L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 63)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Jusjurandum quod juravit ad Abraham patrem nostrum . " daturum se nobis,

Ut sine timoré de manu inimicorura nostrorum liberati : * serviamus illi,

In sanctitate et justitia coram ipso ; * omnibus diebus nostris.

Et tu, puer, Propheta Altissimi vocabaris : * praeibis enim ante faciem Domini parare vias ejus.

Ad dandam scientiam salutis plebi ejus : * in remissionem peccatorum eorum.

Per viscera misericordia; Dei nostri : * in quibus visitavit nos, Oriens ex alto.

Illuminare his qui in tenebris et in umbra mortis sedent : * ad diride ses Prophètes, qui on: prédit dans les siècles passés,

Qu'il nous sauverait de nos ennemis, et de la main de tous ceux qui nous haïssent ;

Qu'il ferait la miséricorde promise à nos pères, et s« souviendrait de son allianet sainte,

Du serment par lequel il avait juré à Abraham notre père de faire, dans sa bonté,

Que, délivrés de la main de nos ennemis, nous le puissions servir sans crainte.

Dans la sainteté et la justice, marchant devant lui tous les jours de notre vie.

Et vous, petit Enfant, Précurseur de l'Emmanuel, vous serez appelé Prophète du Très-Haut ; car vous marcherez devant la face du Seigneur,

Pour préparer ses voies, pour donner à son peuple la connaissance du salut que le Messie apporte, aujourd'hui qu'il vient remettre leurs péchés,

Par les entrailles de la miséricorde de ce Sauveur notre Dieu, ce divin Orient, qui s'est levé sur nous du haut du ciel,

Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort,

Ant. Gloire à Dieu au plus haut des eieux. et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté, alléluia, alléluia

Ant. Gloria in excelsis Deo, et in terra pax hominibus bonae voluntatis, alléluia, alléluia.

AITES, s'il vous plaît, Dieu p tout-puissant, que la nouvelle Naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu'une antique servitude retient sous le joug du péché , par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen

Concède . quaesumus omnipotens Deus,jjt nos Unigeniti tui nova per carnem Nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet. Per eumdem Dominum nostrum, Jesurn Christum. Amen.

'Office des Laudes est achevé, les cantiques de réjouissance par lesquels l'Eglise remercie le Père des siècles de ce qu'il a fait lever son Soleil de justice sont épuisés : il est temps d'offrir le Second sacrifice, le Sacrifice de l'aurore. La sainte Eglise a glorifié, par la première Messe, la naissance temporelle du Verbe, selon la chair; à cette heure, elle va honorer une seconde naissance du même Fils de Dieu, naissance de grâce et de miséricorde, celle qui s'accomplit dans le cœur du chrétien fidèle.

Voici que, dans ce moment même, des bergers invités par les saints Anges arrivent en hâte à Bethléhem; ils se pressent dans l'étable, trop étroite pour contenir leur foule. Dociles à l'avertissement du ciel, ils sont venus reconnaître le Sauveur qu'on leur a dit être né pour eux. Ils trouvent toutes choses telles que les Anges les leur ont anées. Qui pourrait dire la joie de leur

coeur, la simplicité de leur foi ? Ils ne s'étonnent point de rencontrer, sous les livrées d'une pauvreté pareille à la leur, celui dont la naissance émeut les Anges mêmes. Leurs cœurs ont tout compris t ils adorent, ils aiment cet Enfant. Déjà ils sont chrétiens : l'Eglise chrétienne commence en eux ; le mystère d'un Dieu abaissé est reçu dans les cœurs humbles. Hérode cherchera à faire périr l'Enfant ; la Synagogue frémira ; ses docteurs s'élèveront contre Dieu et contre son Christ ; ils mettront à mort le libérateur d'Israël; mais la foi demeurera ferme et inébranlable dans l'âme des bergers, en attendant que les sages et les puissants s'abaissent à leur tour devant la crèche et la croix.

Que s'est-il donc passé au cœur de ces hommes simples ? Le Christ y est né, il y habite désormais par la foi et l'amour. Ils sont nos pères dans l'Eglise ; et c'est à nous de leur devenir semblables. Appelons donc, à notre tour, le divin Enfant dans nos âmes ; faisons-lui place, et que rien ne lui ferme plus l'entrée de nos cœurs. C'est pour nous aussi que parlent les Anges, c'est à nous qu'ils annoncent l'heureuse nouvelle ; le bienfait ne doit pas s'arrêter aux seuls habitants des campagnes de Bethléhem. Or, afin d'honorer le mystère de la venue silencieuse du Sauveur dans les âmes, le Prêtre va tout à l'heure remonter au saint autel, et présenter, pour la seconde fois, l'Agneau sans tache aux regards du Père céleste qui l'envoie.

Que "nos yeux soient donc fixés sur l'autel, comme ceux des bergers sur la crèche ; cherchons-y, comme eux, l'Enfant nouveau260 Le Saint jour de Noël.

né, enveloppé de langes. En entrant dans l'étable. ils ignoraient encore celui qu'ils allaient voir; mais leurs cœurs étaient préparés. Tout à coup ils l'aperçoivent, et leur* yeux s'arrêtent sur ce divin Soleil. Jésus, du Fond de la crèche, leur envoie un regard de son amour; ils sont illuminés, et le jour se fait dans leurs cœurs. Méritons qu'elle s'accomplisse en nous, cette parole du prince des Apôtres : « La lumière luit dans un lieu obs« cur, jusqu'à ce que le jour vienne à briller, « et que l'étoile du matin se lève dans vos « cœurs. » (II Petr. i, 19.)

Nous y sommes arrivés, à cette aurore bénie; il a paru, le divin Orient que nous attendions, et il ne se couchera plus sur notre vie : car nous voulons craindre par-dessus tout la nuit du péché dont il nous délivre. Nous sommes les enfants de la lumière et les fils du jour (I Thess. v, 5) ; nous ne connaîtrons plus le sommeil de la mort ; mais nous veillerons toujours, nous souvenant que les bergers veillaient quand l'Ange leur parla, et que le ciel s'ouvrit sur leurs têtes. Tous les chants de cette Messe de l'Aurore vont nous redire la splendeur du Soleil de justice ; goûtons-les comme des captifs longtemps enfermés dans une prison ténébreuse, aux yeux desquels une douce lumière vient rendre la vue. Il resplendit, au fond de la crèche, ce Dieu de lumière ; ses divins rayons embellissent encore les augustes traits de la ViergeMère qui le contemple avec rant d'amour ; le visage vénérable de Joseph en reçoit aussi un éclat nouveau ; mais ces rayons ne s'arrêtent pas dans l'étroite enceinte de la grotte. S'ils

laissent dans ses ténèbres méritées l'ingrate Bethléhem, ils s'élancentpar le monde entier, et allument dans des millions de cœurs un amour ineffable pour cette Lumière d'en haut qui arrache l'homme à ses erreurs et à ses passions, et rélève vers la sublime fin pour laquelle il a été créé.

Mais, à ce moment, la sainte Eglise, au milieu de tous ces mystères du Dieu incarné, nous présente, au sein même de l'humanité, un autre objet d'admiration et d'allégresse. Au souvenir si cher et si glorieux de la Naissance de l'Emmanuel, elle unit, dans ce Sacrifice de l'Aurore, la mémoire solennelle d'une de ces âmes courageuses qui ont su conserver la Lumière du Christ, en dépit de tous les assauts des ténèbres. Elle honore, à cette heure même, une pieuse veuve romaine qui, en ce jour de la naissance du Rédempteur, naquit à la vie céleste, par la croix et la souffrance, sous la persécution de Dioclétien.

Anastasie, épouse d'un Romain nommé Publius, eut beaucoup à souffrir de la brutalité de ce païen, qui s'irritait de sa générosité envers les serviteurs de Dieu. Après de cruels traitements endurés avec patience, elle fut enfin affranchie du joug qui l'accablait ; mais s'étant vouée à la visite et au soulagement des confesseurs de la foi qui remplissaient les prisons de Rome durant cette affreuse persécution, elle fut arrêtée elle-même comme chrétienne, liée à un poteau et brûlée vive. Son Eglise, à Rome, bâtie sur l'emplacement de "sa maison, est le lieu de la Station pour la Messe de l'Aurore;

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