L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 65)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

vés en présence de l'Enfant, leurs cœurs déjà prépares le reconnaissent ; et Jésus, par sa grâce, prend naissance en eux. Ils se rejouissent d'être petits et pauvres comme lui ; ils sentent qu'ils lui sont unis désormais, et toute leur conduite va rendre témoignage du changement qui s'est opéré dans leur vie. En effet, ils ne se taisent pas, ils parlent de l'Enfant, ils s'en font les apôtres ; et leur parole ravit d'admiration ceux qui les entendent. Glorifions avec eux le grand Dieu qui, non content de nous appeler à son admirable lumière, en a place le foyer dans notre cœur, en s'unissant à lui. Conservons chèrement en nous le souvenir des mystères de cette grande nuit, à l'exemple de Marie, qui repasse sans cesse dans son très saint Cœur les simples et sublimes événements qui s'accomplissent par elle et en elle.

Pendant l'offrande des dons sacrés, l'Eglise relève la puissance de l'Emmanuel, qui, pour raffermir ce monde déchu, s'est abaissé jusqu'à n'avoir, pour former sa cour, que d'humbles bergers, mais qui n'en est pas moins assis sur son trône de gloire et de divinité, à jamais, et avant tous les siècles.

\J ne sera plus ébranlée. Votre trône, ô Dieu ! est établi dès l'éternité ; vous êtes avant tous les temps.

us firmavit orbem terrœ. qui non cornmovebitur parata sedes tua , Deus , ex tune ; a saeculo tu es.

«tes, Seigneur, que nos m » unera nostra offre ades soient convena- I IVl sumus D

Nativitatis hodiernae mysteriis apta proveniant, et pacem nobis semper infundant : ut, sicut homo genitus idem refulsit et Deus ; sic nobis haec terrena substantia conférât quod divinura est. Per eumdem Dominum.

blés aux mystères «e la Nativité d'aujourd'hui ; afin que, comme votre Fils, naissant homme, a fait en même temps éclater sa lumière divine, ainsi cette substance terrestre nous communique ce qui est divin. Par le même Seigneur.

ACCIPE, quaesumus Domine, munera dignanter oblata : et beatae Anastasiae, Martyris tuae. suffragantibus meritis, ad nostrae salutis auxilium provenire concède Per Dominum

D ecevez favorablement, Seigneur, les dons que nous vous offrons, et par le suffrage des mérites de la bienheureuse Anastasie, votre Martyre, daignez faire qu'ils deviennent un secours pour notre salut Par notre Seigneur.

Après la communion du Prêtre et du peuple, la sainte Eglise, toute illuminée de la douce lumière de son Epoux auquel elle vient de s'unir, s'applique à elle-même ces paroles du Prophète Zacharie annonçant la venue du Roi Sauveur :

Exsulta, filia Sion ; lauda, filia Jérusalem . ecce Rex tuus venit Sanctus , et Salvator mundi.

1} É JOUIS-TOI, fille de Sion, chante des cantiques, hile de Jérusalem : voici ton Roi qui vient à toi, le Saint et le Sauveur du monde.

par la nouvelle naissance de celui qui se donne enceSacreAITES, Seigneur, que nos s soient régénérées

ment, et dont l'admirable Nativité a détruit le vieil homme Par le même Seigneur.

humanam repulit vetustatem. Per eumdem DoMémoire de sainte Anastasie.

eigneur, vous avez rassaQ sié votre famille de vos ctons sacrés; ranimez-nous, s'il vous plaît, par l'intercession de celle dont nous célébrons la solennité. Par notre Seigneur.

ati asti, Domine, faQ miliam tuam muneri"bus sacris : ejus, quaesumus , interventione nos reiove , cujus solemnia celebramus. Per Dominum.

Le second Sacrifice achevé, et la Naissance de grâce ayant été célébrée par cette nouvelle immolation de l'immortelle victime, les fidèles se retirent de l'église, et vont réparer leurs forces par le sommeil, en attendant la célébration du troisième Sacrifice.

Dans l'étable de Bethléhem, Marie et Joseph veillent auprès de la crèche. La Viecge-Mère prend respectueusement dans ses bras le nouveau-né et lui présente le sein. Le Fils de l'Eternel, comme un simple mortel, s'abreuve à cette source de la vie. Saint Ephrem essaye de nous initier aux sentiments qui se pressent alors dans l'âme de Marie, et il nous traduit ainsi son langage : « Par quelle faveur ai-je enfanté celui qui « étant simple se multiplie partout, celui que « je tiens petit dans mes bras et ^ui est si « grand, celui qui est à moi ici tout entier, « et qui tout entier est aussi en tous lieux ? « Le jour où Gabriel descendit vers ma faj« blesse, de servante que j'étais, je devins « princesse. Toi, le Fils du Roi, tu fis de moi « tout à coup la fille de ce Roi éternel

« Humble esclave de ta divinité, je devins la « mère de ton humanité, 6 mon seigneur et « mon tils ! De toute la descendance de « David, tu es venu choisir cette pauvre jeune « tille, et tu l'as entraînée jusque dans les « hauteurs du ciel où tu règnes. Oh ! quelle « vue ! un enfant plus ancien que le monde ! « son regard cherche le ciel ; ses lèvres ne a s'ouvrent pas ; mais dans ce silence, c'est « avec Dieu qu'il converse. Cet oeil si ferme « n'indique-t-il pas celui dont la Providence « gouverne le monde ? Et comment osé-je « lui donner mon lait, à lui qui est la source « de tous les êtres ? comment lui servirai-je ce la nourriture, à lui qui alimente le monde « entier ? comment pourrai-je manier ces « langes qui enveloppent celui qui est revêtu « de la lumière x ? »

Le même saint Docteur du iv* siècle nous montre saint Joseph remplissant auprès de l'Enfant divin les touchants devoirs du père. Il embrasse, dit-il, le nouveau-né, il lui prodigue ses caresses, et il sait que cet enfant est un Dieu. Hors de lui, il s'écrie: « D'où me « vient cet honneur que le Fils du Trèsci Haut me soit ainsi donné pour fils ? O « enfant, je fus alarmé, je le confesse, au « sujet de ta mère : je songeais même à m'é« loigner d'elle. L'ignorance où j'étais du a mystère m'avait été un piège. En ta mère « cependant résidait le trésor caché qui de« vait faire de moi le plus opulent des « hommes. David mon aïeul ceignit le dia« dème royal, moi j'étais descendu jusqu'au

« sort de l'artisan , mais la couronne que « j'avais perdue est revenue à moi, lorsque, « Seigneur des rois, tu daignes te reposer sur «. mon sein ]. »

Au milieu de ces colloques sublimes, la lumière du nouveau-né, devant laquelle pâlit celle du soleil qui se lève, remplit toujours la grotte et ses alentours ; mais, les bergers étant partis, les chants des Anges étant suspendus, le silence s'est fait dans ce mystérieux asile. En prenant notre repos sur notre couche, songeons au divin Enfant, et à cette première nuit qu'il passe dans son humble berceau. Pour se conformer aux nécessités de notre nature qu'il a adoptée, il clôt ses tendres paupières, et un sommeil volontaire vient parfois endormir ses sens ; mais, au milieu de ce sommeil, son cœur veille et s'offre sans cesse pour nous. Parfois aussi, il sourit à Marie qui tient ses yeux attachés sur lui avec un ineffable amour ; il prie son Père, il implore le pardon des hommes ; il expie leur orgueil par ses abaissements ; il se montre à nous comme un modèle de l'enfance que nous devons imiter. Prions-le de nous donner part aux grâces de son divin sommeil, afin que, après avoir dormi dans la paix, nous puissions nous réveiller dans sa grâce, et poursuivre avec fermeté notre marche dans la voie qui nous reste à parcourir.

e son des cloches, qui annonce rapproche de la troisième Messe, de la Messe du Jour, est venu interrompre joyeusement notre sommeil. Elles semblent répéter, avec l'Eglise, ces belles paroles qui ont ouvert les chants de la longue veille de cette nuit : Le Christ nous est né ; vene$, adoronj-le !

Le soleil luit au ciel, non point avec les feux qu il versera au solstice d'été ; mais sa lumière pâle n'annonce pas moins la victoire. Aujourd'hui, il a vaincu les ombres, et il monte dans le ciel comme un conquérant assuré du triomphe. Adorons, sous son emblème, le Soleil de justice, Jésus notre doux Sauveur, qui débute aussi dans sa glorieuse carrière.

En attendant le moment de partir pour l'église, puisons l'aliment de notre prière matutinale dans les chants divers des Liturgies antiques. Tous sont pleins de joie et de tendresse ; tous célèbrent le triomphe de la

Lisons d'abord ces gracieuses strophes de Prudence, le prince des poètes chrétiens, dans son Hymne qui a pour titre : VIII. Kal. Januarias.

PURQUOI , abandonnant son cours si restreint naguère, le soleil remonte-t-il a l'horizon ? N'est-ce point

?ue sur la terre est né le ihrist, qui ouvre une voie plus large à la lumière ?

Oh 1 quel pâle et fugitif éclat dans ces jours si prompts à s'enfuir ! Comme le flambeau du jour, presque éclipsé, éteignait peu à peu ses vacillantes lueurs !

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