L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 74)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Jesu, tibi sit gloria. Qui natus es de Virgine, Cum Pâtre et almo Spiritu. In sempiterna saecula.

Les astres, la terre, la mer. tout ce que le ciel couronne, saluent par un nouveau cantique ce jour auteur d'un salut nouveau.

Et nous, lavés dans les heureux flots d'unsang divin, nous vous offrons ô Christ, le tribut de cette hymne, à la gloire de votre jour Natal.

O Jésus, qui êtes né de la Vierge, gloire à vous, avec le Père et l'Esprit divin dans les siècles éternels !

HODIE Christus natus est ; hodie Salvator apparuit ; hodie in terra canunt Angeli ; laetantur Archangeli ; hodie exsultant justi , dicentes : Gloria in excelsis Dco, alléluia.

Concède , quaesumus omnipotens Deus, ut nos Unigeniti tui nova per carnetn Nativitas libe. UJOURD'hUI le Christ est /\ né, aujourd'hui le Sauveur a apparu \ aujourd'hui sur la terre chantent les Anges, se réjouissent les Archanges ; aujourd'hui les justes, dans les transports de leur joie, repètent : Gloire à Dieu au plus haut des cicux, alléluia.

Faites, s'il vous plaît. L>ieu tout-puissant, que la nouvelle Naissance de votre Fils unique nous délivre, nous

ret. quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet. Per eumdem Dominum.

qu'une antique servitude retient sous le joug du péché. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

A nt DLEINde Srâce et de ANT,r force, Etienne faisait de grands prodiges au milieu du peuple.

^. Et vous lui avez donné l'empire sur les ouvrages de vos mains.

Accordez-nous , s'il vous plaît. Seigneur, d'imiter ce que nous honorons, afin que nous apprenions à aimer même nos ennemis ; puisque nous célébrons la fête de celui qui sut aussi implorer pour ses persécuteurs, JésusChrist notre Seigneur, qui vit et règne, etc.

plenus gratia et fortitudine, iaciebat signa magna in populo.

L)a nobis . quœsumus Domine, imitari quod colimus. ut discamus et inimicos diligere : quia ejus natalitia celebramus, qui novit etiampro persecutoribus exorare Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum.Qui tecum. etc.

La grande journée a terminé son cours, et la nuit approche durant laquelle le sommeil achèvera de réparer les saintes fatigues que nous ont causées les veilles de la glorieuse Nativité. Avant de prendre notre repos, envoyons un souvenir pieux aux saints Martyrs dont l'Eglise a renouvelé la mémoire en ce jour dans le livre du Martyrologe. Dioclétien et ses collègues dans l'empire

venaient de publier le fameux édit de persécution qui déclarait à l'Eglise la plus sanglante guerre qu'elle ait jamais subie. L'édit affichée Nicomédie, résidence de l'empereur, avait été déchiré par un chrétien qui paya cet acte d'une sainte audace par un glorieux martyre. Les fidèles prêts à la lutte osèrent braver la puissance impériale, en continuant de fréquenter leur église condamnée à la démolition. On était arrivé au jour de Noël. Ils s'assemblèrent au nombre de plusieurs milliers dans le saint temple, afin d'y célébrer une dernière fois la Naissance du Rédempteur. A cette nouvelle, Dioclétien envoya un de ses officiers avec ordre de fermer les portes de l'église, et d'allumer aux quatre angles de l'édifice le feu qui devait le consumer. Ces mesures ayant été prises, les sons de la trompette se firent entendre par les fenêtres de la basilique, et les fidèles ouïrent la voix d'un crieur qui leur disait de la part de l'empereur que ceux d'entre eux qui voudraient avoir la vie sauve pouvaient encore sortir, à la condition d'offrir de l'encens sur un autel de Jupiter que l'on avait dressé près de la porte de l'église ; qu'autrement ils allaient être tous la proie des flammes. Un chrétien répondit au nom de la pieuse assemblée : « Nous sommes tous chrétiens ; nous hono« rons le Christ, comme le seul Dieu et le « seul Roi ; et nous sommes prêts à lui sacri« fier notre vie en ce jour. » Sur cette réponse, les soldats reçurent ordre d'allumer les feux ; et dans un instant l'église ne fut plus qu'un immense bûcher, dont les flammes

montaient vers le ciel, envoyant en holocauste au Fils de Dieu, qui daigna en ce jour commencer une vie humaine, l'offrande généreuse de ces milliers de vies qui rendaient témoignage à sa venue en ce monde. Ainsi fut glorifié, en Tannée 3o3, à Nicomédie, l'Emmanuel descendu des cieux pour habiter parmi les hommes. Unissons, avec la sainte Eglise, l'hommage de nos vœux à celui de ces courageux chrétiens dont la mémoire se conservera, par la sainte Liturgie, jusqu'à la fin des siècles.

Ramenons encore une fois nos pensées et nos coeurs dans l'heureuse étable où Marie et Joseph forment l'auguste compagnie de l'Enfant divin. Adorons encore ce nouveauné, et demandons-lui sa bénédiction. Saint Bonaventure exprime, avec une tendresse digne de son âme séraphique, dans ses Méditations sur la vie de Jésus-Christ, les sentiments du Chrétien admis auprès du berceau de Jésus naissant : « Et toi aussi, dit-il, qui « as tant différé, fléchis le genou, adore le « Seigneur ton Dieu ; vénère la Mère d'icelui « et "salue révéremment le saint vieillard « Joseph ; ensuite, baise les pieds de l'En« fant Jésus, gisant en sa couchette, et prie « Notre-Dame de te le donner ou de te per« mettre de le prendre. Prends-le en tes « bras, retiens-le et considère bien son a aimable face ; baise-le révéremment, et « délecte-toi confidemment en icelui. Tu a peux faire cela ; parce que c'est vers o les pécheurs qu'il est venu pour leur salut, a et qu'il a humblement conversé avec eux, « et que, finalement, il s'est abandonné à

« iceux pour nourriture. Partant, sa béni« gnité se laissera patiemment toucher, « selon ton vouloir, et n'imputera pas cela à « la présomption, ains à l'amour L d

Nous placerons, à la fin de cette journée de Noël, deux chants joyeux inspirés à la piété du moyen âge par l'allégresse de cette solennité. Le premier est une Séquence que l'on rencontre dans tous les Missels RomainsFrançais ; elle a été longtemps attribuée à saint Bernard ; mais nous l'avons trouvée déjà sur un manuscrit du xi° siècle.

Sol occasum nesciens, Stella semper rutilans, Semper clara.

OUE le chœur des fidèles, dans son allégresse, tressaille de joie. Alléluia.

Le sein de la Vierge pure a produit le Roi des rois: prodige admirable !

L'Ange du Conseil est né de la Vierge : le Soleil de l'Etoile.

Soleil sans couchant, Etoile à jamais scintillante, radieuse à jamais.

L'étoile produit son raycn ; la Vierge enfante son Fils d'une même manière.

I. Méditations sur la Vie de Jésus-Christ, par saint Bonaventure. Traduction du R. P. Dom François Le Bannier.

Le haut cèdre du Liban vient ramper, avec l'hysope, dans notre humble vallée.

Le Verbe, Sagesse du TrisHaut, daigne se revêtir d'un corps ; il se fait chair.

Isaïe l'avait chanté, la Synagogue s'en souvient , et pourtant n'a point cessé d'être dans l'aveuglement.

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