaravit atque constituit.
L'Eglise Grecque exalte, dans les Menées, son grand Docteur.
niens, animam Deo reddidit decimo octavo kalendas octobris. Quo mortuo, horribilis grando Constantinopoli cecidit, et quatriduo Augusta cessit e vita. Ejus corpus insigni pompa et hominum multitudine celebratum, Theodosius Arcadii filius Constantinopolim portandum, et honorifice sepeliendum curavit sexto kalendas februarîi ; cujus etiam reliquias veneratus, parentum suorum veniam petiit : quod deinde Romam translatum, in Basilica Vaticana conditum est. Multitudinem, pietatem , ac splendorem concionum, caeteroruo»' que ejus scriptorum, in^ terpretandi etiam ratio'^ nem, et inhaerentem sententiae sacrorum Librorum explanationem, omnes admirantur, dignumque existimant, cui Paulus Apostolus, quem ille mirifice coluit, scribenti et praedicanli multa dictasse videatur. Hune vero praeclarissimum universas Ecclesiae Doctorem, Plus decimus, sacrorum
rBAM auream, divine flans organum, doctrinarum mare inexhauslum, Ecclesiae firmamentum, mentem cœlestem, sapientiae abyssum, craterern deauratum, diffundentem flumina dogmatum melliflua , irrifantia creationem, meloiter hymnificemus. Sidus inocciduum, radiis illuminans dogmatum omne subsolare, pœnitentiae praeconem , spongiam auratissimam humiditatem terribilis desperationis auferenîem, et rorificantem cor
Angélus terrenus et cœlestis homo, lyra bene loquens et multisonans, virtutum thésaurus, immobilis lapis , fidelium forma, Martyrum aemulus, contubernalis sanctorum Angelorum, Apostolorum comraensalis, in h^mnis magnificetur