L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 55)
Et votre véritable et unique Fils, digne de tous les hommages ;
Prenant la nature de l'homme, pour le délivrer, vous n'avez pas dédaigné le sein de la Vierge.
Brisant l'aiguillon de la mort, vous avez ouvert aux croyants le royaume des cieux.
Vous êtes assis à la droite de Dieu, dans la gloire du Père.
Daignez donc secourir vos serviteurs que vous avez rachetés de votre précieux sang.
Faites qu'ils soient comptés parmi vos Saints, dans la gloire éternelle.
Et nous louons votre Nom jusque dans les siècles des liècles.
Que votre miséricorde soit sur nous , Seigneur, comme nous avons espéré en vous.
En vous, Seigneur, j'ai espéré ; je ne serai point confondu éternellement.
Tu' ad liberandum suscepturus hominem, * non horruisti Virjinis uterum.
Tu devicto mortis aculeo, * aperuisti credentibus régna cœlorum.
Te ergo quaesumus . tuis famulis subveni , * quos pretioso sanguine redemisti.
Salvum fac populum tuum. Domine :* et benedic haereditati tuae.
Et laudamus Nomen tuum, in saeculum : * et in saeculum saeculi.
Fiat misericordia tua, Domine , super nos , * quemadmodum speravimus in te.
le Cantique d'action de grâces, clôt l'Office des Matines par cette
Oraison qui résume tous ses vœux dans cette nouvelle Nativité du Fils unique de Dieu
Faites, s'il vous plaît. Dieu tout-puissant, que la nouvelle naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu'une antique servitude retient sous le joug du péché. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur, votre Fils, qui. étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du SaintEsprit, dans tous les siècles des siècles. fi|. Amen.
Concède , quassumus omnipotens Deus , ut nos Unigeniti tui nova per carnem nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum, qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus sanccti. Deus, per omnia sacula sseculorum.^. Amen.
Il est temps, maintenant, d'offrir le grand Sacrifice, et d'appeler l'Emmanuel : lui seul peut acquitter dignement envers son Père la dette de reconnaissance du genre humain. Sur notre autel, comme au sein de la crèche, il intercédera pour nous ; nous l'approcherons avec amour, et il se donnera à nous.
Mais telle est la grandeur du Mystère de ce jour, que l'Eglise ne se bornera pas à offrir un seul Sacrifice. L'arrivée d'un don si précieux et si longtemps attendu mérite d'être reconnue par des hommages nouveaux. Dieu le Père donne son Fils à la terre : l'Esprit d'amour opère cette merveille : il
convient que la terre renvoie à la glorieuse Trinité l'hommage d'un triple "Sacrifice.
De plus, celui qui naît aujourd'hui n'est-il pas manifesté dans trois Naissances ? Il naît, cette nuit, de la Vierge bénie ; il va naître, par sa grâce, dans les cœurs des bergers qui sont les prémices de toute la chrétienté ; il naît éternellement du sein de son Père, dans les splendeurs des Saints : cette triple naissance doit être honorée par un triple hommage.
La première Messe honore la Naissance selon la chair. Les trois Naissances sont autant d'effusions de la divine lumière; or, voici l'heure où le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, et où le jour s'est levé sur ceux qui habitaient la région des ombres de la mort. En dehors du temple saint qui nous réunit, la nuit est profonde : nuit matérielle , par l'absence du soleil ; nuit spirituelle , à cause des péchés des hommes qui dorment dans l'oubli de Dieu, ou veillent pour le crime. A Bethléhem, autour de l'étable, dans la cité, il fait sombre ; et les hommes qui n'ont pas trouvé de place pour l'Hôte divin, reposent dans une paix grossière ; mais ils ne seront point reveillés par le concert des Anges.
Cependant, à l'heure de minuit, la Vierge a senti que le moment suprême est arrivé. Son cœur maternel est tout à coup inondé de délices inconnues ; il se fond dans l'extase de l'amour. Soudain, franchissant par sa toute-puissance les barrières du sein maternel, comme il pénétrera un jour la pierre du
sépulcre, le Fils de Dieu, Fiis Je Marie, apparaît étendu sur le sol, sous les yeux de sa mère, srers laquelle il tend ses bras Le ravon du soleil ne franchit pas avec plus de vitesse le pur cristal qui ne saurait l'arrêter La Vierge-Mère adore cet enfant divin qui lui sourit, elle ose le presser contre son cœur, elle l'enveloppe des langes quelle lui a préparés , elle le couche dans la crèche. Le fidèle Joseph adore avec elle , les saints Anges, selon la prophétie de David, rendent leurs profonds hommages à leur créateur, dans ce moment de son entrée sur cette terre. Le ciel est ouvert au-dessus de l'étable, et les premiers vœux du Dieu nouveau-né montent vers le Père des siècles , ses premiers cris, ses doux vagissements arrivent à l'oreille du Dieu offensé, et préparent déjà le salut du monde.
Au même moment, la pompe du Sacrifice attire tous les regards des fidèles vers l'autel , les ministres sacrés s'ébranlent, le prêtre sacrificateur est arrivé aux degrés du sanctuaire Cependant, le chœur chante le cantique d entrée, l'Introït C'est Dieu même qui parle , il dit à son Fils qu'il l'a engendré aujourd'hui En vain, les nations frémiront dans leur impatience de son joug , cet enfant les domptera, et il régnera, car il est le Fils de Dieu
r\ ominus dixit ad me *** Filius meus es tu, ego hodie genui te
Ps Quare tremuerunt çentes, et populi mediI f. S«ign ur m'a dit V
Le chant du Kyrie eleison prélude à l'Hymne Angélique^ qui éclate bientôt par ces sublimesparoles : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibiis bonœ voluntatis ! Unissons nos voix et nos cœurs à cet ineffable concert de la milice céleste. Gloire à Dieu ! paix aux hommes ! Les Anges, nos frères, ont entonné ce cantique ; ils sont là autour de l'autel, comme autour de la crèche, et ils chantent notre bonheur. Ils adorent cette justice qui n'a pas donné de rédempteur à leurs frères tombés, et qui nous envoie pour libérateur le propre Fils de Dieu. Ils glorifient cet abaissement si plein d'amour dans celui qui a fait l'ange et l'homme, et qui s'incline vers ce qu'il y a de plus faible. Ils nous prêtent leurs voix célestes pour rendre grâces à ce'ui qui, par un si doux et si puissant mystère, nous appelle, nous humbles créatures humaines, à remplir un jour, dans les chœurs angéliques, les places laissées vacantes par la chute des esprits rebelles. Anges et mortels, Eglise du ciel, Eglise de la terre, chantons la gloire de Dieu, la paix donnée aux hommes ; et plus le Fils de l'Eternel s'abaisse pour nous apporter de si grands biens, plus ardemment devons-nous chanter d'une voix : Solus Sanctus, solus Dominus, solus Altissimus, Jesu Christe ! Seul Saint, seul Seigneur, seul TrèsHaut, Jésus-Christ !