L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 35)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Visita, quaesumus Domine, habitationem istam, et omnes insidias inimici ab ea longe repelle : Angeli tui sancti habitent in ea. qui nos in pace custodiant : et benedictio tua sit super nos semper. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti Deus. per omnia sascula Bxculorum. Amen.

Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius.et Spiritus Sanctus. fy Amen.

Que vous avez destiné à être exposé aux regards de tous les peuples :

Pour être la Lumière qui éclairera les nations, e*. la gloire de votre peuple d'Israël.

Ant. Sauvez-nous. Seigneur, durant la veille, gardez-nous durant le sommeil, afin que nous puissions veiller avec Jésus-Christ, et que nous reposions dans la paix.

Visitez, s'il vous plaît, Seigneur, cette maison, et éloignez-en toutes les embûches de l'ennemi ; que vos saints Anges y habitent, qu'ils nous y gardent dans la paix ; et que votre bénédiction demeure toujours sur nous. Par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous . en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

Que le Seigneur tout-puissant et miséricordieux , le Père, le Fils et le Saint-Esprit, nous bénisse et nous conserve, il. Amen.

Féconde Mère du Rédempteur, vous qui êtes la Porte du ciel sans cesse ouverte, et l'Etoile de la mer, secourez ce peuple qui tombe, mais qui désire se relever. Au grand étonnement de la nature, vous avez donné naissance à votre divin Auteur. Vierge dans la conception, Vierge après l'enfantement, vous à qui Gabriel adresse le salut, daignez prendre pitié des pauvres pécheurs.

f. Après l'enfantement, ô Vierge, vous êtes demeurée sans tache.

O Dieu qui, par la virginité féconde de la bienheureuse Marie, avez procuré au genre humain le prix du salut éternel ; accordez-nous, s'il vous plaît, de ressentir les effets de l'intercession de celle par qui nous avons reçu l'auteur de la vie, notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils. Amen.

Deus qui salutis aeternae beatae Mariae virginitate fœcunda humano generi praemia praestitisti : tribue, quassumus, ut ipsam pro nobis intercedere sentiamus per quam meruimus auctorem vitas suscipere Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum. Amen.

'heureuse journée de la Vigile de Noël avance vers son terme. Déjà la sainte Eglise a clos les divins Offices de l'Attente du Sauveur par la célébration du grand Sacrifice. Dans son indulgence maternelle, elle a permis à ses enfants de rompre, dès le milieu du jour, le jeûne de la préparation ; les fidèles se sont assis à la table frugale, avec une joie spirituelle qui leur fait pressentir celle dont leurs cœurs seront inondés en cette nuit qui va leur donner l'Emmanuel.

Mais une aussi grande solennité que celle de demain doit, selon l'usage de l'Eglise dans ses fêtes, anticiper sur le jour qui la précède. En peu d'instants, l'Office des Premières Vêpres, dans lequel s'offre à Dieu l'encens du soir, va convier les Chrétiens à l'Eglise; et la splendeur des cérémonies, la magnificence des chants, ouvriront tous les coeurs aux émotions d'amour et de reconnaisl56 Le Sai)it Jour de Noël,

sance qui les doivent disposer à recevoir les grâces du moment suprême.

En attendant le signal sacré qui va nous quer à la maison de Dieu, employons les instants qui nous restent à bien pénétrer le mystère d'un si grand jour, Icg sentiments de la sainte Eglise dans cette solennité, les traditions catholiques à l'aide desquelles nos aïeux l'ont si dignement célébrée.

Et d'abord écoutons la voix des saints Pères qui retentit avec une emphase et un éclat capables de réveiller toute âme vivante. Voici saint Grégoire le Théologien, l'Evêque de Xazianze, qui débute dans son discours trente-huitième, consacré à la Théophanie, ou Naissance du Sauveur : qui pourrait l'entendre et rester froid devant sa parole ?

'( Le Christ naît; rendez gloire. Le Christ « descend des cieux ; marchez au-devant de « lui. Le Christ est sur la terre ; hommes, « élevez-vous. Toute la terre, chante^ au Sei« gneurl et pour réunir tout dans une seule « parole : Que les cieux se réjouissent, et que « la terre tressaille, pour celui qui est, tout « à la fois, du ciel et de la terre. Le Christ « revêt notre chair, soyez émus de crainte et o d'allégresse : de crainte, à cause du péché; « d'allégresse, à cause de l'espérance. Le Christ « naît d'une Vierge : femmes, honorez la a virginité, afin de devenir mères du Christ.

a Qui n'adorerait celui qui était dès le « commencement ? qui ne louerait et ne « célébrerait celui qui vient de naître ? Voici « que les ténèbres se dissipent ; la lumière « est créée; l'Egypte demeure sous les om« bres, et Israël est éclairé par la colonne

« lumineuse. Le peuple, qui était assis dans « les ténèbres de l'ignorance, aperçoit la « lueur d'une science profonde. Les choses « anciennes ont fini ; tout est devenu nou« veau. La lettre fuit, l'esprit triomphe ; les « ombres sont passées, la vérité fait son entrée. « La nature voit violer ses lois : le moment « est venu de peupler le monde céleste : le « Christ commande ; gardons-nous de résister.

a Toutes les nations, batte\ des mains : car d un petit Enfant nous est né, un Fils nous a « été donné. La marque de sa principauté est « sur son épaule : car la croix sera le moyen de <( son élévation ; son nom est F Ange du grand « conseil, c'est-à-dire du conseil paternel.

« Que Jean s'écrie : Prépare^ la voie du « Seigneur ! Pour moi, je veux faire retentir « aussi la puissance d'un si grand jour : Celui « qui est sans chair s'in>carne ; le Verbe prend « un corps ; l'Invisible se montre aux yeux, « l'Impalpable se laisse toucher ; celui qui ne « connaît pas le temps prend un commence« ment;le Fils de Dieu est fait fils de l'homme. « Jésus-Christ était hier ; il est aujourd'hui : il « sera à jamais. Que le Juif s'en offense ; que le « Grec s'en moque; que la langue de l'hérétique « s'agite dans sa bouche impure. Ils croiront « quand ils le verront, ce Fils de Dieu, mon« ter au ciel ; et si encore à ce moment ils s'y « refusent, ils croiront bien, alors qu'il en des« cendra, et paraîtra sur son tribunal de juge.

Ecoutons maintenant, dans l'Eglise Latine, le dévot saint Bernard, qui épanche une douce allégresse dans ces mélodieuses paroles, au sermon VIe pour la Vigile de Noël :

« nouvelle pleine de grâce, et faite pour être « acceptée avec transport : Jésus-Christ, Fils « de Dieu, nait à Bethléhem de Judée. Mon « âme s'est fondue à cette parole ; mon esprit (i bouillonne en moi, pressé que je suis de « vous annoncer un tel bonheur. Jésus veut c dire Sauveur. Quoi de plus nécessaire qu'un « Sauveur à ceux qui étaient perdus, de plus « désirable à des infortunés, de plus avanta« geux à ceux que le désespoir accablait ? Où a était le salut, où était même l'espérance du « salut, si légère qu'elle fût, sous cette loi « de péché, dans ce corps de mort, au milieu « de cette penersité, dans ce séjour d'afflic« tion, si ce salut n'était né tout à coup, et « contre toute espérance ? O homme, tu « désires, il est vrai, ta guérison; mais, ayant « !a conscience de ta faiblesse et de ton inrir« mité, tu redoutes la rigueur du traitement. « Ne crains pas : le Christ est suave et doux ; « sa miséricorde est immense; comme Christ, « il a reçu l'huile en partage, mais c'est pour « la répandre sur tes plaies" Et si je te dis qu'il « est doux, ne va pas craindre que ton Sau« veur manque de puissance ; car on ajoute « qu'il est Fils de Dieu. Tressaillons donc, « ruminant en nous-mêmes, et faisant éclater « au dehors cette douce sentence, cette suave « parole : Jésus-Christ. Fils de Dieu, naît en a Bethléhem de Judée .' »

C'est donc véritablement un grand jour que celui de la Naissance du Sauveur: jourattendu par le genre humain durant des milliers d'années ; attendu par l'Eglise durant ces quatre semaines de l'Avent qui nous laissent de si chers souvenirs ; attendu par la nature

entière qui revoit chaque année, sous ses auspices, le triomphe du soleil matériel sur les ténèbres toujours croissantes. Le grand Docteur de l'Eglise Syrienne, saint Epnrem, célèbre avec enthousiasme le charme et la fécondité de ce jour mystérieux ; empruntons quelques traits à sa divine poésie, et disons avec lui :

« Daignez, Seigneur, nous permettre de « célébrer aujourd'hui le propre jour de votre « naissance, que la solennité présente nous « rappelle. Ce jour est semblaole à vous ; il « est ami des hommes. A travers les âges, il « revient chaque année ; il vieillit avec les « vieillards, et il se renouvelle avec l'enfant « qui vient de naître. Chaque année, il nous « visite et passe ; puis il revient plein de « charmes. Il sait que la nature humaine ne « saurait se passer de lui ; comme vous, il « vient au secours de notre race en péril. Le « monde entier, Seigneur, a soif du jour de « votre naissance ; cet heureux jour contient « en lui-même les siècles à venir ; il est un, et « il se multiplie. Qu'il soit donc, cette année « encore, semblable à vous, amenant la paix « entre le ciel et la terre. Si tous les jours sont « marqués par votre libéralité, combien « est-il juste qu'elle déborde en celui-ci ?

« Les autres jours de l'année empruntent « leur beauté de celui-ci, et les solennités « qui suivront lui doivent la dignité et l'éclat « dont elles brillent. Le jour de votre nais« sance est un trésor, Seigneur, un trésor « destiné à acquitter la dette commune. Béni « soit le jour qui nous a rendu le soleil, à « nous errants dans la nuit obscure ; qui nous v a apporté la divine gerbe par laquelle a été

« répandue l'abondance ; qui nous a donné « la branche de vigne où est contenue la « liqueur du salut qu'elle doit nous fournir « en son temps. Au sein de l'hiver qui prive « les arbres de leurs fruits, la vigne s'est parce « d'une végétation divine; sous la saison ^lu« ciale, le rejeton a poussé de la souche de Jessc. « C'est en décembre, en ce mois qui relient ence core dans les entrailles de la terre la semence « qui lui fut confiée, que l'épi de notre salut « s'élève du sein de la Vierge où il était des« cendu dans les jours du printemps, lorsque « les agneaux bondissent dans les prairies. » Il n'est donc pas étonnant que ce jour qui importe à Dieu même ait été privilégié dans l'économie des temps ; et l'on aime à voir les nations païennes pressentir dans leurs calendriers la gloire que Dieu lui réservait dans la suite des âges. Nous avons vu d'ailleurs que les Gentils n'ont pas été seuls à prévoir mystérieusement les relations du divin Soleil de justice avec l'astre mortel qui éclaire et échauffe le monde ; les saints Docteurs et la Liturçie tout entière ne tarissent pas sur cette ineffable harmonie. Ajoutons que, selon la tradition vénérable de l'antiquité qui place au Vendredi (25 mars) l'Incarnation du Fils de Dieu, la Naissance du Sauveur qui s'est appelé la Lumière du monde, a dû avoir lieu un Dimanche (25 décembre) : ce qui donne à la fête de Noël quelque chose de plus sacré encore dans les années où elle se rencontre au Dimanche : jour déjà sanctifié par la création de la lumière à l'origine des choses, et plus tard par la Résurrection de ce Sauveur qui se lève aujourd'hui sur le monde. Saint

Sophrone de Jérusalem a magnifiquement traité ce mystère dans sa première Homélie pour la fête de Noël.

Afin de graver plus profondément l'importance d'un jour si sacré dans la mémoire des peuples chrétiens de l'Europe, races préférées dans les conseils de la divine miséricorde, le souverain maitre des événements a voulu que le royaume des Francs naquît le jour de Noël, lorsque dans le Baptistère de Reims, au milieu des pompes de cette solennité, Clovis, le fier Sicambre, devenu doux comme l'agneau, fut plongé par saint Rémi dans la fontaine du salut, de laquelle il sortit pour inaugurer la première monarchie catholique parmi les monarchies nouvelles, ce royaume de France, le plus beau, a-t-on dit, après celui du ciel.

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