L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 81)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ne peccatum statuatur His a quibus lapidatur, Genu ponit et precatur, Condolens insaniœ .

In Christo sic obdormivit. Qui Christo sic obedivit: Et cum Christo semper

Quod sex suscitaverit Mortuos in Africa, Augustinus asserit, Fama refert publica.

Hujus, Dei gratia, Revelato corpore, Mundo datur pluvia Sicdtatis tempore.

Solo fugat hic odore Morbos et daemonia : Laude dignus et honore Jugique memoria.

Il se recommande au Sauveur, pour qui la mort lui parait douce, jusque sous les pierres qui fondent sur lui.

Saul garde les vêtements des bourreaux ; il lapide Etienne par la main de tous.

Êuté à ceux qui le lapident !tienne, à genoux, le demande, compatissant à leur fureur aveugle.

Ainsi il s'endormit dans le Christ, ainsi il fut fidèle au Christ, et avec le Christ il vit à jamais, celui qui est appelé les prémices des Martyrs.

Par lui six morts ressuscitèrent, aux plages africaines; Augustin l'atteste; la renomi mée l'a répété.

Dieu veut, dans sa miséricorde,que ses ossements soient révélés ; une pluie alors se répand sur le monde tourmenté par la sécheresse.

La seule odeur de ses reliques met en fuite les maladies et les démons; il est digne de louange et d'honneur, digne d'éternelle mémoire.

Nous nous unissons à ces éloges que vous envoient tous les siècles chrétiens, ô vous le premier et le prince des Martyrs ! Nous vous félicitons d'avoir été choisi par la sainte Eglise pour assister, au poste d'honneur, près du berceau du souverain Seigneur de toutes choses. Qu'elle est glorieuse, la confession que vous avez rendue, au milieu des cailloux meurtriers qui brisaient vos membres généreux ! Qu'elle est éclatante, la pourpre qui vous couvre comme un triomphateur! Qu'elles sont lumineuses, les cicatrices de ces blessures que vous reçûtes pour le Christ ! Qu'elle est nombreuse et brillante, l'armée des Martyrs qui vous suit comme son chef, et qui continue ses glorieux enrôlements jusqu'à la consommation des siècles !

Dans ces jours de la Naissance de notre commun Sauveur, nous vous prions, ô Etienne, de nous faire pénétrer dans les profondeurs des mystères du Verbe incarné. Fidèle gardien de sa Crèche, c'est à vous de nous introduire auprès du céleste Enfant qui y repose. Vous avez rendu témoignage à sa divinité et à son humanité ; vous l'avez prêché, cet Homme-Dieu, au milieu des cris furieux de la Synagogue. En vain les Juifs se bouchèrent les oreilles; il leur fallut entendre votre voix tonnante qui leur dénonçait le déicide qu'ils avaient commis, eu mettant à mort celui qui est tout à la fois le Fils de

Marie et le Fils de Dieu. Montrez-le-nous aussi, ce Rédempteur du monde, non point encore triomphant à la droite du Père, mais humble et doux, dans ces premières heures de sa manifestation, enveloppé de langes et couché dans la crèche. Nous voulons aussi lui rendre témoignage, annoncer sa Naissance pleine d'amour et de miséricorde, faire voir par nos œuvres qu'il est né aussi dans nos cœurs. Obtenez-nous ce dévouement à l'Enfant divin, qui vous a rendu fort au jour de l'épreuve. Nous l'aurons, si nous sommes simples et sans crainte, comme vous l'avez été, si nous avons l'amour de cet Enfant ; car l'amour est plus fort que la mort. Qu'il ne nous arrive jamais d'oublier que tout chrétien doit être prêt au martyre, par cela seul qu'il est chrétien. Que la Vie du Christ qui commence en nous, s'y développe par notre fidélité et nos œuvres, en sorte que nous arrivions, comme dit l'Apôtre, à la plénitude du Christ. (Ephes. iv, i3;j

Mais souvenez-voue, ô glorieux Martyr, souvenez-vous de la sainte Eglise, dans ces contrées où les arrêts du Seigneur exigent qu'elle résiste jusqu'au sang. Obtenez que le nombre de vos frères se complète de tous ceux qui sont éprouvés, et que pas un ne défaille dans le combat. Que ni l'âge ni le sexe ne faiblissent, afin que le témoignage soit entier, et que l'Eglise cueille encore, dans sa vieillesse, les palmes et les couronnes immortelles qui ont honoré ces premières années dont vous fûtes ^ornement. Mais, ô Etienne, priez, afin que le sang des Martyrs soit fécond, comme aux anciens jours; que

la terre ingrate ne l'absorbe pas, mais qu'il lui fasse germer de riches moissons. Que l'infidélité recule de plus en plus ses tristes frontières; que l'hérésie s'éteigne et cesse de dévorer, comme une lèpre, des membres dont la vigueur ferait la gloire et la consolation de l'Eglise. Que le Seigneur, touché par vos prières, accorde à nos^derniers Martyrs l'accomplissement des espérances qui o'nt fait battre leur cœur, au moment où ils courbaient la tête sous le glaive, ou rendaient leur âme au milieu des tourments.

m t ous ne terminerons pas cette seconde [\| journée de l'Octave de Noël sans nous arrêter auprès du berceau de notre Emmanuel, sans contempler ce divin Fils de Marie. Déjà deux jours se sont écoulés depuis que sa Mère l'a couché dans l'humble crèche ; et ces deux jours valent plus pour le salut du monde que les milliers d'années qui ont précédé la naissance de cet Enfant. L'œuvre de notre rédemption avance, et les vagissements du nouveau-né, ses pleurs commencent à réparer nos crimes. Considérons donc aujourd'hui, dans cette fête du premier des Martyrs, les larmes qui mouillent les joues enfantines de Jésus, et qui sont les premiers indices de ses douleurs. « Il pleure, cet Enfant, dit saint « Bernard ; mais non comme les autres en« fants, ni pour la même raison. Les enfants « des hommes pleurent de besoin et de fai« blesse; Jésus pleure de compassion et « d'amour pour nous. » Recueillons chère340 Le Temps de Noël.

ment ces larmes d'un Dieu qui s'est fait notre frère, et qui ne pleure que sur nos maux. Apprenons à déplorer le mal du péché qui vient attrister, par les souffrances prématurées du tendre Enfant que le ciel nous envoie, la douce allégresse que sa venue nous a causée.

Marie aussi voit ces larmes, et son cœur de mère en est troublé. Elle pressent déjà qu'elle a mis au jour un homme de douleurs ; bientôt elle le saura mieux encore. Unissons-nous à elle pour consoler le nouveau-né par l'amour de nos cœurs. C'est le seul bien qu'il soit venu chercher à travers tant d'humiliations; c'est pour cet amour qu'il est descendu du ciel, qu'il a accompli toutes les merveilles dont nous sommes environnés. Aimons-le donc de toute la plénitude de nos âmes, et prions Marie de lui faire agréer le don de notre cœur. Le Psalmiste a chanté, et il a dit : Le Seigneur est grand et digne de toute louange ; ajoutons avec saint Bernard : Le Seigneur est petit, et digne de tout amour !

Le pieux et éloquent Père Faber, qui fut aussi un grand poète, a célébré, dans le plus

Îracieux "des Noëis, le mystère de l'Enfantésus sous l'aspect que nous contemplons en ce m ment1. « Cher petit enfant, s'écrie-t-il,

i. Dear Little One ! how sweet Thou art, Thine eyes how bright they shine, So bright they almost seem to speak When Mary 's look meets Thine !

« que tu es doux ! De quel éclat brillent tes (( yeux ! Ils semblent presque parler, quand « le regard de Marie rencontre le tien. — « Combien faible est ton petit cri ! Semblable « au gémissement de l'innocente colombe, « est ta plainte de douleur et d'amour, dans « ton sommeil. — Quand Marie te dit de « dormir, tu dors; à son appel tu t'éveilles; « content sur ses genoux, content aussi dans « la crèche rustique. — O le plus simple des

Like plaint of harmless dove, When Thou dost murmur i.i Thy sleep Of sorrow and of love.

When Mary bids Thee sleep Thou sleepst, Thou wakest when she calls

- Thou dost Thy Mother's will ! Thine infant fashions well betray The Godhead's hidden skill.

When Joseph takes Thee in his arms, And smooths Thy little cheek,

Yes I Thou art what Thou seemst to be, A thing of smiles and tears ;

Yet Thou art God, and heaven and earth Adore Thee with their fears.

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