L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 67)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L'Eglise de Milan, dans sa Liturgie Ambrosienne, chante aussi la Lumière nouvelle et les joies de la Vierge-Mère :

Le Seigneur, par sa venue, a dissipé toutes les ombres de la nuit ; là où la lumière n était pas, la splendeur s'est répandue, et le jour a paru.

Réjouissez-vous et tressaillez, ô vous , la joie des Anges ! réjouissez-vous, Vierge du Seigneur, allégresse des Prophètes. Réjouissez-vous, ô vous qui, à la parole de l'Ange, avez reçu en vous celui qui est la joie du monde ! Réjouissez-vous, ô vous qui avez enfanté votre Créateur et votre Maître ! Réjouissezvous d'avoir été trouvée digne d'être la Mère du Christ.

L'ancienne Eglise des Gaules épanche son allégresse dans ces joyeuses Antiennes, que l'Eglise romaine lui empruntera pendant plusieurs siècles :

Adveniens Dominus abstulit omnem caliginem noctis , et, ubi non erat lumen, facta est claritas, et apparuit dies.

Gaude, et laetare, exsu 1 ta tio Angelorum. Gaude. Domini Yirgo, prophetarum gaudium. Gaudeas, benedicta. Dominus tecum est. Gaude, quae genuisti factorem et Dominum. Gaudeas quia digna es esse Mater Christi.

» tjjourd'hvi la Vierge /\ immaculée nous a donné un Dieu, sous les membres délicats d'un enfant , elle a eu l'honneur de l'allaiter, AdoHodie intacta Virgo Deum nobis genuit, teneris indutum membris,quem laetare meruit; oranes Christum adoreLa Journée de Noël.

Gaudeamus omnes fideles.Salvator noster natus est in mundo ■ hodie processif Proies magnifia germinis, et persévérât pudor virginitatis.

O mundi Domina, regio ex semine orta.ex tuo jam Christus processit alvo,tamquam sponsus de thalamo ; hic jacet in praesepio qui et sidéra régit

L'Eglise Gothique d'Espagne , dans son Bréviaire Mozarabe, salue, avec toutes les autres Eglises, le lever du divin Soleil :

Réjouissons-nous tous, ô fidèles I notre Sauveur est né en ce monde. Aujourd'hui a paru le rejeton de la Majesté sublime, et la pudeur de la mère est demeurée intacte.

O Dame du monde, fille de race royale, le Christ est sorti de votre sein, comme 1 époux de la chambre nuptiale ; il est étendu dans la crèche, celui qui régit les astres.

HODIE lumen mundi prodiit . hodie salus a?vi emicuit : hodie Salvator Israël de climate cœli descendit ut eruat omnes captivos, quos antiquus hostis praedo per primi hominis delictum captivaverat : et ut caecis mentibus lumen, surdis auditum. gratia praeveniente, restitueret ; ob istiustanti mysterii bénéficia, montes et colles tripudiant, ipsaque mundi elementa ineftabili gaudio ista in die melos décantant : ob hoc gemebunda prece pii Redemptoris clementiam suppliciter exoramus ; ut nos, qui in tenebris pecAUJOURD'HUi,la lumière du monde s'est levée ; aujourd'hui, le salut de la terre a brillé ; aujourd'hui, le Sauveur d'Israël est descendu des hauteurs du ciel pour délivrer tous les captifs que l'antique ennemi, le ravisseur, avait enchaînés par le péché du premier homme, et pour rendre, par sa grâce, la lumière aux intelligences aveugles et l'ouïe aux sourds En réjouissance du bienfait opéré par ce grand mystère, les montagnes et les collines bondissent, et les éléments du monde, avec une joie ineffable, exécutent en ce jour une mélodie sublime. Nous aussi, d'une humble prière, mus implorons la clémence du miLa Journée de Noél.

catorum nostrorum involvimur, per cordis acclamationem protinus expiemur, ut illo in nobis apparente, et splendor gloriae jucundius, ac multiplicius nostrisin prascordiis vigeat, et salutis gaudia sine fine dulcescant

séricordieux Rédempteur , enveloppés des ténèbres de nos péchés, nous le prions de nous purifier par cette acclamation de nos coeurs, afin que, sa présence se manifestant dans nos âmes, l'éclat de sa gloire s'accroisse de plus en plus en nous, avec la félicité qu'elle apporte, et que les joies du salut deviennent pour nous pleines de douceur, à jamais.

Terminons notre excursion pieuse dans les antiques Liturgies, par cette Antienne de l'Eglise d'Irlande, au septième siècle, que nous empruntons à l'Antiphonaire de Benchor, publié par Muratori. Elle célèbre aussi le triomphe de la lumière du Soleil, image du Christ naissant.

C'est aujourd'hui que la nuit commence à perdre son empire ; le jour croît, les ténèbres sont diminuées, la splendeur augmente, et les pertes que fait la nuit profitent au développement de la lumière.

^B hodierno die nox minuitur, dies crescit, concutiuntur tenebrae, lumen augetur. et in lucro lucis nocturna dispendia transferentur.

Il en est temps, chrétiens ; montons à la maison de Dieu,. et préparons-nous à célébrer le troisième Sacrifice. L'Eglise y prélude par le chant de l'Office de Tierce.

L'Hymne et les trois Psaumes dont se compose l'Office de Tierce se trouvent ci-dessus, page 1 13.

le nom est éternel ; elle unit les joies de la mère à l'honneur de la virginité; avant elle on n'a point vu ce prodige ; on ne le verra pas après elle, alléluia.

ULTIFARIAM multisque modis, olim s loquens patribus in Prophetis : novissime diebus istis locutus est nobis in Filio, quem constituit haeredem universorum, per quem fecit et saecula.

}\. br. Verbum caro factum est, * Alléluia, alléluia. Verbum.

V . Et habitavit in nobis. * Alléluia, alléluia. Gloria Patri. Verbum.

iei' ayant parlé autrefois a-nos pères, en diverses occasions et en diverses manières par les Prophètes, nous a parlé en ces derniers temps par son Fils, qu'il a établi héritier de toutes choses, et par lequel il a fait les siècles.

Hj. br. Le Verbe s'est fait chair, * Alléluia, alléluia. Le Verbe.

f. Et il a habité parmi nous. * Alléluia, alléluia. Gloire au Père. Le Verbe.

Pour conclure, on dit l'oraison Concède^ ci-après à la Messe du Jour, page 283.

Le mystère que l'Eglise honore, en cette troisième Messe, est la Naissance éternelle du Fils de Dieu au sein de son Père. Elle a célébré, à minuit, le Dieu-Homme naissant du sein de la Vierge dans l'étable; à l'aurore, le divin Enfant prenant naissance dans le cœur des bergers ; en ce moment, il lui reste à contempler une naissance bien plus merveilleuse que les deux autres, une naissance dont la lumière éblouit les regards des Anges, et qui est elle-même l'éternel témoignage de la sublime fécondité de notre Dieu. Le Fils de Marie est aussi le Fils de Dieu ; notre devoir est de proclamer aujourd'hui la gloire de cette ineffable génération qui le produit consubstantiel à son Père, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière. Elevons donc nos regards jusquà ce Verbe éternel qui était au commencement avec Dieu, et sans lequel Dieu n'a jamais été ; car il est la forme de sa substance et la splendeur de son éternelle vérité.

La sainte Eglise ouvre les chants du troisième Sacrifice par l'acclamation au Roi nouveau-né. Elle célèbre la puissante principauté qu'il possède, en tant que Dieu, avant tous les temps, et qu'il recevra, comme homme, par le moyen de la Croix qui un jour doit charger ses épaules. Il est VAnge du grand Conseil, c'est-à-dire l'envoyé du ciel pour accomplir le sublime dessein conçu par la glorieuse Trinité, de sauver l'homme par l'Incarnation et la Rédemption. Dans cet auLa Journée de Noël.

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